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Mauvaise Passe, de Clémentine Haenel, éditions L’Arpenteur, 2018.

29 Août

mauvaisepasseElle regarde sa vie s’écouler dans la passivité et l’indifférence.

Dès les premières phrases, l’érotisme est anéanti sous un rouleau compresseur :

« La nuit, je m’ouvre. Je me dévoile ; je me déshabille. On peut me rouler dessus »

Elle laisse des hommes prendre possession de son corps. On se croit d’abord face au portrait d’une prostituée. Dans ce cas, le titre est un jeu de mots. Ce serait l’histoire d’une passe qui tourne mal…

« Je m’enfonce dans mes travers, je bois et je veille. »

Alors, on se laisse entraîner dans ses déambulations nocturnes :

« Il m’arrive de marcher sans direction : je fume des cigarettes qui brûlent la gorge, je lève la tête vers les fenêtres des derniers étages, je remarque parfois les gargouilles sur les façades des immeubles. Les prostituées, elles, gardent les rues et ne me reconnaissent plus. »

Et on découvre une jeune femme désorientée, qui aime en vain un homme marié, ne cherche pas de travail, et se fascine pour les meurtres en série, dont elle transpose l’horreur dans le torrent désordonné de sa conscience. Elle cherche tous les moyens pour être dépossédée de son corps: le sexe, l’alcool, les médicaments ou la fuite à Londres, à New York puis en Suède. Avant de reprendre goût, doucement, à la tendresse…

Clémentine Haenel, née en 1992, raconte, dans un roman concis, l’errance d’une jeune femme. Le style est d’abord neutre et analytique, ce qui rend toutes choses sordides. Peu à peu, on se rend compte qu’il y a quelque-chose qui cloche, une forme d’humour acéré, une misanthropie désarmante. Ce personnage atypique, lassé et tourmenté, nous offre finalement un regard original sur une nouvelle génération perdue.

 

Mauvaise Passe, Clémentine Haenel, L’arpenteur, Gallimard. Paru le 23 août 2018.

Disponible dans vos bibliothèques. Consultez le catalogue.

 

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