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7 Jan

quelques coups de cœur 2016

 

de nos frères blessés

      ANDRAS, Joseph : De nos frères blessés. Actes Sud

Il s’appelait Fernand Iveton. Il était ouvrier, militant communiste, partisan de l’indépendance algérienne. En 1956, il plastiqua un local désaffecté dans l’usine où il travaillait. Pour marquer les esprits, non pour faire des victimes. Condamné à mort, il fut guillotiné en février 1957. En retraçant avec force et de manière poignante l’engagement de ce militant, son attachement pour sa terre, l’Algérie, son amour pour sa femme, Joseph Andras rend ici justice à un homme, oublié de l’Histoire. Un roman, empreint d’une profonde humanité, qui va bien au-delà d’une simple biographie romancée.

collongues

COLLONGUES, Anne : Ce qui nous sépare. Actes Sud

Un RER file dans la nuit. Dans l’une des rames, sept personnages qui ne se connaissent pas, se voient à peine et sont tout à leurs pensées. La jeune auteure, photographe de profession, nous fait découvrir sept destinées attachantes avec une grande sensibilité, un sens de l’observation aigu et une certaine poésie. Anne Collongues nous révèle sept vies minuscules dans leur humanité avec les fêlures, les doutes, les peurs qui les habitent.

 

wandererLEON, Sarah : Wanderer. Héloïse d’Ormesson

Dans un huis-clos entremêlant passé et présent, baigné par le romantisme de Schubert, Sarah Léon met en scène les retrouvailles d’un maître de musique et de son élève mystérieusement disparu dix ans auparavant. Au cœur de l’hiver, dans une maison battue par les vents et enfouie sous la neige, les deux hommes se font face, confrontés à leurs tourments. Porté par une écriture délicate, ce roman de la jeune Sarah Léon dit les désirs inavoués.

 

marin-chilien

MATHIEU-DAUDÉ, Agnès : Le marin chilien. Gallimard

Alberto, un géologue chilien, n’a de marin que le sobriquet dont on l’affuble. Lorsqu’il débarque en Islande pour surveiller un volcan capricieux, il ne s’attend pas le moins du monde à être entraîné dans une histoire rocambolesque. Si le réveil du volcan se fait attendre, il n’est point besoin de patienter pour voir certains habitants entrer en éruption. C’est ainsi qu’Alberto, qui se retrouve propriétaire d’une usine fantôme de sardines, est, entre autres aventures, notamment poursuivi par un mari irascible et entraîné dans une traversée de l’île en compagnie d’une adolescente fugueuse. Une histoire rocambolesque racontée avec une douce ironie.

 

meme-ciel

RIBEIRO, Ludivine : Le même ciel. JC Lattès

Le ciel, le soleil et la mer. Et six personnages en mal de vivre. Lupo, un dessinateur secret et son chien bizarrement dénommé Avocado Shrimp. Nils et Tessa, un couple qui s’étourdit dans des fêtes. Line, leur fille, une adolescente fragile, qu’un rien submerge. Tom, leur petit garçon questionneur en diable. Sans oublier Vanina Silver, une femme dont la disparition va déclencher bien des remises en question. Un joli roman empreint d’élégance sur le temps qui passe et le deuil de l’enfance.

 

ali-zamir

ZAMIR, Ali : Anguille sous roche. Le Tripode

La jeune Anguille, en train de se noyer au large de Mayotte, nous entraîne irrémédiablement avec elle en une longue phrase sinueuse de 360 pages. Avant de sombrer corps et âme, elle a le temps de pousser un dernier cri de rage. À travers l’histoire d’Anguille, Ali Zamir écrit un roman qui, sous des airs faussement naïfs, dit superbement les épreuves et l’insoumission.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sélection des trente 1ers romans 2016

7 Jan

premiers-romans

 

Voici la sélection  2016 des trente romans retenus par les lecteurs et les bibliothécaires

Joseph ANDRAS / De nos frères blessés (Actes Sud)

Philippe ARONSO / Un trou dans le ciel (L’Inculte)

Morgan AUDIC / Trop de morts au pays des merveilles (Rouergue noir)

Baron de S. / La démence de François (Tallandier)

Colombe BONCENNE / Comme neige (Buchet Chastel)

Olivier BOURDEAUT / En attendant Bojangles (Finitude)

François BUGEON / Le monde entier (Rouergue)

Jean-Marie CECI / Monsieur Origami (Gallimard)

Anne COLLONGUES / Ce qui nous sépare (Actes Sud)

Stéphanie DUPAYS / Brillante (Mercure de France)

Gaël FAYE / Petit Pays (Grasset)

Yan GAUCHARD / Le cas Annunziato (Minuit)

Nathalie GENDROT / Le monde sensible (L’Olivier)

Paul GREVEILLAC / Les âmes rouges (Gallimard)

Maëlle GUILLAUD / Lucie ou la vocation (Héloïse d’Ormesson)

Stéphane JOLIBERT / Dedans ce sont des loups (Le Masque)

Pauline-Gaïa LABURTE / Ritzy (Albin Michel)

Sarah LEON / Wanderer (Héloïse d’Ormesson)

Agnès MATHIEU-DAUDE / Un marin chilien (Gallimard)

Madeleine de PLACE / Petites misères d’une presque trentenaire (Carnets Nord & Montparnasse)

Catherine POULAIN / Le grand marin (Gallimard)

Didier POURQUERY / L’été d’Agathe (Grasset)

Yan PRADEAU / Algèbre (Allia)

Ludivine RIBEIRO / Le même ciel (Lattès)

Frédéric SURVILLE / Hippolyte ou les orages de l’Histoire (Le Cherche Midi)

Ahmed TIAB / Le Français de Roseville (L’Aube)

Marc TREVIDIC / Ahlam (Lattès)

Sophie de VILLENOISY / Joyeux suicide et bonne année (Denoël)

Sylvie YVERT / Mousseline la sérieuse (Héloïse d’Ormesson)

Ali ZAMIR / Anguille sous roche (Le Tripode)

 

 

 

 

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1ers romans de la rentrée (suite)

20 Nov

                                            

 

                                                         Mary, Mary

                                       Mary / Emily BARNETT (Rivages)

 

barnettMary, une adolescente, vit recluse avec sa mère dans un château. Dans les années 2000. Mary, une jeune Américaine, vit à Paris avec son mari. Dans les années 1950.

