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« Comme neige » de Colombe Boncenne aux éditions Buchet-Chastel

3 mai

Comme neige / Colombe Boncenne (Buchet-Chastel     De passage à la maison de la presse de Crux-la-Ville, dans la Nièvre, Constantin Caillaud est surpris d’y découvrir Neige noire, un roman d’Emilien Petit qu’il ne connaissait pas. Constantin, qui pensait pourtant avoir  lu l’intégralité de son œuvre, voit là l’occasion de renouer avec Hélène, sa maitresse avec qui il a découvert l’auteur. Mais le roman disparait et « reste introuvable » au moment de leur rencontre. Constantin se lance alors dans une quête effrénée, espérant ainsi retrouver une trace de ce roman. Editeur, entourage, Emilien Petit lui-même : nul ne semble savoir de quoi il s’agit…

     Comme neige est un superbe roman à tiroirs : suspense, romance, quêtes personnelle et littéraire… Colombe Boncenne mêle subtilement ces « petites histoires » pour n’en faire qu’une et nous conduire à un final très réussi. C’est concis, maitrisé et efficace. Une mention particulière pour le regard porté sur le monde de l’édition et des auteurs.

Interview Colombe Boncenne

 

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Prix Edmée de la Rochefoucauld 2016

22 mar

     Ce prix a été créé en 2000 pour rendre hommage à Edmée de la Rochefoucauld, ancienne présidente du prix Femina. Il couronne chaque année un premier roman.

Page de couverture de Today we live d'Emmanuelle PirotteCe prix vient d’être attribué à Emmanuelle Pirotte pour Today we live, l’histoire de la cavale d’un SS infiltré dans l’armée américaine et d’une petite fille juive qu’il a renoncé à exécuter.

En 2015, Miguel Bonnefoy avait lui aussi obtenu ce prix pour Le voyage d’Octavio et le parcours initiatique d’un paysan vénézuélien analphabète. Page de couverture Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy

 

Deux romans que vous pouvez retrouver dans notre dernière sélection !

Emmanuelle Pirotte dans l'émission La grande Librairie          Interview Miguel Bonnefoy au festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo

 

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« Ahlam » de Marc Trévidic aux éditions JC Lattès

17 mar

Première de couverture du premier roman "Ahlam" de Marc Trévidic aux éditions JC Lattès     Aux débuts des années 2000, Paul, jeune peintre français de renommée mondiale, part s’installer aux Kerkennah, un archipel tunisien, dans l’espoir de trouver de nouvelles sources d’inspiration. Très rapidement, il se lie d’amitié avec Farhat, un pêcheur qui lui fait découvrir les plus beaux endroits de l’archipel. Il noue également une relation privilégiée avec Issam et Ahlam, les enfants de son ami, en leur enseignant respectivement la peinture et la musique. Devant tant de potentiel, il décide de poursuivre le travail de ses parents défunts : mélanger musique et peinture en une seule et même œuvre. Ainsi passent les années. Mais la chute du régime de Ben Ali et la montée de l’islamisme finiront par briser cet équilibre…

     Marc Trévidic est un ancien juge d’instruction, spécialiste de l’antiterrorisme. Prenant comme point de départ l’histoire contemporaine de la Tunisie, il réalise avec Ahlam une brillante œuvre de fiction, réaliste, inquiétante mais non dénuée d’espoir. Il réussit adroitement à rendre ses personnages attachants. La part belle faite aux arts et son opposition au fanatisme rendent le tout très cohérent. Une réussite !

Pour plus d’informations sur Marc Trévidic : cliquez ICI

Interview de Marc Trévidic à La grande librairie

 

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Premiers romans 2015 : notre sélection

2 mar

 

Cliquez sur l’image pour consulter notre dernière sélection.

