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Sélection du prix Stanislas 2017

10 Jul

10 premiers romans sont dans l’ultime sélection du prix Stanislas 2017 :

  • Olivier El Khoury, Surface de réparation (Noir sur Blanc)
  • Paul-Bernard Moracchini, La fuite (Buchet Chastel)
  • Jean-Baptiste Andrea, Ma Reine (L’Iconoclaste)
  • David Lopez, Fief (Seuil)
  • Cyril Dion, Imago (Actes Sud)
  • Sébastien Spitzer, Ces rêves qu’on piétine (L’Observatoire)
  • Emmanuel Brault, Les peaux rouges (Grasset)
  • Victor Pouchet, Pourquoi les oiseaux meurent (Finitude)
  • Pascale Lecosse, Mademoiselle, à la folie ! (La Martinière)
  • Thomas Flahaut, Ostwald (L’Olivier)

 

prix-Stanislas-2017

 

Le prix Stanislas Groupama-Le Livre sur la Place sera remis le 9 septembre prochain lors de la 39e édition du Livre sur la Place, à Nancy.

Créé en 2016, ce prix récompense un premier roman publié à la rentrée littéraire de septembre. Qui succèdera à Elodie Llorca, la lauréate 2016 pour La correction (Rivages) ?

 

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Lucie ou la vocation

9 Dec

Maëlle Guillaud propose un premier roman au sujet ambitieux, puisqu’elle traite ici du thème bien particulier de la vocation religieuse, interrogée par la meilleure amie de l’héroïne, qui ne comprend absolument pas cette décision.

Juliette, sa meilleure amie, mais aussi la maman de Lucie : toutes les deux sont désemparées face à ce choix « radical », puisqu’il entraîne progressivement mais sans retour possible Lucie loin d’elles, dans une vocation qui demandera de nombreux sacrifices.

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Le récit accroche assez vite le lecteur, dans un style précis et en même temps elliptique, où le choix de Lucie de rentrer dans les ordres s’accompagne d’une véritable déconvenue : toute entière tournée vers ce choix spirituel, rien ne l’avait préparée aux codes tacites et aux règles très dures de la vie en communauté.

Très rapidement, le malaise s’installe : pourquoi faut-il absolument terminer son assiette, si peu appétissante qu’elle en devient un réel défi personnel ?
Pourquoi ce miroir dans la chambre des novices, quand leur lien au corps est coupé, le port de l’habit voilant et neutralisant le corps unique et particulier de chacune, dans une norme à respecter sans concession possible.

A travers le rapport au corps, à la nourriture, à travers l’éloignement progressif mais inéluctable des proches, en proie à une vraie souffrance de voir s’éloigner l’être cher sans possibilité de dialogue ou de contact, Maëlle Guillaud « teste » la foi en Dieu de son héroïne, Lucie.

Lucie un peu perdue, Lucie qui doute, mais toujours se ravise : là est sa place, elle en est convaincue.

Le roman se termine sur une sorte de revirement de situation, je n’en dirais bien sûr pas plus pour ne pas « spoiler ». Pour autant, il m’a laissé un goût d’inachevé, peut-être parce que le roman s’achève sur une note amère, qui ne dévoile pas grand-chose de l’état d’esprit de Lucie, qu’on a suivi pourtant dans sa métamorphose tant corporelle que spirituelle.

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© Philippe MATSAS

L’auteure s’en sort très bien pour un premier roman, distillant le doute et le malaise par petites doses, harponnant le lecteur dans les mêmes questions qui tourmentent Juliette, la meilleure amie de Lucie : pourquoi ce choix, pourquoi maintenant, et à quel prix ?
Dommage qu’il manque un peu d’enjeu : car finalement, non seulement le lecteur restera avec beaucoup de questions en suspens non résolues, mais l’aspect psychologique sera effleuré plus que fouillé. C’était pourtant un axe très intéressant pour aborder ce thème : comment s’adapter à un mode de vie plus subi que voulu, sous la pression d’un groupe aux codes fermement établis ? Jusqu’où peut-on aller pour assumer une soif de spiritualité qui se heurte à un quotidien anxiogène ?