Un seul prénom, deux Mary aux destins tourmentés. La première s’exprime à la première personne, l’autre est vue à travers le regard d’une narratrice. Un lien unit ces deux femmes mais quel est-il ? Emily Barnett entrelace des destinées marquées par la violence et la folie. Le lecteur se perd dans les délires de l’une pour se retrouver dans les interrogations de l’autre.

Un puzzle troublant et énigmatique.

 

                                                    Un impossible oubli

                      Daniel Avner a disparu / Elena COSTA (Gallimard)

 

costadanielavneradisparuDaniel Avner n’a rien oublié. Ni l’assassinat de sa famille dans les camps d’extermination, ni la brutalité physique de son grand-père à son encontre pendant des années. Il se prive de nourriture. Il déambule dans Paris jusqu’à l’épuisement. Ses pas le conduisent inéluctablement vers l’hôtel Lutetia, là où il attendit vainement ses proches à l’issue de la guerre.

Pourquoi David Avner accepte t-il la souffrance jusqu’à son paroxysme ? La rencontre d’une jeune femme, Dora, n’ y changera rien, Avner s’enfoncera dans la nuit.

Elena Costa dresse le portrait d’un homme rongé par la culpabilité pour n’avoir pas disparu avec les siens.

Un roman obsédant et glacial.

 

 

                                                    Chronique de la folie

                          Le présent infini s’arrête / Mary DORSAN (POL)

 

dorsan« Bon, j’écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors, ça remue ! Ça remue les soignants. J’écris les souffrances de ces jeunes. La difficulté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d’écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c’est, ce travail, leur vie. Je veux … Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l’on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l’exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur. »

700 pages qui décrivent le présent infini du quotidien d’une infirmière psychiatrique et de l’équipe qui l’entoure, auprès d’adolescents atteints de troubles psychiatriques, sans repère familial et affectif, ou si peu. La vie donc : la cuisine, le jardinage, les sorties culturelles, les réunions de service… La vie avec son lot d’émotion, d’attentions, d’exaspération, de découragement, de puanteur, de douceur, de rires, de larmes, de cris mais avant tout de violence et de souffrance.

700 pages qui disent l’extrême difficulté d’être, d’être à soi, d’être aux autres. Mais également un roman dans lequel la couleur d’un ciel, la lecture d’un roman, un fou rire illuminent la vie.

 

 

                                                         De sang-froid

                      La petite barbare / Astrid MANFREDI (Belfond)

 

manfrediLa petite barbare a la beauté du diable.

Elle n’a pas su dire non et a commis l’irréparable sans sourciller. Elle n’éprouve aucun remords. Elle est à l’isolement en prison et crache son venin à la face du monde dans un long monologue. Elle raconte tout : l’enfance dans une cité, la famille absente, les amitiés douteuses, l’argent facile, l’engrenage fatal.

Astrid Manfredi s’est inspirée d’un faits-divers pour dresser le portrait d’une jeune fille qui crie sa haine des autres. Dans un style cru, direct.

 

 

                                          Radiographie d’un amour

                               Avec lui / Nathalie POITOUT (Alma)

 

Poitout« Pour Marie, Paul était l’incarnation d’un rêve. Il était celui qu’elle avait toujours attendu. »

« Pour Paul, Marie était la femme qui allait le sauver. Elle allait être la passion qui l’aiderait à renaître de ses cendres. »

Marie et Paul tombent amoureux. Follement. Passionnément. Si pour Marie, Paul est l’incarnation de l’amour absolu, pour Paul, ce nouvel amour est et restera un amour réparateur à la suite d’une séparation douloureuse. Et Marie sortira de cet amour plus forte

L’air de rien, par petites touches, passant d’un personnage à l’autre dans des scènes courtes et fortes, Nathalie Poitout dissèque le couple et le sentiment amoureux.

 

 

                                                  Le marché du travail

        Ressources inhumaines / Frédéric VIGUIER (Albin Michel)

 

ViguierLe lieu : un hypermarché dans une zone commerciale quelconque.

Les personnages : suivant une hiérarchie immuable, un directeur, des chefs de secteur, des chefs de rayon, des employés et des stagiaires. Et il y a « Elle », « Elle » qui, entrée à l’âge de 22 ans pour effectuer un stage d’immersion, a gravi les échelons de manière fulgurante en utilisant les moyens les plus vils.

Frédéric Viguier, qui a travaillé plusieurs années dans la grande distribution, dénonce brutalement et rageusement le profit érigé en système. Au détriment du bien-être des salariés. Son hypermarché est un théâtre où se joue une pièce dénonciatrice d’un monde impitoyable dans lequel la moindre humanité se paye très cher. Une écriture clinique, glaciale.

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quelques premiers romans de la rentrée

24 Oct

                

 

                                        Enquête sur un amour interdit

                L’amour des Loving / Gilles BIASSETTE (BakerStreet)

 

lovingCinquante ans après l’abrogation de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, Gilles Biassette romance une histoire vraie, oubliée et pourtant …

Richard et Mildred Loving ont joué un rôle majeur dans la marche vers l’égalité. En 1957, ils forment un jeune couple amoureux et se marient, mais il est Blanc et elle, métisse. L’État de Virginie où ils vivent est un état ségrégationniste. Condamnés et bannis de cet état, ils ne se verront reconnaître la légalité de leur mariage qu’en 1967 par la Cour Suprême.

À travers le portrait de ce couple discret, sans revendication aucune si ce n’est celle de fonder une famille – « les Loving n’étaient pas subversifs, mais leur amour l’était » – Gilles Biassette photographie l’Amérique profonde des années 50.

L’auteur fait des allers-retours entre ces années-là et les Etats-Unis de 2008 par la voix d’un jeune journaliste censé faire le portrait d’un ancien sénateur ségrégationniste, Harry Connors, qui va lui dévoiler bien des secrets.

