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Métamorphose d’un crabe – Sylvie Dazy, éditions Le Dilettante

27 Oct

Originaire du Creusot, adoptée tôt dans sa jeunesse par la Bretagne, Sylvie Dazy découvre à vingt deux ans le monde triste et brutal des prisons de Fleury-Mérogis et de la Santé. Entre les murs de ces prisons, elle est depuis près de vingt ans éducatrice chargée de la réinsertion. De cette expérience professionnelle et personnelle intense, elle tire son premier roman Métamorphose d’un crabe.

Dans ce récit, le crabe c’est notre narrateur, Christo, un jeune gardien de prison venu du Nord de la France affecté pour son premier poste à la Santé à Paris. Tantôt naïf, tantôt critique, Christo se déclare d’emblée « ethnologue » en sa prison et témoigne ainsi du sombre quotidien du milieu carcéral, celui des prisonniers comme des gardiens. Christo dépeint ainsi un monde monotone, sans affects ni sensations :

« la taule, c’est la mort des sens »

Métamorphose d'un crabe

Il décrit aussi ce monde sous surveillance et extrêmement codifié. En prison et parmi les gardiens, c’est le règne du « masculin intangible ». Le moindre écart de parole ou de comportement conduira le gardien à la rétrogradation et l’exclusion de ses pairs :

« la tribu pénitentiaire me rejette, la faute à mon regard qui vient d’on ne sait où. Je n’ai pas non plus sacrifié aux paroles rituelles où les surveillants communient. Souder les chaîne entre nous, c’est utiliser les même mots… »

Malgré la force morale et certains succès professionnels de Christo, c’est progressivement à la chute rapide de cet anti-héros que le lecteur assiste. En sacrifiant son narrateur, Sylvie Dazy montre à quel point le personnel des prisons est autant prisonnier et en souffrance que les détenus. La Métamorphose d’un Crabe est un témoignage poignant et réaliste sur les conditions de vie et de travail en prison. Avec cette brève fiction engagée, on découvre avec plaisir la très belle plume de Sylvie Dazy, qui a su sonder avec une grande délicatesse et pudeur une réalité pourtant très abrupte.

Livres Hebdo du 24 juin, Avant Critique : « sans complaisance, mais avec un vrai souffle romanesque, Sylvie Dazy accompagne son héros sur ses chemins de perdition. Ce faisant, elle lui rend la dignité que confère la littérature à ses enfants méritants ». (Olivier Mony)

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