Un premier roman qui divise, dans les réactions de ses lecteurs… Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Retrouvez-le dans les bibliothèques parisiennes.

 

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De nos frères blessés – Joseph Andras, éditions Actes Sud

19 Oct

« Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation ». Cette phrase qui figure sur la  quatrième de couverture résume bien le cheminement de Joseph Andras à propos de ce roman.

Fernand Iveton, jeune ouvrier communiste et militant anticolonialiste, est  condamné à mort en 1956 pour attentat terroriste en Algérie. Il a déposé une bombe artisanale dans un local désaffecté de l’usine où il travaille. Il ne voulait surtout pas tuer des innocents. Ayant été dénoncé, la bombe est désarmorcée. Il est arrêté, torturé, condamné à la suite de son procès, au moment des « événements » d’Algérie. Il est guillotiné le 11 février 1957, pour l’exemple, victime d’une raison d’état. Le Président Coty a refusé sa grâce et expliqué qu’il mourrait pour la France…

Joseph Andras raconte les derniers mois de la vie de Fernand Iveton et revient sur sa rencontre avec Hélène qui deviendra sa femme et le soutiendra jusqu’au bout. Fernand était un homme bon, amoureux et épris de liberté. Joseph Andras lui rend un bel hommage, avec un style sobre et percutant. Un livre exemplaire.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’article de « balises le webmagazine de la Bibliothèque publique d’information » en cliquant sur le logo ci-dessous :

Aller à l’accueil du site Balises

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Le grand marin de Catherine Poulain (éditions de l’Olivier)

11 Oct

Lili plaque tout et décide de partir en Alaska, atteindre la dernière frontière pour devenir pêcheuse de morue et de flétan sur un bateau. Elle embarque à bord du « Rebel » et essaye d’être accepter dans ce monde d’homme, elle est la seule femme.

C’est un véritable combat qu’elle mène – se faire accepter, ne pas se plaindre même quand le corps n’en peut plus, gagner la confiance de l’équipage. Le travail est dur et harassant mais Lili aime ça et quand elle doit quitter le bateau pour une infection grave, elle ne pense qu’à repartir. En attendant de rembarquer, elle traîne dans les bars avec les hommes et partage leur vie enfiévrée.

Écrit avec des phrases courtes et simples qui donne une dynamique au récit, pas le temps de s’ennuyer aussi bien à bord qu’en lisant. Le rythme est intense. et on ne peut qu’admirer la force et le courage de l’héroïne.

Galerne – Le Havre, rencontre avec Catherine Poulain

Retrouvez ce titre dans les bibliothèques municipales de Paris :

https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/SYRACUSE/1045090/le-grand-marin

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Désorientale de Négar Djavadi (Liana Levi)

5 Oct

L’histoire débute dans une salle d’attente d’un hôpital parisien, une jeune femme, Kimiâ (la narratrice) attend son tour et se remémore à rebours les événements qui ont mené sa famille à l’exil. Elle évoque ses parents, grands-parents, oncles N°1 puis N°2… et même son arrière grand-père Montazemolmolk, sans oublier l’Histoire de L’Iran au cours de ce XXème siècle.

Une grande fresque passionnante qui tient à la fois des Mille et Une Nuits revisitées et du récit intimiste, où il est question d’exil, d’héritage culturel et familial, d’intégration, de maternité, d’homosexualité, de quête d’identité…

Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels, opposants aux régimes du Shah puis de Khomeiny. Elle arrive en France à l’âge de onze ans, après avoir traversé les montagnes du Kurdistan à cheval avec sa mère et sa sœur. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille quelques années derrière la caméra. Elle est aujourd’hui scénariste, aussi bien de documentaires que de séries, et vit à Paris.