 

                                                        Histoire familiale

                                La cache / Christophe BOLTANSKI (Stock)

 

cacheDans la famille Boltanski, on connaissait Luc, le sociologue et Christian, l’artiste. Voici Christophe, fils de Luc, qui livre là un portrait tendre, subtil et mélancolique de sa famille, fantasque entre toutes.

Trois figures dominent ce portrait familial : celles de la grand-mère maternelle, une femme handicapée, écrivain, qui régente son monde d’une main de fer, d’Étienne, son mari, médecin, un homme bon, effacé et mélancolique et de Jean-Élie, linguiste, le très discret frère de Luc et Christian.

Christophe Boltanski construit son récit autour d’un lieu, l’appartement familial, sis rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement à Paris. En dessinant les pièces et en les parcourant (cuisine, bureau, salon… sans oublier la voiture, dans laquelle la famille s’entasse sans jamais en sortir pour parcourir l’Europe, car « elle satisfait nos désirs d’évasion et d’enfermement, de venue au monde et de retour à l’œuf fœtal »), Christophe Boltanski raconte le quotidien de cette famille bourgeoise, fauchée, pleine d’énergie, marquée par la peur : «Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes (…) Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises (…) De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire (…) De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses (…) Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels (…) De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Il faut dire que pendant la Deuxième Guerre mondiale, Étienne se terra dans une cache, « l’entre-deux », un espace qu’il garda, « la pièce lui servait d ‘espace transitionnel entre le dedans et le dehors, entre son for intérieur et la réalité. » En quelque sorte, la famille n’est jamais sortie de cette cache.

Christophe Boltanski décrit une famille marquée par l’Histoire, perpétuellement révoltée et empreinte de paradoxes – juive et catholique, bourgeoise et désargentée, repliée sur  elle-même et ouverte au monde.

 

                                        Conversation avec Camille

                Camille, mon envolée / Sophie DAULL (Philippe Rey)

 

camilleAprès la mort soudaine de sa fille Camille, âgée de 16 ans, Sophie Daull commence à écrire, jour après jour, s’attelant à « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore, radieuses, contempler le monde. » Si Sophie Daull fait de sa fille un être de papier (selon l’expression du romancier Philippe Forest qui écrivit L’enfant éternel après la mort de sa propre petite fille) c’est pour rester à ses côtés, continuer à cheminer avec elle au quotidien.

La complicité, les chamailleries, les fous rires remplacés par le vide et le chagrin sont le fil conducteur du roman. Point d’atermoiement mais une volonté de raconter au plus près les quelques jours où la maladie soudaine et inexpliquée emporta la vie de Camille et en même temps celle de ses proches, puis les jours et les mois qui suivront.

La cocasserie et l’humour apparaissent dans les situations les plus dramatiques, comme l’organisation des funérailles de l’adolescente. Ce roman montre avec délicatesse le courage et la pudeur extrême d’une mère devant l’insupportable.

 

                                              Les forces du mal

                   Les loups à leur porte / Jérémy FEL (Rivages)

 

loupsUn adolescent, un bidon d’essence à la main, regarde la ferme de ses parents brûler, ses parents à l’intérieur. Un jeune homme traverse les Etats-Unis, un enfant sur le siège arrière de sa voiture, afin de le soustraire aux griffes de sa mère. Marie-Beth, une serveuse vivant au fin fond de l’Arkansas, doit faire face à un passé qu’elle avait vainement tentée de fuir. En France, des adolescents disparaissent dans la région de Nantes et ne sont jamais retrouvés. Près d’Annecy, dans une maison ressemblant à celle de Manderley, une jeune fille vit recluse. Quel point en commun entre ces personnages ?

Jérémy Fel, jeune auteur nourri de séries et de littérature américaines, a construit un puzzle diabolique où les forces du mal sont en chaque personnage qu’ils soient persécuteurs ou persécutés. Fan de David Lynch, de Stephen King, de Joyce Carol Oates, Jérémy Fel affirme dans une interview récente (Technikart, juillet 2015) : « La découverte de l’œuvre de Joyce Carol Oates a été déterminante. Elle a expliqué que pour elle écrire c’était « confronter la part civilisée de l’homme à sa part de sauvagerie ». J’y souscris totalement, et cela peut tout à fait résumer ce que je tente moi-même de creuser dans ce premier roman. Je suis fasciné par la force qui se dégage de ses œuvres, la complexité de ses personnages, cette façon de malmener et de sonder leurs âmes, de ne pas avoir peur de confronter son lecteur aux pulsions humaines les plus sombres ».

De l’imagination, le sens de la narration et du suspense, une écriture très cinématographique, l’art de fouiller les âmes les plus perverses, tout concourt à ne pas lâcher ce premier roman magistral de maîtrise et d’invention.

 

                                   Chronique d’une mort annoncée

        La maladroite/ Alexandre SEURAT (Le Rouergue ; La Brune)

 

maladroiteL’institutrice

Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. . .

 

Diana est une petite fille bien maladroite. Elle se cogne, elle se coupe, elle se brûle, elle tombe. Attachante et troublante, elle est souvent comme hors du monde et part dans des rires aigus, mystérieux.  Elle voudrait tant que ses parents l’aiment.

Puis, un jour Diana disparaît.

Alors, ceux qui l’ont côtoyée – grand-mère, frère aîné, institutrices, directrices d’écoles, assistante sociale, gendarme – prennent la parole. Pour dire ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils auraient pu faire. Ces voix entremêlées disent leur incompréhension, l’indicible.

Inspiré d’une histoire vraie, Alexandre Seurat a écrit un roman distancié, d’une sobriété exemplaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Premiers romans à découvrir avant la rentrée

26 Aug

 

Requin / Bertrand BelinRequin chagrin

Requin / Bertrand BELIN (POL)

« Mes poumons seront bientôt remplis de l’eau du lac. Entre ce moment et ma mort, il y aura certainement quelques secondes, ou une seconde seulement. Je produirai un dernier mouvement involontaire, j’imagine. Comme une cornemuse qu’un sonneur vient de poser sur une table se vide de son air en s’affaissant et agite bourdons et chalumeau dans une dernière imploration, je produirai un dernier mouvement et ce mouvement continuera sans moi ».

