Interview de Shanne, volontaire en service civique pour la mission Port’âge

shanne-1
Bonjour Shanne,

Tu travailles à la bibliothèque Václav Havel en tant que volontaire du service civique chargée de la mission Port’âge durant 10 mois. Peux-tu nous décrire ta mission ?
J’apporte des livres aux personnes empêchées, des personnes âgées et handicapées.

Combien de personnes bénéficient de ce service de portage de livres à domicile à la bibliothèque Václav Havel ?
Il y en a 6 actuellement, un monsieur vient de partir de la maison de retraite.

Y-a-t-il de nouveaux bénéficiaires depuis ton arrivée ?
Non. Nous allons refaire une distribution de flyers et poser des affiches dans le quartier.

Comment organises-tu ton temps de travail ?
Tout mon temps est consacré à la mission Port’âge, je travaille 24h par semaine. Je choisis des livres et je les porte aux lecteurs empêchés. Je prépare les livres à l’avance, cela ne me prend pas beaucoup de temps.

Tu choisis les livres pour les lecteurs ou bien te demandent-ils des titres en particulier ?
Cela dépend, parfois certains me demandent un livre, sinon, c’est moi qui les choisis.
Tu leur as posé des questions sur leurs goûts de lecture ?
Oui.

Est-ce que ton travail quotidien correspond à l’idée que tu te faisais de ce service aux personnes dites « empêchées » ?
Oui, tout à fait.

Pourquoi as-tu choisi cette activité en bibliothèque comme service civique ?
J’ai choisi le Port’âge car je me disais que des personnes qui aiment la bibliothèque, les livres et la lecture, les gens que j’allais côtoyer, ne pouvaient qu’être des personnes bien.

Comment, en deux-trois mots, s’est passée la première rencontre avec chacun des bénéficiaires ?
Très bien, dans l’ensemble, elles sont toutes sympathiques. Mon tuteur Olivier m’a accompagnée et présentée à chacune des personnes bénéficiaires du service. La première dame que j’ai vue est une de celles qui habitent le plus près de la bibliothèque, elle est un peu réservée, au début la communication fut un peu difficile puis on a trouvé des sujets de conversation.

Il n’y a que des femmes ?
Il y avait un seul homme, à la maison de retraite, je l’ai vu une seule fois et depuis plus rien.

Comment évolue ta relation avec ces personnes ?
C’est plus facile avec certaines dames que d’autres. Mme M., par exemple, une des plus âgées, eh bien, voilà, on sent qu’il y a l’âge, elle n’entend pas bien, la communication n’est parfois pas facile. Sinon cela se passe bien.

Comment se déroulent tes visites ?
J’arrive, je leur donne de nouveaux livres, elles me rendent les autres, je leur demande lesquels elles ont aimés. Ensuite, soit nous parlons d’un livre, soit d’autre chose. Avec Mme M., on parle de tout et de rien, elle me parle beaucoup de sa fille, de sa vie privée, elle doit être retraitée depuis peu. Elle rentre dans la catégorie handicapée, elle ne peut plus marcher autant qu’avant à cause de ses douleurs, elle doit souvent s’arrêter.

Est-ce que tu fais aussi la lecture aux usagers ?
Non, je leur fais seulement la conversation. Elles me demandent des livres parce qu’elles aiment lire. Parfois je récupère des livres sans qu’elles les lisent, quand par exemple ils sont trop longs ou bien que c’est écrit trop petit.
Oui, nous n’avons pas de livres en gros caractères ici.
Pour Mme M., qui aime surtout les livres historiques, sur l’Histoire de France, nous n’en avons pas beaucoup en format de poche, qui sont moins lourds. Elle a besoin de livres légers, sinon elle n’arrive pas à les tenir. On ne s’en rend pas compte comme ça, mais c’est embêtant.

Combien de fois par mois te rends-tu chez les bénéficiaires ?
Je me rends chez chaque personne toutes les 3 semaines, plus souvent chez Mme F. et Mme M., car elles me demandent des livres en particuliers, elles m’envoient des mails, elles savent se servir de la messagerie. Aussi, pour elles, je me déplace plus souvent, quand elles veulent, elles lisent davantage.

J’imagine que tu dois être un rayon de soleil dans leur journée. Ce service à la personne favorise-t-il une relation de proximité, – voire intime ? – avec les usagers empêchés ?
On verra cela dans quelques mois. Pour l’instant c’est Mme M. qui me parle le plus de sa vie privée, elle est contente quand je viens, de pouvoir parler. En général je reste de 45 minutes à une heure, voire plus avec Mme M., mais avec certaines je reste moins longtemps. Avec Mme F., on s’entend bien, mais je ne reste jamais plus de 20 minutes. Elle ne me parle pas de sa vie ; au début il me semblait qu’elle n’avait pas très envie de faire la conversation. Mais après on a trouvé un sujet… bien, l’ethnologie. Elle connaît la psychiatrie, qu’elle a exercée si je ne me trompe pas. C’est un sujet qui touche à plein d’autres choses, et j’ai découvert que de grandes figures font aussi partie du domaine de l’ethnologie, qui m’intéresse beaucoup. Certains auteurs qu’elle emprunte, je les ai déjà rencontrés dans mes recherches. Elle a lu un livre sur les Maoris récemment. En ce moment je suis en train de lire un livre de l’anthropologue Philippe Descola qui se passe en Amazonie, chez les Indiens Jivaros.

Les dames t’appellent Shanne ?
Oui, cela s’est fait tout seul.

Combien de livres empruntent-elles en moyenne ?
A chaque visite j’en amène au moins quatre pour chacune, cela dépend. Mme C, elle lit les quatre; ensuite il y a Mme J., à la maison de retraite, pour qui j’en amène quatre aussi, mais elle ne m’en prend que deux. C’est elle qui a besoin de livres écrits en grands caractères. Elle aime bien les policiers. Alors ça, les policiers ça marche beaucoup, ils en lisent beaucoup, tous les 6. Cela m’a étonnée, moi je n’aime pas ce genre de livres. C’est un des genres les plus vendus je pense. Il y a une dame qui ne lit pas de romans, elle lit plutôt des revues. C’était pas gagné avec elle, au début elle était un peu difficile, on a eu du mal à se mettre d’accord sur ce qu’elle voulait. Pour elle les romans c’est trop long, elle préfère les magazines d’histoire, de sciences, elle aime bien Science et Vie. Mme F. m’a aussi demandé un DVD récemment, 68, un documentaire de Patrick Rotman, elle a lu beaucoup de livres sur 1968.

Comment choisissent-elles leurs lectures ?
Soit seules, soit je leur en choisis en fonction des livres ou des auteurs qu’elles ont déjà lus. Mme M., celle qui s’intéresse à l’histoire de France, elle lit des biographies de vieux auteurs ou figures historiques, elle adore ça. Elle a beaucoup aimé un livre sur Racine, qui retrace sa vie, depuis sa jeunesse à Port-Royal, elle m’en a parlé. Elle adore aussi les histoires de cour, le 17ème et le 18ème siècles.

Est-ce que tu leur conseilles des lectures ?
Non, je discute avec elles pour savoir ce qu’elles aiment. Parfois je trouve des livres qui ont l’air sympa, je leur porte et j’attends leur écho ensuite, si elles l’ont aimé ou pas, et pourquoi.

Les dames que tu dessers te parlent-elles de leurs lectures ?
Oui, généralement, elles me disent si le livre leur a plu, parfois de façon très brève, parfois certaines m’en parlent un peu plus. Je leur pose aussi des questions pour choisir de nouveaux livres. En ce moment Mme F. lit un livre de Pierre Bayard, Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ? Je lui ai aussi apporté Il existe d’autres mondes ; il a écrit plein de choses, elle veut tous les lire. Elle s’est aussi lancée dans Bukowski.

Est-ce que cette expérience te plaît et qu’est-ce qu’elle t’apporte ?
Oui, cela me plaît et cela m’apporte la même chose qu’à elles, je suppose, c’est toujours sympa, surtout le fait que ce soit des personnes âgées, ce sont des personnes qui ont des choses à dire, c’est intéressant. Je sais que cela me fait autant plaisir que cela leur fait plaisir, c’est un échange de bons procédés.

Quel est ton parcours ?
J’ai arrêté l’école après la troisième, et après j’ai fait un peu ce que j’ai voulu. A un moment j’ai travaillé pendant 9 mois, dans une boutique de BTP, autant dire que ce n’était pas vraiment mon rayon.

Est-ce que cette activité entre dans ton projet professionnel ? Quels sont tes projets et quel métier souhaites-tu exercer ?
Non, je n’ai pas encore de projet bien défini. Les domaines qui m’intéressent nécessitent de faire de longues études, de sciences, ou de médecine, et ce n’est pas du tout mon domaine, je n’ai pas envie de faire de longues études. La Ville de Paris nous a proposé une formation pour passer le B.A.F.A., mais ce n’est pas mon truc, l’animation auprès des enfants. J’ai joué avec certains en salle Jeux Vidéo ici, c’était amical, mais je n’ai pas envie d’avoir une autre relation qu’amicale avec eux.

Comment te représentes-tu le rôle des bibliothèques depuis que tu travailles à Václav Havel ?
Comme des lieux qui sont en vérité un peu plus que des bibliothèques, chacune ayant sa particularité et sa communauté ; on vient pour lire, pour échanger, pour s’amuser même. Je dirais que le rôle des bibliothèques est précieux dans sa polyvalence.

***
Veux-tu bien répondre à une partie du questionnaire de Marcel Proust ?

Mon occupation préférée.
Je ne sais pas, je n’ai pas d’occupation préférée, je n’ai pas forcément besoin d’occupation, je suis là, voilà.
Tu penses ? tu rêves ?
Oui.
Eh bien tu peux le dire, rêver.
Penser, j’aime penser, plutôt.

Mon rêve de bonheur.
Alors ça, c’est vaste. Je ne suis pas quelqu’un qui peut répondre aux questions par oui ou par non, j’aime bien être entre les deux. Je n’ai pas une idée précise du bonheur.

Ce que je voudrais être.
Je ne sais pas.
Bon ce sont les questions de Marcel Proust, hein 🙂 , tu n’es pas obligée de répondre à toutes, si c’est trop intime.

Le pays où je désirerais vivre.
J’hésite, quelque part en Asie peut-être. Hmm, le Japon ?
La culture asiatique me plaît, le mélange du moderne et des traditions. Il y a toujours chez eux un côté respectueux, de leur culture, de tout ce qu’il y a autour d’eux, de la nature.

[As-tu lu des auteurs japonais ?
Oui, j’ai lu Haruki Murakami, un classique, j’aime beaucoup. J’ai lu Yukio Mishima aussi, cela m’a plu, mais je préfère Murakami, toujours ce côté un peu mystique. Il a fait des études de musique, il a étudié à l’étranger, il y a beaucoup de références musicales dans ses œuvres, du jazz, du classique. D’ailleurs je crois qu’il a un club de jazz à lui. Je n’aime pas le jazz, mais j’aime bien ce qu’il écrit sur la musique, sur ce qu’il écoute, il cite des artistes, des titres, des reprises, c’est intéressant.
Lis-tu des mangas ?
Oui, beaucoup.
Et des BD ?
Je lis moins de bandes dessinées, car j’aime bien avoir mes BD à moi, et c’est un budget, une BD c’est au moins 15 euros, et si je m’écoutais, j’en achèterais beaucoup.]

La couleur que je préfère.
Le rouge.

La fleur que j’aime.
J’aime bien les fleurs avec plein de pétales, comme les dahlias, quand il n’y a que quatre pétales, c’est bof 🙂 J’aime aussi les micro fleurs qu’on peut trouver sur le bord des routes.

L’oiseau que je préfère.
Le corbeau, il a une taille imposante, il est tout noir, et très intelligent. J’aime bien le Nestor aussi, un perroquet, il y en a un au Jardin des Plantes. C’est aussi un oiseau très intelligent. Il est tout vert, plutôt kaki, vert-gris, et sous les ailes, il est très coloré, en rouge, orange.

Mes auteurs favoris.
Je ne peux pas avoir un seul auteur préféré.

Mes compositeurs préférés.
J’aime la musique classique mais plutôt par morceaux, pas par compositeurs. Puis ce n’est pas ce que j’écoute le plus.

Mes poètes préférés.
Je ne lis pas de poésie, je n’aime pas trop, à part une fois Victor Hugo, j’ai lu des passages de La Légende des Siècles, j’ai bien aimé, mais je me suis lassée de toutes les références religieuses.

Mes héros et héroïnes dans la fiction (littérature et cinéma)
Il y en a trop, faire un choix ne m’est pas possible, un plus que les autres, non, non.

Mes peintres favoris.
Non, je n’en ai pas. Mais j’aime bien le street art, il y en a pas mal ici dans le quartier.

Mes héros dans la vie réelle.
Je n’en ai pas particulièrement. Des personnages morts depuis longtemps, peut-être. Le terme “héros” ce n’est pas rien, alors quelqu’un qui à mes yeux puisse être un héros, il n’y en a pas beaucoup. Il y a chez tout le monde un mauvais côté, le revers de la médaille, aussi bonnes que les personnes aient pu être, il y a toujours la petite tache qui vient ternir leur vie, alors bon, je ne vénère personne absolument.

Mes héroïnes dans l’histoire.
Ce n’est pas une question facile non plus, quand on voit la place de la femme dans l’Histoire.

Mes noms favoris.
J’aime bien les mots valises, un mix entre deux mots.

Personnages historiques que je méprise le plus.
Ah, là c’est plus facile 🙂 Et encore. Il y en a pas mal quand même, et non, en fait c’est un choix difficile, des raclures, il y en a eu, oui. Cela serait comme dire qu’il y en a des moins pires que les autres.

Ma devise.
Je n’ai pas de devise, mais j’aime bien un truc du genre “On n’est jamais mieux servi que par soi-même”, dans l’idéal c’est mieux de n’avoir besoin de personne, d’être libre.

***

Interviewée par Cecilia

Share

Spiderman Homecoming : l’histoire qu’on connaissait Parker

Le genre : Toile filante

L’histoire : Peter Parker est un adolescent assez brillant inscrit, on le comprend, dans un lycée haut-de-gamme de New-York compilant tout ce qu’on peut trouver de clichés du lycée américain. Il s’avère qu’il appartient à la caste des plutôt geeks pas très populaires. Mais moins que son meilleur pote sidekick rigolo qui va enchaîner les poncifs comme on enchaînerait bien le réalisateur de ce navet.

L’histoire commence alors que Peter, qui est en fait Spiderman (on nous épargne sa genèse de superhéros avec la piqûre d’araignée, la mort d’oncle Ben etc. parce que quand même après 198 524 comics et moitié moins de films on connaissait) est enrôlé par Tony Stark pour aller affronter Captain America dans une scène rigolote comme tout (c’est le sommet du film, attention) tourné au téléphone portable avec les commentaires live du héros. Bien entendu, il faut avoir vu les films précédents de la franchise pour comprendre, en l’occurrence le dernier Captain America : Civil war. Un film qui faisait passer n’importe quel Taxi pour du Kubrick.

spider-man4-06102017

Dans deux secondes Spiderman va tomber, provoquant l’hilarité du blaireau assis derrière moi.

Bon peu importe : voilà que Spiderman est tout guèz parce qu’il a participé à un combat cross-over multi-franchise qui n’avait à l’époque fait saigner que les spectateurs. Des yeux. Il s’imagine qu’il peut alors rejoindre la team des Avengers, ce qui est d’ailleurs assez légitime puisqu’il vient de les aider à combattre l’un des leurs. Vous comprendriez si vous aviez subi Civil War ce que je ne vous souhaite pas.

civil-war-08

Une scène de Civil War avec Captain America et d’autres superhéros comme Nocharisman (au milieu) ou Goulagman (à droite)

Mais voilà t’y pas que Tony Stark alias Iron-Man lui oppose une fin de non-recevoir sanglante et assez absurde, arguant du fait qu’il est jeune (ça ne le dérangeait pas 2h avant) et qu’il doit pour l’instant demeurer un super-héros de quartier. Soit.