Retrouvez ce titre dans les bibliothèques municipales de Paris

https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/SYRACUSE/1065488/desorientale

 

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« Comme neige » de Colombe Boncenne aux éditions Buchet-Chastel

3 May

Comme neige / Colombe Boncenne (Buchet-Chastel     De passage à la maison de la presse de Crux-la-Ville, dans la Nièvre, Constantin Caillaud est surpris d’y découvrir Neige noire, un roman d’Emilien Petit qu’il ne connaissait pas. Constantin, qui pensait pourtant avoir  lu l’intégralité de son œuvre, voit là l’occasion de renouer avec Hélène, sa maitresse avec qui il a découvert l’auteur. Mais le roman disparait et « reste introuvable » au moment de leur rencontre. Constantin se lance alors dans une quête effrénée, espérant ainsi retrouver une trace de ce roman. Editeur, entourage, Emilien Petit lui-même : nul ne semble savoir de quoi il s’agit…

     Comme neige est un superbe roman à tiroirs : suspense, romance, quêtes personnelle et littéraire… Colombe Boncenne mêle subtilement ces « petites histoires » pour n’en faire qu’une et nous conduire à un final très réussi. C’est concis, maitrisé et efficace. Une mention particulière pour le regard porté sur le monde de l’édition et des auteurs.

Interview Colombe Boncenne

 

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« Ahlam » de Marc Trévidic aux éditions JC Lattès

17 Mar

Première de couverture du premier roman "Ahlam" de Marc Trévidic aux éditions JC Lattès     Aux débuts des années 2000, Paul, jeune peintre français de renommée mondiale, part s’installer aux Kerkennah, un archipel tunisien, dans l’espoir de trouver de nouvelles sources d’inspiration. Très rapidement, il se lie d’amitié avec Farhat, un pêcheur qui lui fait découvrir les plus beaux endroits de l’archipel. Il noue également une relation privilégiée avec Issam et Ahlam, les enfants de son ami, en leur enseignant respectivement la peinture et la musique. Devant tant de potentiel, il décide de poursuivre le travail de ses parents défunts : mélanger musique et peinture en une seule et même œuvre. Ainsi passent les années. Mais la chute du régime de Ben Ali et la montée de l’islamisme finiront par briser cet équilibre…

     Marc Trévidic est un ancien juge d’instruction, spécialiste de l’antiterrorisme. Prenant comme point de départ l’histoire contemporaine de la Tunisie, il réalise avec Ahlam une brillante œuvre de fiction, réaliste, inquiétante mais non dénuée d’espoir. Il réussit adroitement à rendre ses personnages attachants. La part belle faite aux arts et son opposition au fanatisme rendent le tout très cohérent. Une réussite !

Pour plus d’informations sur Marc Trévidic : cliquez ICI

Interview de Marc Trévidic à La grande librairie

 

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32 titres retenus pour la sélection 2015

27 Jan

Belin, Bertrand / Requin / POL

Blavy, Rodolphe / Le Pardon / Arléa

Boltanski, Christophe / La cache / Stock

Bonnefoy, Miguel / Le voyage d’Octavio / Rivages

Bréau, Adèle / La cour des grandes / JC Lattes

Calberac, Ivan / Venise n’est pas en Italie / Flammarion

Castino, Didier / Après le silence / Liana Levi

Chaillou, Stéphanie / L’homme incertain / Alma

Costa, Elena / Daniel Avner a disparu / Gallimard

De Fréville, Joanna / Le pas du lynx / Les allusifs

Delesalle, Nicolas / Un parfum d’herbe coupée / Préludes

Deram, Pierre / Djibouti / Buchet Chastel

Dorsan, Mary / Le présent infini s’arrête / POL

Geffray, Elodie / Les somnambules se réveillent tard / Chemin Vert

Gillot, Alain / La surface de réparation / Flammarion

Huguenin, Cécile / La saison des mangues / Héloïse d’Ormesson

Jurado-Lecina, Cathy / Nous sommes tous innocents / Aux forges de Vulcain

Manfredi, Astrid / La petite barbare / Belfond

Menegaux, Mathieu / Je me suis tue / gallimard

Mougin, Véronique / Pour vous servir / Flammarion

Moutot, Michel / Ciel d’acier / Arléa

Perrin, Valérie / Les oubliés du dimanche / Albin Michel

Pirotte, Emmanuelle / Today we live / Cherche midi

Rothschild, Saskia de / Erable / Stock

Sadler, Mélanie / Comment les grands de ce monde se promènent en bateau / Flammarion