Une banale crampe et voici notre héros en train de se noyer bêtement dans les eaux d’un lac artificiel. Avant de s’enfoncer à jamais, le temps (180 pages) d’un chant d’adieu. Sa femme et son enfant, restés sur la berge « dans un carré de lumière », semblent déjà loin.

Si près de la mort « dont on se doute qu’elle ne promet pas grand chose d’incontestablement folichon » et, cependant, la regardant comme il semblait déjà affronter la vie, sans illusion aucune, avec une distance teintée de résignation quoique… Dans un monologue parsemé de digressions parfois burlesques se détachent des images déchirantes comme celle d’une pêche miraculeuse de lait ou d’une chasse désespérée au cygne, symboles d’une vie manquée.

Bertrand Belin, auteur-compositeur talentueux, ajoute une corde à son arc avec ce beau roman où l’absurde le dispute à la mélancolie.

 

Data transport / Mathieu BrosseauObjet poétique non identifié 

Data transport / Mathieu BROSSEAU (L’Ogre)

 

Exercice de style(s) ou objet poétique non identifié ? Ou les deux ? Car voici un bien étrange livre dont le romanesque est résolument absent. Tout ici désarçonne à commencer par la forme : des textes fragmentés sans lien décelable entre eux, une écriture parsemée d’équations énigmatiques et d’interrogations métaphysiques …

L’histoire ? M, le personnage, est sauvé des eaux par un cargo. Nu comme un ver, comme au premier jour. Il a perdu l’usage de la parole et oublié sa propre histoire. Parole et histoire qu’il se réappropriera par de bien curieux artifices. Entre résurgences de bribes d’enfance et perceptions bizarres du monde, M s’interroge sur le sens de la vie et notre présence au monde.

Benoît Laureau et Aurélien Blanchard, les fondateurs des toutes jeunes éditions de l’Ogre, définissent ainsi leur ligne éditoriale : « Avec l’Ogre, nous souhaitons défendre des livres qui, d’une manière ou d’une autre, mettent à mal notre sens de la réalité, traitent de ce moment drôle ou terrifiant où les choses et les gens ne semblent plus être ce qu’ils sont d’habitude, où le dehors arrête d’être sage et rangé … ». Pari tenu avec ce premier roman poétique de Mathieu Brosseau.

 

99 nuits / Yves CabanaJe t’aime moi non plus 

99 nuits / Yves CABANA (Gallimard)

 

Autopsie d’un amour défunt.

Corso aime Juliette, qui le quitte ou souhaite le quitter, on ne sait plus. Corso qui, après avoir épousé des femmes et fait des enfants en veux-tu en voilà, souffre encore et toujours. Corso, jamais remis de la mort de ses parents (une mère rongée par le chagrin et l’alcool, un père qui, sur son lit de mort, le confond avec son frère défunt), porte un regard acéré et piquant sur la société. Mais quant à donner un sens à sa vie, c’est une autre histoire ! De nombreux chapitres courts donnent un rythme soutenu au récit. Une écriture précise, enlevée. Un humour salvateur.

 

Après le silence / Didier CastinoMort de la classe ouvrière 

Après le silence / Didier CASTINO (Liana Levi)

 

« Savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu’elle est précisément là où tu n’es pas – c’est le commencement de l’écriture ». Cette citation de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, mis en exergue par Didier Castino illustre à merveille le sujet de son roman.

Roman de la condition ouvrière, monologue d’un homme simple et digne, un ouvrier syndicaliste aux Acieries & Fonderies du Midi qui aimait son travail à l’usine, mort écrasé par un moule de plusieurs tonnes. La voix passe, de manière très subtile, du père à son fils. Celui-ci, encore enfant à la mort de son père, héritier d’une image magnifiée de ce père, n’a de cesse de se défaire de cet héritage. En vain.

Une très belle écriture. Un roman très fort.

 

La triomphante / Teresa CremisiAutoportrait d’une femme libre 

La triomphante / Teresa CREMISI (Éditions des Équateurs)

 

Autoportrait d’une femme libre, celui de l’éditrice Teresa Cremisi. Celle qui présida aux destinées littéraires de grands auteurs, chez Gallimard puis chez Flammarion, se lance dans l’arène de la fiction, non pour dépeindre le milieu éditorial mais pour aller à la rencontre de la petite fille d’Alexandrie qu’elle fut dans les années 40 dans une Égypte cosmopolite et solaire. Puis ce fut le brusque départ en 1956 et la découverte de l’Europe tant rêvée.

La jeune femme va s’adapter « jamais triomphante, toujours prudemment dissimulée ». C’est l’histoire d’un exil, sans l’empreinte d’une nostalgie quelconque. Teresa Cremisi clôt cet autoportrait par un très beau poème de Constantin Cavafy, né comme elle à Alexandrie

 

Minuit et demi. L’heure a vite passé,

depuis qu’à neuf heures j’ai allumé la lampe,

et suis venu m’asseoir ici. Je suis resté sans lire,

et sans parler. À qui aurais-je pu parler,

moi qui vis seul dans cette maison

 

Minuit et demi. Comme l’heure a passé.

Minuit et demi. Comme les années ont passé.

 

La surface de réparation / Alain Gillot Echec et mat

La surface de réparation / Alain GILLOT (Flammarion)

 

Soit Vincent, entraîneur de football de l’équipe junior de Sedan, un type solitaire et juste ce qu’il faut de bougon. Soit Léonard, son neveu, un ado atteint du syndrome d’Asperger. Soit Madeleine, la sœur de Vincent, accessoirement mère de l’ado, toujours en galère. Soit Catherine, psychiatre, qui va s’enticher de Vincent. Soit …

Alain Gillot, scénariste, a écrit ici un roman très cinématographique, simple, charmant, sentimental.

 

Je ne vous quitterai pas  Pascal LouvrierTestament

Je ne vous quitterai pas / Pascal LOUVRIER (Allary Éditions)

 

« Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas.». C’est par ces mots que François Mitterrand conclut ses vœux aux Français en 1994.