Peter reprend donc sa vie de lycéen, est amoureux d’une fille, ment sur son identité réelle, tente d’aider des gens dans la rue habillé en Spiderman, saute de toit en toit et passe son temps à tomber et à se casser la figure dans des cascades tout à fait hilarantes.

Bon après je me suis un peu endormi mais à mon réveil ils avaient tenté de lancer une ébauche de scénario avec Julien Lepers déguisé en oiseau (référence peu subtile à Birdman ?) et trafiquant d’armes aliens qui fomentait un sale coup contre Tony Stark mais heureusement Spiderman veillait, l’affrontait, chutait pas mal, faisait des blagues, y’avait des  quiproquos lolilol et puis c’était fini.

Ce que j’en ai pensé : Spiderman Homecoming n’est pas la suite de Amazing Spiderman ni de la trilogie de Sam Raimi. En effet, le rachat de la licence par Marvel permet désormais à ce studio d’utiliser Spiderman pour l’inclure à son grand projet : le Marvel cinematic Universe qui inclut plusieurs licences telles qu’Iron-Man, Captain America, Thor, j’en passe et des médiocres. Homecoming est donc une sorte de rereboot comme on aurait aimé s’en passer.

Le film en lui-même souffre surtout d’un excès d’humour. Toutes, absolument toutes, les répliques veulent être drôles et ce serait déjà assez épuisant si elles y parvenaient. Le problème étant qu’une sur dix fait vraiment mouche, et encore, une mouche prise dans la toile. Voilà c’est le niveau de blague du film.

L’action est illisible, le manque d’enjeu se fait très vite cruellement ressentir et l’image est assez moche. Alors, même si l’effort du studio pour créer un superhéros proche du peuple pourrait être louable, le tout ne casse pas 9 pattes à une arachnide.

La note : 5/10 parce que par rapport à Captain America c’est quand même très bon (sans doute la raison pour laquelle ils nous ont rebalancé des images dudit au début)

100661-jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx

L’affiche : ouais Spiderman a l’air aussi faux dans le film.

Share

Le livre que j’ai le plus détesté

Préambule : On vous aura fait attendre (cf l’article d’Olivier, notre excellente plume : Les pires œuvres de l’histoire des œuvres), mais le fan inconditionnel de Houellebecq s’est évaporé, car il est indéfendable… Bon, je viens juste de lire « Houellebecq économiste » du regretté Bernard Maris (Oncle Bernard de Charlie Hebdo), qui l’adorait pour sa peinture du capitalisme agonisant destructeur de l’humanité : « Aucun écrivain n’est arrivé à saisir le malaise économique qui gangrène notre époque comme lui »… Cela ne me le fait pas aimer pour autant, pour moi M.H. est toujours un OVNI littéraire inexpliqué, et les collègues qui l’apprécient (sans les citer : Oliver, Léonel, Alan…) vont peut-être se liguer pour écrire l’article contradictoire au mien… Comme dit Olivier : Stay foot ! restez connectés 🙂

pe-mh

Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq est le pire des livres que j’ai lus, mais je l’ai lu en entier, ce qui n’est pas mon habitude, quand un livre me déplaît au bout de quelques chapitres, je le referme à jamais. De formation littéraire, comme nombre de mes collègues bibliothécaires, j’aime les classiques des temps passés, je lis peu de littérature française contemporaine (les sanglants prix littéraires de l’automne 2016 ne m’y incitent encore pas), la littérature étrangère m’attire davantage.

Michel Houellebecq est devenu une grande figure du paysage littéraire français contemporain, également très lu à l’étranger. C’est un auteur qui m’intrigue depuis ses débuts, m’inspirant une aversion pour ses positions sur la société, sa misogynie, son côté nihiliste sans appel, ses provocations philosophiques et politiques sur des sujets sensibles dont certains ont envahi durablement la pensée et la vie politique françaises : le racisme, l’islamophobie, la pornographie, la lutte contre l’avortement, l’eugénisme, l’évasion fiscale. J’ai cependant voulu découvrir cet auteur et sa peinture sociale en lisant son deuxième roman il y a une dizaine d’années, œuvre qui ne me suffit cependant pas à me faire une opinion sur le phénomène culturel H., et je ne suis pas aussi douée que Pierre Bayard (auteur de la bible des bibliothécaires Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?) pour vous en faire une plus fine analyse. Plusieurs collègues bibliothécaires m’ayant fait l’éloge de ses œuvres postérieures – La Possibilité d’une île et La Carte et le Territoire, notamment, ce dernier opus qui lui a valu le prix Goncourt en 2010, – je me suis promise de me replonger un jour dans les affres de cet auteur torturé et dérangeant, dussé-je en souffrir.

Après Extension du domaine de la lutte, au titre tout aussi intrigant, œuvre à la philosophie difficile à saisir, et semble-t-il en son temps mal comprise par les critiques, Michel Houellebecq publie Les Particules élémentaires, court roman paru en 1998 qui le fait connaître par une tourmente de critiques acerbes. Ce roman dépeint la vie triste à mourir de deux frères, Michel et Bruno son ainé, affrontant déceptions sur déceptions sur tous les plans : familial, sentimental, professionnel. Bruno est professeur de lettres, érotomane, mauvais père de famille et sombre dans la folie ; Michel est chercheur en biologie moléculaire et s’emploie à révolutionner la reproduction sexuée en annihilant le désir et la souffrance pour atteindre une « mutation métaphysique », le clonage et la « rénovation » de l’humanité.

L’écriture de cette œuvre me parut décevante, pauvre, désagréable, vulgaire, et j’ose espérer (ce que je ne saurai qu’en lisant davantage H.) qu’elle est un effet de style, une vision cynique de la désolation, du « vide » de l’existence de l’homme moderne, voué à la solitude, à la misère sexuelle, à la souffrance, au malheur, dans une société imprégnée de l’individualisme, de la défiance des uns envers les autres, la nôtre, dans notre monde de violence en crise perpétuelle. La révulsion et la déception que j’ai éprouvées en le lisant se sont estompées dans ma mémoire lorsque j’ai lu dans le journal Le Monde les déclarations de la mère de M.H., Lucie Ceccaldi, en réponse aux accusations publiques de son fils qui la haït depuis qu’elle l’a immoralement abandonnée pour poursuivre sa carrière de médecin à l’étranger, propos qui m’apparurent comme une clef du mystère Houellebecq. Pour ce qui est de démêler la réalité de la fiction dans son œuvre, il y a une part d’autobiographie dans ces deux personnages, abandonnés tôt par leurs parents, élevés par leur grand-mère, et c’est le seul aspect de ce roman qui me touche.

Comparé à Zola, icône des médias et de la littérature contemporaine, pour moi, Michel Houellebecq est le peintre et le produit d’une civilisation en déclin, un des symboles les plus tristes de la société française actuelle, qui s’affole et s’enlise dangereusement à chaque période d’élections, une société marquée par le spectre des régressions sociales, de l’intolérance, du populisme et la résurgence de la boîte de Pandore propre au libéralisme économique et politique : les valeurs réactionnaires travail-famille-patrie (ci-gît la société de loisirs, les 35 heures, le partage du travail et des richesses), les catastrophes humaines et écologiques incessantes semblent vouer la Terre et ses habitants aux gémonies. La « main invisible » dirige le monde et pérennise la compétition perpétuelle des êtres pour se maintenir en vie, au détriment du progrès social, de la fraternité, de l’élévation du niveau de vie et du bien-être de l’Humanité, autrement dit, du Bonheur. Michel Houellebecq est également essayiste. Les Particules élémentaires, roman crépusculaire du siècle dernier, hante mon âme comme un mauvais oracle, un coup de peur et non de cœur. À quand un renouveau littéraire humaniste, un sursaut du débat public ?

C’était le pire truc lu par Cecilia

Share

Interview d’Isidora, stagiaire en Français Langue Étrangère à la bibliothèque

isidora

Isidora, en quoi consiste ton travail à la bibliothèque ?

Accompagner les publics qui souhaitent apprendre le français dans leur apprentissage, les accueillir, se renseigner sur leurs besoins, les aider et les suivre en organisant des activités avec une ou plusieurs personnes. Ce sont des activités comme des lectures de divers textes en fonction de leur niveau, des dictées, de l’aide aux devoirs…

Ils aiment bien parler des différences entre les hommes et les femmes, des droits de chacun, du féminisme, des discriminations sur le lieu de travail.

J’anime l’atelier de conversation « la Parlotte » avec ma tutrice Stéphanie et les bibliothécaires, dans lequel nous proposons des sujets culturels pour rapprocher la culture française de leur culture. Ils trouvent souvent certaines choses bizarres en France et à Paris. Par exemple pourquoi est-ce impoli de demander son âge à une femme, pourquoi peut-on être en couple sans se marier, qu’est-ce que le PACS car ça n’existe pas dans leurs pays… Ils aiment bien parler des différences entre les hommes et les femmes, des droits de chacun, du féminisme, des discriminations sur le lieu de travail. C’est toujours intéressant, ils ont de fortes opinions sur ces sujets. Ils communiquent entre eux en français sur tous ces sujets et avec Stéphanie on explique des mots. Parfois les sujets sont bizarres, ils m’ont déjà demandé comment draguer une fille et là du coup on parle du féminisme. Ils veulent savoir plein de choses car c’est très différent dans leur pays. Une femme de 27 ans qui ne s’est pas mariée c’est très bizarre pour eux.

En Somalie et en Érythrée, un homme pour pouvoir se marier doit avoir beaucoup d’argent

Après ils nous racontent comment ça se passe dans leur pays. Par exemple en Somalie et en Érythrée, un homme pour pouvoir se marier doit avoir beaucoup d’argent, une maison, la famille de l’homme doit donner pratiquement des coffres de bijoux à la femme. Le père doit dire oui ou non au mariage pour qu’il se fasse. Les jeunes époux se connaissent à peine et s’ils se plaisent ils doivent se marier tout de suite.

Quel est le public qui vient te voir ?

Parfois c’est aussi le public de l’auberge de jeunesse qui vient profiter des cours de français et de l’atelier de conversation, des Espagnols, des Anglais… Mais 85% environ sont des migrants.

De quels pays viennent les gens que tu accompagnes ?

Notre public vient d’Érythrée, d’Afghanistan, de Somalie, du Soudan, du Pakistan…  J’apprends beaucoup aussi, ils connaissent tout sur la géographie de l’Afrique et les dialectes qui y sont parlés. Certains ont essayé de m’apprendre l’alphabet arabe mais c’est difficile !!! Moi qui devais leur apprendre des choses j’en ai appris beaucoup !

Peux-tu nous décrire ton parcours et ta formation et nous dire pourquoi tu as choisi cette orientation?

J’ai une formation en Français Langue Étrangère (FLE) et là je suis en master 2 à Paris Sorbonne (Paris IV) en Langue française appliquée. Il s’agit de comparer la langue française à une autre langue et à son aire culturelle. J’ai choisi l’anglais pour étudier les similarités entre les langues et les cultures.

On compare la culture française aux autres cultures arabes, russes, croates, allemandes…

Toi d’où viens-tu ?

Moi je suis Serbe. C’est intéressant de voir les stéréotypes sur les Français, les malentendus par rapport à ce que j’ai appris…

Ce qui est bien c’est que les migrants ont tous appris l’anglais, surtout les Afghans qui le parlent dans leur pays, je peux donc traduire certains mots en anglais. L’anglais a vraiment influencé leur apprentissage du français. Par exemple en anglais ont dit « introduce myself » pour « me présenter » et ils reprennent cette formulation en français mais ce n’est pas la même chose ! Donc parfois c’est drôle et ça illustre parfaitement ce que j’ai appris à la fac.

En Serbie j’ai un master 1 de philologie langues romanes, j’ai appris le français, l’espagnol et un peu d’italien avec une spécialisation en didactique culturelle. Le master FLE m’a permis d’apprendre comment enseigner le français aux étrangers en tenant compte de leur culture.

Je pense que comprendre une culture est le plus important pour parler la langue

Qu’est-ce que tu veux faire après tes études ?

J’aimerais bien travailler sur le développement culturel en Alliance Française, Institut français, Unicef ou Unesco, sur la diversité culturelle. Pour moi c’est un domaine vraiment lié aux langues et puis je pense que comprendre une culture est le plus important pour parler la langue. Dans une langue il y a les règles de grammaire, d’orthographe mais pour vraiment comprendre on dit une chose de telle manière il faut vraiment penser en français, comme les Français et donc comprendre pourquoi. Même aujourd’hui je dis des choses qu’il ne faut pas dire ou je tourne mal une phrase parce que je ne comprends pas tout à 100% mais j’essaye de m’intégrer le plus possible.

Quels sont les horaires de ta permanence à la bibliothèque ?

Je travaille les mardis et vendredis de 15h à 19h de janvier à fin juin. Le mardi j’anime la Parlotte, l’atelier de conversation de 17h30 à 19h et avant ça je reste au 1er étage pour accueillir les publics. Parfois j’anime aussi le grand cours de français de 15h à 17h lorsque les bénévoles ne peuvent pas venir. J’aime bien animer les cours car les apprenants sont vraiment attentifs. J’ai travaillé dans un lycée avec des jeunes de 15 ans et la moitié ne voulait pas apprendre le français, l’autre ne voulait pas écouter… Eux sont vraiment très motivés. Mais bon, c’est important pour eux…

Parfois je les croise dans la rue ou dans le métro et ils crient « professeur, professeur ! »

Qu’est-ce que tu aimes dans ton travail à Václav Havel ? Qu’est-ce que tu aimes moins ?

A part la motivation des élèves, j’aime la bibliothèque car c’est vraiment un endroit multiculturel et j’apprends beaucoup sur la géographie, la politique, les langues, les habitudes d’autres pays, comment ils regardent le monde. Et puis ils sont vraiment gentils. Parfois je les croise dans la rue ou dans le métro et ils crient « professeur, professeur ! » ça me fait plaisir. Ils apprennent très vite, certains peuvent désormais faire des blagues, comprendre l’implicite.

Ce que j’aime moins c’est quand il y a trop de monde, que tout le monde veut me parler et je dois dire non pour aider quelqu’un car je n’ai pas assez de temps.

Pourquoi « la » bibliothèque ? Pourquoi « à la bibliothèque »  et « au cinéma « ?

Quels types de questions te posent les lecteurs de la bibliothèque Václav Havel ?

Beaucoup de questions sur le vocabulaire ou sur les articles féminins ou masculins. Pourquoi « la » bibliothèque ? Pourquoi « à la bibliothèque «  et « au cinéma ». Il y a des trucs pour les aider comme tous les mots qui se terminent en « -tion » sont féminins mais il n’y a pas toujours de règles. Puis des questions sur la culture comme je l’ai déjà mentionné mais aussi des questions sur les écrivains, la musique. Et ils adorent boire le thé.

Comment perçois-tu le rôle des bibliothèques suite à ton expérience à Václav Havel ?

J’avais une vision stéréotypée des bibliothèques comme un endroit où on vient prendre des livres, étudier et où on ne doit pas parler. Mais là c’est super il y a même de la musique le soir, c’est une super ambiance, un lieu dynamique de travail avec beaucoup d’activités comme les parlottes, le cinéma, les jeux vidéo, l’anglais, le théâtre, la lecture. J’ai changé mon opinion des bibliothèques grâce à cette ambiance amicale. Et le public migrant l’apprécie beaucoup.

Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté dans ton projet professionnel?

A comprendre les enjeux culturels, à répondre aux besoins des habitants, je pense que ça m’a beaucoup aidée.

Quelles sont les difficultés de ton métier?

Pouvoir répondre à 100% aux questions. Parfois je ne comprends pas trop la question et parfois pour leur donner la réponse j’essaye de faire des gestes, des mimiques mais c’est compliqué, surtout quand il s’agit de parler des émotions et des sentiments. Qu’est-ce que la joie ? Qu’est-ce qu’être heureux ? Ou expliquer la peur… J’essaye d’utiliser le français le plus possible mais parfois c’est bien de pouvoir expliquer certaines choses dans la langue d’origine et je ne peux pas le faire.

Depuis quand parles-tu français et vis-tu en France ?

J’apprends le français depuis l’âge de 11 ans et je vis en France depuis septembre.

Merci beaucoup Isidora !

Share

Chapelle sur Rails, le concours photo

Amateurs-trices de photographie, de quartier, de Chapelle, de balades, de concours, d’été, de rails, d’Histoire, et de balade-estivale-pour-le-concours-photo-dans-la-Chapelle-sur-le-thème-de-l’Histoire-du-rail-dans-le-quartier:

Participez cet été à notre concours photo sur le thème de l’histoire ferroviaire de la Chapelle.

photo

Lire la suite

Share

∞ Notre bibliographie de l’été ∞

2017-selectable-ete Vos bibliothécaires préféré.e.s vous donnent des conseils de lectures pour l’été, documents que vous pouvez emprunter chez nous ou dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Paris.

Littératures

le-sang-des-rois

Le sang des 7 rois de Régis Goddyn. – L’Atalante. – (cote GOD)

Saga de fantasy française, l’œuvre de Régis Goddyn vous transportera dans un monde médiéval en proie à un renversement politique et à une crise religieuse. Et dire que tout débute par une enquête d’Orville, notre soudard de héros, sur la disparition de 2 jeunes villageois…  Le rapport avec l’été me demanderez-vous ? Le sang bleu comme la mer (littéralement) de la noblesse, synonyme de capacités surhumaines mais surtout un style mordant et une lecture décontractée, qui vous emmèneront dans des directions que nul n’aurait su prédire…

 

en-attendant-bojangles

 

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut. – Finitude. – (cote BOU)

Ne vous fiez pas à sa couverture un peu kitsch, ce premier roman, bercé par la musique de Nina Simone  est une merveille. Relatant l’histoire d’une famille marginale légèrement déjantée,  En attendant Bojangles est une ode à la vie, à l’amour et à la folie. Dans une ambiance chaleureuse et poétique, Olivier Bourdeaut propose un texte bourré d’humour, de fantaisie et d’émotion.  Disponible en format papier et audio à la bibliothèque !

 

 

smilla-et-lamour-de-la-neige

 

Smilla et l’amour de la neige de Peter Høeg. – Points Seuil. – (cote HOE)

Pour rafraîchir vos journées sous un soleil de plomb, un roman qui se passe au Danemark et nous parle de neige et de soupçons d’homicide à partir de traces suspectes dans un paysage immaculé.

 

 

 

 

le-complexe-deden-bellwether

 

Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood. – Zulma. – (cote WOO)

Quoi de mieux que la période estivale pour lire des pavés ?!

2003, en Angleterre. Oscar Lowe, jeune homme solitaire vit à côté de la prestigieuse université de Cambridge. En se promenant un soir, Oscar est happé par le son d’un orgue s’échappant d’une église. En s’y introduisant, il fait la connaissance d’Iris Bellwether et de son intrigant frère, Éden. Personnage éponyme du roman, Eden Bellwether possède une personnalité ambigüe, à la fois charismatique et virtuose, il peut également être, entre autres, un homme narcissique et manipulateur, persuadé de détenir un don lui permettant de guérir les humains grâce à sa musique.

Le complexe d’Eden BellWether est un roman magnifique, grâce à l’écriture maîtrisée de Benjamin Wood (il s’agit de son premier roman) et de par les thématiques abordées – la frontière entre le génie et la folie, la science et la religion ou encore le clivage social.

 

 lassassin-royal

L’assassin royal de Robin Hobb. – J’ai Lu. – (cote HOB)

Une série que vous ne pourrez plus lâcher une fois commencée. Prévoyez d’emporter plusieurs livres de la série sur votre lieu de villégiature pour ne pas risquer une immense frustration due à l’achèvement précoce d’un tome qui vous laisse affamé de sa suite et passer plusieurs heures à chercher une hypothétique connexion internet qui vous mènerait à un encore plus hypothétique PDF à lire sur un smartphone à la batterie faiblissante. L’histoire est rondement menée, les personnages très développés, le monde qui les entoure foisonnant et cohérent et les valeurs convoyées plutôt sympathiques malgré un héros assassin : amitié, une pointe de féminisme, tolérance, ouverture aux autres, honneur, perpétuelle quête d’amélioration personnelle….

 

certaines-navaient-jamais-vu-la-mer

 

Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka. – Phébus. – (cote OTS)

Rien à avoir avec des vacances à la Baule, Certaines n’avaient jamais vu la mer parle d’un sujet méconnu, à savoir le sort des émigrées nippones en Californie, au début du XXe siècle. Très singulier par son écriture à la 1ère personne du pluriel, ce parcours collectif poignant nous fait découvrir la réalité de ces femmes acculturées  qui doivent réapprendre une langue, une culture, et surtout à vivre. Arrive alors la guerre, tout japonais devient suspect, la haine monte et vient le temps de la déportation, ce « dernier jour ». Sans tomber dans le pathos, le récit porté par une musicalité rare, nous laisse à entendre ces voix anonymes, ces destins brisés.

 

u4

 

U4 de Vincent Villeminot. – Syros. – (cote U4)

Il s’agit de 4 romans, à lire dans l’ordre de votre choix, écrits par 4 auteurs différents. Le virus U4 a décimé 90% de la population mondiale, seuls les adolescents de 15 à 18 ans ont survécu. Chaque personnage raconte son parcours depuis Marseille, Lyon, la Bretagne ou Paris pour trouver de l’aide et se rendre à un RDV donné par Khronos, le maître de jeu d’un jeu vidéo en ligne. Ces romans nous replongent dans les affres de notre adolescence mais dans un monde post apocalyptique ou il s’agit avant tout de survivre et d’enterrer son passé.

 

les-enfants-du-romanestan

 

Les enfants du Romanestan de Moris Farhi. – Bleu autour. –  (cote FAR)

C’est l’histoire d’un peuple qui renaît toujours de ses cendres, celui des Tziganes d’Europe orientale nourris de l’âme de la Nature. L’histoire de Branko, orphelin rescapé du Porajmos, le génocide gitan. Moïse des temps modernes, il prend la tête d’un exode périlleux vers un mythique Romanestan.

Un récit épique captivant de Moris Farhi, « mieux vaut devenir qui on est plutôt que de vouloir être quelqu’un d’autre » semble-t-il nous faire entendre.

 

 

my-first-sony

 

My first Sony de Benny Barbash. – Points Seuil. – (cote BAR)

Yotam, 10 ans, a la manie de tout enregistrer sur son magnétophone Sony, le présent, le passé, les non-dits et à travers l’intimité de sa famille plutôt déglinguée : le père adultère multirécidiviste, la mère hystérique, l’oncle ultra-orthodoxe, le grand-père, ancien résistant, le poids silencieux de la shoah, c’est un pan entier de la société israélienne qui défile dans un tourbillon aussi loufoque qu’émouvant !

 

 

 

au-bord-de-leau

 

 

Au bord de l’eau de Shi Nai-an. – Folio Gallimard. – (cote NAI)

Pour ceux qui, comme moi, attendent l’été pour s’attaquer aux pavés littéraires : un des plus grands classiques de la littérature chinoise, « Au bord de l’eau » suit sur 2200 pages (en deux tomes) les aventures épiques de 108 brigands révoltés contre l’empereur d’une Chine médiévale.

 

 

 

le-pavillon-dor

 

Le Pavillon d’Or de Yukio Mishima. – Folio Gallimard. – (cote MIS)

« Je ne savais toutefois pas encore si la Beauté se confondait avec le Pavillon d’or lui-même, ou si elle était consubstantielle au néant de la nuit qui enveloppait le Pavillon d’or. Peut-être était-elle les deux ensemble. A la fois détail et totalité. Temple d’or et nuit enveloppante. »

Le style précis, analytique et terriblement sensible de Mishima saisit le regard sombre d’un moine bègue sur la Beauté tyrannique, inaccessible et adorée, incarnée par le Pavillon d’or.

 

 

le-temps-ou-nous-chantions

 

Le temps où nous chantions de Richard Powers. – 10/18. – (cote POW)

Delia Daley et David Strom se rencontrent au concert de Marian Anderson en 1939. Leur passion commune pour la musique leur fait oublier qu’une jeune femme noire et un juif allemand n’ont pas le droit de s’aimer dans l’Amérique de l’après-guerre. Le temps où nous chantions raconte leur histoire d’amour et l’histoire de leur famille. C’est également un demi-siècle d’histoire américaine, une ode à la musique et tellement d’autres choses. Si vous avez de longues heures devant vous, lisez ce roman magnifique et bouleversant. Le temps où nous chantions est un incontournable de la littérature américaine du 20e siècle. Il a été élu meilleur livre de l’année 2003 par le New York Times et le Washington Post.

 

une-saison-ardente

 

Une saison ardente de Richard Ford. – Points Seuil. –  (cote FOR)

Été 1960 dans le Montana, des incendies ravagent le pays. Le père de Joe, momentanément sans emploi, part combattre le feu. Sa mère prend un amant. Parallèlement à la désinvolture des adultes, Joe jeune adolescent fait l’expérience de sa propre solitude dans une Amérique dépeuplée. Une saison ardente est une sorte de roman d’apprentissage dans l’Amérique profonde des années 60.

 

 

 

BDs & Mangas

slam-dunk

 

Slam Dunk de Takehiko Inoue. – Kana. – (cote manga Slam Dunk)

Vous avez chaud sur votre transat/serviette/chaise de bureau ? Ce n’est pas ce shonen qui vous refroidira. Rouge feu, c’est la couleur des cheveux de Sakuragi, notre héros voyou. Orange éclatant, celle du ballon de basket qu’il tente d’apprivoiser au long de ces 31 volumes pour éblouir sur le terrain la belle Haruko. Shonen sportif à l’ancienne, bourré d’humour et de scènes d’anthologie, Slam Dunk ne vous laissera aucun temps mort !

 

 

riche-pourquoi-pas-toi

Riche, pourquoi pas toi ? de Marion Montaigne. – Dargaud. – (cote BD MON)

Une BD one-shot qui vous apprendra tout sur les riches, cette drôle d’espèce humaine qui capitalise, amasse de l’argent, cultive l’entre-soi et les privilèges, et ne cesse de s’accroître dans la société française, toujours plus riche alors qu’il y a de plus en plus de pauvres très pauvres. Philippe Brocolis, heureux gagnant de la cagnotte du loto découvre avec sa famille les mœurs spéciales de la classe bourgeoise, expliquées par les deux grands sociologues spécialistes de la bourgeoisie, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, qui l’accompagnent dans ce nouveau monde dont il est étranger. Marion Montaigne croque avec réussite le monde de l’argent, la reproduction des élites et leur violence symbolique : rire garanti !

 

pinocchio

 

Pinocchio de Winshluss. – Les requins marteaux. –  (cote BD WIN)

Pour s’initier à la bande dessinée « adulte », ou pour découvrir (ou retrouver) l’humour noir de Winshluss : un Pinocchio moderne, muet, trash, et brillamment maîtrisé.

 

 

 

yotsuba-et

 

Yotsuba&! de Kiyohiko Azuma. – Kurokawa. – (cote manga Yotsuba).

Une série d’histoires courtes autour des découvertes (et des bêtises) d’une fillette dans un quartier de la banlieue de Tôkyô. Aussi drôle que rafraîchissant, ce manga est une lecture idéale pour les vacances !

 

 

 

 

gokicha

 

Gokicha de Rui Tamachi. – Komikku. – (cote manga Gokicha)

Des gags en quatre cases suivant les déboires d’un adorable petit cafard cherchant à se faire des amis parmi les humains… qui restent de marbre devant ses bonnes intentions et sa carapace noirâtre ! Ce manga vous invitera à regarder d’un autre œil ces compagnons d’infortune des chaleurs estivales !

 

 

tranmetropolitan

 

Transmetropolitan  de Warren Ellis. – Urban comics. –  (cote comics Transmetropolitan)

Destitution ou pas ? Nouvelle bourde ou nouvelle teinture ? C’est moins sur l’été que sur l’actu politique que nous vous proposons de surfer avec ce comics en 5 tomes. Suivez Spider Jerusalem, journaliste ultra-cynique, qui reprend du service pour suivre la prochaine élection du président US. Ce double d’Hunter S. Thompson pour ce qui est de la consommation de produits vitaminés vous fera rire ou crisser des (sans)dents dans ce futur déglingué et plus que jamais inégalitaire. Du très bon Warren Ellis pour une anticipation mordante !

Share

Un coup de cœur, un coup de club (des lecteurs)

Enfin ! Après une disette de quelques mois le cénacle le plus fermé et prestigieux du Monde libre et des bibliothèques de Paris se reréunissait samedi 20/05/2017, 10h30 (heure de Paris) pour s’adonner aux plus nobles passions qui soient : les livres et la critiques d’iceux.

C’est donc vers 10h30 que se sont retrouvés, fringants et beaux, Lurdès, Mary, Cécile, Liliane, Isabelle, Philippe et votre serviteur.

Mus par leurs ardentes appétences littéraires ils se sont joints dans la petite mais non moins chargée de souvenirs émus salle Allégro, au premier étage, prêts à échanger propos enjoués et romans empruntés.

Et, après une brève introduction, c’est Philippe qui initie les débats.

largeIl a lu Petit pays de Gaël Faye et pense du bien de ce premier roman, par ailleurs unanimement salué par la critique et retraçant le génocide au Rwanda vu par les yeux d’un enfant, en l’occurrence l’auteur.

Philippe a d’abord pensé que c’était rapporté de façon légère, avant de se rendre compte que finalement pas tant que ça.

A ce drame, toujours présent, se mêlent des bonheurs de l’enfance d’autant plus fragiles. L’écriture est agile, les descriptions magnifiques, le tout est très agréable à lire mais aussi très lourd.

Liliane se souvient l’avoir lu mais plus trop du contenu. Même si elle se rappelle avoir aimé.

Quoi qu’il en soit l’ouvrage a reçu le prix Goncourt des lycéens.

bureauMais Philippe enchaîne déjà, toujours prompt à partager ses passions extrêmes. Cette fois c’est un livre d’aventure : nous sommes au Japon, aux alentours de 1100, et un petit village a passé un contrat avec le Bureau des Jardins et des Étangs, une sorte d’administration royale. Ce village a pour mission de fournir un certain nombre de carpes par an pour alimenter les bassins royaux, missions dont s’acquitte un jeune pêcheur dont le don pour attraper des carpes et les transporter dans une nacelle jusqu’aux dits bassins, quoique peu glorieux, est bien utile au village qui se voit ainsi exonéré de certaines taxes. Cette phrase est bien trop longue mais peu importe.

Voilà cependant que le jeune pécheur décède tragiquement et que sa femme se voit désignée pour prendre le relais. Le roman raconte alors son voyage avec moult rebondissements et péripéties.