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32 titres retenus pour la sélection 2015

27 jan

Belin, Bertrand / Requin / POL

Blavy, Rodolphe / Le Pardon / Arléa

Boltanski, Christophe / La cache / Stock

Bonnefoy, Miguel / Le voyage d’Octavio / Rivages

Bréau, Adèle / La cour des grandes / JC Lattes

Calberac, Ivan / Venise n’est pas en Italie / Flammarion

Castino, Didier / Après le silence / Liana Levi

Chaillou, Stéphanie / L’homme incertain / Alma

Costa, Elena / Daniel Avner a disparu / Gallimard

De Fréville, Joanna / Le pas du lynx / Les allusifs

Delesalle, Nicolas / Un parfum d’herbe coupée / Préludes

Deram, Pierre / Djibouti / Buchet Chastel

Dorsan, Mary / Le présent infini s’arrête / POL

Geffray, Elodie / Les somnambules se réveillent tard / Chemin Vert

Gillot, Alain / La surface de réparation / Flammarion

Huguenin, Cécile / La saison des mangues / Héloïse d’Ormesson

Jurado-Lecina, Cathy / Nous sommes tous innocents / Aux forges de Vulcain

Manfredi, Astrid / La petite barbare / Belfond

Menegaux, Mathieu / Je me suis tue / gallimard

Mougin, Véronique / Pour vous servir / Flammarion

Moutot, Michel / Ciel d’acier / Arléa

Perrin, Valérie / Les oubliés du dimanche / Albin Michel

Pirotte, Emmanuelle / Today we live / Cherche midi

Rothschild, Saskia de / Erable / Stock

Sadler, Mélanie / Comment les grands de ce monde se promènent en bateau / Flammarion

Saint Pern, Dominique de / Baronne Blixen / Stock

Serfati, Michel / Finir la guerre / Phébus

Serraf,Hugues / Comment j’ai perdu ma femme à cause du Tai-chi / ed de l’aube

Seurat, Alexandre / La maladroite / Rouergue

Tackian, Nicolas / quelque part avant l’enfer / scrinéo

Trétiack, Philippe / De notre envoyé spécial / L’Olivier

Viguier, Frédéric / Ressources inhumaines / Albin Michel


 

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1ers romans de la rentrée (suite)

20 nov

                                            

 

                                                         Mary, Mary

                                       Mary / Emily BARNETT (Rivages)

 

barnettMary, une adolescente, vit recluse avec sa mère dans un château. Dans les années 2000. Mary, une jeune Américaine, vit à Paris avec son mari. Dans les années 1950.

Un seul prénom, deux Mary aux destins tourmentés. La première s’exprime à la première personne, l’autre est vue à travers le regard d’une narratrice. Un lien unit ces deux femmes mais quel est-il ? Emily Barnett entrelace des destinées marquées par la violence et la folie. Le lecteur se perd dans les délires de l’une pour se retrouver dans les interrogations de l’autre.

Un puzzle troublant et énigmatique.

 

                                                    Un impossible oubli

                      Daniel Avner a disparu / Elena COSTA (Gallimard)

 

costadanielavneradisparuDaniel Avner n’a rien oublié. Ni l’assassinat de sa famille dans les camps d’extermination, ni la brutalité physique de son grand-père à son encontre pendant des années. Il se prive de nourriture. Il déambule dans Paris jusqu’à l’épuisement. Ses pas le conduisent inéluctablement vers l’hôtel Lutetia, là où il attendit vainement ses proches à l’issue de la guerre.

Pourquoi David Avner accepte t-il la souffrance jusqu’à son paroxysme ? La rencontre d’une jeune femme, Dora, n’ y changera rien, Avner s’enfoncera dans la nuit.

Elena Costa dresse le portrait d’un homme rongé par la culpabilité pour n’avoir pas disparu avec les siens.

Un roman obsédant et glacial.

 

 

                                                    Chronique de la folie

                          Le présent infini s’arrête / Mary DORSAN (POL)

 

dorsan« Bon, j’écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors, ça remue ! Ça remue les soignants. J’écris les souffrances de ces jeunes. La difficulté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d’écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c’est, ce travail, leur vie. Je veux … Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l’on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l’exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur. »

700 pages qui décrivent le présent infini du quotidien d’une infirmière psychiatrique et de l’équipe qui l’entoure, auprès d’adolescents atteints de troubles psychiatriques, sans repère familial et affectif, ou si peu. La vie donc : la cuisine, le jardinage, les sorties culturelles, les réunions de service… La vie avec son lot d’émotion, d’attentions, d’exaspération, de découragement, de puanteur, de douceur, de rires, de larmes, de cris mais avant tout de violence et de souffrance.