Presque vingt ans plus tard, Jacques Libert, vieux routier de la politique, ami intime de très longue date de l’ancien président, se réfugie dans sa bicoque au bord d’une falaise près de Varengeville. Cet homme ambigu, cynique va mourir, entouré de ses fantômes dont celui de sa femme qu’il humilia sans cesse. Il va publier un ouvrage dans lequel il livre des secrets sur Mitterrand. Deux témoins vont l’aider à se raconter, une jeune femme et un journaliste.

Agréable récit romanesque par un auteur qui a été la plume de plusieurs hommes politiques.

 

Les oubliés du dimanche / Valérie PerrinRédemption

Les oubliés du dimanche / Valérie PERRIN (Albin Michel) 

 

Les oubliés du dimanche et des autres jours, ce sont les pensionnaires de la maison de retraite les Hortensias. Une jeune aide-soignante va se prendre d’affection pour l’une d’entre elles, Hélène, et noter les souvenirs de cette vieille dame dans un petit carnet bleu. Des portraits joliment dessinés, de belles et tristes histoires d’amour passées et présentes, des secrets… Un mélange d’émotion, de nostalgie et d’humour. Un roman très cinématographique.

 

Finir la guerre / Michel SerfatiDommages de guerre 

Finir la guerre / Michel SERFATI

 

La guerre d’Algérie a pris fin il y a plus d’un demi siècle. Après le suicide de son père, un vieil homme taciturne et tourmenté, Alex part en Algérie sur les traces de ce père mal aimé, mobilisé en 1959, pensant qu’il allait trouver là une réponse à ses doutes. Grâce à une jeune femme, fille d’un Algérien que le père d’Alex a sauvé, Alex va remonter le temps et mettre au jour des serments non tenus. Il découvrira aussi l’Algérie d’aujourd’hui, lumineuse et violente.

Passé et présent s’entremêlent, douloureusement, dans ce beau et émouvant roman qui sonne vraiment très juste.

 

De notre envoyé spécial / Philippe TrétiackPortraits croisés 

De notre envoyé spécial / Philippe TRÉTIACK (L’Olivier)

 

« Bien qu’inspiré de reportages effectués autour du monde, ce livre est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des faits et des êtres réels ne serait que pure coïncidence ».

D’emblée, Philippe Trétiack, nous avertit : il a écrit une fiction même si celle-ci a tout l’air d’un document pris sur le vif. Une fiction avec de vrais-faux personnages qui ne répondent pas au grand reporter venu les rencontrer mais parlent après le départ de celui-ci. Ils sont 17, photographe, chauffeur, fixeur, documentariste, homme d’affaires… Ils habitent Palerme, Moscou, Belfast, Tchernobyl ou encore le Queens, et chacun à son tour se confie sur sa propre vie et livre ses impressions sur ce journaliste venu de si loin pour les interviewer. Philippe Trétiack, grand reporter, témoigne lui-même dans le dernier chapitre de l’histoire de sa famille.

Ces monologues fictifs d’une force inouïe, emplis d’humanité, loin de tout artifice journalistique, touchent en plein cœur.

 

La brûlure de l'été / Jacques WeberAu bord du monde 

La brûlure de l’été / Jacques WEBER (Stock)

 

Pour son premier roman, Jacques Weber s’est inspiré d’un fait-divers dramatique survenu dans les années 80 : une famille se suicida sous les roues d’un TGV.

Le comédien se fait le héraut de ces laissés-pour-compte en leur rendant dignité et courage. Il plante le décor dans un petit village avec son bistrot, ses piliers de bar qui refont le monde et la famille de Dino et Lisette en lisière, vivant dans une gare désaffectée. Au bord du monde. Dino, rescapé d’un pays en guerre dans les Balkans, Lisette, venue d’une île bretonne se sont retrouvés là avec leurs enfants, adoptés par les villageois. Mais peu à peu, la précarité progresse …

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15 Apr

Une enfance basque

Trois langues dans ma bouche Frédéric ARIBITTrois langues dans ma bouche / Frédéric ARIBIT (Belfond)

 « Pris sans le vouloir dans ce terrible étau, tiraillé entre cette langue qui avait été la mienne, (…) et qui était tombée dans le fond de ma gorge, que j’avais avalée de travers puis recrachée sans m’en rendre compte et cette autre langue, là, qui avait enflé, avait pris toute la place », Frédéric Aribit part sur les traces de son enfance et de la langue basque, jamais apprise, mais qui a bercé son enfance et son adolescence dans les années 80 et qui, soudain, se réveille en lui.
Roman d’apprentissage ? Récit ? Qu’importe. Parfois, nous sommes un peu perdus dans « l’archéologie personnelle » de Frédéric Aribit partagé qu’il est entre sa mystérieuse langue maternelle basque (qui peut être celle également des engagements politiques radicaux), la langue française (qui est celle de l’ouverture sur le monde, de la littérature), enfin la langue, cet organe avec lequel nous parlons, goûtons, embrassons.
De cette quête d’identité tournée vers l’enfance et des êtres qui la peuplaient, Frédéric Aribit fait une aventure tourbillonnante, humoristique, sensuelle et très poétique.
Une écriture talentueuse et vive.

 

Une fable merveilleuse

 

Le voyage d’Octavio  Miguel BONNEFOYLe voyage d’Octavio / Miguel BONNEFOY (Rivages)

C’est l’histoire d’Octavio, un doux colosse analphabète doué d’une force surhumaine. L’histoire de ce paysan qui va apprendre à lire, à écrire et à aimer grâce à une belle comédienne de Maracaïbo dénommée Venezuela. C’est le récit épique de ses tribulations à travers son pays, le Venezuela, avant son retour dans le village de Saint Paul du Limon où tout a commencé.
Pour l’auteur, cette quête d’Octavio représente, en vérité, l’allégorie du peuple vénézuélien.
Depuis sa parution, ce court roman d’un jeune auteur de 28 ans, chilien par son père et vénézuélien par sa mère, a bénéficié de critiques très élogieuses qui évoquent un superbe roman épique, ou encore une œuvre empreinte de réalisme magique à l’instar de celle de Garcia Marquez.
Ajoutons qu’une écriture, en rien démonstrative, permet au lecteur de s’approprier l’histoire avec juste ce qui est nécessaire de distance.

