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Mes mémés (+2 pépés)

16 May

1413314-le-livre-meme-de-philippe-torreton-950x0-1Mémé. Tel est le titre du dernier roman de Philippe Torreton*. Un journaliste a fait remarquer à l’auteur que le terme était « désuet » et qu’il était « osé » de choisir un tel titre. A sa place, j’aurais répliqué qu’effectivement, le terme de « Mère-grand » était indubitablement plus dans le vent. Et toc ! Plus sérieusement, pour moi qui ai souvent regretté d’avoir eu peu de contact avec mes grands-parents, je trouve que c’est une chance d’en avoir plusieurs dizaines. Ne serait-ce que pour un an. Je dois vous dire que je me régale. Bien sûr, il y a des hauts et des bas, je ne vous le cacherai pas.

On m’a maintes fois dit que j’avais « des goûts de vieux », au moins depuis mon adolescence. Eh bien, soit. Toujours est-il que pour parler de romanciers et de musiciens classiques, cela s’avère bien pratique. En tant qu’apprentie historienne, j’ai un terrain de conversation supplémentaire avec mes papys-mamies qui ont presque tous vécu la Seconde Guerre mondiale, et dont les proches furent impliqués dans d’autres conflits, tels que la guerre d’Indochine ou celle d’Algérie. Bien sûr, c’est aussi un terrain miné. Miné de souvenirs pénibles à ne pas ressasser trop fréquemment, voire à éviter absolument.

J’en apprends beaucoup auprès de mes p’tits vieux (terme aussi affectueux que respectueux à mon sens). « Quand un vieux s’éteint, c’est une bibliothèque qui brûle », dit un proverbe africain. Je redoute qu’une telle chose arrive. On est conscient du risque dès que l’on postule pour la fonction de porteu/r/se. Je me dis que je représente moi aussi une bibliothèque, et que celle-ci va à la rencontre d’une autre, la première étant de papier et la seconde de chair, mais toutes deux de péripéties, de réflexions et de sentiments. De sombres arrières-pensées sont inutiles, seul compte l’instant présent. Et tant qu’à faire, autant que celui-ci soit agréable, surprenant même. On s’échange des sourires, des mots, des spécialités culinaires (à l’occasion mises en pratique), des noms d’auteurs. Et pourquoi pas des centres d’intérêts ? Certains ont beau dire, j’ai aussi des « goûts de jeune », et j’ai un statut de jeune incontesté aux côtés de mes bénéficiaires.

Alors, j’essaye de les sortir de leurs habitudes de lecture lorsqu’ils en ont. S.-F., B.D., mangas, musiciens contemporains, je lance tout type d’unités dans la bataille. Et des fois, je peux crier victoire. Madame K. se retrouve accro à la série manga « Le Pavillon des hommes ». Madame T., passionnée d’histoire, devrait être emballée par la série bande-dessinée « Murena ». J’ai la ferme intention de proposer à madame R., férue de bel canto, des « chanteurs de variétés » [sic] postérieurs à Elvis Presley (je cite : « ça, c’était de la vraie musique », opinion à laquelle j’opinai vigoureusement du chef). Monsieur S., qui n’avait pas le goût de la lecture, emprunte plus de bouquins à chacune de mes visites et cela me fait plus chaud au cœur que je ne l’avoue à voix haute. La majorité de mes p’tits vieux sont au fait des dernières sorties littéraires et sont plus à jour que moi, bien que je tente de les rattraper.

Bref. J’ai bien fait d’écouter l’amie qui m’a parlé du Port’âge.

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* Actuellement disponible en « Prêt une semaine » à la Bibliothèque Oscar Wilde, 12, rue du Télégraphe, Paris 20e !

 

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