Le texte rend bien l’ambiance du moyen-âge japonais croit savoir Philippe et l’on ne peut que le croire sur parole tant il nous est difficile de l’imaginer.

Le livre est bien mais pas extraordinaire nous dit Philippe avec un phlegme qui est devenu légendaire dans certains milieux autorisés.

Liliane prend ensuite la parole avec solennité et cette candeur si facétieuse qu’on lui envie. C’est Alain Mabanckou qui a eu les faveurs de sa lecture, lui et son Black Bazar.

bazarBlack Bazar c’est l’histoire d’un Africain, un homme très important et toujours très chic, qui arrive à Paris. Il se marie avec la fille d’un avocat strasbourgeois d’origine congolaise qu’il emmène à Paris. Là, elle va se laisser séduire par un autre, qu’il nomme « l’hybride »

Le livre a beaucoup plu à Liliane ; il n’y a pas une histoire mais des centaines qui s’entremêlent au gré d’expressions très imagées. C’est très bien.

Elle a aussi lu « Ce qui ne nous tue pas » d’Antoine Dole mais là je vous avoue qu’il n’y a rien sur ma feuille, j’en conclue donc que le livre ne l’a pas marquée.

Cécile se lance ensuite, pour sa grande première dans le club ! Elle nous présente deux comics, de la bande-dessinée américaine, qu’elle a découverts un peu par hasard à la bibliothèque : les deux romans graphiques et autobiographiques d’Alison Bechdel, une bédéiste américaine, originaire de Pennsylvanie : Fun home et C’est toi ma Maman ?. C’est le 2ème tome qui l’a attirée au départ, d’autant qu’elle ne savait pas qu’il y en avait un premier, et elle a eu envie de le lire au vu de sa thématique : les relations mère-fille.

funAlison Bechdel est née en 1960, elle est militante féministe, lesbienne, connue pour avoir publié une série dans Womanews, une revue féministe New Yorkaise, Dykes to Watch Out For  (Lesbiennes à suivre). Ces deux tomes consacrés à son père et à sa mère sont selon Cécile magnifiques, une vraie œuvre littéraire, tout en étant graphique. Elle analyse toute sa vie avec des références littéraires et psychanalytiques, passant toute son histoire au crible des références d’Alice Miller et de Donald W. Winnicott.

Ce deuxième tome C’est toi ma Maman ? est donc consacré à sa mère, dont elle raconte l’histoire, et à ses relations avec elle, alors qu’Alison a déjà la trentaine passée et qu’elle est une auteure connue. On la voit écrire et dessiner cette œuvre, soumettre les épreuves par deux fois à sa mère, et sa mère réagit plutôt mal, parce qu’elle ne se voyait pas de la façon dont la décrit sa fille, mais elle lui donne des conseils. La mère d’Alison est une femme très cultivée, elle est au départ professeure de lettres dans le secondaire, elle aurait aimé enseigner à l’université, elle est très douée, elle lit tout le temps, de la littérature. Mais elle a fondé une famille avec M. Bechdel, elle élève trois enfants, dont Alison, l’aînée, et ses deux frères, et son statut de femme au foyer ne lui permet pas d’enseigner.

mamanC’est une famille qui a vécu une grande souffrance, à cause de la douleur du père, qui est révélée dans le premier tome et pourtant toute l’œuvre d’Alison est emplie d’un humour décapant. Dans ce deuxième opus la maison familiale a été vendue, Alison et sa mère vivent toutes les deux dans un appartement, avant qu’Alison parte à l’université. C’est à l’université qu’elle découvre qu’elle est lesbienne, elle lit toutes les œuvres des auteures féministes, elle est très influencée par Jane Austen, Virginia Woolf, notamment. Son roman est très réaliste, elle dessine très bien, elle a vraiment cette tête en vrai Alison Bechdel, elle a les cheveux courts, un style vestimentaire masculin, tout comme Judith Butler, la théoricienne des gender studies, qu’elle admire.

C’est Alison Bechdel qui a introduit la notion du genre dans la bande dessinée.

Elle est aussi connue pour avoir créé le test de Bechdel !

Ce test analyse la présence féminine dans les films, et permet de savoir si un film est féministe ou sexiste – cependant, on ne peut s’y fier totalement car il y a des films au contenu sexiste qui passent aux travers du test en répondant à ses trois prémisses :

– Y a-t-il au moins deux personnages féminins portant des noms ?

– Ces deux femmes se parlent-elles ?

– Leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu’un personnage masculin ?

(Source : Wikipédia, Test de Bechdel)

Tous les blockbusters échouent à ce test, en Suède des salles de cinéma utilisent le test de Bechdel pour coter les films qu’elles diffusent. Cécile le trouve très intéressant.

Ces deux romans graphiques sont remplis de références et allusions littéraires, les parents d’Alison et elle-même lisent beaucoup, elle cite Albert Camus, Marcel Proust, Henry James, F.S. Fitzgerald, Oscar Wilde, Du Vent dans les Saules… La mère d’Alison répète sans cesse des pièces de théâtre, parfois avec sa fille, car malgré son rôle de mère au foyer, elle continue à jouer au théâtre, dans sa petite ville de Beech Creek.

Le premier tome, Fun Home, que Cécile a découvert après, est beaucoup plus dur, c’est une tragicomédie familiale, où l’on découvre l’enfance d’Alison avec ses deux parents et ses deux frères, dans un manoir que son père a passé sa vie à rénover à la mode victorienne et néogothique, à restaurer toutes les moulures, et pour lequel il a acheté des meubles qui vont bien dans le style… Il est très violent avec ses enfants, sa fille et ses deux fils, il leur fait tout faire, s’en sert d’apprentis.

A un moment, il perd son emploi de professeur, parce qu’il a des relations sexuelles avec de jeunes hommes, dont un de ses élèves, et dans la petite ville où ils vivent, cela fait scandale, à cette époque où l’homosexualité était très réprimée.

Le père reprend alors l’entreprise funéraire du grand-père, et la famille Bechdel vit dans un funérarium (d’où le titre de la BD, Fun[eral] Home), le père embaume les cadavres des défunts de la ville, aidé par ses trois enfants.

Un jour M. Bechdel meurt en traversant une route de campagne, trois semaines après que sa mère a demandé le divorce. Alison comprend bien plus tard ce qui est arrivé à son père, elle pense qu’il s’est suicidé mais n’en est pas sûre, c’était peut-être un accident. Alors qu’Alison compose son œuvre graphique, sa mère lui donne plus tard toute la correspondance que son père lui a écrite, elle comprend que son père était quelqu’un de très particulier, qui a beaucoup fait souffrir sa mère, mais elle l’aimait beaucoup. Grâce à ces deux bandes dessinées, elle parvient à exorciser la souffrance de sa vie de jeunesse, engendrée par la relation violente de ses parents, et elle le fait avec beaucoup d’humour, d’émotion et d’intelligence. Son père restaurait la maison, sa mère jouait du piano toute la journée, un frère était musicien, l’autre était passionné de maquettes, et Alison dessinait beaucoup.

Cécile vous recommande donc ces deux BD, dont on ne vous a pas tout dit (on vous en a quand même dit beaucoup !)…, deux œuvres très dures mais pleines d’humour, qu’on dirait teinté de gothique, qui sublime par l’art d’Alison Bechdel la souffrance qui peut exister dans beaucoup de familles.

Mary a quant à elle lu pas moins de quatre livres, sans doute pour nous humilier comme à son habitude, nous pauvres lecteurs qui tournons à 2 livres max par club. C’est moche de faire ça, Mary.

Mary a décidé d’apprendre l’Italien ce qui monte son nombre de langues parlées à 27, dont l’Anglais, le Français, l’Allemand, le Japonais, le Swahili et la langue secrète et royale des marmottes. Pour parfaire son italien elle lit donc des romans italiens (mais en italien sinon ça n’aurait aucun sens.)

merMargaret Mazzantini, l’autrice de  La mer, le matin est née en Irlande mais a vécu en Italie toute son enfance. Son livre narre deux histoires parallèles séparées par la Méditerranée, deux histoires mettant en perspective le passé colonial de l’Italie en Lybie.  C’est un livre sur l’identité, celle de ceux qui ont fui la Lybie pour vivre en Italie, comme Vito, le fils d’Angelina, né en Lybie mais a qui dû la quitter quand Khadafi a chassé les colons italiens. Celle aussi de Farid qui, tout jeune, suit sa mère pour coûte que coûte quitter la Lybie.

Un livre très réussi, un voyage entre deux continents et entre des familles.

Mary a lu aussi Per dieci minuti (10 minutes par jour) de Chiara Gamberale », un livre écrit sur un jeu, celui proposé par un psychiatre à sa patiente : à raison de 10 minutes par jour elle doit faire quelque chose qu’elle n’a encore jamais fait. Ce livre est basé sur son journal et est très drôle. Qui plus est, le processus se révèle thérapeutique puisqu’au bout de trente jours l’héroïne se sent bien mieux !

Camille, mon envolée de Sophie Daull : Camille, 18 ans, meurt d’une méningite le jour de Noël. Sa mère se donne comme objectif d’écrire l’histoire de sa fille et de l’achever avant Pâques. Le livre est triste et heureux en même temps, s’attachant à rendre honneur à Camille. Ce qui inspire ce proverbe chinois : On ne peut pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler autour de nos têtes mais on peut les empêcher de faire leur nid dans nos cheveux. »

Mary conclut brillamment par La guerre d’hiver du finlandais d’origine suédoise Philip Teir. Un roman conjugal sur la guerre d’hiver qui opposa les russes aux finlandais qui distille au fur et à mesure de ces pages un « esprit nordique » sur ce qui est important dans la vie ou comment une famille peut se désunir.

Lurdes prend alors la parole pour évoquer le livre Lire c’est vivre plus, ouvrage recensant l’avis de 9 écrivains et partageant leur amour de la littérature. C’est grâce à lui qu’elle a découvert Ces amis qui enchantent la vue de Jean-Marie Rouart, un excellent livre, très long, qui présente des livres de 120 écrivains, permettant de mieux connaître la littérature.

Parmi ceux-ci elle a  lu :

Le livre de l’intranquillité de Pessoa, poète portugais qu’on ne présente plus, qui parle de Lisbonne et qui est un peu triste.

Un roman françaisun-roman-f de Frédéric Beigbeder, qui revient sur son enfance dont il a tout oublié, de ses parents divorcés, de son frère qui travaille au MEDEF et par rapport auquel il se trouve raté.

Les forêts de Ravel de Michel Bernard : l’histoire du musicien, trop petit pour faire la guerre de 14 mais qui veut tout de même y participer et devient brancardier. A l’hôpital il trouve un piano et se met à en jouer. Très bientôt tout le monde veut le voir jouer : médecins, infirmiers et les éclopés dans leurs lits. Le livre est très joli, sentimental.

Mais voilà que le club menace de s’achever, heureusement Isabelle a encore quelques livres dans les manches (c’est une image…) !

Coraline, d’abord, adapté en un film très réussi. L’histoire d’une petite fille qui doit déménager à la campagne et dont les parents travaillent beaucoup. Comme elle s’ennuie elle se met à beaucoup se balader et un jour trouve une porte qui l’a fait tomber dans un monde parallèle. Ses parents sont là mais ils n’ont pas d’yeux, ils ont à la place des boutons cousus. En revanche, passé ce détail, sa deuxième maman est bien plus gentille que l’originale.

Sauf qu’elle n’est peut-être pas si gentille que cela…

burtonTim Burton ensuite, le célèbre réalisateur s’est aussi essayé à l’écriture avec un certain panache, disons-le, en tout cas avec plus de talent que pour Alice au pays des merveilles. Ce sont des histoires drôles et tristes en même temps, l’auteur surfant sur ce qu’il sait faire de mieux : les contrastes entre ce qui est drôle et triste.

Son livre, La triste fin du petit enfant huitre et autres histoires, est un recueil de poèmes touchants sur des enfants monstrueux, comme par exemple Ludovic, l’enfant toxique qui a beaucoup ému notre stagiaire Isabelle.

Enfin, Olivier essaye de dire des trucs sur des machins qu’il a aimés mais personne ne l’écoute parce qu’on a trop faim et aussi il y a un concert dans le parc qui accapare l’attention de tout le monde aussi ne vais-je pas en parler.

Conclusion : ce fut un club assez magnifique, il faut en convenir mais il y en aura bien d’autres ! Et des meilleurs ! Le prochain concernera d’ailleurs, et ça n’a aucun rapport avec ce que je dis, le Natural Writing, mouvement littéraire né dans l’ouest des États-Unis que vous découvrirez grâce à notre sélection sise au rez-de-chaussée de la bibliothèque (n’hésitez pas à réveiller l’agent(e) pour cela !).

 

 

Share

La Foire du Lendit

Pour prolonger l’exposition du mois d’avril sur les anciens métiers de la Chapelle, entièrement réalisée par l’équipe de la bibliothèque Václav Havel, nous vous proposons une escapade médiévale à la Foire du Lendit, qui avait lieu durant des siècles à l’orée du village de la Chapelle, sur la route des processions dionysiennes.

La Foire du Lendit

Cette foire s’est tenue depuis le Haut Moyen âge (du VIe au IXe) jusqu’au XVIIème siècle dans la Plaine du Lendit [1], entre Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers et jusqu’au « Col de la Chapelle ». C’était l’une des plus importantes foires d’Europe après les foires de Champagne. Son origine remonte selon les sources à Charles le Chauve (823-877) qui aurait déplacé à Paris la grande Foire d’Aix-La Chapelle fondée par Charlemagne, mais aussi au roi Dagobert (602/605 ?-638?), ou encore à Suger (1080?-1151), abbé de Saint-Denis sous le roi Louis VI (1081-1137).

La Bénédiction du Lendit. Miniature du manuscrit latin Pontificale Senonense, édité entre 1301 et 1400. - Pontifical de Sens, XIVème siècle, latin 262, F. 264r Bénédiction du Lendit. - Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Latin 962, domaine public.

La Bénédiction du Lendit. Miniature du manuscrit latin Pontificale Senonense, édité entre 1301 et 1400. – Pontifical de Sens, XIVème siècle, latin 262, F. 264r Bénédiction du Lendit. – Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Latin 962, domaine public.

Les moines de l’abbaye de Saint-Denis louaient les emplacements aux marchands et tiraient grands profits de la foire, de même que le roi, qui prélevait des taxes sur les échanges [2]. La cérémonie inaugurale commençait par une procession solennelle partant du parvis de Notre-Dame pour se rendre au Lendit. L’évêque ouvrait la foire en bénissant le peuple et les marchands, lors de la Bénédiction du Lendit.

La Foire du Lendit durait une quinzaine de jours, du 11 juin, jour de la Saint-Barnabé, jusqu’au 24 juin, jour de la Saint-Jean. Par ordre du Roi, il était interdit de vendre aux Halles de Paris durant cette période. Alors que se développaient les hanses, associations de marchands qui s’assuraient un monopole, le Lendit devint l’un des principaux pôles commerciaux du Royaume jusqu’à la Renaissance. Des milliers de Parisiens et habitants des villages alentours venaient s’y approvisionner ou flâner. Les marchands et camelots venus de toute l’Europe et même depuis Byzance, se rassemblaient dès la St Barnabé, dans 1200 loges de bois pour vendre des produits de toute sorte : comestibles, bétails, chats angoras (en 1400 le prévôt de Paris en acheta un grand nombre pour dératiser la ville), cuirs et peaux, outils, étoffes, etc. [3] 

la-foire-du-lendit-a-st-denis

La Foire du Lendit à Saint-Denis, Miniature du manuscrit des Grandes Chroniques de France, 1375-1379, [19 folio 122 verso], fonds patrimonial de la ville de Castres (81)

À la Foire du Lendit à de Saint-Denis, de nombreux drapiers et marchands de vêtements vendaient des toiles, de la « tiretaine » aux draps de luxe, ou étoffes « francigènes », et de la fine lingerie, tels qu’on les voit sur la miniature des Grandes Chroniques de France (1375-1379) ci-contre, aimablement communiquée par la Ville de Castres qui en possède le manuscrit.