700 pages qui disent l’extrême difficulté d’être, d’être à soi, d’être aux autres. Mais également un roman dans lequel la couleur d’un ciel, la lecture d’un roman, un fou rire illuminent la vie.

 

 

                                                         De sang-froid

                      La petite barbare / Astrid MANFREDI (Belfond)

 

manfrediLa petite barbare a la beauté du diable.

Elle n’a pas su dire non et a commis l’irréparable sans sourciller. Elle n’éprouve aucun remords. Elle est à l’isolement en prison et crache son venin à la face du monde dans un long monologue. Elle raconte tout : l’enfance dans une cité, la famille absente, les amitiés douteuses, l’argent facile, l’engrenage fatal.

Astrid Manfredi s’est inspirée d’un faits-divers pour dresser le portrait d’une jeune fille qui crie sa haine des autres. Dans un style cru, direct.

 

 

                                          Radiographie d’un amour

                               Avec lui / Nathalie POITOUT (Alma)

 

Poitout« Pour Marie, Paul était l’incarnation d’un rêve. Il était celui qu’elle avait toujours attendu. »

« Pour Paul, Marie était la femme qui allait le sauver. Elle allait être la passion qui l’aiderait à renaître de ses cendres. »

Marie et Paul tombent amoureux. Follement. Passionnément. Si pour Marie, Paul est l’incarnation de l’amour absolu, pour Paul, ce nouvel amour est et restera un amour réparateur à la suite d’une séparation douloureuse. Et Marie sortira de cet amour plus forte

L’air de rien, par petites touches, passant d’un personnage à l’autre dans des scènes courtes et fortes, Nathalie Poitout dissèque le couple et le sentiment amoureux.

 

 

                                                  Le marché du travail

        Ressources inhumaines / Frédéric VIGUIER (Albin Michel)

 

ViguierLe lieu : un hypermarché dans une zone commerciale quelconque.

Les personnages : suivant une hiérarchie immuable, un directeur, des chefs de secteur, des chefs de rayon, des employés et des stagiaires. Et il y a « Elle », « Elle » qui, entrée à l’âge de 22 ans pour effectuer un stage d’immersion, a gravi les échelons de manière fulgurante en utilisant les moyens les plus vils.

Frédéric Viguier, qui a travaillé plusieurs années dans la grande distribution, dénonce brutalement et rageusement le profit érigé en système. Au détriment du bien-être des salariés. Son hypermarché est un théâtre où se joue une pièce dénonciatrice d’un monde impitoyable dans lequel la moindre humanité se paye très cher. Une écriture clinique, glaciale.

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Le prix du Premier roman 2015

12 nov

Le prix du Premier roman français a été décerné à Didier Castino pour Après le silence chez Liana Levy. Jean-Pierre Montal pour Les années Foch chez Guillaume de Roux et Frédéric Viguier pour Ressources inhumaines chez Albin Michel étaient aussi en lice.
En savoir plus sur ce prix.

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quelques premiers romans de la rentrée

24 oct

                

 

                                        Enquête sur un amour interdit

                L’amour des Loving / Gilles BIASSETTE (BakerStreet)

 

lovingCinquante ans après l’abrogation de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, Gilles Biassette romance une histoire vraie, oubliée et pourtant …

Richard et Mildred Loving ont joué un rôle majeur dans la marche vers l’égalité. En 1957, ils forment un jeune couple amoureux et se marient, mais il est Blanc et elle, métisse. L’État de Virginie où ils vivent est un état ségrégationniste. Condamnés et bannis de cet état, ils ne se verront reconnaître la légalité de leur mariage qu’en 1967 par la Cour Suprême.

À travers le portrait de ce couple discret, sans revendication aucune si ce n’est celle de fonder une famille – « les Loving n’étaient pas subversifs, mais leur amour l’était » – Gilles Biassette photographie l’Amérique profonde des années 50.

L’auteur fait des allers-retours entre ces années-là et les Etats-Unis de 2008 par la voix d’un jeune journaliste censé faire le portrait d’un ancien sénateur ségrégationniste, Harry Connors, qui va lui dévoiler bien des secrets.

 

                                                        Histoire familiale

                                La cache / Christophe BOLTANSKI (Stock)

 

cacheDans la famille Boltanski, on connaissait Luc, le sociologue et Christian, l’artiste. Voici Christophe, fils de Luc, qui livre là un portrait tendre, subtil et mélancolique de sa famille, fantasque entre toutes.