 

Une vie minuscule

 

L’homme incertain Stéphanie CHAILLOUL’homme incertain / Stéphanie CHAILLOU (Alma)

 « Il arrive que nous vivions séparés de « ce que nous pouvons ». C’est même le sort de la plupart des hommes, la plupart du temps. » Gilles Deleuze.
C’est l’histoire d’un homme qui rêvait d’une vie simple. Avoir une ferme, une femme qui l’aime, des enfants. Cultiver la terre. En somme, être heureux.
Mais le rêve se brisa net dans les années 70 lorsque la politique agricole commune fit son apparition et emporta tout sur son passage : la ferme, les bêtes, les champs et l’espoir.
En un long monologue, cet homme nous livre le récit d’une vie tiraillée entre désarroi et culpabilité. D’une vie qu’il pense ratée. En contrepoint de ce témoignage, s’entend une autre voix douce et si présente, celle des enfants du fermier qui, telle une comptine, évoque les jours heureux à la ferme.
Une prose simple, délicate et profonde qui va à l’essentiel.

 

Retour vers la terre natale

 

La terre sous les onglesLa terre sous les ongles / Alexandre CIVICO (Rivages)

 Au volant d’une berline allemande, un homme quitte Paris et se dirige vers l’Espagne (là où tout avait commencé). Dans le coffre de la voiture, un mystérieux « paquet qui cogne au moindre virage dans un bruit anthracite ».
86 pages sans véritable intrigue et sans suspense, empreintes de mélancolie et de violence.
86 pages pour revisiter une histoire familiale et pour dire l’humiliation de l’immigré, empêtré entre sa langue maternelle « rustre, courtaude (…). La langue espagnole est ta conscience honteuse, l’ancre qui te tient attachée à l’en-bas. Tu la revendiques et tu la hais à la fois.» et la langue française, langue de la liberté mais qui « résiste, trop grosse, trop épaisse, comme une énorme tranche de pain ».
86 pages pour dire le déchirement – cette terre sous les ongles dont on ne parvient pas à se défaire – et le tiraillement entre deux cultures.
Alexandre Civico, directeur des éditions Inculte, signe ici un court mais percutant roman.

 

 

Portraits de femmes

 

La saison des mangues / Cécile HUGUENIN (Héloïse d’Ormesson)La saison des mangues Cécile HUGUENIN

Trois femmes, trois générations, trois continents. De l’Inde à l’Afrique en passant par l’Angleterre, Cécile Huguenin met en scène Radhika, la belle Indienne, sa fille Anita et Mira la fille de cette dernière. Trois destins confrontés à l’exil, aux préjugés et qui, chacun à sa manière, surmonteront le déracinement.
Des portraits délicats de femmes qui trouveront le chemin de la sérénité.
Une écriture très délicate au plus près des sentiments.

 

 

 

 

Chassés croisés

 

Le sens de l’orientation Arrigo LESSANALe sens de l’orientation / Arrigo LESSANA (Christian Bourgois)

 Le sens de l’orientation, Ferdinand, un chirurgien cardiaque et Valentin son psychanalyste (qui pourrait être son double) l’ont un peu perdu. En plein désarroi existentiel au mitan de leur vie, entourés d’une galerie de personnages plus ou moins fantasques, entre chassés croisés amoureux et amitié sur les contreforts de la montagne, comment se repérer dans sa vie ? Comment lui donner un sens ?
Entre humour et tragédie, sur un rythme soutenu, en entrecoupant son texte d’intertitres comme dans un film muet, Arrigo Lessana essaie de répondre.

 

 

 

 

La terre et le feu

 

D’argile et de feu Océane MADELAINED’argile et de feu / Océane MADELAINE ( Éd. des Busclats)

Deux Marie. L’une, la jeune narratrice, en fuite, voulant oublier un passé douloureux, tapie dans une cabane au fond d’un bois. C’est là qu’elle va découvrir la trace de l’autre Marie, Marie Prat, une potière qui vivait au XIXème siècle. Une femme de caractère, dans un milieu masculin,  qui inventait et signait ses pots « fait par moi». Une femme hors du commun dont le destin va ouvrir la jeune narratrice sur le monde.
Un sujet mille fois rebattu mais Océane Madelaine, elle-même jeune potière, le traite de manière sensible et discrète. Une atmosphère intimiste. Autant de raisons pour lire ce court roman.

 

 

Aventures aztéco-stambouliotes

 

Comment les grands de ce monde se promènent en bateauComment les grands de ce monde se promènent en bateau / Mélanie SADLER (Flammarion)

À Buenos-Aires, le vieux professeur Javier Leonardo Borges n’en croit pas ses yeux lorsqu’il découvre sur un manuscrit turc du XVIème siècle une princesse aztèque ! Cuauhtémoc, le dernier empereur aztèque, pour échapper à la barbarie du conquérant Cortès, aurait donc traversé l’océan et rejoint la cour de Soliman le Magnifique, le sultan de Constantinople ? Aidé de Hakan, un universitaire turc, Borges va mener l’enquête.
Et Mélanie Sadler, jeune universitaire bordelaise, va revisiter l’Histoire dans une intrigue menée tambour battant avec humour et inventivité, citations à l’appui.
152 pages d’aventures rocambolesques, farfelues et très drôles.

 

 

Tout sur Karen Blixen

 

Baronne Blixen Dominique de SAINT-PERNBaronne Blixen / Dominique de SAINT PERN (Stock)

Dans cette biographie romancée, Dominique de Saint Pern livre tous les visages de Karen Blixen, cette femme flamboyante et complexe.
C’est par le regard et la voix de Clara Svenden, qui fut sa secrétaire après son retour d’Afrique, que Karen Blixen renaît. Si Meryl Streep rendit la romancière célèbre en l’incarnant dans le film Out of Africa de Sydney Pollack, Dominique de Saint Pern, quant à elle, décrit également les drames qui ont jalonné sa vie (son père se suicide alors qu’elle avait 10 ans, elle se marie par défaut au frère jumeau de l’homme qu’elle aimait, cet homme lui transmettra la syphilis, son grand amour, Denys Fynch Hatton, se tuera en avion…). A son retour au Danemark dans la maison familiale, elle écrira des contes et des romans qui auront un très grand succès. A la fin de sa vie, Karen Blixen ressemblait à une brindille, une brindille de 31kg outrageusement fardée. Mais quelle femme, quel destin !
Dominique de Saint Pern la fait revivre avec tant de justesse.

