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Drift de Thierry Di Rollo

26 nov

Dans un futur lointain, la terre n’est plus que l’ombre d’elle-même. Exsangue, clochardisée, et sous K.Beckin (une drogue de synthèse), sa population ne vit que la nuit ; les diurnes, de riches tueurs montés sur des mantes géantes donnent la chasse aux humains qui sortent le jour. Toute sa population ? Pas tout à fait : outre les diurnes, d’autres humains vivent sous le soleil. On les appelle les Justes, ce sont l’élite des terriens. Technologiquement améliorés (certains sont même immortels), ils vivent à l’écart de la plèbe, protégés, et ourdissent un départ imminent de cette Terre devenue désormais stérile par leur faute.

Dans ce beau titre de science-fiction (vous l’aurez deviné), nous suivons Darker, cœur meurtri mais gâchette magique. Il brave le jour, ne sait plus où est sa place suite au décès de sa compagne, et embarquera malgré lui sur le Drift, vaisseau interstellaire titanesque construit par les Justes pour trouver une nouvelle Terre.

Di Rollo nous propose un texte de 340 pages où se mêlent différents thèmes de science fiction : post apocalyptique avec cette terre et son humanité ravagées, space opéra à bord de ce monumental vaisseau perdu entre les galaxies, et même cyberpunk avec la nano-technologie des Justes. L’auteur offre d’ailleurs ici un beau questionnement sur la solitude de l’homme immortel.

Une écriture dynamique qui tient en haleine, une intrigue originale et des environnements variés vraiment réussis, rien à redire : Drift est une belle pépite de SF dégotée pour la Voie des Indés !

Arthur

voie des idés

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Jeremiah Johnson, le Mangeur de foie de Raymond W. Thorp

22 nov

Jeremiah

Ce texte de 280 pages retrace les péripéties et rudesses de la vie du trappeur Jeremiah Johnson : lutte ou vendetta contre les différentes tribus indiennes (Shoshonnes, Crows, Sioux, Utes etc.) et récolte de scalps qui les accompagne, chasse à la fourrure, survie aux rudes intempéries des Rocheuses, entretien quasi-fétichiste pour ses armes et solidarité avec les autres montagnards.

L’ouvrage, jusque dans sa narration, nous montre bien la construction d’une légende du folklore américain (propos rapportés, citation systématique des sources). L’écriture austère, très factuelle, ne s’embarrasse pas d’effets de style et le cynisme laconique des trappeurs peu diserts n’en est que plus mordant.

A mi-chemin entre le documentaire, la recherche universitaire et le mythe, Jeremiah Johnson le Mangeur de Foie vous transportera dans les Rocheuses de 1850, où la sauvagerie se fait légende. 

Arthur

voie des idés

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J’ai attrapé des coups de cœur, un coup de gueule, un coup de Club des Lecteurs.

22 nov

C’est samedi que se tenait, avant la 13411ème célébration du prix des « Coups et des Caresses », la délibération en huis clos du jury du plus prestigieux des prix littéraires. Reportage.

Qui n’a jamais rêvé d’assister à une délibération du jury des « Coups et des Caresses » ? Qui n’a jamais caressé le souhait obscur de s’asseoir dans cette mythique et splendide salle Allegro et découvrir en avant-première les heureux récipiendaires, tout auréolés de cette gloire éternelle que confère une simple nomination ?

Qui n’a jamais, dans ses fantasmes les plus débridés, imaginé fouler ce sol, effleurer cette table, écouter les houleux débats, profiter des discussions pleines de sagesse des clubistes qui fondent le jury ?

Tout le monde. Enfin, je veux dire, personne… Heu, bref, enfin toujours est-il que notre journal a réussi  à s’introduire (en déguisant habilement un de ces stagiaires journalistes en bande-dessinée) dans le Saint des Saints, l’ultime cénacle, the final countdown, pour votre plus grand plaisir ! Report… heu contre-enquête exclusive :

Il est 10h25 sur l’horloge du rez-de-chaussée et 27 sur les écrans d’ordinateurs, l’agitation règne déjà dans les environs de la bibliothèque Václav Havel, qui accueille pour la première fois consécutive la délibération pour le fameux prix littéraire. Olivier et Thomas, membres honoraires de la confrérie des Coups et des Caresses, ont préparé le café, le thé en trois assortiments et des Palmitos, car, comme le dit le poète : « on délibère mieux le ventre plein de palmitos. » On ne saurait contredire un si vif esprit.