Les marchands de la Foire du Lendit

Le Dit du Landit rimé, du chroniqueur parisien Guillot, composé au temps de Philippe Le Bel au XIIIème siècle, décrit la multitude de commerces représentés à la Foire du Lendit :

• marcheanz : marchands
• regratiers : revendeurs de pain, de sel, de fromages, de chandelles
• barbiers
• servoisiers : brasseurs, vendeurs de bière
• taverniers, marchands de vins
• tapiciers : tapissiers
• merciers
• la foire du parchemin
• li pourpoint : les marchands d’habits
• la Grant Peleterie : les vendeurs de peaux, tanneur
• la tiretaine : étoffe
• li lingières : les lingères
• cuirs cruz et lainne : cuirs bruts et laine
• la ferronerie : maréchal-ferrant
• la baterie : les chaudronniers
• cordouanier : marchands de cuirs et peaux, cordonniers
• megeis : mégissiers de peaux fines
• bourrelier, sellier
• freinier : marchands d’éperons, de freins
• cordier : marchands de cordes de chanvre
• marchands d’outils : faux et faucilles, haches, coigniés (cognées) et tarières, queus (pierres à aiguiser), et « tranchants de plusieurs manières »
• mortelier : marchands de mortier à piler• bancier : banquier
• changéour : changeur
• chaucier : marchand de chaussures
• huchier : coffretier, fabricant de huches, coffres, etc.
• li joüel d’argent : les bijoux
• orfaverie : orfèvrerie
• espisiers : épiciers, vendeurs d’épices
• marchands de platiaus (plats), escueles et pots, ouvré d’estain (ouvragés en étain)
• marchand de toile : la telle
• chanevacier : marchands de toile de chanvre
• drapiers• marchands de bestiaux : ceus qui amainent le bestaille, vaches, bueus, brebis et porciaux (vaches, bœufs, brebis et pourceaux)
• « et ceux qui vendent les chevaus, roncins, palefrois et destrier, jumens, poulains et palefroi »

Le Dit du Lendit

Composé vers 1290 par le chroniqueur parisien Guillot, il comprend 168 vers octosyllabiques à rimes plates. Voici sa transcription du gothique, en ancien français [4].
Cy commence le Dit du Lendit rimé.
En l’onneur de la Marchéandie
M’est pris talent que je vous die,
Se il vous plaist, un nouvel Dit.
Bonne gent, ce est du Lendit,
La plus roial Foire du Monde,
Si com Diex la fait à la ronde,
Por qui g’i ai m’entencion.
Premerain la Pourcession
De Nostre Dame de Paris
Y vient. Que Dieu gart de péris
Tous les bons Marcheans qui y sont.
Au bout par desa Regratiers,
Trouvé Barbiers et Servoisiers
Taverniers et puis Tapiciers ;
Asez pres d’eulz sont li Mercier.
A la coste du grant chemin
Est la Foire du parchemin ;
Et après trove li Pourpoint,
Dont maint homme est vestu à point,
Et puis la Grant-Peleterie.
La tiretaine dont simple gent
Sont revestu, de pou d’argent.
Les Lingières n’y sont pas toutes.
Je m’en retourne par les coutes.
Puis m’en reving en une plaine.
La où l’en vent cuirs cruz et lainne.
Puis adressai au bout arrier
Là où je commencai premier,
Par devers la Crois du Lendit
Pour miex aconsevoir mon Dit,
M’en ving par la Feronnerie.
Après trouvai la Baterie,
Cordouanier et Bourrelier,
Sellier et Freinier et Cordier,
Chanvre fillé et cordouan.
Assez y ot paine et ahan
Marchans qui là sont assamblez.
Faus, après fausilles à bliz
Si y treuv’on qui les set querre,
Queuz d’Ardenne et d’Engleterre.
Haches, coigniés et tarières,
Et trenchans de plusieurs manières,
Mortetier, bancier trouvoi,
Taneur, megeis de bon conroi,
Chausier, huchier et changéour
Qui ne sont mie le menour,
Ils se sont logié bel et gent.
Apres sont li jouël d’argent
Qui sont ouvré d’orfaverie :
Ce me semble grant desverie.
Je n’i vi que trois Espisiers,
Et si le mesconvient noncier.
Puis m’en vins en une ruelle
Estroite, ou l’en vent la telle,
Yceulx doi-je bien anoncier,
Et après le Chanevacier,
Ainçois que je soie a repos,
Platiaus, escueles et pos
Trouvé, qui sont ouvré d’estain.
On diroi du mestier hautain
Qu’à ma matière miex apère,
C’est cis qui tous les autres père,
Ce sont li Drapier que Dieu gart,
Par biaus dras l’alions regart ;
Diex gart ceus qui les sèvent faire !
Des marcheans de bon afaire
Doit-on parler en tous bons lieus.
Explicit
et si leur doint marcheander
qu’en Paradis puissent aler,
et les marchandes aussi,
je pri a Dieu qu’il soit ainsi.

Le manuscrit du Dit du Lendit rimé

dits_fabliaux_et_pieces_diverses__btv1b90075147-1

Le Dit du Lendit rimé. – Dits, fabliaux et pièces diverses, 1301-1400. Manuscrit français n°24432. Folio CCLXII. – Parchemin. – 443 feuillets à 2 col., plus les feuillets 198a-g. – 310 × 215 mm. – Reliure veau marbré. – Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 24432. Domaine public.

dits_fabliaux_et_pieces_diverses__btv1b90075147-2

Le Dit du Lendit rimé. – Dits, fabliaux et pièces diverses, 1301-1400. Manuscrit français n°24432. Folio CCLXIII. – Parchemin. – 443 feuillets à 2 col., plus les feuillets 198a-g. – 310 × 215 mm. – Reliure veau marbré. – Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 24432. Domaine public

La Foire aux parchemins

Le Lendit était aussi une foire aux parchemins très renommée, où tous les étudiants, les clercs de la basoche (employés au Parlement) et les universitaires se fournissaient.
Jean-Joseph Weerts (1846-1927) a peint deux fresques représentant le Lendit, événement important de la vie universitaire, deux huiles sur toile marouflées sur les murs de la Sorbonne, dont la Chancellerie des Universités de Paris nous a très aimablement communiqué les droits d’illustration pour cet article. Ces deux œuvres historiques sont également présentées sur le site de Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne (BIS).
foireauxparchemins

« La Foire aux parchemins ». Huile sur toile marouflée de Jean-Joseph Weerts (1846-1927), Paris, Cour d’honneur de la Sorbonne © Chancellerie des Universités de Paris.

La Fête du Lendit

Chaque année au mois de juin, s’ouvrait la grande Fête du Lendit : le Recteur des Universités conduisait depuis la Sorbonne un cortège d’étudiants turbulents qui s’adonnaient à des festivités débridées. Les professeurs recevaient à cette occasion leurs honoraires, 6 à 7 écus d’or, que l’on appelait aussi les « lendits ».
Les rixes et désordres des étudiants menèrent le Parlement à réduire le cortège à une simple délégation en 1550, puis à abolir la fête scolaire du Lendit en 1608.
En 1556, en raison des intempéries, mais surtout des troubles de la guerre de Cent Ans et des guerres de religion, la foire fut déplacée par un arrêt d’Henri II à l’intérieur des murs de Saint-Denis, à l’emplacement de l’actuelle place Jean-Jaurès, où de nouvelles loges en bois furent construites pour l’accueillir.
La Foire du Lendit gardera toute son importance pendant six siècles, jusqu’à sa suppression en 1793 sous la Révolution.
cortegejojeuxdesetudiants

« La Fête du Lendit. Cortège joyeux des étudiants se rendant à la fête ». Huile sur toile marouflée de Jean-Joseph Weerts (1847-1927). 1903. Paris, La Sorbonne, cour d’honneur © Chancellerie des Universités de Paris

Les processions estudiantines du Lendit, longtemps populaires à Paris, se sont poursuivies épisodiquement et joyeusement jusqu’au 20ème siècle dans le Quartier latin :fete-du-landyt-gallica  Spectacle historique organisé place du Panthéon à Paris pour la Fête du Lendit en 1911 (photographies de presse / Agence Rol. – Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France. Domaine public).Fête du Lendit Rue Soufflot 1911

Notes

[1] N.B. Étymologie du mot « Lendit ». L’Endit (indictum) était au départ un pèlerinage, de fidèles qui, dès l’époque carolingienne, venaient chaque année, le jour de la Saint-Jean – au moment de l’Endit, ou indictum -, vénérer les reliques de la Passion précieusement conservées à l’abbaye de Saint-Denis. Le mot « Lendit » vient vraisemblablement du mot latin « Indictum », qui signifie « le jour indiqué, ce qui est fixé, lieu d’assemblée » et qui a évolué vers le mot l’indict, orthographié l’endict, endit, lendit, lendi, landit, landi, landy ou landyt.
Au cœur de la plaine du Lendit se trouve la Montjoie, un tumulus, ancien centre religieux de la Gaule, où se déroula en 250 le martyre de Saint-Denis, alors qu’il avait été envoyé par Rome pour évangéliser les Gaules. Saint-Denis est le patron de Paris et de la Seine-St-Denis.
Sources : « Montjoie et saint Denis! », Le centre de la Gaule aux origines de Paris et de Saint-Denis, p.22  / Anne Lombard-Jourdan. – Paris, Presses du CNRS, 1989.
[2] Source : Dictionnaire Larousse,
[3] Source : Edmond Faral, La vie quotidienne au temps de Saint Louis, éd. Hachette, 1942.
[4] Le Dit du Lendit, transcrit d’après le recueil Les rues et les cris de Paris au XIIIe siècle : pièces historiques / publiées d’après les manuscrits de la Bibliothèque nationale et précédées d’une étude sur les rues de Paris au XIIIe siècle par Alfred Franklin,… – Ed. L. Willem ; P. Daffis, 1874. (Manuscrit de la Bibliothèque nationale de France, français, 24432).
(Cécile Pallarès Brzezinski)
Share

Interview de Marina, écrivain public

photo-marina-fbkBonjour Marina,

Peux-tu nous décrire ton parcours et nous dire pourquoi tu as choisi de devenir écrivain public ?
Après le lycée je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J’adorais la littérature, mais je savais que les études de lettres offraient peu de débouchés et je ne voulais pas être professeure. Je me suis dit que le droit était ce qui s’en rapprochait le plus. Je me suis donc inscrite en fac de droit, j’ai obtenu un master de juriste d’entreprise puis j’ai travaillé pendant un an en tant que consultante en droit du travail puis comme technicienne de greffe au Tribunal de Commerce de ma ville.
Quelle ville ?
C’était le Tribunal de Commerce de Douai (59), juriste en droit du travail, c’était à Nice. J’ai l’habitude des grands écarts géographiques. C’est durant cette expérience à Nice que j’ai eu le déclic, mon travail ne me faisait pas du tout vibrer. Passer 37 heures par semaine enfermée toujours dans le même bureau, avec nos codes du travail pour toute compagnie m’ennuyait. Les contacts que j’avais avec les clients se limitaient trop souvent aux mails et au téléphone, pour moi, ce n’était clairement pas suffisant. J’ai compris que j’avais besoin d’une activité au contact du public et/ou sur le terrain.

Tu manquais de contact humain ?
Oui, et l’écriture me manquait aussi. Je rédigeais des sanctions disciplinaires et des trames de contrats, mais cela ne mobilise aucune créativité. Je ne me voyais pas faire cela pendant 40 ans. Du coup j’ai cherché les métiers qui auraient pu me permettre d’allier écriture et relationnel et le métier d’écrivain public a surgi. Grâce à des recherches sur internet j’ai pu voir qu’il existait plusieurs formations, dont celle du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance), à laquelle je me suis directement inscrite. J’ai vu qu’il y avait aussi une formation à Toulon en deux ans, et une à la Sorbonne en un an.
En sachant que l’exercice du métier d’écrivain public est complexifié par l’absence de réglementation qui rend difficile d’asseoir sa légitimité pour tout nouveau professionnel sur le marché, je me suis dit : « si tu veux te lancer là-dedans, c’est la Sorbonne ou rien. »

C’est justement une des questions que je voulais te poser : quelles sont les difficultés de ce métier, écrivain public ?
Il y en a beaucoup, mais la principale réside dans la non-réglementation du métier et le fait qu’il y ait beaucoup de bénévoles. Bon, c’est bien qu’il y ait des bénévoles, mais pour nous, écrivains publics professionnels, cela nous fait forcément du tort, et ils n’ont pas forcément les compétences que nous acquérons en formation. En général ces bénévoles, ce sont des personnes qui savent écrire, des professeurs de français, des retraités qui maîtrisent bien le français, des anciens journalistes. Mais savoir manier correctement le français ne signifie pas forcément maîtriser tous les codes de l’écrit, notamment ceux des correspondances administratives.

Ils n’ont pas forcément de compétences juridiques non plus.
Oui, mais les écrivains publics n’ont pas non plus de compétences juridiques normalement. Moi j’ai mes études de droit derrière, c’est forcément un plus, mais malgré tout, cela ne me permet pas de répondre à toutes les questions.

Mais tu sais où chercher…
Oui, savoir où chercher c’est un atout, c’est sûr, mais il est très fortement recommandé aux écrivains publics d’orienter les personnes vers les professionnels du droit plutôt que de jouer aux apprentis sorciers. Et puis il ne faut pas faire de concurrence déloyale aux métiers qui font du conseil en droit. Il ne s’agit pas de se mettre l’ordre des avocats à dos non plus.

Oui, c’est une profession qui souffre aussi du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Oui, toutes les professions libérales sont un peu en souffrance. C’est pour ça que je voulais passer le diplôme de la Sorbonne qui à mes yeux était celui qui me donnerait le plus de légitimité par la suite, même si cela nécessitait de réussir un concours fait d’un écrit et d’un oral…

Ah bon, il y a un concours pour accéder à cette formation ? Oui, c’est vrai que maintenant l’entrée à l’Université se fait par sélection.
Oui, au début il y a une présélection sur CV et lettre de motivation, et si on est retenu, on peut passer le concours, un écrit et un oral.
Qui consistent en quoi ?
L’écrit est un exercice qui ne paye pas de mine comme ça, mais que j’ai trouvé vraiment compliqué : le résumé de texte. J’ai un bac littéraire, je maîtrise le commentaire de texte mais le résumé de texte est un exercice très spécifique, il faut vraiment s’y préparer. Du coup je m’entraînais le soir chez moi en rentrant du boulot, et en continuant à suivre la formation CNED en parallèle. Je l’ai terminée en février et je m’en suis bien sortie, je suis contente.
Pour l’oral, il consiste en un entretien pendant lequel il vous faut convaincre le jury de vos motivations ainsi que de la solidité et la faisabilité de votre projet professionnel.
Je me disais qu’au pire des cas, si je ne réussissais pas le concours de la Sorbonne, j’aurais au moins la formation CNED, mais je savais que cela ne serait pas suffisant pour exercer. J’étais déterminée à repasser le concours l’année suivante si je le ratais.
Pour exercer à ton compte, ou dans une structure ?
Oui, enfin, cela suffira toujours pour exercer dans le sens où il n’y pas de réglementation de ce métier, il ne faut pas de diplôme aujourd’hui pour être écrivain public. Demain si tu veux être écrivain public, tu mets un petit panneau sur ta porte, tu te déclares en micro-entrepreneur et puis voilà, c’est tout, pas besoin de plus (en théorie du moins).