Trois figures dominent ce portrait familial : celles de la grand-mère maternelle, une femme handicapée, écrivain, qui régente son monde d’une main de fer, d’Étienne, son mari, médecin, un homme bon, effacé et mélancolique et de Jean-Élie, linguiste, le très discret frère de Luc et Christian.

Christophe Boltanski construit son récit autour d’un lieu, l’appartement familial, sis rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement à Paris. En dessinant les pièces et en les parcourant (cuisine, bureau, salon… sans oublier la voiture, dans laquelle la famille s’entasse sans jamais en sortir pour parcourir l’Europe, car « elle satisfait nos désirs d’évasion et d’enfermement, de venue au monde et de retour à l’œuf fœtal »), Christophe Boltanski raconte le quotidien de cette famille bourgeoise, fauchée, pleine d’énergie, marquée par la peur : «Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes (…) Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises (…) De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire (…) De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses (…) Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels (…) De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Il faut dire que pendant la Deuxième Guerre mondiale, Étienne se terra dans une cache, « l’entre-deux », un espace qu’il garda, « la pièce lui servait d ‘espace transitionnel entre le dedans et le dehors, entre son for intérieur et la réalité. » En quelque sorte, la famille n’est jamais sortie de cette cache.

Christophe Boltanski décrit une famille marquée par l’Histoire, perpétuellement révoltée et empreinte de paradoxes – juive et catholique, bourgeoise et désargentée, repliée sur  elle-même et ouverte au monde.

 

                                        Conversation avec Camille

                Camille, mon envolée / Sophie DAULL (Philippe Rey)

 

camilleAprès la mort soudaine de sa fille Camille, âgée de 16 ans, Sophie Daull commence à écrire, jour après jour, s’attelant à « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore, radieuses, contempler le monde. » Si Sophie Daull fait de sa fille un être de papier (selon l’expression du romancier Philippe Forest qui écrivit L’enfant éternel après la mort de sa propre petite fille) c’est pour rester à ses côtés, continuer à cheminer avec elle au quotidien.

La complicité, les chamailleries, les fous rires remplacés par le vide et le chagrin sont le fil conducteur du roman. Point d’atermoiement mais une volonté de raconter au plus près les quelques jours où la maladie soudaine et inexpliquée emporta la vie de Camille et en même temps celle de ses proches, puis les jours et les mois qui suivront.

La cocasserie et l’humour apparaissent dans les situations les plus dramatiques, comme l’organisation des funérailles de l’adolescente. Ce roman montre avec délicatesse le courage et la pudeur extrême d’une mère devant l’insupportable.

 

                                              Les forces du mal

                   Les loups à leur porte / Jérémy FEL (Rivages)

 

loupsUn adolescent, un bidon d’essence à la main, regarde la ferme de ses parents brûler, ses parents à l’intérieur. Un jeune homme traverse les Etats-Unis, un enfant sur le siège arrière de sa voiture, afin de le soustraire aux griffes de sa mère. Marie-Beth, une serveuse vivant au fin fond de l’Arkansas, doit faire face à un passé qu’elle avait vainement tentée de fuir. En France, des adolescents disparaissent dans la région de Nantes et ne sont jamais retrouvés. Près d’Annecy, dans une maison ressemblant à celle de Manderley, une jeune fille vit recluse. Quel point en commun entre ces personnages ?

Jérémy Fel, jeune auteur nourri de séries et de littérature américaines, a construit un puzzle diabolique où les forces du mal sont en chaque personnage qu’ils soient persécuteurs ou persécutés. Fan de David Lynch, de Stephen King, de Joyce Carol Oates, Jérémy Fel affirme dans une interview récente (Technikart, juillet 2015) : « La découverte de l’œuvre de Joyce Carol Oates a été déterminante. Elle a expliqué que pour elle écrire c’était « confronter la part civilisée de l’homme à sa part de sauvagerie ». J’y souscris totalement, et cela peut tout à fait résumer ce que je tente moi-même de creuser dans ce premier roman. Je suis fasciné par la force qui se dégage de ses œuvres, la complexité de ses personnages, cette façon de malmener et de sonder leurs âmes, de ne pas avoir peur de confronter son lecteur aux pulsions humaines les plus sombres ».