Saint Pern, Dominique de / Baronne Blixen / Stock

Serfati, Michel / Finir la guerre / Phébus

Serraf,Hugues / Comment j’ai perdu ma femme à cause du Tai-chi / ed de l’aube

Seurat, Alexandre / La maladroite / Rouergue

Tackian, Nicolas / quelque part avant l’enfer / scrinéo

Trétiack, Philippe / De notre envoyé spécial / L’Olivier

Viguier, Frédéric / Ressources inhumaines / Albin Michel


 

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1ers romans de la rentrée (suite)

20 Nov

                                            

 

                                                         Mary, Mary

                                       Mary / Emily BARNETT (Rivages)

 

barnettMary, une adolescente, vit recluse avec sa mère dans un château. Dans les années 2000. Mary, une jeune Américaine, vit à Paris avec son mari. Dans les années 1950.

Un seul prénom, deux Mary aux destins tourmentés. La première s’exprime à la première personne, l’autre est vue à travers le regard d’une narratrice. Un lien unit ces deux femmes mais quel est-il ? Emily Barnett entrelace des destinées marquées par la violence et la folie. Le lecteur se perd dans les délires de l’une pour se retrouver dans les interrogations de l’autre.

Un puzzle troublant et énigmatique.

 

                                                    Un impossible oubli

                      Daniel Avner a disparu / Elena COSTA (Gallimard)

 

costadanielavneradisparuDaniel Avner n’a rien oublié. Ni l’assassinat de sa famille dans les camps d’extermination, ni la brutalité physique de son grand-père à son encontre pendant des années. Il se prive de nourriture. Il déambule dans Paris jusqu’à l’épuisement. Ses pas le conduisent inéluctablement vers l’hôtel Lutetia, là où il attendit vainement ses proches à l’issue de la guerre.

Pourquoi David Avner accepte t-il la souffrance jusqu’à son paroxysme ? La rencontre d’une jeune femme, Dora, n’ y changera rien, Avner s’enfoncera dans la nuit.

Elena Costa dresse le portrait d’un homme rongé par la culpabilité pour n’avoir pas disparu avec les siens.

Un roman obsédant et glacial.

 

 

                                                    Chronique de la folie

                          Le présent infini s’arrête / Mary DORSAN (POL)

 

dorsan« Bon, j’écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors, ça remue ! Ça remue les soignants. J’écris les souffrances de ces jeunes. La difficulté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d’écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c’est, ce travail, leur vie. Je veux … Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l’on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l’exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur. »

700 pages qui décrivent le présent infini du quotidien d’une infirmière psychiatrique et de l’équipe qui l’entoure, auprès d’adolescents atteints de troubles psychiatriques, sans repère familial et affectif, ou si peu. La vie donc : la cuisine, le jardinage, les sorties culturelles, les réunions de service… La vie avec son lot d’émotion, d’attentions, d’exaspération, de découragement, de puanteur, de douceur, de rires, de larmes, de cris mais avant tout de violence et de souffrance.

700 pages qui disent l’extrême difficulté d’être, d’être à soi, d’être aux autres. Mais également un roman dans lequel la couleur d’un ciel, la lecture d’un roman, un fou rire illuminent la vie.

 

 

                                                         De sang-froid

                      La petite barbare / Astrid MANFREDI (Belfond)

 

manfrediLa petite barbare a la beauté du diable.

Elle n’a pas su dire non et a commis l’irréparable sans sourciller. Elle n’éprouve aucun remords. Elle est à l’isolement en prison et crache son venin à la face du monde dans un long monologue. Elle raconte tout : l’enfance dans une cité, la famille absente, les amitiés douteuses, l’argent facile, l’engrenage fatal.

Astrid Manfredi s’est inspirée d’un faits-divers pour dresser le portrait d’une jeune fille qui crie sa haine des autres. Dans un style cru, direct.