La tension est en tout cas à son comble, d’autant qu’on vient de repérer un tigre à dent de sabre et un Tyrannosaure Rex dans le 18ème et que le SWAT et les Experts La Chapelle sont sur le coup. Enfermés comme ils le sont dans leur Concile, les Valeureux Membres du Jury ignorent tout des derniers rebondissements (contre toute attente le tigre a dévoré le T-Rex) et se concentrent sur une affaire bien plus noble : la littérature. Chronique, au cœur de l’action !

Ne vous fiez pas à son air débonnaire, le T-Rex, ici photographié à la volée par un de nos journalistes de choc, est un redoutable prédateur en pleine détérioration du bien public.

Ne vous fiez pas à son air débonnaire, le T-Rex, ici photographié à la volée par un de nos journalistes de choc, est un redoutable prédateur en pleine détérioration du bien public.

Régine, blonde au regard pétillant, a ramené un gâteau au citron délicieux et Sylvie, membre fondateur du Club, un gâteau au chocolat non moins succulent. Elles restent étrangement muettes quant à la provenance de ces mets mais on susurre déjà dans les milieux avertis qu’ils auraient été donnés en douce par certains des auteurs, désespérément en quête de voix. Un scandale de bon matin au plus haut sommet du Club ? Révélations exclusives au prochain numéro, avec en supplément le dénouement de l’assaut du tigre contre les collections jeunesse de la bibliothèque Genevoix.

C’est en tout cas Sylvie qui ouvre les hostilités avec l’attribution du meilleur roman classique : Retardataire, elle a terminé Aurélien à minuit. C’est un certain Aragon qui a écrit le texte, en 1945. Celui-ci est plus léger que Gide (on parle des textes, merci, ce n’est pas Closer ici). C’est un des grands romans qui ont bercé la vie de Sylvie : lu une première fois près de trente ans auparavant il est revenu dans son existence au hasard d’une promenade sur les quais de Seine. Et elle a replongé immédiatement dedans avec délectation (le livre, pas la Seine).

aragon

Mais qu’est-il arrivé au visage de Louis Aragon, gagnant de la dernière télé-réalité la « ferme des prix Goncourt » ? on voit nettement ses points noirs sur le nez.

Nous sommes en 1922. Aurélien, ex-militaire, erre dans sa vie civile, traîne sans objectif, sans doute traumatisé par les horreurs qu’il a vues et qu’il a commises. Dans un Paris de fêtes, de ballets, au hasard des places Blanche et Pigalle, il séduit dame sur dame. Sans consistance, il se perd. Tout à coup épris d’une jeune provinciale en visite à Paris, jeune femme insignifiante, il sent la machine infernale de l’amour se mettre en branle : elle, en demande perpétuelle de quelque chose de trop grand, de trop beau, qu’il ne peut lui donner, lui, voulant combler la vacance de son âme et de son cœur.

C’est une critique de l’époque, d’une riche bourgeoisie en décalage avec le reste de la société, de la place de la femme qui n’existe que par rapport à l’homme : l’épouse, la courtisane, l’actrice…

Mais c’est aussi un formidable poème sur Paris, ses jours et ses nuits, la vide de ses fêtes comme celui du cœur d’Aurélien.

Du coup, Liliane a envie de le lire et Christiane de le relire. Quant à Sylvie elle veut le mettre sur sa table de chevet, en lire des passages au hasard tant ce livre est pour elle magnifique.

Le premier coup de cœur, celui du roman classique, est donné !

C’est au tour de Philippe de prendre la parole, de son ton posé d’homme qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Et il pense du mal, pas mal de mal. On l’a chargé d’attribuer le prix du meilleur roman comique.