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En attendant la découverte des premiers romans de la rentrée littéraire, petit rappel de titres parus depuis le début de l’année

22 Aug

                                 George was the Best

beatlesAucun adversaire ne résistait à George Best, héros du Manchester United de 1963 à 1974. Seulement voilà, même si George aimait par-dessus tout le football, il se perdit ailleurs.

« Les hommes voulaient être George Best, les femmes voulaient George Best. La vie était bien faite : la moitié du monde, à peu de chose près, a eu ce qu’elle voulait ». Mais à quel prix ! « J’ai dépensé tout mon argent dans les voitures, l’alcool et les femmes. Tout le reste, je l’ai gaspillé ».

Gaspillés la vivacité, la flamme, le génie, noyés dans des nuits sans fin et de sinistres petits matins à Londres, à Majorque ou ailleurs.

George Best, né à Belfast dans une famille ouvrière, fut l’un des plus grands attaquants de l’histoire du football.

Vincent Duluc, journaliste au quotidien L’Equipe, rend un vibrant hommage, emprunt d’une grande mélancolie, à l’idole flamboyante et tourmentée de sa jeunesse.

Bien mieux qu’une biographie, un très beau roman.

 

Etre écrivain ? Ecrire en vain ?

buvardLe lieu : une maison dans la campagne anglaise.

Les personnages : Catherine N. Spacek, une femme de 39 ans, écrivaine talentueuse à la réputation sulfureuse et Lou, un jeune aspirant journaliste, admiratif de l’oeuvre de celle-ci.

Le sujet : l’histoire somme toute banale d’un écrivain et de celui qui l’interviewe, si ce n’est que la longue confession de Catherine s’apparente davantage à un monologue intérieur qu’à une invitation au dialogue. Et l’interviewer apparaît comme un révélateur pour elle, mais également pour lui : Lou retrouve dans les dires et les écrits de cette femme les affres de son propre passé douloureux.

Caroline, « vulnérable et solide », écrivaine révoltée au tempérament bien trempé, réfugiée loin du monde après l’avoir arpenté, révèle les chemins cahoteux qui l’ont conduite à l’écriture. Elle parle une dernière fois, beaucoup, n’occultant aucun détail de sa vie amoureuse mouvementée et de son besoin d’écrire. Et Lou, silencieux, note, sans en oublier aucune, les paroles de Catherine.

Julie Kerninon, 27 ans, orchestre cette biographie imaginaire de manière soignée. Un roman cinématographique qui est un hommage à la littérature. Mais le mystère demeure : pourquoi écrire ?

 

 Apprenti comédien : l’avventura

fuir penelopeGabriel, frais émoulu du Conservatoire est engagé par Juan, un jeune cinéaste grec, ancien assistant d’Angélopoulos et admirateur d’Antonioni, qui lui propose le rôle principal de son premier film. Aussi inexpérimentés l’un que l’autre, entourés d’une équipe joliment théâtrale, nous suivons le tournage croquignolesque à travers la Grèce, la France et l’Italie.

Gabriel – une réplique du jeune Podalydès – porte un regard humble, intelligent, juste et amusé sur le métier de comédien. Les scènes de l’apprentissage de la conduite automobile, la contemplation d’un chagrin d’amour, les anecdotes du tournage tumultueux, son amour de Rabelais qui rythme le roman, tout cela est relaté de manière drôle et touchante.

Un premier roman un rien décousu, d’une grande justesse de ton et d’une autodérision épatante.  

 

 

Mustang

mustangUne histoire simple. Une écriture sans fioriture. Cependant, le livre refermé, les quelques personnages qui se sont croisés nous poursuivent avec leur fragilité, leurs blessures et autres chagrins et fêlures.

Loin de l’agitation de New-York, lieu fondateur de l’action, le dernier chapitre se clôt quelque part dans le désert du Nevada, dans un décor à la Edward Hopper, non loin des mustangs, ces chevaux sauvages. Là où une vie peut basculer.

Roman captivant par son atmosphère.

 

 

 

New-York et la bohème des années 80

exil spanish harlemPortrait du New-York des années 80, celui d’avant la crise, d’avant le 11 septembre.

Une jeune Française vit une existence bohème entre Spike, son amant musicien, leur colocataire, des petits boulots…

L’histoire d’un quotidien léger où pointe parfois la mélancolie. Dans le quartier de Spanish Harlem.

Les dialogues sont incisifs, les chapitres courts. Raphaële Eschenbrenner a su peindre le New-York des dernières années insouciantes.

 

 

 Marcel Proust détective

monsieur proust

Ce n’est ni un portrait ni une biographie romancée du futur grand écrivain que sera Proust. Cela ressemble plutôt à un roman feuilleton avec pour fil conducteur l’amitié improbable entre un esthète dandy et un jeune coursier très intelligent, sans le sou. Au prétexte d’enquêtes policières où les personnages pittoresques abondent.

Le tout donne un roman délicieusement désuet aux dialogues savoureux.

Pierre-Yves Leprince est un peintre et un  scénographe reconnu, admirateur de Proust devant l’éternel.

  

 

Chasse à l’homme en Bretagne

terminus belzTous les ingrédients qui font un bon polar sont là : un jeune clandestin poursuivi par la mafia roumaine, une île perdue au large de la Bretagne, des marins rudes et revenus de tout, des légendes et bien sûr un zeste d’amour. Secouez le tout et vous obtenez un cocktail détonnant sur cette île de Belz envoûtante. Envoûtante par ses paysages et ses hommes forts en gueule mais si fragiles.

Emmanuel Grand sait donner une âme à cette île et à ses habitants.

