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Le monde entier de François Bugeon

26 Apr

Tout commence comme un polar : un samedi soir où Chevalier rentre chez lui en Mobylette, il tombe sur une voiture le-monde-entieraccidentée, s’acharne à en sortir les trois passagers inanimés et à redresser la voiture, du coup se déboîte l’épaule et s’évanouit. A son réveil à l’hôpital, on lui apprend que sa bécane et ses papiers ont disparu et que les pompiers n’ont trouvé sur les lieux que deux des trois passagers. De retour chez lui après avoir été fêté comme un héros, son ami Ségur arrive accompagné d’une jolie jeune fille mutique. C’est justement la rescapée disparue dont bizarrement personne ne semble se soucier… Quelques jours vont suffire pour réveiller doucement la vie tranquille mais sans tendresse de ce célibataire endurci, taciturne et généreux.

Sous une plume précise mais tout en retenue, François Bugeon fait un récit des plus humains de vies ordinaires et singulières. Il y dépeint avec délicatesse et justesse la vie dans une petite ville où tout le monde se connaît, les amitiés silencieuses, l’entraide entre générations et l’importance de la nature. Un roman plein de charme.

« Chevalier pensa que les vieux sont parfois comme cela au réveil, avec ce regard effaré, ce cou tendu, regardant à droite et à gauche pour comprendre ce qui se passe, comme des oiseaux de nuit, les yeux grands ouverts et aveugles en plein jour, comme s’ils étaient demeurés dans la pénombre de leur mémoire jusque-là, et que le réveil les poussait soudain dans la lumière du vrai monde. »

« Il restait peu de clarté du crépuscule mais la belle lumière crayeuse de la pleine lune au-dessus de l’horizon suffisait à la marche […] c’étaient les odeurs surtout qui le rendaient fou, les odeurs d’été à la tombée de la nuit explosent comme des feux d’artifices, se soulèvent de terre comme des flammes, s’en vont lécher les gens qui passent comme pour leur dire de s’arrêter, d’être obéissants, de soumettre leurs sens à l’enchantement. Les odeurs d’été, Chevalier les comparait aux sirènes d’Ulysse, c’est pour elles qu’il naviguait en Mobylette plutôt que dans la puanteur de sa voiture. »

A LIRE  → Chut c’est un secret avec François Bugeon

Retrouvez ce titre dans les bibliothèques de la Ville de Paris

 

 

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Le monde sensible de Nathalie Gendrot

17 Apr

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Le corps occupe une réelle place dans la littérature d’aujourd’hui, un corps qui souffre le plus souvent. Ce roman est une plongée au coeur de cette souffrance.

A la suite d’un terrible accident de voiture, Delphine se retrouve d’abord dans le coma puis clouée sur son lit d’hôpital où elle se livre mentalement à une véritable autopsie de la douleur. En trois scènes rythmées par de courts chapitres, avant-pendant-après, le lecteur se laisse emporter dans une spirale hallucinatoire de sons, d’images et de métaphores car « Morphine ne fait pas mourir la Douleur, elle oblige à regarder ailleurs.  » Se pose la question essentielle du corps meurtri qui refuse de se battre puis se révolte pour la survie. La narratrice qui craignait l’inconnu renoue avec ce monde-ci, celui où elle peut espérer trouver enfin sa place avec, comme autre combat, de vivre comme avant.

Voilà un roman quelque peu déroutant, mêlant impressionnisme et hyperréalisme, à l’écriture sensorielle, psychédélique et même poétique. Il ne manque ni d’humour dans les élucubrations hallucinées de Delphine ni d’une certaine audace, ce qui lui donne une force assurément prometteuse.

 « Ce thème est important pour moi pour plein de raisons, explique Nathalie Gendrot. Il y a une partie autobiographique mais très travaillée. Je n’aime pas l’autofiction. Je voulais surtout raconter les conséquences psychologiques qui perdurent longtemps après avoir été sauvé. Quand on sort de ce long tunnel, il y a un moment d’aveuglement, de perte de repères. Il faut réinventer sa vie »  (interview ladepeche.fr 21/05/2016)

 « Le plus souvent, le protagoniste agit et l’histoire évolue en fonction de cela. Ici, c’est le monde qui bouge autour, pas lui. J’essaye de faire ressentir cela en évitant la description. Ma sensibilité ne sert à rien sans celle du lecteur. A lui d’accepter de vivre cette expérience. » (interview ladepeche.fr 21/05/2016)

Retrouvez ce titre dans les bibliothèques de la Ville de Paris

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