Tu exerces donc le métier d’écrivain public durant 7 mois à la bibliothèque Václav Havel, tout en suivant la formation de licence professionnelle de « Conseil en écriture professionnelle et privée » à Paris 3 Sorbonne Nouvelle.
Quelles sont les matières dispensées dans cette formation ?
Le panorama de matières proposées est aussi vaste que la pratique du métier, et c’est ce qui rend la formation si passionnante. On a notamment des ateliers d’écriture. Une pratique en vogue qui prend de plus en plus d’essor et devient un débouché pour l’écrivain public. Nous ne sommes pas formés à l’animation, mais on fait des ateliers d’écriture pour les vivre de l’intérieur, et après grâce aux stages, on peut s’essayer nous-mêmes à l’animation d’ateliers. Nous sommes formés à l’écriture biographique aussi, car de plus en plus de gens souhaitent écrire leur vie pour laisser une trace aux générations futures. On a des cours de rhétorique, parce que l’écrivain public peut faire des discours pour les hommes politiques mais aussi pour les particuliers à différentes occasions : les mariages, les enterrements, pots de départ… On étudie aussi tout ce qui a trait à l’intervention sociale (comme ce que je fais à la bibliothèque) : les règles de la correspondance administrative et personnelle, les demandes de logement, de mutuelle complémentaire… On s’exerce à la psychosociologie pour diriger les entretiens avec les usagers. Puisque nombre des étudiants de la formation souhaitent se lancer en libéral à la sortie, nous avons aussi des cours de création d’un cabinet libéral et beaucoup de cours de droit : droit pénal, droit de la famille, droit des étrangers, droit des contrats. Enfin il y a aussi des matières plus théoriques mais tout aussi passionnantes : littérature contemporaine, linguistique, sociologie de l’écriture… Des cours d’informatique viennent compléter notre malle à outil de professionnel de l’écrit en nous apprenant à utiliser toutes les fonctionnalités du traitement de texte et à créer des sites internet, utiles à ceux qui s’installeront à leur compte ou encore à ceux qui voudraient travailler au service des entreprises.
Ce mariage d’enseignements théoriques-pratiques fait tout l’intérêt de la formation, et puis nous avons les stages aussi, qui nous permettent de vivre le métier directement sur le terrain. Je regrette de ne pas avoir pu vivre la même chose en fac de droit.

La durée du stage est-elle aussi longue dans ta formation, ou bien c’est toi qui l’as voulu ?
On doit faire 420 heures de stage pratique obligatoirement.
C’est donc une formation professionnalisante, en fait.
Oui, exactement, mais c’est propre à la formation de la Sorbonne. À Toulon, le volume d’heures de stage exigées est beaucoup moins important (environ 140 heures). 420 heures, cela représente une charge conséquente de travail en parallèle des exigences de nos professeurs pour les cours, mais c’est aussi la force de cette formation. Chacun des stages effectués cette année a confirmé ma vocation.

C’est un métier de passion, n’est-ce pas ?
Oui, on peut le dire. Ce n’est pas avec le métier d’écrivain public que l’on fait fortune. Si on s’enrichit, c’est uniquement sur le plan humain : notre métier nous rapproche de notre domaine de prédilection (l’écriture), et c’est un métier qui a du sens surtout. Nous travaillons pour et avec l’humain. Nous sommes en permanence au contact des gens et la diversité de nos activités nous autorise aussi à faire preuve de créativité (par exemple lorsque nous intervenons comme biographes ou animateurs d’ateliers d’écriture).

Dans quelles structures pourras-tu et aimerais-tu exercer plus particulièrement, ou bien te mettras-tu à ton compte après tes études ?
C’est une grande question, car après avoir travaillé dans un tribunal de commerce, je n’ai pas très envie de monter une société.
Même avec le statut d’autoentrepreneur ?
Oh non, encore moins, ce statut est vraiment un gros piège. Mon expérience au tribunal de commerce ne me rend peut-être pas objective mais j’ai bien vu qu’à partir du moment où les charges deviennent exigibles, ça fait mal. Beaucoup de personnes mettent la clé sous la porte au bout de deux ans sans que l’activité n’ait jamais vraiment démarré.
Je pensais que ce statut permettait justement de faciliter la création d’entreprise pourtant.
Dans la théorie oui, le législateur a voulu faire de tous les Français des créateurs d’entreprises, mais en pratique, tout le monde n’a pas les compétences pour le devenir. Les questions fiscales et comptables sont lourdes, les personnes qui démarrent n’ont pas forcément les moyens de s’allier les services d’un expert comptable, et puis il faut réaliser les prestations sans jamais cesser de prospecter de nouveaux clients…. Je me sens trop jeune pour une telle responsabilité. Je suis plutôt dans l’optique de trouver un poste salarié. J’ai vu qu’en ce moment il y a pas mal d’offres d’emplois d’écrivain public ou de secrétaire particulier qui sortent justement dans la région de Nice et à Monaco. La mairie de Grenoble cherchait aussi à embaucher un écrivain public il y a peu. Il y a également la piste des associations d’aide aux personnes en difficulté sociale, comme Nouvelles voies.

En bibliothèque, cela dépend des mairies ?
J’adorerais travailler comme écrivain public en bibliothèque ; je suis une amoureuse inconditionnelle de lecture, cela me ferait un cadre passionnant par nature. Les bibliothèques ont aussi l’atout de fournir une « clientèle » aux profils très diversifiés. Je travaille également à la bibliothèque Louise Michel (dans le XXème arr.) et le public que j’y vois est complètement différent de celui d’ici, je trouve cette variété formidable. Finalement, je ne fais jamais vraiment la même chose.

Tu es en stage également à Louise Michel ? Combien as-tu d’heures de cours alors par semaine ?
J’ai deux jours de cours, soit 20h le jeudi et le vendredi, je travaille 9h à Václav Havel les mardis et mercredis, et 3h à Louise Michel le samedi. Le samedi après-midi j’anime un atelier d’écriture dans un café-restaurant. Je travaille également à la composition d’un recueil de témoignages de personnes non-binaires en genre, j’essaie de caler cette activité les autres jours et le week-end, quand les personnes sont disponibles, car elles travaillent aussi. Cela me fait une année bien chargée mais quand elle va se terminer, je vais avoir une sensation intense de vide.

Quels sont les horaires de ta permanence à la bibliothèque Václav Havel ?
Je travaille le mardi de 13h à 19h et le mercredi de 10h à 13h, jusqu’à la fin de mon stage mi-juin.

Quelles sont les qualités requises pour exercer cette profession ?
Capacités d’écoute et d’empathie, bienveillance. L’une des principales difficultés du métier, c’est de réussir à retranscrire les propos d’une personne de la façon la plus adaptée possible au contexte et au destinataire sans la trahir, sans déformer ce qu’elle veut dire. Cela nécessite donc une vraie écoute de fond, très attentive, et surtout, sans jugement. Plus vous établirez un lien de confiance avec la personne, un lien d’humain à humain, meilleur sera le rendu.
Malgré tout, j’ai compris qu’il ne fallait pas se montrer trop gentil non plus car certaines personnes ont tendance à en profiter, même si ce n’est pas conscient ni méchant, et deviennent un peu envahissantes. Il faut savoir poser ses limites, être gentil mais ferme pour prévenir les débordements, notamment hors du cadre professionnel. Je pense que le phénomène de transfert dont on parle souvent entre les psys et leurs clients est valable aussi pour l’écrivain public et sa clientèle.
Ils se confient trop ? Ils te prennent pour une assistance sociale?
Oui, il y a de cela aussi. D’un côté cela fait de la peine, ces situations m’ont alertée sur l’état lamentable de l’humain dans notre société… À la bibliothèque Louise Michel – où nous sommes deux écrivains publics – il y a deux trois personnes qui viennent uniquement pour parler. Chaque samedi, nous savons que nous allons les voir. Elles viennent toujours avec un petit courrier bidon à nous faire écrire, pour dire que, mais on sait bien qu’elles seraient parfaitement capables de le faire sans nous et que ce n’est qu’un prétexte pour nous voir. C’est leur rendez-vous de la semaine pour pouvoir discuter.
C’est un rôle du bibliothécaire également, il y a des gens pour qui le bibliothécaire est la seule personne à qui ils parlent dans la journée.
Cela ne m’étonne pas, c’est vraiment un gros problème de société, les gens ne se sentent pas suffisamment écoutés. Ils nous disent souvent comme cela fait du bien de trouver quelqu’un qui les « écoute enfin, car l’administration est très fermée ». Même nous, nous avons parfois du mal à joindre les services publics qui deviennent de plus en plus distants et froids, comme la CAF.
Ah oui ? Ils n’ont pas Qualiparis ?
Aucune idée. Même Pôle Emploi est parfois difficile à joindre selon les agences.
Cela dépend des villes aussi je pense.
Oui. Enfin, pour en revenir aux qualités du métier, il faut aussi des qualités rédactionnelles, et aimer le contact avec les gens. On voit des profils très différents, issus de tous les milieux, il faut savoir s’adapter. Une autre qualité – et aussi une mission de l’écrivain public à mon sens dans les permanences sociales – est de s’attacher à rendre les gens le plus autonomes possible. Lorsqu’on voit qu’ils seraient en mesure de faire certaines choses par eux-mêmes si quelqu’un leur montre comment faire, les aider à faire, et ne pas faire à leur place. J’essaye systématiquement d’apprendre aux usagers qui viennent me voir uniquement pour actualiser leurs droits auprès de Pôle Emploi à le faire eux-mêmes depuis chez eux, pour leur éviter le déplacement mais aussi d’être dépendants de mes jours de présence à la bibliothèque. Certains sont très contents que quelqu’un prenne le temps de leur expliquer, mais d’autres préfèrent toujours s’en remettre à moi et veulent continuer à se faire aider.

Quelles personnes sollicitent ton aide en tant qu’écrivain public, et que fais-tu pour elles ? Quels types d’écrits te demandent les lecteurs de la bibliothèque Václav Havel ?
A Václav Havel, il y a surtout un public de demandeurs d’asile et d’immigrés, j’ai donc beaucoup de questions en lien avec le droit des étrangers et leur insertion par le logement et par l’emploi.
Plus qu’à Louise Michel ?
Oui, à Louise Michel le public n’est pas le même, ce sont des gens en moins grande précarité. Les demandes se tournent davantage vers des problématiques concernant les impôts, la retraite, et des lettres de réclamation contre Free et d’autres sociétés commerciales.
Ici ce sont des choses plus basiques : demandes de RSA, de carte de transport solidarité, des demandes de logement aussi, mais plus spécifiquement pour les personnes sans abri ou demandeurs d’asile.

Tu les accompagnes dans tout leur parcours de demandeurs d’asile ?
Non, la plupart du temps quand ils viennent me voir ils ont déjà obtenu leur statut de demandeur d’asile ou la procédure est déjà en cours. Certains viennent me voir car ils n’arrivent pas à trouver d’assistante sociale. Je suis ennuyée de me dire qu’ils n’auront plus personne pour les suivre et les aider quand je vais partir.
Pour notre part nous les dirigeons aussi vers les CCAS des mairies, où ils peuvent être aidés, ainsi que vers des associations ou structures comme le BAAM (bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants).
Ah oui, mais pour tous ceux que j’accompagne dans la recherche d’emploi, il y aura un moment de flottement. Je fais les recherches avec eux sur internet puis je les aide à adapter leur lettre de motivation et leur CV à des entreprises ciblées.
Mais ce que j’ai en plus grand nombre, ce sont vraiment les demandes de logement de type ADOMA, les personnes que je reçois ici sont vraiment dans le besoin, beaucoup n’ont même pas de toit…
Oui, surtout que le Centre d’accueil des migrants de la Chapelle à côté ne suffit pas, et ne répond pas aux besoins de tous les jeunes Érythréens et Somaliens qui vivent dans les rues du quartier et qu’on peut difficilement aider car ils sont dits « Dublinés » [ils ne peuvent demander l’asile que dans le premier pays européen où ils sont arrivés].
Oui, c’est un des aspects du métier les plus durs, c’est terrible de rentrer chez moi en pensant que je ne peux rien de plus pour eux, qu’ils vont passer une nuit de plus à la rue.
Oui mais tu vois, il y a trois Afghans arrivés en décembre qui sont venus me voir chaque semaine, ainsi que mes collègues, pour demander de l’aide pour se loger, ils sont venus enfin me dire il y a quelques jours qu’ils allaient avoir une place en centre d’accueil.
Ah oui, là ça fait du bien ! Mais les associations d’aide aux étrangers sont submergées par le nombre et le manque de moyens. Cela fait de la peine, d’autant qu’avec les problèmes à Calais, de plus en plus de gens arrivent dans le Nord-Est de Paris.

Ta présence est essentielle à la bibliothèque, car nous ne sommes pas, nous bibliothécaires, à même de répondre à toutes les demandes des publics « en précarité sociale » que nous accueillons chaque jour. Aussi comment perçois-tu le rôle des bibliothèques suite à ton expérience à Václav Havel ?
Mon stage m’a fait prendre conscience du rôle capital des bibliothèques dans la vie d’un quartier. Ce ne sont pas que des lieux culturels, elles sont créatrices de lien social et ont aussi un rôle important à jouer dans le maintien de ce lien. Je vois souvent les mêmes têtes qui passent devant la permanence et ça me fait sourire, parce que je sais que vous les connaissez bien. Quand je discute avec les usagers, je me rends compte que la bibliothèque est un repère pour eux.
Oui, c’est vrai, il y a aussi des personnes âgées qui viennent chaque semaine, et une de nos lectrices les plus fidèles, âgée de 81 ans, m’a dit « Pour moi, la bibliothèque c’est tout ».
C’est vrai que pour des personnes comme cette dame, la bibliothèque est vitale, elle lui permet de rencontrer des personnes à qui parler et qui partagent au moins l’un de ses centres d’intérêt : la lecture. Ici les gens peuvent parler, se confier, ils se sentent écoutés, c’est bien.
En effet, pour moi qui travaillais en bibliothèque universitaire, c’est totalement nouveau, bien que nous avions quelques étudiants sans papiers que j’ai pu un peu aider, mais nous ne pouvions pas grand-chose pour les étudiants en précarité, plus ou moins nombreux selon les sections.
Oui, il y a beaucoup de misère parmi les étudiants également, c’est un fait.

Qu’est-ce que cette expérience à la bibliothèque t’a apporté dans ton projet de devenir écrivain public ?
Beaucoup de choses. C’est une expérience totalement différente d’écrire ici, avec une personne en chair et en os devant soi – parfois très bavarde alors que je compose – que de rédiger un devoir pour le CNED depuis chez moi pour un usager fictif. Cela m’a aidée à renforcer ma concentration, mais aussi à savoir aller à l’essentiel dans l’entretien comme dans le cœur du courrier.
Tu prends des notes ?
Oui, toujours.
Sur ton ordinateur ?
Cela dépend, c’est au feeling, parfois je prends des notes à l’ordinateur, mais je préfère écrire à la main en fait.
Parmi les autres choses que cette expérience m’a apportées, il y a aussi le fait de voir tout ce qui peut être demandé à un écrivain public au contact d’un public précarisé. Avant de travailler à la bibliothèque Václav Havel, je n’aurais jamais pensé fréquenter des réfugiés d’aussi près et je trouve cela génial. Je vois trop d’horreurs et de bêtises à leur sujet sur internet, sur Facebook. Cette expérience concrète me permet de démanteler les préjugés dans mon entourage. Il faut que les gens arrêtent de croire tout ce qu’ils lisent sur internet sans prendre la peine de vérifier les sources. Non un réfugié ne gagne pas 1000 euros par mois, loin de là ! Je peux l’affirmer parce que je m’occupe de leurs papiers. Ils sont aussi tellement respectueux, tellement reconnaissants du peu que l’on peut faire pour eux…
Oui, moi aussi, qui travaille là depuis peu, je me rends compte qu’ils sont très cultivés ; comme je l’ai lu, les gens qui parviennent à émigrer, ont quelques moyens, ont fait des études et espèrent s’en sortir par le travail ici, parfois faire venir leur famille.
Oui, complètement. Ce stage est autant une expérience professionnelle qu’une expérience humaine. La plupart des gens que je vois sont bien plus jeunes que moi et pourtant, je sais que je ne connaîtrais pas dans ma vie la moitié de ce qu’ils ont déjà vu (du moins je l’espère !). Ils ont eu des existences très dures, comme ceux qui viennent de Syrie qui ont vécu sous les bombes. Quand je les entends me parler de leur « vie d’avant », je me dis que vraiment on n’a pas eu la même enfance, la même jeunesse, c’est un autre monde.