Il a lu l’affaire est dans le sac en papier, de Böll. Un livre qu’il n’hésite pas à qualifier, éloignez les esprits sensibles, de foutraque et de labyrinthique. Philippe est lancé, à pleine vitesse. Il aime l’humour et l’absurde mais il n’a accroché, il manquait quelque chose à cette enquête policière loufoque et humoristique dont la drôlerie n’opère selon lui jamais.

Voilà Philippe forcé de distribuer le premier coup de sang, de gueule, la première récrimination. Fort heureusement l’homme a d’autres tours dans son sac.

Naissance d’un pont de Maylis de Kérangal, nous sort-il. Et, alors qu’il a tout un club suspendu à ses lèvres, confesse benoîtement qu’il «ne l’a pas lu mais que Maylis de Kérangal c’est très bien. ». Soit. Qui sommes-nous, modestes journalistes déguisés en livres, pour juger ?

Vous ne vous en doutiez pas mais ceci est une journaliste.

Vous ne vous en doutiez pas mais ceci est une journaliste.

Régine enchaine avec brio, suggérant à la bibliothèque d’acheter Cent ans de combats pour la liberté des femmes par Frédérique Agnès. Des témoignages de ce que fut, et ce qu’est encore, la lutte des femmes pour l’égalité des sexes. On voit d’où on vient, dit-elle, et ce qu’il nous reste de chemin à parcourir.

Régine est, bien entendu, chargée d’élire le meilleur roman de lutte.

Sans temps mort, Régine enchaîne. Martin Eden de Jack London. L’histoire presque autobiographique d’un ouvrier analphabète qui, par amour, va apprendre à lire puis écrire, et enfin comprendre le monde et saisira que les conditions atroces de travail des ouvriers les abrutissent.

Régine, elle, ne laisse à personne le temps de souffler. La voilà partie en Chine, aux côtés des Femmes de soie de Gail Tsukiyama. Ce sont les années 30 et une petite fille de 9 ans va être emmenée à la ville pour travailler la soie dans une usine, envoyant l’argent gagné à sa famille.

Elle découvrira elle aussi la littérature. Bouleversée, elle comprend que cette dernière et le fait d’avoir été envoyée à l’usine l’a préservée d’une vie toute tracée : devenir épouse, travailler à la ferme comme sa sœur.

Et deux coups de cœurs en plus !

Mais il est temps de passer la main à une Christiane qui trépigne. Fidèles à ses « petits bouquins » (jamais trop longs, jamais sur la guerre ni sur la violence ni sur le quotidien) elle va attribuer le prix du meilleur roman populaire, à Amélie Nothomb !

Elle a lu son dernier ouvrage, Pétronille, et l’a adoré. L’univers est étrange, rien n’est convenu, cela termine même comme un roman policier. Un roman sur le champagne ! Sur le champagne ? Étrange mais génial !

On apprend entre autres choses que le champagne se déguste seul, c’est-à-dire jamais accompagné par des cacahuètes ou des pistaches. De plus, ce doit être du bon champagne (comprenez cher) !

L’heure est venue d’élire le meilleur roman de Science-fiction. C’est Olivier, grand amateur du genre, qui va s’en charger :

La Horde du Contrevent, qu’il n’hésite pas à qualifier de chef-d’œuvre devant son parterre incrédule, est un roman d’Alain Damasio. Le « pitcher » est ardu mais Olivier s’attelle à la tâche avec enthousiasme. Dans un monde balayé par les vents de l’amont vers l’aval, les membres d’une horde, formés depuis l’enfance à « contrer » les vents, tentent toute leur vie durant, de gagner l’extrême amont inaccessible et de découvrir l’origine du Vent.

Plein de poésie, d’idées géniales et de jeux sur les mots, la Horde est un livre de SF comme on n’en fait pas, et, selon Olivier, un ouvrage sublime qui transcende les genres et les codes.

9782952221702

Il est beau, il est bien, en plus il y a un CD d’ambiance avec, et Olivier a des actions chez l’éditeur alors foncez l’acheter petits polissons !

