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Lucie ou la vocation

9 Dec

Maëlle Guillaud propose un premier roman au sujet ambitieux, puisqu’elle traite ici du thème bien particulier de la vocation religieuse, interrogée par la meilleure amie de l’héroïne, qui ne comprend absolument pas cette décision.

Juliette, sa meilleure amie, mais aussi la maman de Lucie : toutes les deux sont désemparées face à ce choix « radical », puisqu’il entraîne progressivement mais sans retour possible Lucie loin d’elles, dans une vocation qui demandera de nombreux sacrifices.

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Le récit accroche assez vite le lecteur, dans un style précis et en même temps elliptique, où le choix de Lucie de rentrer dans les ordres s’accompagne d’une véritable déconvenue : toute entière tournée vers ce choix spirituel, rien ne l’avait préparée aux codes tacites et aux règles très dures de la vie en communauté.

Très rapidement, le malaise s’installe : pourquoi faut-il absolument terminer son assiette, si peu appétissante qu’elle en devient un réel défi personnel ?
Pourquoi ce miroir dans la chambre des novices, quand leur lien au corps est coupé, le port de l’habit voilant et neutralisant le corps unique et particulier de chacune, dans une norme à respecter sans concession possible.

A travers le rapport au corps, à la nourriture, à travers l’éloignement progressif mais inéluctable des proches, en proie à une vraie souffrance de voir s’éloigner l’être cher sans possibilité de dialogue ou de contact, Maëlle Guillaud « teste » la foi en Dieu de son héroïne, Lucie.

Lucie un peu perdue, Lucie qui doute, mais toujours se ravise : là est sa place, elle en est convaincue.

Le roman se termine sur une sorte de revirement de situation, je n’en dirais bien sûr pas plus pour ne pas « spoiler ». Pour autant, il m’a laissé un goût d’inachevé, peut-être parce que le roman s’achève sur une note amère, qui ne dévoile pas grand-chose de l’état d’esprit de Lucie, qu’on a suivi pourtant dans sa métamorphose tant corporelle que spirituelle.

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© Philippe MATSAS

L’auteure s’en sort très bien pour un premier roman, distillant le doute et le malaise par petites doses, harponnant le lecteur dans les mêmes questions qui tourmentent Juliette, la meilleure amie de Lucie : pourquoi ce choix, pourquoi maintenant, et à quel prix ?
Dommage qu’il manque un peu d’enjeu : car finalement, non seulement le lecteur restera avec beaucoup de questions en suspens non résolues, mais l’aspect psychologique sera effleuré plus que fouillé. C’était pourtant un axe très intéressant pour aborder ce thème : comment s’adapter à un mode de vie plus subi que voulu, sous la pression d’un groupe aux codes fermement établis ? Jusqu’où peut-on aller pour assumer une soif de spiritualité qui se heurte à un quotidien anxiogène ?

Un premier roman qui divise, dans les réactions de ses lecteurs… Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Retrouvez-le dans les bibliothèques parisiennes.

 

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