De l’imagination, le sens de la narration et du suspense, une écriture très cinématographique, l’art de fouiller les âmes les plus perverses, tout concourt à ne pas lâcher ce premier roman magistral de maîtrise et d’invention.

 

                                   Chronique d’une mort annoncée

        La maladroite/ Alexandre SEURAT (Le Rouergue ; La Brune)

 

maladroiteL’institutrice

Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. . .

 

Diana est une petite fille bien maladroite. Elle se cogne, elle se coupe, elle se brûle, elle tombe. Attachante et troublante, elle est souvent comme hors du monde et part dans des rires aigus, mystérieux.  Elle voudrait tant que ses parents l’aiment.

Puis, un jour Diana disparaît.

Alors, ceux qui l’ont côtoyée – grand-mère, frère aîné, institutrices, directrices d’écoles, assistante sociale, gendarme – prennent la parole. Pour dire ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils auraient pu faire. Ces voix entremêlées disent leur incompréhension, l’indicible.

Inspiré d’une histoire vraie, Alexandre Seurat a écrit un roman distancié, d’une sobriété exemplaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Premiers romans à découvrir avant la rentrée

26 août

 

Requin / Bertrand BelinRequin chagrin

Requin / Bertrand BELIN (POL)

« Mes poumons seront bientôt remplis de l’eau du lac. Entre ce moment et ma mort, il y aura certainement quelques secondes, ou une seconde seulement. Je produirai un dernier mouvement involontaire, j’imagine. Comme une cornemuse qu’un sonneur vient de poser sur une table se vide de son air en s’affaissant et agite bourdons et chalumeau dans une dernière imploration, je produirai un dernier mouvement et ce mouvement continuera sans moi ».

Une banale crampe et voici notre héros en train de se noyer bêtement dans les eaux d’un lac artificiel. Avant de s’enfoncer à jamais, le temps (180 pages) d’un chant d’adieu. Sa femme et son enfant, restés sur la berge « dans un carré de lumière », semblent déjà loin.

Si près de la mort « dont on se doute qu’elle ne promet pas grand chose d’incontestablement folichon » et, cependant, la regardant comme il semblait déjà affronter la vie, sans illusion aucune, avec une distance teintée de résignation quoique… Dans un monologue parsemé de digressions parfois burlesques se détachent des images déchirantes comme celle d’une pêche miraculeuse de lait ou d’une chasse désespérée au cygne, symboles d’une vie manquée.

Bertrand Belin, auteur-compositeur talentueux, ajoute une corde à son arc avec ce beau roman où l’absurde le dispute à la mélancolie.

 

Data transport / Mathieu BrosseauObjet poétique non identifié 

Data transport / Mathieu BROSSEAU (L’Ogre)

 

Exercice de style(s) ou objet poétique non identifié ? Ou les deux ? Car voici un bien étrange livre dont le romanesque est résolument absent. Tout ici désarçonne à commencer par la forme : des textes fragmentés sans lien décelable entre eux, une écriture parsemée d’équations énigmatiques et d’interrogations métaphysiques …

L’histoire ? M, le personnage, est sauvé des eaux par un cargo. Nu comme un ver, comme au premier jour. Il a perdu l’usage de la parole et oublié sa propre histoire. Parole et histoire qu’il se réappropriera par de bien curieux artifices. Entre résurgences de bribes d’enfance et perceptions bizarres du monde, M s’interroge sur le sens de la vie et notre présence au monde.

Benoît Laureau et Aurélien Blanchard, les fondateurs des toutes jeunes éditions de l’Ogre, définissent ainsi leur ligne éditoriale : « Avec l’Ogre, nous souhaitons défendre des livres qui, d’une manière ou d’une autre, mettent à mal notre sens de la réalité, traitent de ce moment drôle ou terrifiant où les choses et les gens ne semblent plus être ce qu’ils sont d’habitude, où le dehors arrête d’être sage et rangé … ». Pari tenu avec ce premier roman poétique de Mathieu Brosseau.

 

99 nuits / Yves CabanaJe t’aime moi non plus 

99 nuits / Yves CABANA (Gallimard)

 

Autopsie d’un amour défunt.