S’il convainc Régine et Thomas, les autres membres du jury sont plus dubitatifs et Liliane en vient même à remettre en cause la place de la SF dans ce prix littéraire. Fort heureusement les hostilités sont coupées par l’arrivée d’une bonne nouvelle : le tigre à dents de sabre était en fait un extrémiste anti-album jeunesse (au micro de notre correspondant il a livré en exclusivité ses premières confessions, son enfance difficile passée dans les bibliothèques, sa haine des albums et sa croyance en un message pro-Invasion-de-la-Terre-par-Krypton caché dans iceux) déguisé en félin particulièrement énervé.

Thomas est le premier à se remettre de cette révélation choc (plus d’info à suivre). Il doit remettre le prix du meilleur recueil de nouvelles et il a sélectionné les œuvres de Julien Compadou, l’auteur de Brûlons tous ces punks pour l’amour des Elfes et de L’attaque des dauphins tueurs, des livres qui, comme leurs noms ne l’indiquent pas, sont truffés de situations absurdes et d’humour cocasse et dans lesquels on devine une influence de Poe.

Dans Tuons tous ces punks pour l’amour des Elfes, le narrateur, fasciné par les gens qui travaillent dans le milieu de la culture, et qu’il appelle les Elfes, va devenir gardien de musée pour protéger la culture contre les punks. Hélas ! Il va vite se rendre compte que les gardiens de musée sont en fait des « beaufs » finis, ce qui va achever de le désillusionner sur le monde.

C’est à ce moment précis que notre journaliste, secoué d’une quinte de toux, se trahit et est sorti manu militari par les clubistes. La séance se termine dans la confusion la plus totale au sein de laquelle on perçoit des mots tels que « un avion sans elle, Debout-payé, Les années douces ou encore Molière à la campagne » !

Nul doute que cette séance fût une expérience enrichissante pour notre collègue.

 De notre envoyé spécial, en direct du poste de police du 18ème.

Olivier.

 

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La vie rêvée de Rachel Waring de Stephen Benatar

7 nov

Une lecture qui ne vous laissera pas indifférent : découvrez le quotidien de Rachel Waring alors qu’elle s’installe à Bristol dans un hôtel particulier du 18e siècle dont elle vient d’hériter. Finie la vie de vieille fille avec sa colocataire, Rachel, à 47 ans, veut concrétiser ses rêves. Elle se met à tourbillonner dans un nouvel univers, fait des mondanités, noue des amitiés et se plonge dans la rédaction d’un roman… Notaire, jardinier, pharmacien, pasteur, sont autant d’objets de fantasme pour la virginale Rachel, qui n’aspire qu’à connaitre l’amour et la sensualité. Elle l’a décidé, ce nouveau départ sera l’occasion d’exprimer son optimisme et de montrer à tous la femme « épatante » qui sommeille en elle !


Piégé dans les pensées de Rachel, le lecteur n’appréhende l’histoire qu’à travers ses considérations et impressions. Celle-ci étant prisonnière de ses illusions, c’est donc au lecteur de tenter de rétablir la vérité et de déceler les vraies intentions de son entourage. Ce qui est déroutant dans la lecture de ce roman introspectif, c’est le fossé qui semble se creuser entre la réalité et la « vie rêvée de Rachel ». Où est le vrai du faux ? L’imaginaire de Rachel, nourri de romances et comédies musicales du début du siècle dernier, s’emballe et c’est au fil des pages que l’on assiste à son glissement dans la folie.


Ne vous attendez pas pour autant à ce que cette descente aux enfers soit triste et morne. L’écriture est rythmée, l’optimisme de Rachel à toute épreuve et l’inconvenance de ses réactions donne lieu à des situations très cocasses. Car oui, il y a de l’humour dans ce texte, un humour noir qui, avec ces touches de cynisme, souligne à quel point les réactions de Rachel sont inadaptées et ce personnage qui pouvait sembler agaçant devient dès lors touchant. Stephen Benatar nous offre un roman psychologique toute en justesse et subtilité et nous permet de faire la rencontre d’une femme vraiment épatante !