Peut-on dire « écrivaine publique » au féminin ?
Ah mais oui 🙂 , on le peut ! Cela a été un grand débat dans ma promotion, des collègues ne trouvent pas le mot « écrivaine » très beau parce qu’il y a « vaine » dedans, mais je pense que c’est une question de sonorité et d’habitude. Je suis pour l’adoption sans restriction du langage inclusif et la féminisation des noms de métiers, comme professeure, auteure, on s’y habitue.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?
La diversité de missions qu’il offre : le travail social, la biographie, l’animation d’ateliers d’écriture (pouvant eux-mêmes se réaliser dans des structures très diverses avec des publics très différents), et sa richesse humaine. Je fais des rencontres très variées, parfois extraordinaires. Je ne fais jamais la même chose, cela me change beaucoup du métier de juriste. Dans une seule journée, j’ai des demandes très diverses : CV, lettre de motivation, un courrier personnel qu’une vieille dame souhaite envoyer à l’une de ses amies, un courrier de réclamation à une banque, quelqu’un qui me demande de relire ses poèmes pour corriger les fautes et lui faire un retour sur le style, quelqu’un d’autre qui me demande de l’aider dans la mise en page de son mémoire d’études. Diversité et humanité, voilà ce qui me plaît.

Tu vas beaucoup nous manquer.
Vous aussi vous allez me manquer, d’autant que je m’attache beaucoup aux gens, trop vite peut-être. C’est une année si passionnante que j’ai l’impression que tout ce que je vais faire après ne pourra jamais être aussi stimulant. Bon, je n’ai pratiquement plus aucune vie sociale – ma vie sociale c’est vous, les équipes des deux bibliothèques, le public, mes camarades de promotion et les participants de mes ateliers d’écriture. Je suis tout le temps en stage, dans mes partiels, les ateliers à préparer, j’ai le cerveau constamment en ébullition et j’ai l’impression qu’il se surpasse. Je m’étonne moi-même et je sais que je ne pourrais pas retrouver cet épanouissement en reprenant un travail classique, qu’on exerce enfermé 35h dans le même bureau. J’aimerais travailler dans plusieurs structures, pour que ce soit enrichissant, et que cela me permette de rencontrer des gens différents.

Eh bien, Marina, je te souhaite bonne chance pour la suite.
Merci 🙂

Maintenant veux-tu bien répondre à une partie du questionnaire de Marcel Proust ?
Allons-y !

Mon occupation préférée. 
Écrire.

Mon rêve de bonheur. 
C’est difficile pour moi de répondre à cette question car je pense que le bonheur n’est pas un objectif à atteindre, mais une manière de vivre.

Ce que je voudrais être. 
Écrivain. Oui, tout court cette fois. J’écris depuis très longtemps.
Tu veux écrire des romans ?
Oui, des romans, de science-fiction, du fantastique. Si je pouvais être écrivain en plus d’écrivain public ce serait génial.

Le pays où je désirerais vivre.
J’adore l’Italie, surtout Rome. J’ai une passion démesurée pour la Rome antique. Je n’y suis jamais allée mais je rêve de m’y promener, de voir le forum romain, les ruines…
Bah, tous les chemins mènent à Rome !
Oui 🙂 🙂 . Bon je sais que la ville est très très catholique, avec la présence du Vatican, le catholicisme est très présent, etc., cela ne m’attire pas trop, mais la ville doit être très jolie et ces fameuses ruines doivent vraiment valoir le voyage.
La cuisine italienne aussi !

La couleur que je préfère. 
Le violet.

La fleur que j’aime. 
Aucun don pour la botanique, je passe !

L’oiseau que je préfère. 
La pie. J’adore cet oiseau, je le trouve magnifique, et puis on dit qu’il est très intelligent.

Mes auteurs favoris en prose. 
Il y en a pas mal. Déjà j’aime J. Kate Rowling, pour tout l’univers qu’elle a développé dans Harry Potter. L’imagination de cette auteure me laissera toujours estomaquée.
J’apprécie également Anne Rice et ses Chroniques des vampires, elle a transcendé ce genre en lui donnant une dimension grandiose et magnifique.
Enfin, il y a Bernard Werber, mon chouchou. Il est connu pour La Trilogie des fourmis mais ce n’est pas mon œuvre préférée. Je préfère Troisième Humanité et surtout L’Empire des anges et Le Cycle des Dieux. Son écriture est pleine d’humour et fait  réfléchir sur notre monde. C’est quelqu’un qui tire l’humanité vers le haut avec ses romans. Je vais le voir le 27 mai, au Théâtre des Feux de la Rampe, il fait une master-classe de création et de construction d’un roman, j’ai hâte !

Mes poètes préférés.
Charles Baudelaire, sans hésitation.

Mes héros dans la fiction (littérature et cinéma)
Là sur le coup, aucun ne vient.

Mes héroïnes favorites dans la fiction (littérature et cinéma)
Hermione [Harry Potter] est la première qui me vient, mais il y en a beaucoup trop pour toutes les citer… (Katniss Everdeen [Hunger Games], Antigone, Esméralda [Notre Dame de Paris]…)

Mes héros dans la vie réelle. 
Paul Watson, l’écologiste, le capitaine du Sea Shepherd. C’est l’un des fondateurs de Greenpeace. Il a quitté Greenpeace parce qu’il n’appréciait pas ce que devenait l’association, il trouvait que les lourdeurs bureaucratiques l’empêchaient d’être réellement efficace dans ses actions, alors il a décidé d’agir de son côté. Avec son navire, le Sea Shepherd, et ses hommes d’équipage, il parcourt le globe pour protéger les océans. C’est l’un des plus ardents défenseurs des baleines, il s’est mis le Japon à dos en sabotant leurs chasses (chasses totalement illégales car le Japon, comme la Norvège, avait signé un accord stipulant qu’il ne chasserait plus de baleines. Mais aucun de ces pays ne respecte cet engagement). Watson lutte aussi contre le massacre des dauphins aux îles Féroé au Danemark, contre celui des requins, prisés pour leurs nageoires et leurs ailerons, contre celui des phoques et de leurs petits. En fait, Watson combat toutes les activités qui dégradent l’océan et sa biodiversité, et lui et son équipage prennent chaque fois des risques immenses. Non seulement ils partent en mer durant des mois pour mener leurs actions, mais ils se font des ennemis puissants dans les divers milieux politiques et parmi les mafias qui profitent des bénéfices engendrés par ces massacres… J’admire son courage et son dévouement. On le surnomme le Pirate des mers car il n’hésite pas à aller à l’abordage des bateaux hors la loi. Son équipage a une règle d’or : jamais de victimes humaines, par contre, sur le matériel, on peut se lâcher. Si les braconniers refusent de se rendre, le Sea Shepherd immobilise leurs bateaux en utilisant des canons à eau pour noyer les moteurs ou les coule. Le groupe Tryo a fait une superbe chanson en son hommage, intitulée « Watson ». C’est une chanson récente, la France vient de lui accorder l’asile. Il vit à Paris car il est recherché par le Japon et il sait que s’il reprend la mer, il se fera arrêter.
Il leur laisse des radeaux quand même ?
Il ne les laisse pas mourir, c’est un sacré homme ! Son combat est de plus en plus médiatisé, même le président du Costa-Rica fait appel à lui pour lutter contre les braconniers à la place des autorités du pays, insuffisamment équipées ou corrompues. Watson essaye d’éveiller les consciences, de faire comprendre au monde que l’océan est le poumon de la Terre et qu’en le maltraitant, l’espèce humaine compromet sa propre survie. Rob Stewart qui défendait les requins est mort en janvier 2017 et Paul Watson est un peu le dernier rempart qui se dresse entre l’avidité des Hommes et l’océan… Le dernier gardien.

Mes héroïnes dans l’histoire.
Louise Michel et Cléopâtre.

Mes compositeurs préférés.  
J’adore Matthew Bellamy, de Muse, Hans Zimmer, ses musiques de film sont magnifiques, ainsi que John Williams.
Quand j’écris j’aime beaucoup écouter de la musique classique, Vivaldi, Chopin…
Dans ta permanence ?
Non chez moi, cela fait très longtemps que j’écris. J’ai même tenu un site collaboratif d’écriture durant 8 ans mais j’ai décroché car je n’avais plus le temps de m’en occuper. Je ne sais pas si je vais m’y remettre, c’est une activité chronophage et j’ai peur que cela m’entrave dans l’écriture de mes propres fictions.
Oh mais tu trouveras un petit rythme de carrière !
🙂 🙂 🙂

Mes peintres favoris.  
Je n’y connais pas grand-chose en peinture, mais en général je suis fascinée par les tableaux de Dali.

Mes noms favoris.  
Mes noms ?
Oui, je pense que Marcel Proust pensait à des noms communs.
Il n’y a pas longtemps, j’ai subitement trouvé que le mot « mathématiques » est magnifique, pourtant les maths et moi, c’est une haine de longue date, mais le mot entier est beau, ne me demande pas pourquoi. À question bizarre, réponse bizarre !

Personnages historiques que je méprise le plus.  
D’après ce que j’ai appris en cours, je déteste Robespierre, la Terreur.
Je n’aime pas Napoléon non plus. L’un de mes amis l’adore, cela donne des discussions parfois animées…
Pourtant il est important pour le droit et a fait de grandes choses pour l’administration de la France…
Oui, c’est le père du Code civil, en effet.

Je déteste Louis XIV aussi. L’histoire de l’Homme au masque de fer me passionne et qui qu’ait pu être ce prisonnier, Louis XIV a une énorme part de responsabilité dans son destin misérable. C’était un roi très égoïste, très vaniteux. Je n’arrive pas à l’apprécier mais je peux comprendre qu’on admire la grandeur dont il a paré son siècle.
Oui, quand même, la culture classique, que j’aime beaucoup moi, Racine, Molière, la Fontaine… Je ne suis pas du tout royaliste, au contraire… Tu as vu le film Le Roi Danse, qui retrace la vie de Lully ? Louis XIV tout jeune est joué par Benoît Magimel, en danseur tout couvert d’or. Je le trouve touchant là, c’est un chouette film quand même. Sinon c’est un personnage abject, c’est clair. Bon voilà, c’est l’Histoire !
🙂

Ma devise.
La même que celle de Walt Disney : « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire ».

Merci beaucoup Marina !

(interviewée par Cecilia, sur une idée de Lionel)

 

Share

Les oublié(e)s de l’Histoire

En ce 18 mars 2017, nous avons décidé de parler à travers nos lectures de la Commune de Paris, ce soulèvement populaire qui a démarré le 18 mars 1871. 146 ans plus tard, nous voilà attablés autour de livres, de BD et de petits gâteaux pour évoquer la semaine sanglante et l’auto-organisation des Parisiens. La BD de Tardi d’après le roman de Jean Vautrin, auteur du XXe siècle, reprend des personnages qui ont vraiment existé et raconte la petite histoire dans la grande Histoire. Son titre : Le cri du peuple correspond au titre du journal dirigé par Jules Vallès à l’époque communarde.

cri-du-peuple

Sylvie nous fait un rappel historique bien utile sur les circonstances et le déroulement de la Commune car nous nous rendons compte que c’est un épisode de l’Histoire de France et de Paris assez méconnu et très peu commémoré. D’ailleurs à part notre club des lecteurs ultra-médiatisé sur le Web, le 18 mars est très peu évoqué dans les médias en 2017. Cet événement fait toujours un peu désordre dans l’Histoire, la population parisienne a tenté plutôt avec succès de s’organiser sans dirigeants, et la répression versaillaise a été très brutale, faisant environ 20 000 morts. La Commune est à peine évoquée dans les programmes scolaires.

Un projet du budget participatif de la Ville de Paris propose d’ailleurs de raser le Sacré-Coeur, cette «verrue versaillaise qui insulte la mémoire de la Commune de Paris. Le projet consiste en la démolition totale de la basilique lors d’une grande fête populaire.». Et pourquoi pas le Mont Saint-Michel ! Comme le rappelle Mary, l’Histoire a été écrite par les vainqueurs et la Commune a été reléguée au fin fond de la mémoire collective.

Lorsque les Parisiens se soulèvent, le gouvernement de Thiers fuit à Versailles et le peuple s’organise en comités révolutionnaires, proche de l’autogestion, qui réfléchissent à l’éducation, aux soins, à la place des femmes, favorisant leur émancipation. Ce sont d’ailleurs les autres oubliées de l’Histoire. A part Louise Michel, peu de femmes de la Commune sont restées dans les mémoires; elles sont pourtant nombreuses à s’être illustrées au combat ou dans l’organisation civile. De cette époque, Georges Clémenceau, Adolphe Thiers et Léon Gambetta sont ceux qui honorent de leurs noms nos rues et avenues.

La BcommunardesCommunardes qu’a lue Philippe rappelle justement le rôle joué par les femmes qui se battaient sur les barricades, les pétroleuses qui mettaient le feu, à travers l’histoire d’une aristocrate russe, Élisabeth Dmitrieff. Le tome 2 rappelle que les classes sociales n’ont pas totalement disparu pendant la Commune : les animaux du zoo ont été mangés par les riches quand les plus pauvres se contentaient des rats.

daeninckxMarie présente le livre de Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, qui raconte l’histoire de Maxime Lisbonne, soldat et saltimbanque révolutionnaire, communard. Mary nous parle de L’imaginaire de la Commune par Katrin Ross aux éditions La Fabrique. La Commune était un laboratoire d’idées, les comités de réflexion ont vu l’émergence d’idées novatrices comme le féminisme ou l’attention à l’environnement qui ont beaucoup intéressé à l’international, notamment des Russes et des Anglais comme William Morris. Puis elle évoque les mémoires de Louise Michel (que personne n’a lus mais dont tous les participants s’accordent à dire que ce livre semble très intéressant), grande figure de la Commune qui a marqué les esprits et les imaginaires, féministe devenue anarchiste après son exil.