 

 

 

  Après la guerre

le mielVoyage épique d’un fils et de son père, le Vieux, à travers leur pays, la Yougoslavie, devenu un pays étranger depuis la guerre. Les jours heureux où tout semblait possible sont si lointains.

La sagesse du père, un vieil apiculteur, arrivera t-elle à apaiser les désillusions, le chagrin mais surtout la colère du fils ?

Slobodan Despot peint avec tendresse et délicatesse ses personnages ballottés par l’Histoire, mais aussi un pays dont beaucoup d’habitants ne savent plus où est leur place.

 

 

  En finir avec Eddy Bellegueule

eddy bellegueuleEddy Bellegueule a changé de nom. Il est désormais devenu Edouard Louis. C’est donc bien ce dernier qui va pouvoir raconter aujourd’hui son enfance saccagée : la vie d’un petit garçon aux manières efféminées, rejeté par sa famille, une famille de rustres. Une vie, où au quotidien, prospèrent la brutalité, la misère et le racisme. Eddy va rejeter ce milieu qui l’a rejeté.

Une entrée en littérature plus que remarquée pour son auteur.

 

 

 

   Tourments adolescents

légèretéNous ne connaîtrons pas son nom ni même son prénom. Elle a 14 ans. Elle est tout sauf légère. Elle est en vacances sur la très chic île de Ré avec ses parents et son petit frère. Ses parents l’exaspèrent. Elle s’ennuie. Elle se trouve laide. Elle voudrait qu’un garçon la regarde. Elle se fait tout un cinéma.

Nous voyons sa vie et celle de ses proches le plus souvent à travers ses yeux d’adolescente solitaire et parfois sous le regard d’une narratrice.

Un portrait tout en finesse d’une adolescente sauvage dont les quelques certitudes et espoirs sont vite balayés par les doutes sous le soleil brûlant de l’été.

Un premier roman d’une justesse de ton et d’une lucidité remarquables. Qui nous touche profondément. 

 

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Suivez l’itinéraire d’un poète apache avec Guillaume Staelens

27 Dec

Itinéraire d’un « voyant » à l’image de Rimbaud.

Nicholas Stanley est né d’une mère indienne – de la tribu des Nez-Percés – et d’un père américain très fortuné. Jeune homme surdoué mais solitaire et mal dans sa peau, il porte un regard empli de révolte sur le monde, en particulier sur l’Amérique conformiste, cynique et triomphante des Bush.

Nourri par les écrits de Poe, Thoreau, Melville, King, cet enfant du rock, des comics et du grunge ne trouve sa place nulle part. En rébellion permanente contre les siens et contre la société, il se perdra dans le Grand Nord en rêvant des confins de la Patagonie après avoir erré au Mexique et au Brésil…

A travers le portrait de ce jeune homme perdu, Guillaume Staelens, admirateur inconditionnel de Rimbaud, montre une Amérique des années 1990 et 2000 qui perd de sa superbe puis se fissure avec la tragédie du 11 septembre 2001.

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Clichy de Vincent Jolit

27 Dec

            Portrait imaginaire et sensible de celle qui fut la première lectrice du Voyage au bout de la nuit, une jeune secrétaire prénommée Aimée qui travaillait dans le même dispensaire que Louis Ferdinand Destouches à Clichy dans les années 30.

Céline lui confia son tapuscrit et lui demanda de le corriger et de le dactylographier, lui apportant à son domicile, dans une brouette, des centaines de feuillets épars. Ce même Céline, qui, sûr de son génie d’écrivain, n’hésitera pas à déposer son oeuvre une fois achevée (quelques années plus tard) chez Gallimard affirmant à l’éditeur que c’était là « du pain pour un siècle entier de littérature ».

Vincent Jolit dresse le portrait de la vie minuscule d’une jeune femme, certes indépendante, mais qui a du mal à s’affirmer. Aimée porte un regard critique sur l’écriture indécente et ordurière de ce pingre de médecin, qui ne lui donnera jamais un sou et qui l’oubliera. Elle aura pourtant accompli son travail avec abnégation, à la fois troublée et impressionnée par cette oeuvre.

Une histoire touchante. Une écriture enlevée.

Retrouvez Vincent Jolit parler joliment du personnage d’Aimée

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Palladium de Boris Razon

16 Oct

Couverture Palladium de Boris Razon Trois citations ouvrent le roman autobiographique de Boris Razon : la première, extraite d’Alice au pays des merveilles de Carroll, sur la traversée du miroir d’Alice. La deuxième, tirée de l’Odyssée, sur le sort incertain d’un infortuné. La troisième, d’Orhan Pamuk, sur le bonheur à jamais disparu. Rarement exergues n’auront aussi bien illustré les propos d’un romancier.

La vie était belle et insouciante : Boris Razon exerçait un métier ouvert sur … « Le Monde », il avait une amoureuse, une famille aimante… Soudain, tout bascule. Des maux de dos insupportables et persistants. Son corps n’est bientôt plus que douleur. Il se retrouve inerte, sur un lit d’hôpital, prisonnier de ce corps. Pendant des semaines, tel un sphinx, il ne pourra plus bouger, plus parler, plus communiquer : « Tu sais, je n’arrive pas à comprendre où et quand commençait la réalité, ce sarcophage où je suis enfermé, les résultats médicaux, le rien de ma vie. Et cet autre monde, ces autres mondes où je vivais. J’étais plongé dans des nuits multiples, comme des labyrinthes d’où je devais m’extraire. Je devais trouver la sortie. Je le savais en moi, quelque part ». Viennent alors les délires paranoïaques, les hallucinations les plus folles.

Un autre homme va naître, loin de toute insouciance : « Lorsque me submerge cette envie de revenir en arrière, il me semble vaguement me souvenir que j’étais alors immortel. A cette époque, le temps ne passait pas : quand je fumais encore, j’étais parfois si heureux ou bien mon désespoir était si noir que je croyais que tout resterait éternellement ainsi. Quand je tirais voluptueusement sur ma cigarette, le monde était immuable ».

Cette descente aux enfers, cette traversée des ténèbres entrecoupée de retranscriptions journalières de son dossier médical, est sidérante. Elle touche en plein coeur.

Boris Razon à la librairie Mollat

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