Lisa et Emilie
Et en bonus : La playlist de Rachel
Editeur : Le tripode
Date de parution : 28/08/2014
Langue : Français
Format : grand format
Dimensions : 20,0 cm x 15,0 cm x 2,5 cm
ISBN-13 : 9782370550293
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La rentrée du club manga : les Mordus, la sélec’ 13 et +

5 nov

Elle est disponible depuis une dizaine de jours au premier étage, mais vous attendiez tous d’en savoir un peu plus sur ces couvertures aux couleurs chamarrées avant de vous lancer…
Voici la présentation de la deuxième partie de la sélection des Mordus du manga, consacrée cette fois aux séries 13 ans et plus ! Comme pour la première sélection, tous les genres, tous les styles sont représentés, alors n’hésitez pas à glisser votre bulletin dans l’urne avant décembre prochain !

Rendez-vous le 8 novembre pour notre prochaine séance : gastronomie au menu.

        

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L’île du point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès

5 nov

L’Ile du Point Nemo, s’ouvre sur le récit historique d’une bataille… de soldats de plomb !

Ce n’est que la première surprise d’une série de péripéties dont les rebondissements tiennent le lecteur en haleine d’un bout à l’autre de ce roman d’aventures palpitantes, foisonnant d’inventions.

Martial Canterel part avec son  vieil ami John Shylock Holmes rechercher un fabuleux diamant, l’Anankè qui a dérobé à Lady MacRae.  Accompagnés de Verity, la fille de Lady Mac Rae les voilà bientôt embarqués dans le Transsibérien à la poursuite du coupable.

En parallèle, on suit la mauvaise fortune d’Arnaud, le patron d’une fabrique de cigares du Périgord où se perpétue la tradition de la lecture à voix haute, obligé de mettre la clé sous la porte et dont la femme est plongée dans le coma. Son usine vient d’être rachetée par Monsieur Wang, un chinois pervers, directeur de B@bil Books, une entreprise spécialisée dans l’assemblage de liseuses numériques où travaillent Fabrice Petitbout, le geek abandonné par sa mère, et la belle Charlotte.

Mais il y a aussi Dieumercie Bonacieux le mari impuissant de Carmen qui invente pour lui les remèdes les plus extravagants, et beaucoup d’autres dont les histoires semblent au départ indépendantes mais que l’auteur imbrique au fil des chapitres pour nous conduire à la surprise finale.

On n’est jamais loin de L’île mystérieuse, de Vingt Mille Lieues sous les Mers, ou du  Crime de l’Orient Express…. Avec de nombreux clins d’œil littéraires, des mises en abyme vertigineuses,  des  traits d’humour, et une ironie décapante ce roman suscite aussi  en filigrane une réflexion sur la lecture et l’écriture, l’avenir du livre, la philosophie, l’écologie et la politique mondiale actuelle. A découvrir d’urgence !

 

 

 

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L’Affaire est dans le sac en papier

31 oct

Cet article fait partie de l’opération La Voie des indés.

S’il y a bien une chose dont on peut être certain en refermant L’Affaire est dans le sac en papier, c’est que « le cadavre était mort ». Jean-Jacques de Tréfond-Trévise a été assassiné dans une pièce de son hôtel particulier du 79 rue des Cailloux-qui-Moussent, pièce dont la porte était verrouillée de l’intérieur et ne comportant aucune ouverture sur l’extérieur. Mais qui peut bien être l’assassin ? Le majordome, le valet de chambre, la cuisinière, la (très jeune) veuve, le neveu, le chauffeur, le jardinier, un nain ?
Lisez et vous le découvrirez peut-être.

       

Si vous cherchez un vrai roman policier passez votre chemin, mais si vous en avez ras-le-bol de ce genre littéraire plein de clichés et usé jusqu’à la corde, ce livre est fait pour vous.
Ici l’histoire du meurtre, la fameuse « Affaire », n’est qu’un prétexte à l’humour et à la dérision. L’auteur s’amuse avec les mots, avec la narration et surtout avec nous, lecteurs. Dès les premières pages, un pacte de lecture est suggéré : l’auteur connait nos préjugés, nos attentes, et il n’y répondra pas. A prendre ou à laisser. Parodique, loufoque, absurde, long et labyrinthique, ce roman mène partout et nulle part. Ce qui pourrait d’ailleurs agacer et/ou décourager un lecteur peu téméraire. Mais ce grand n’importe quoi a quelque chose de jouissif car, en s’affranchissant des codes narratifs, l’auteur nous rappelle à quel point l’écriture est liberté. Boll se lâche et signe un objet artistique à tout point de vue (exploitation des possibilités typographiques et de mise en page, illustrations), un premier roman en forme d’OVNI.