Corso aime Juliette, qui le quitte ou souhaite le quitter, on ne sait plus. Corso qui, après avoir épousé des femmes et fait des enfants en veux-tu en voilà, souffre encore et toujours. Corso, jamais remis de la mort de ses parents (une mère rongée par le chagrin et l’alcool, un père qui, sur son lit de mort, le confond avec son frère défunt), porte un regard acéré et piquant sur la société. Mais quant à donner un sens à sa vie, c’est une autre histoire ! De nombreux chapitres courts donnent un rythme soutenu au récit. Une écriture précise, enlevée. Un humour salvateur.

 

Après le silence / Didier CastinoMort de la classe ouvrière 

Après le silence / Didier CASTINO (Liana Levi)

 

« Savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu’elle est précisément là où tu n’es pas – c’est le commencement de l’écriture ». Cette citation de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, mis en exergue par Didier Castino illustre à merveille le sujet de son roman.

Roman de la condition ouvrière, monologue d’un homme simple et digne, un ouvrier syndicaliste aux Acieries & Fonderies du Midi qui aimait son travail à l’usine, mort écrasé par un moule de plusieurs tonnes. La voix passe, de manière très subtile, du père à son fils. Celui-ci, encore enfant à la mort de son père, héritier d’une image magnifiée de ce père, n’a de cesse de se défaire de cet héritage. En vain.

Une très belle écriture. Un roman très fort.

 

La triomphante / Teresa CremisiAutoportrait d’une femme libre 

La triomphante / Teresa CREMISI (Éditions des Équateurs)

 

Autoportrait d’une femme libre, celui de l’éditrice Teresa Cremisi. Celle qui présida aux destinées littéraires de grands auteurs, chez Gallimard puis chez Flammarion, se lance dans l’arène de la fiction, non pour dépeindre le milieu éditorial mais pour aller à la rencontre de la petite fille d’Alexandrie qu’elle fut dans les années 40 dans une Égypte cosmopolite et solaire. Puis ce fut le brusque départ en 1956 et la découverte de l’Europe tant rêvée.

La jeune femme va s’adapter « jamais triomphante, toujours prudemment dissimulée ». C’est l’histoire d’un exil, sans l’empreinte d’une nostalgie quelconque. Teresa Cremisi clôt cet autoportrait par un très beau poème de Constantin Cavafy, né comme elle à Alexandrie

 

Minuit et demi. L’heure a vite passé,

depuis qu’à neuf heures j’ai allumé la lampe,

et suis venu m’asseoir ici. Je suis resté sans lire,

et sans parler. À qui aurais-je pu parler,

moi qui vis seul dans cette maison

 

Minuit et demi. Comme l’heure a passé.

Minuit et demi. Comme les années ont passé.

 

La surface de réparation / Alain Gillot Echec et mat

La surface de réparation / Alain GILLOT (Flammarion)

 

Soit Vincent, entraîneur de football de l’équipe junior de Sedan, un type solitaire et juste ce qu’il faut de bougon. Soit Léonard, son neveu, un ado atteint du syndrome d’Asperger. Soit Madeleine, la sœur de Vincent, accessoirement mère de l’ado, toujours en galère. Soit Catherine, psychiatre, qui va s’enticher de Vincent. Soit …

Alain Gillot, scénariste, a écrit ici un roman très cinématographique, simple, charmant, sentimental.

 

Je ne vous quitterai pas  Pascal LouvrierTestament

Je ne vous quitterai pas / Pascal LOUVRIER (Allary Éditions)

 

« Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas.». C’est par ces mots que François Mitterrand conclut ses vœux aux Français en 1994.

Presque vingt ans plus tard, Jacques Libert, vieux routier de la politique, ami intime de très longue date de l’ancien président, se réfugie dans sa bicoque au bord d’une falaise près de Varengeville. Cet homme ambigu, cynique va mourir, entouré de ses fantômes dont celui de sa femme qu’il humilia sans cesse. Il va publier un ouvrage dans lequel il livre des secrets sur Mitterrand. Deux témoins vont l’aider à se raconter, une jeune femme et un journaliste.

Agréable récit romanesque par un auteur qui a été la plume de plusieurs hommes politiques.