 

 

                                          Radiographie d’un amour

                               Avec lui / Nathalie POITOUT (Alma)

 

Poitout« Pour Marie, Paul était l’incarnation d’un rêve. Il était celui qu’elle avait toujours attendu. »

« Pour Paul, Marie était la femme qui allait le sauver. Elle allait être la passion qui l’aiderait à renaître de ses cendres. »

Marie et Paul tombent amoureux. Follement. Passionnément. Si pour Marie, Paul est l’incarnation de l’amour absolu, pour Paul, ce nouvel amour est et restera un amour réparateur à la suite d’une séparation douloureuse. Et Marie sortira de cet amour plus forte

L’air de rien, par petites touches, passant d’un personnage à l’autre dans des scènes courtes et fortes, Nathalie Poitout dissèque le couple et le sentiment amoureux.

 

 

                                                  Le marché du travail

        Ressources inhumaines / Frédéric VIGUIER (Albin Michel)

 

ViguierLe lieu : un hypermarché dans une zone commerciale quelconque.

Les personnages : suivant une hiérarchie immuable, un directeur, des chefs de secteur, des chefs de rayon, des employés et des stagiaires. Et il y a « Elle », « Elle » qui, entrée à l’âge de 22 ans pour effectuer un stage d’immersion, a gravi les échelons de manière fulgurante en utilisant les moyens les plus vils.

Frédéric Viguier, qui a travaillé plusieurs années dans la grande distribution, dénonce brutalement et rageusement le profit érigé en système. Au détriment du bien-être des salariés. Son hypermarché est un théâtre où se joue une pièce dénonciatrice d’un monde impitoyable dans lequel la moindre humanité se paye très cher. Une écriture clinique, glaciale.

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quelques premiers romans de la rentrée

24 Oct

                

 

                                        Enquête sur un amour interdit

                L’amour des Loving / Gilles BIASSETTE (BakerStreet)

 

lovingCinquante ans après l’abrogation de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, Gilles Biassette romance une histoire vraie, oubliée et pourtant …

Richard et Mildred Loving ont joué un rôle majeur dans la marche vers l’égalité. En 1957, ils forment un jeune couple amoureux et se marient, mais il est Blanc et elle, métisse. L’État de Virginie où ils vivent est un état ségrégationniste. Condamnés et bannis de cet état, ils ne se verront reconnaître la légalité de leur mariage qu’en 1967 par la Cour Suprême.

À travers le portrait de ce couple discret, sans revendication aucune si ce n’est celle de fonder une famille – « les Loving n’étaient pas subversifs, mais leur amour l’était » – Gilles Biassette photographie l’Amérique profonde des années 50.

L’auteur fait des allers-retours entre ces années-là et les Etats-Unis de 2008 par la voix d’un jeune journaliste censé faire le portrait d’un ancien sénateur ségrégationniste, Harry Connors, qui va lui dévoiler bien des secrets.

 

                                                        Histoire familiale

                                La cache / Christophe BOLTANSKI (Stock)

 

cacheDans la famille Boltanski, on connaissait Luc, le sociologue et Christian, l’artiste. Voici Christophe, fils de Luc, qui livre là un portrait tendre, subtil et mélancolique de sa famille, fantasque entre toutes.

Trois figures dominent ce portrait familial : celles de la grand-mère maternelle, une femme handicapée, écrivain, qui régente son monde d’une main de fer, d’Étienne, son mari, médecin, un homme bon, effacé et mélancolique et de Jean-Élie, linguiste, le très discret frère de Luc et Christian.

Christophe Boltanski construit son récit autour d’un lieu, l’appartement familial, sis rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement à Paris. En dessinant les pièces et en les parcourant (cuisine, bureau, salon… sans oublier la voiture, dans laquelle la famille s’entasse sans jamais en sortir pour parcourir l’Europe, car « elle satisfait nos désirs d’évasion et d’enfermement, de venue au monde et de retour à l’œuf fœtal »), Christophe Boltanski raconte le quotidien de cette famille bourgeoise, fauchée, pleine d’énergie, marquée par la peur : «Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes (…) Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises (…) De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire (…) De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses (…) Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels (…) De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Il faut dire que pendant la Deuxième Guerre mondiale, Étienne se terra dans une cache, « l’entre-deux », un espace qu’il garda, « la pièce lui servait d ‘espace transitionnel entre le dedans et le dehors, entre son for intérieur et la réalité. » En quelque sorte, la famille n’est jamais sortie de cette cache.