Du 4 novembre au 19 décembre, vous pourrez admirer à la bibliothèque une exposition des 20 dessins originaux de Boll à l’encre de chine représentant les personnages principaux. Mais ce n’est pas tout : l’auteur et Frédéric Martin des éditions Le Tripode seront présents le 20 novembre à 19h pour une rencontre autour de ce roman.

Emilie et Lisa

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Sélectable de novembre

30 oct

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L’automne vient finalement de se décider à pointer son nez à Paris, les arbres jouent les strippers, l’air se fait plus humide et plus froid. Le vineux mois d’octobre est passé, les vendanges de Lutèce sont terminées, on a la pâteuse et un peu mal au crâne… Rien de tel, à ce stade, qu’un bon gueuleton pour se remettre d’aplomb.

SELECTABLESlivresSELECTABLESliseuseEt ça tombe bien, car si comme l’affirme Grimod de la Reynière et son Almanach des gourmands[pdf] « Chaque mois, en cuisine comme en volupté, à ses jouissances particulières », le mois de novembre n’est rien de moins que le mois gras, entendez par là que tout ou presque est disponible à profusion pour festoyer : « Les vendanges sont faites, les fruits sont cueillis, le gibier abonde, la viande de boucherie est saine et grasse, la volaille est grosse et succulente ; poulets, dindonneaux, canetons, pigeonneaux joignent à la fraîcheur de l’adolescence le fumet de la maturité. » (GASTERMANN, in Le Gastronome Français ou l’art de bien vivre).

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Pour mieux affronter, donc, ce saindoux de Novembre, la bibliothèque vous assiste en cuisine et à table, avec une Sélectable sur le thème du goût et de la gourmandise. [...]

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The LP collection

29 oct

Cet article fait parti de l’opération La Voie des indés.

Le concept de Laurent Schlitter et Patrick Claudet de présenter 50 LP de groupes totalement underground afin de réhabiliter la critique comme style littéraire est une belle réussite. A travers chaque texte on retrouve la ferveur qui a agité la presse musicale à une certaine époque. Au fil des critiques on retrouve cités Sonic Youth, Danger Mouse, Beach House mais aussi Shakespeare, Will Self ou Tarantino. Références tellement importantes qu’on retrouve un étrange glossaire à la fin du livre où sont répertoriées toutes les artistes cités.


Les deux auteurs pousseront leur concept jusqu’à proposer des compilations (http://thelpcompany.bandcamp.com) regroupant des reprises des morceaux cités dans le livre par d’autres groupes (Fauve, Holden…). Malgré cela on arrivera à se rendre compte, en lisant entre les lignes, de la supercherie. Toutes les histoires qui nous sont racontés sont de pures inventions. The LP Collection, la collection de Laurent et Patrick ou la volonté de réveiller les sens des lecteurs mais également de critiquer la surconsommation musicale aussi bien que l’élitisme des amateurs éclairés.

Thomas

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Journal de bord de l’Havel, samedi 18 octobre, 10h30

29 oct

Déjà un an que le vaisseau Havel est à flot. Les vivres ne manquent pas et le moral est au beau fixe. Depuis quelques semaines, le navire a pris la Voie des Indés. Le club de lecture, sur le pont, s’apprête à augmenter la voilure en cette matinée où le soleil est haut, la mer calme, et les cookies savoureux.

voie des idés

Après avoir brièvement observé la carte marine dans sa cabine richement décorée, Caroline, la capitaine de ce beau voilier, a l’œil rivé sur la longue-vue.  Les quelques goélands qu’elle aperçoit au loin peinent à voler contre le vent. Bon signe : la brise se lève. La direction est toute trouvée : cap sur l’édition indépendante !

[...]

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Happy birthday mister… library!