 

Les oubliés du dimanche / Valérie PerrinRédemption

Les oubliés du dimanche / Valérie PERRIN (Albin Michel) 

 

Les oubliés du dimanche et des autres jours, ce sont les pensionnaires de la maison de retraite les Hortensias. Une jeune aide-soignante va se prendre d’affection pour l’une d’entre elles, Hélène, et noter les souvenirs de cette vieille dame dans un petit carnet bleu. Des portraits joliment dessinés, de belles et tristes histoires d’amour passées et présentes, des secrets… Un mélange d’émotion, de nostalgie et d’humour. Un roman très cinématographique.

 

Finir la guerre / Michel SerfatiDommages de guerre 

Finir la guerre / Michel SERFATI

 

La guerre d’Algérie a pris fin il y a plus d’un demi siècle. Après le suicide de son père, un vieil homme taciturne et tourmenté, Alex part en Algérie sur les traces de ce père mal aimé, mobilisé en 1959, pensant qu’il allait trouver là une réponse à ses doutes. Grâce à une jeune femme, fille d’un Algérien que le père d’Alex a sauvé, Alex va remonter le temps et mettre au jour des serments non tenus. Il découvrira aussi l’Algérie d’aujourd’hui, lumineuse et violente.

Passé et présent s’entremêlent, douloureusement, dans ce beau et émouvant roman qui sonne vraiment très juste.

 

De notre envoyé spécial / Philippe TrétiackPortraits croisés 

De notre envoyé spécial / Philippe TRÉTIACK (L’Olivier)

 

« Bien qu’inspiré de reportages effectués autour du monde, ce livre est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des faits et des êtres réels ne serait que pure coïncidence ».

D’emblée, Philippe Trétiack, nous avertit : il a écrit une fiction même si celle-ci a tout l’air d’un document pris sur le vif. Une fiction avec de vrais-faux personnages qui ne répondent pas au grand reporter venu les rencontrer mais parlent après le départ de celui-ci. Ils sont 17, photographe, chauffeur, fixeur, documentariste, homme d’affaires… Ils habitent Palerme, Moscou, Belfast, Tchernobyl ou encore le Queens, et chacun à son tour se confie sur sa propre vie et livre ses impressions sur ce journaliste venu de si loin pour les interviewer. Philippe Trétiack, grand reporter, témoigne lui-même dans le dernier chapitre de l’histoire de sa famille.

Ces monologues fictifs d’une force inouïe, emplis d’humanité, loin de tout artifice journalistique, touchent en plein cœur.

 

La brûlure de l'été / Jacques WeberAu bord du monde 

La brûlure de l’été / Jacques WEBER (Stock)

 

Pour son premier roman, Jacques Weber s’est inspiré d’un fait-divers dramatique survenu dans les années 80 : une famille se suicida sous les roues d’un TGV.

Le comédien se fait le héraut de ces laissés-pour-compte en leur rendant dignité et courage. Il plante le décor dans un petit village avec son bistrot, ses piliers de bar qui refont le monde et la famille de Dino et Lisette en lisière, vivant dans une gare désaffectée. Au bord du monde. Dino, rescapé d’un pays en guerre dans les Balkans, Lisette, venue d’une île bretonne se sont retrouvés là avec leurs enfants, adoptés par les villageois. Mais peu à peu, la précarité progresse …

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Sélection du Prix Senghor, prix du Premier roman francophone et francophile

21 juil

Les membres du jury du Prix Senghor se sont réunis le mardi 16 juin pour arrêter la liste définitive des titres des romans en lice pour l’attribution du prix.

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau de Mélanie Sadler. Flammarion

Debout-Payé de Gauz. Le nouvel Attila

La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen. Le Quartanier

Les enfants des cyclones de Ronald C. Paul. Le Soupirail

Erable de Saskia de Rothschild. Stock.

L’homme qui ne voulait plus être roi de Joan Condijts. Genèse

India Express de Constantin Simon. Le Passage.

Les jardins de consolation de Pariza Reza. Gallimard

Un jeune homme prometteur de Gautier Battistella. Grasset

Le voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy. Rivages

Le prix sera décerné le mercredi 30 septembre au Centre Wallonie-Bruxelles dans le cadre du festival Francophonie métissée qui se tient du 29 septembre au 16 octobre.

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