Voyages à l’opéra
7 mai
David, volontaire à la bibliothèque Oscar Wilde dans le 20e arrondissement de Paris, a posé des questions à une bénéficiaire, Mme R., 86 ans. Elle lui a ouvert ses précieux cahiers retraçant ses voyages, et dévoilant quelques unes de ses passions.
Bonjour. Pouvez-vous vous présentez en quelques mots ?
Je suis quelqu’un qui aime beaucoup de choses, comme la peinture, la musique, le théâtre, tout ce qui est culturel et beau. J’aime le beau, même un beau paysage, la nature. Je suis sensible à un bel arbre, par exemple.
La question indiscrète : quel âge avez-vous ?
J’ai 86 ans depuis le 21 janvier.
Oh ! Je ne vous ai même pas fêté votre anniversaire. La prochaine fois, je vous ramènerai un petit gâteau.
(rires)

Que pensez-vous du service Port’âge ?
C’est formidable ! C’est formidable parce que ça rend service aux personnes qui ne peuvent pas se déplacer. J’apprécie énormément et je suis contente de pouvoir lire à mon aise, chose que je ne pourrai pas faire s’il n’y avait pas le Port’âge.
Quels sont vos trois auteurs préférés dans la littérature?
Emile Zola. Henry Troyat, évidemment. Et puis, j’aime bien Signol et Malaval. Ça fait quatre, et non trois.
![]() Source : BnF – Exposition Emile Zola |
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Depuis quand habitez-vous Paris ?
Je suis venu à Paris à mes 21 ans. Mais j’ai beaucoup voyagé, je suis parti, je suis revenu. Je suis allé dans les Pyrénées, à Tarbes, j’ai fait le va-et-vient plusieurs années car mes patrons aussi bougeaient. Oh, c’était formidable ! J’aimais beaucoup me déplacer quand j’étais valide.
Quelle était votre profession ?
Je travaillais dans le commerce.
Et vous trouvez que Paris a beaucoup changé ?
[Spontané] Oh oui !!! Enormément. Quand je suis arrivé ici, par exemple, on avait des poinçonneurs pour valider nos tickets dans le métro. Ici, dans le 20e arrondissement, c’était plus coquet, plus calme, on n’avait pas peur de sortir comme on a peur maintenant. La ville était plus vivable. Maintenant, c’est le foutoir et tout va trop vite.
Quel est votre meilleur souvenir de Paris ?
Oh, c’est l’opéra. C’était mon domaine, ma résidence secondaire. J’étais toujours au théâtre ou à l’opéra, dans les musées aussi.
Un opéra qui vous a marqué ?
Je suis une passionnée de Verdi, je connais ses opéras par coeur. J’aime les opéras italiens en général, Bellini, Rossini, tous ! Pour moi, la source de l’opéra, c’est l’Italie, c’est son berceau. J’aime aussi l’opéra russe. Moins l’opéra allemand, je trouve la langue trop gutturale, alors que la langue italienne est plus chantante.

Vous auriez aimé chanter ?
Ah que j’aurais aimé ça, mon Dieu. J’ai été élevé dans les pas du chant et de la musique. Ça a été un grand malheur car j’aurais aimé, mais je n’avais les dispositions. On m’entendait chanter dans mon village natal de Corrèze. Mais il faut vraiment que ce soit une vocation, parce que pour arriver au sommet, il faut des années, et des heures et des heures de travail. Et beaucoup de privations. Je suis en extase devant un chanteur qui arrive à chanter un ouvrage dans son intégralité. C’est valable aussi pour la danse.
Quels sont les pays que vous avez visités ?
Le dernier que j’ai fait, c’est l’Egypte. Mais j’ai commencé en 1971 avec l’Italie. L’Italie, j’y ai voyagé parce que c’est le pays où Verdi est né. J’y allais tous les ans pour le festival de Verdi, dans son village natal, près de Parme. Ils y ont construit un opéra et y donne chaque année un festival. J’ai voyagé aussi en Sicile, sur le Danube, en Irlande, Saint-Pétersbourg. J’ai beaucoup voyagé, le Maroc, la Chine, la Réunion, la Norvège, la Thaïlande, Moscou, la Turquie, …
Quel est votre meilleur souvenir de voyage ?
En Italie, j’ai assisté à un concert à la Scala de Milan. J’y suis allé régulièrement une dizaine d’années.
Vous parlez de la musique, du théâtre. Et le cinéma ?
J’aime beaucoup aussi. Mon acteur préféré est Jean Gabin. C’est une de mes idoles. J’aime tous ses films, surtout L’Affaire Dominici.
Votre plus beau souvenir de vie ?
J’en ai beaucoup, mais celui que je mettrai au-dessus des autres … Disons que ma vie a été simple, sans problèmes, convenable. J’ai toujours été bien entouré, et j’ai de très beaux souvenirs. Une vie simple et remplie.
Quel message aimeriez-vous passer aux générations actuelles ?
De s’accrocher à quelque chose, d’avoir un violon d’Ingres, et qu’elles cultivent ce qui leur plairait de faire. Maintenant, pour arriver à faire quelque chose, on a des possibilités que nous n’avions pas à l’époque, et je le regrette. Mon seul regret dans la vie, c’est de ne pas avoir pu faire ce que je voulais. Je conseille à un jeune, si quelque chose lui plait, de tout faire pour y arriver.
Eh bien, merci en tout cas d’avoir bien voulu répondre.
De rien. Vous ne voulez pas un petit café avant de partir ?
Oh oui, volontiers !
A ce jour, David doit toujours un gâteau d’anniversaire à Mme R…


