25 oct

  

   Aujourd’hui la bibliothèque Václav Havel souffle sa première bougie, en espérant que bien d’autres viennent petit à petit s’allumer et briller sur le gros gâteau de son succès ! Petit retour en image, en texte et en chiffre sur sa première année d’existence :

Il y a un an la bibliothèque Václav Havel naissait. Un an. Mais au fond, se questionne-t-on tout à fait légitimement, la bibliothèque Václav Havel, qu’est-ce que c’est ?

Alors, pour tout vous dire, et attention ça risque de vous faire un choc, au début la bibliothèque c’était ça. Mais ça manquait quand même un peu de panache :

5

Nous n’aimions pas trop, surtout au niveau des fuites d’eau, de la tôle, de la rouille, ah et de… De tout en fait. Alors nous l’avons transformée en…

Ça :

Avouez que ça claque.

Avouez que ça claque.

  [...]

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Debout-payé de Gauz

24 oct

Debout-payé

Debout-payé

Gauz

Le nouvel Attila

« DEBOUT-PAYÉ : désigne l’ensemble des métiers où il faut rester debout pour gagner sa pitance. Le métier de vigile est donc un debout-payé. »

Planté dans un magasin quelconque – Franprix de banlieue ou Séphora de désœuvrés –  le vigile, vêtu de noir, fait figure d’épouvantail. Le vigile n’a pas grand pouvoir, si ce n’est celui de dissuader, et si un vol est effectivement commis, que peut-il faire ? Courir après un énergumène qui aura quoi ? dérobé cinquante euros de marchandises à une grande fortune de France ? « (…) vigile est à la sécurité ce que la  “ vache qui rit” est au fromage. »

Debout-payé suit le périple d’Ossiri, étudiant ivoirien débarqué sans-papiers à Paris, devenu vigile grâce à ses relations. À travers la trajectoire particulière du jeune homme  – mise en perspective avec celle de ses parents et de ses camarades –,  Gauz, l’auteur, interroge l’immigration  africaine, l’accueil et le devenir en France, et par là-même les relations de celle-ci avec ses anciennes colonies. À la manière des allers-retours de tant de familles – partir, envoyer de l’argent au pays, revenir et envisager une meilleure situation, ou au contraire s’installer –, on déambule dans le temps et l’espace.

Le récit est ponctué d’interludes, énumérations de mille constats du vigile en poste : « Plus on s’éloigne de Paris, plus la peau des vigiles éclaircit vers le beurre. En province, loin, loin dans la France profonde, il paraît qu’il y a même des endroits où il y a des vigiles blancs. » S’il ne meurt pas d’ennui et d’indifférence, le vigile observe : car les mœurs consuméristes en disent bien long sur l’individu contemporain. Observer, c’est ce qu’a fait Gauz pour se distraire alors qu’il veillait sur les tee-shirts Camaïeu ou les produits cosmétiques, puisque lui-même fût Debout-payé.

Avec malice, Gauz épingle joyeusement nombre de travers contemporains et aborde l’immigration à Paris sous l’angle de l’histoire d’un métier qu’on se transmet : une planche de sauvetage autant qu’un plongeon dans les clichés. Un livre-mosaïque servi par une écriture nerveuse et un esprit mordant.

Eglantine

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Je peux écrire mon histoire ; itinéraire d’un jeune Afghan, de Kaboul à Mulhouse

23 oct

Abdulmalik Faizi n’a pas 16 ans quand il doit quitter l’Afghanistan parce que presque toute sa famille a été assassinée par les talibans et que sa vie est menacée. Son oncle paye un passeur pour l’envoyer en Europe.

Abdulmalik Faizi nous raconte ici son périple de plusieurs mois pour arriver jusqu’en France où il vit aujourd’hui. Il va devoir passer par l’Iran, la Grèce et  l’Italie pour arriver en France. Les conditions dans lesquelles il voyage sont très difficiles, il va même risquer sa vie plusieurs fois.

La dernière partie du texte est dédiée à ses premiers mois en France, à Mulhouse, où il est tout d’abord protégé du fait qu’il est mineur et ainsi pris en charge et scolarisé. Il réussit d’ailleurs brillamment ses études. Malheureusement on lui refuse le statut de réfugié politique qu’il demande à sa majorité. Mais un élan de générosité autour de lui se met en place, il est soutenu notamment par ses professeurs et obtient la possibilité de rester en France pour faire ses études.