Christophe Boltanski décrit une famille marquée par l’Histoire, perpétuellement révoltée et empreinte de paradoxes – juive et catholique, bourgeoise et désargentée, repliée sur  elle-même et ouverte au monde.

 

                                        Conversation avec Camille

                Camille, mon envolée / Sophie DAULL (Philippe Rey)

 

camilleAprès la mort soudaine de sa fille Camille, âgée de 16 ans, Sophie Daull commence à écrire, jour après jour, s’attelant à « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore, radieuses, contempler le monde. » Si Sophie Daull fait de sa fille un être de papier (selon l’expression du romancier Philippe Forest qui écrivit L’enfant éternel après la mort de sa propre petite fille) c’est pour rester à ses côtés, continuer à cheminer avec elle au quotidien.

La complicité, les chamailleries, les fous rires remplacés par le vide et le chagrin sont le fil conducteur du roman. Point d’atermoiement mais une volonté de raconter au plus près les quelques jours où la maladie soudaine et inexpliquée emporta la vie de Camille et en même temps celle de ses proches, puis les jours et les mois qui suivront.

La cocasserie et l’humour apparaissent dans les situations les plus dramatiques, comme l’organisation des funérailles de l’adolescente. Ce roman montre avec délicatesse le courage et la pudeur extrême d’une mère devant l’insupportable.

 

                                              Les forces du mal

                   Les loups à leur porte / Jérémy FEL (Rivages)

 

loupsUn adolescent, un bidon d’essence à la main, regarde la ferme de ses parents brûler, ses parents à l’intérieur. Un jeune homme traverse les Etats-Unis, un enfant sur le siège arrière de sa voiture, afin de le soustraire aux griffes de sa mère. Marie-Beth, une serveuse vivant au fin fond de l’Arkansas, doit faire face à un passé qu’elle avait vainement tentée de fuir. En France, des adolescents disparaissent dans la région de Nantes et ne sont jamais retrouvés. Près d’Annecy, dans une maison ressemblant à celle de Manderley, une jeune fille vit recluse. Quel point en commun entre ces personnages ?

Jérémy Fel, jeune auteur nourri de séries et de littérature américaines, a construit un puzzle diabolique où les forces du mal sont en chaque personnage qu’ils soient persécuteurs ou persécutés. Fan de David Lynch, de Stephen King, de Joyce Carol Oates, Jérémy Fel affirme dans une interview récente (Technikart, juillet 2015) : « La découverte de l’œuvre de Joyce Carol Oates a été déterminante. Elle a expliqué que pour elle écrire c’était « confronter la part civilisée de l’homme à sa part de sauvagerie ». J’y souscris totalement, et cela peut tout à fait résumer ce que je tente moi-même de creuser dans ce premier roman. Je suis fasciné par la force qui se dégage de ses œuvres, la complexité de ses personnages, cette façon de malmener et de sonder leurs âmes, de ne pas avoir peur de confronter son lecteur aux pulsions humaines les plus sombres ».

De l’imagination, le sens de la narration et du suspense, une écriture très cinématographique, l’art de fouiller les âmes les plus perverses, tout concourt à ne pas lâcher ce premier roman magistral de maîtrise et d’invention.

 

                                   Chronique d’une mort annoncée

        La maladroite/ Alexandre SEURAT (Le Rouergue ; La Brune)

 

maladroiteL’institutrice

Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. . .

 

Diana est une petite fille bien maladroite. Elle se cogne, elle se coupe, elle se brûle, elle tombe. Attachante et troublante, elle est souvent comme hors du monde et part dans des rires aigus, mystérieux.  Elle voudrait tant que ses parents l’aiment.

Puis, un jour Diana disparaît.

Alors, ceux qui l’ont côtoyée – grand-mère, frère aîné, institutrices, directrices d’écoles, assistante sociale, gendarme – prennent la parole. Pour dire ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils auraient pu faire. Ces voix entremêlées disent leur incompréhension, l’indicible.

Inspiré d’une histoire vraie, Alexandre Seurat a écrit un roman distancié, d’une sobriété exemplaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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