C’est une journaliste qui a rédigé ce témoignage qui est également illustré par des dessins en noir et blanc de Bearboz.

C’est un texte qui met en lumière les conditions terriblement difficiles que les réfugiés doivent endurer pour arriver en Europe. Ce récit nous fait prendre conscience des risques incensés que ces réfugiés doivent prendre. Il permet aussi d’en apprendre plus sur le système des passeurs.

On aimerait qu’à son arrivée en France, tout aille bien pour Abdulmalik mais ce qu’il raconte montre bien les difficultés que rencontrent les demandeurs d’asile sur notre territoire.

Si le texte a quelques maladresses et répétitions, il a le mérite de nous faire voir de l’intérieur ce que traversent ces réfugiés. C’est un texte dur mais plein d’espoir également pour ce jeune homme (qui vit désormais à Paris).

Delphine

Une interview du jeune auteur ici

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Vous êtes tous jaloux de mon jetpack de Tom Gauld

22 oct

Recueil de strips écrits et dessinés par Tom Gauld pour le journal anglais « the Guardian » Vous êtes tous jaloux de mon Jetpack est un ouvrage à l’humour délicieusement anglais qui, hélas, ne fait pas mouche à chaque fois.

jetpack

Dans le registre de l’absurde et du non-sens, cet écossais amoureux de lettres, excelle et certains gags (où l’on trouve dans le désordre Shakespeare, Jane Austen, des robots et un bonhomme Flagada ( !)) sont si inattendus que l’éclat de rire stupéfait n’est jamais loin. D’autres, hélas, retombent comme si le Jetpack cher à l’auteur souffrait d’une avarie soudaine. Un très bon moment de lecture quand même !

http://s2.lemde.fr/image/2014/08/21/675x450/4474114_6_7e9d_un-dessin-extrait-de-vous-etes-tous-jaloux_3ac2771e483966ba81cee57e8c68f729.jpg

Une finesse en peu de cases, qui fait souvent mouche !

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Lettres de réclamation de la rentrée littéraire

21 oct

LETTRE AU RESPONSABLE DE L’ OPÉRATION  RENTRÉE LITTÉRAIRE

MINISTÈRE DE LA CULTURE

DÉPARTEMENT LITTÉRATURE ET MARKETING

 MONSIEUR,

Une fois encore, telle un marronnier, et grâce à votre diligence que je reconnais  efficace, l’opération « Rentrée Littéraire »  a frappé. Oui, frappé, effectivement,  car pour moi, qui suis retraitée depuis quelque temps, non seulement, elle  n’a  pas « réveillé »  les enthousiasmes en  attente depuis la fin de l’été, mais elle a ravivé douloureusement  le traumatisme que je subis depuis ma mise à l’écart de la vie active.

En effet, toute rentrée , qu’elle soit littéraire ou  scolaire ou  d’autres collections, rentrée d’argent, ou encore rentrée…  à la maison,  souligne pour moi l’injustice douloureuse d’un brutal changement de vie, où je n’ai plus à rentrer chez moi puisque je n’en sors plus guère, que le terme même de « rentrées d’argent » m’est devenu un concept étrange,  et qu’enfin la rentrée scolaire ne me concerne plus  depuis  le dernier jour de mes lointaines  études. Pour tout dire, elle prend l’allure d’un rendez-vous redouté et terrifiant  au même titre que les impôts et autres dates fatidiques.

Ainsi,  au lieu de mobiliser un grand nombre de lecteurs potentiels, elle ne fait que stigmatiser  toute une population à laquelle  j’appartiens, insulte à la fois mon âge et mon statut social et, par le fait même, la  détourne de son objectif  qui se prétend noble car elle se veut culturelle  mais ne saurait cacher  ses fins mercantiles.

En conséquence, je me permettrai  de vous inciter à trouver un autre intitulé et, dans cette heureuse perspective, je me tiens à votre disposition pour participer au groupe d’échanges  et de consultations que vous auriez à constituer.

Recevez, Monsieur,  mes salutations distinguées.

MFO

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