Un petit rappel de l’assemblée féminine du club : en France les femmes ont obtenu le droit de vote en 1946 seulement et le droit d’ouvrir un compte en banque et de travailler sans l’autorisation du mari en 1965. Les femmes présentes nous rapportent des anecdotes personnelles sur la gestion des finances dans le ménage, pas facile à l’époque! Un sage conseil des parents de Sylvie : « Surtout ne donne jamais ta paye à ton mari ». Mais aussi sur la répartition absolument inégale des tâches ménagères, les filles faisaient la vaisselle quand les garçons étaient envoyés jouer dehors après les repas.

orwellEn dernière partie nous évoquâmes la guerre d’Espagne, un autre combat révolutionnaire. Sylvie trouve que le roman d’Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas, a mal vieilli, dialogues sans intérêt, pas du tout féministe… Il y a des livres que l’on aime quand on est jeune puis on les relit et on les trouve niais. Comme Salammbô pour Jacqueline. J’ai recommandé Hommage à la Catalogne, de Georges Orwell, dans lequel il raconte son engagement dans la guerre d’Espagne et ses désillusions. Marie propose L’ombre d’une photographe, Gerda Taro de François Maspero sur la femme de Kappa, qui a contribué à de nombreuses photos sans que son nom soit associé à celui gerda-tarode son mari. Tout comme la femme de Victor Hugo, de Rodin, ou encore Colette au début de sa carrière et tant d’autres femmes qui ont rendu les hommes célèbres sans reconnaissance publique. Et ce depuis les débuts de l’humanité puisque des chercheurs ont affirmé récemment que les peintures des grottes préhistoriques pourraient aussi avoir été faites par les femmes, contrairement à ce qui était supposé jusque là et qui faisait des hommes les premiers artistes.

« Le cadavre est à terre est l’idée est debout », a dit Victor Hugo, ce sera la citation de fin. Cette séance fut très riche en questionnements, récits historiques et polémiques. Nous en sommes sortis des idées révolutionnaires plein la tête!

Manon

Share

Coups de coeur Jeux vidéo

Des chiens-dragons géants, des cœurs de loup blanc, des chèvres avides de trampolines…  A la bibliothèque, un arrivage de nouveaux jeux vidéo est toujours l’occasion de découvrir une faune un peu bizarre, souvent très héroïque, parfois franchement décalée. Tout un programme, en somme !

Il arrive même que certains, dans cet étrange bestiaire, parviennent à taper juste en visant directement notre cœur de #joueursensible. Alors les bibliothécaires s’y sont mis. Les membres du 12+ aussi. Voici nos coups de cœur de cette fournée « Printemps 2017 ».

Vous remarquerez sûrement que les adultes aiment verser dans le lyrisme amoureux tandis que les adolescents, coutumiers des hashtags et autres mots-clés, sont plus paresseux synthétiques. Et c’est peut-être pas plus mal.

PS* : notez bien qu’étant donné le décalage entre la sortie dans le commerce et l’arrivée en bibliothèque, nous ne parlons pas ici de franches nouveautés. Soyez indulgents avec nous.

PS** : malheureusement, nous n’évoquerons pas la Switch dans cet article mais elle arrive, promis, OUI, elle arrive !! Seulement elle prend son temps, donc patience. « Soyez indulgents » et ainsi de suite.

 

Le coup de cœur de Lionel, bibliothécaire

  • Okami – PS4. Jeu d’aventure, à partir de 12 ans.

okamiLes ténèbres envahissent la planète, un démon dévore la lumière et la chaleur du soleil, les plantes et les animaux meurent ! Il n’y a plus qu’un espoir : une vieille légende, un dieu ancien du nom d’Okami, le loup blanc ! Le dieu loup doit revenir pour repousser la menace démoniaque et ramener la nature à la vie…

Zelda-like très accrocheur, Okami  est devenu un classique (trop méconnu hélas) du jeu d’action aventure. Entre des phases de plateformes, d’énigmes et de calligraphie japonaise, Okami a extrêmement bien vieilli grâce à sa direction artistique qui a du chien ! Une vraie bouffée d’air frais sur la culture traditionnelle nippone, remplie d’esprits et autres dieux que vous croiserez le long de votre périple.

 

Le coup de cœur de Camille, bibliothécaire

  • The Last Guardian – PS4. Jeu d’aventure, à partir de 12 ans.

the-last-guardian-listing-thumb-01-ps4-us-13jun16Perdu dans de mystérieuses ruines anciennes, un jeune garçon découvre un animal fabuleux avec lequel il se liera d’amitié et qui, bon gré mal gré, l’aidera à se libérer de cette bien étrange prison… Créé par la Team Ico, déjà à l’origine de « Ico » et « Shadow of the Colossus ».

A la fois jeu d’aventure, de plateformes et de réflexion, The Last Guardian va très loin visuellement parlant. En effet, jamais une bête fabuleuse n’a paru aussi réaliste sur console !

Tantôt revêche, tantôt docile, celle-ci vous fera hurler de plaisir ou de rage, selon qu’elle décide d’obéir à votre personnage ou plutôt… de le laisser en plan pour faire sa toilette. Pourtant, quoiqu’elle fasse, son côté fantasmatique saura toujours vous émerveiller, à l’image des films de Miyazaki et du chien de l’Histoire sans fin dont elle s’inspire.

 

Le coup de cœur de Léandre, membre du 12+

  • Theatrhythm Final Fantasy – Nintendo 3DS. RPG, à partir de 12 ans.

theatrhythm_final_fantasy_logoTheatrhythm Final Fantasy est un jeu de rythme qui reprend les thèmes musicaux des treize premiers épisodes de la série. Dans cette nouvelle mouture, la survie des héros dépend de votre sens du tempo… Un jeu de rythme qui exploite à fond l’écran tactile de la 3DS.

 

#musique #rythme #finalfantasy #rétro #styletoblgatoire

 

Les coups de cœur des autres membres du 12+

  • Hyrule Warriors – WiiU. Jeu d’aventure, à partir de 12 ans.

hyrulewarriors_wii_u_editeur_002Hyrule Warriors est un beat’em all qui transpose l’univers de la série Zelda dans un jeu de combat de masse à la Dynasty Warriors et qui multiplie les références aux différents jeux de la saga. Déconseillé aux âmes stressées…

 

 

#monsterkill #conquérant #cool #graphismeendeça #enmulticestmieux #parcequezelda

 

  • Goat Simulator : the Bundle – PS4. Jeu de… jeu de… oh, vous verrez! A partir de 12 ans.

goatsGoat Simulator : The Bundle vous ouvre les portes de la simulation de chèvre. Ne vous contentez pas de rêver d’être une chèvre, non, devenez-en une, soyez-en une. Vivez chèvre comme jamais… Et peut-être même que vous trouverez le moyen de faire du vélo ou du trampoline.

 

#nimportequoi #fun #bouc #zombie #chèvre #décalé #liberté #bêêêêêêêêêêêê

 

Share

Les coups de cœur de la jeunesse !

Vous ne savez pas quoi lire à vos enfants pendant qu’ils recrachent votre soupe par le nez ? Vous hésitez sur le titre de l’album qui extraira peut-être de leur cerveau en gestation une étincelle d’intelligence ? Vous aimeriez les former à la culture et éveiller leur intérêt pour qu’ils ne terminent pas agent de la fonction publique mais aient un vrai travail et quittent vite le domicile, par exemple juste avant leur crise d’adolescence ?

Bien sûr ! Mais vous ne savez absolument pas par où commencer ! En effet, chaque année les éditeurs jeunesse publient entre un et dix millions d’albums peuplés d’ours de lapins et de loups qui se perdent, apprennent la vie auprès d’une chouette puis au grand désespoir de leurs parents finissent par retrouver qui leur terrier qui leur tanière qui leur maison !

Vous êtes dans le brouillard complet, aussi remettez-vous vos bambins devant la télé qui a cette vertu de n’avoir qu’une centaine de chaînes.

Alors, trop d’albums jeunesse ? Vous ne pourrez jamais plus avoir cette excuse car, grâce à nous, vos bibliothécaires préférés, vous aurez toujours un livre d’avance ! Comment donc, allons-bon ! Allez-vous me dire ? Eh bien tout simplement par la force du coup de cœur ! Vous savez le petit logo noir en forme de cœur sur fond vert que l’on trouve sur la couverture des albums jeunesse ! Allez, pour vous donner des exemples je vous ai fait une petite compilation de nos derniers chouchous qui deviendront les vôtres en un rien de temps !

Florilège !

largeBonjour les animaux : Du classique animalier donc. Le jeune narrateur, en visite au zoo, découvre les canards, les autruches, les chimpanzés, les serpents et les félins. De retour chez lui, il retrouve son chat et son chien.

On pourrait reprocher à cet album un léger relâchement de l’intrigue qui enchaîne de façon un peu facile la découverte d’animaux, mais la chute avec le chat et le chien est très bien amenée et la panthère de la couverture est trop belle alors on adore cet album.

Le Royaume de minuit : Achille est élève à l’école des bois profonds. Il se distingue par son goût prononcé pour les bêtises. Un soir, après une énième punition, il décide de se laisser enfermer pour la nuit dans l’école.

La démarche de cet Achille pourra étonner dans le sens où en général on essaie de ne pas rester à l’école après la fermeture. Mais après tout il s’appelle Achille alors au diable la cohérence.

large3Le Bain de Berk : Un enfant raconte l’aventure de son doudou, Berk le canard, qui est tombé dans l’eau du bain. Trouillette, Drago, Poulp et Aspiro, les jouets de bain, sont prêts à tout pour le sortir de là. Entre la mousse, les tourbillons et autres glouglous, ils ne comprennent pas ce que Berk essaie de leur dire.

Un livre idéal pour accompagner la noyade de votre enfant dans son bain quotidien (on l’espère), votre belle voix adoucira certainement pour lui cette épreuve des plus délicates.

Super cagoule : Un petit canard est obligé de mettre une cagoule rouge pour avoir bien chaud, mais elle gratte. Sur son chemin, il rencontre un loup. Pour lui échapper, il lui fait croire que sa cagoule a des pouvoirs.

Ce résumé fleure bon la drogue dure, ce qui permettra d’apprendre à vos enfants à ne pas sombrer trop tôt dans les paradis artificiels.

large4

Franz, Dora, la petite fille et sa poupée : L’écrivain Franz Kafka se promène au parc avec sa fiancée, Dora, lorsqu’il croise Ingrid, une petite fille en pleurs parce qu’elle a perdu sa poupée. Pour la consoler, Franz lui explique que celle-ci est partie en voyage et qu’elle va lui écrire. Le soir même, il prend sa plume pour rédiger les lettres de la poupée.

Cet album est tiré d’une histoire vraie racontée par Dora dans ses mémoires. Ce qui explique sûrement qu’il ne soit pas peuplé d’animaux relous qui distillent des leçons de vie alors qu’ils ne sont pas capables d’avoir une belle société bien structurée comme nous autres humains.

Le Chienchien à sa mémère : Un chien vit dans un refuge jusqu’au jour où mémère le choisit. Entre eux deux, une relation très forte s’instaure immédiatement. Un jour cependant, mémère rencontre pépère. Jaloux et dépité, le chien-chien décide de partir.

Chienchien va donc devoir apprendre qu’un Chienchien c’est un pépère et une mémère.

Bruno, quelques jours de ma vie très intéressante : Six histoires de Bruno, le chat à casquette à carreaux : son pique-nique à l’intérieur avec ses amis un jour de pluie, sa rencontre avec Titi le canari qui mélange ses mots au lieu de chanter, sa découverte d’un poisson qui nage en l’air, etc.

La goutte de miel : Une goutte de miel se retrouve malgré elle au cœur des conflits. Adaptation d’un conte philosophique écrit en 1909 qui traite de l’absurdité de la guerre avec en fin d’ouvrage le conte d’origine en langue arménienne.

large9Réveille-toi Raymond : A l’approche de l’hiver, Raymond l’escargot s’apprête à hiberner. Il rentre dans sa coquille. Mais il lui vient des images bien inhabituelles : à la course, il est le dernier, un hérisson l’attend sur la ligne d’arrivée, quand il veut rejoindre sa coquille, elle n’est plus à sa taille et Juliette sa compagne ne le reconnaît plus. Il est temps que Raymond se réveille.

Ou alors ce n’est pas un rêve mais seulement la vie qui attend vos enfants…

Murs, murs : Une petite fille visite une maison à vendre avec ses parents. Elle décide d’explorer les pièces dont les murs sont recouverts de papier peint. Par la force de son imagination, les murs se métamorphosent, suscitant en elle différentes émotions.

Tout le monde sait que les papiers peints sont complètement passés de mode, cet enfant ayant bon goût elle s’efforce de transformer par la pensée les murs moches que vont choisir ses parents idiots. Une belle leçon de vie.

Et après : Un album sans texte, qui emmène le lecteur dans une exploration du monde souterrain : la nature qui change, les animaux creusant des galeries, les cycles de la vie, le temps qui passe…

large11

Pourquôôââ : Curieuse comme tous les autres enfants, une petite grenouille retarde l’heure du coucher en multipliant les questions à sa mère.

Très utile pour vous, parents, qui ne pouvez plus répondre aux questions de vos enfants par manque de temps, ennui ou simplement par ignorance. Toutes les réponses sont là, il ne reste plus qu’à apprendre à votre enfant à lire…

large12

Bonne lecture !

Share

Les pires œuvres de l’histoire des œuvres

Bonjour à tous !

Dans les bibliothèques, les librairies et les lieux de culture en général que le monde entier nous envie, il est de bon ton de faire des listes de ‘ »coups de cœur », c’est-à-dire des films, des livres, des jeux qui nous plaisent et que nous souhaitons par-dessus tout que vous, lecteurs, cinéphiles, sérivores et autres vidéoludistes découvriez.

Mais l’ère du positivisme n’a que trop duré ! Halte à la tyrannie du bien ! Dressons-nous contre les œuvres de qualité mes chers consœurs et confrères et dressons ensemble la liste des pires œuvres que nous ayons pu avoir l’intense malheur de découvrir.

AVERTISSEMENT : la liste qui suit contient bon nombre de titres très mauvais. Toutefois, il est fort possible que vous appréciiez à titre personnel l’une des œuvres citée. Auquel cas, nous vous conjurons de ne pas prendre personnellement la critique exprimée et souvenez-vous que les commentaires des agents sont donnés à titre personnel et n’engagent pas la 20th century fox ni la Mairie de Paris.

LES PIRES ROMANS DU MONDE

cvt_billie_4301AMARYLLIS : (Note de l’auteur : les prénoms ont été changés pour garantir l’anonymat des infects haters qui se prétendent bibliothécaires) : J’ai, à titre personnel et sans engager mes collègues ni manquer de respect à tous les gens qui aiment cette autrice, détesté Billie de Anna Gavalda ! C’est très mal écrit ça cause encore plus mal que moi ! L’écriture est du langage parlé du fin fond de la grande banlieue la plus craignos qu’il soit. De plus la couverture pique énormément les yeux. L’histoire d’une jeune fille qui pense réussir sa vie mais qui ne s’en sortira jamais car elle est dépendante de ses parents alors qu’ils essaient de tout faire pour s’en débarrasser.

Signé : Géraldine (mais heu on avait dit qu’on changeait les prénoms)

OLIVER : Je crois que je ne me remettrai jamais de la lecture de l’Alchimiste de Coelho. Lire un mauvais livre est une chose assez fréquente, surtout quand comme moi on n’aime rien, et cela n’a rien de dramatique. Au pire on referme violemment le livre, le jette à terre, saute dessus puis on le revend sur internet. Mais l’Alchimiste n’est pas un mauvais livre, c’est une infecte bouse prétentieuse. La philosophie de bazar y côtoie gentiment un sexisme assez nauséabond et la morale de l’histoire (ce qui importe c’est le voyage, pas la destination) aurait simplement prêté à rire par sa banalité si l’auteur n’avait pas été aussi ouvertement convaincu d’avoir révolutionné la pensée du 20ème siècle. 

EN BREF : j’ai la haine d’avoir perdu trois heures de ma vie à lire ce truc.

CECILIA : Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq est le pire des livres que j’ai lus, mais je l’ai lu en entier, ce qui n’est pas mon habitude, quand un livre me déplaît au bout de quelques chapitres, je le referme à jamais.

Pourquoi ? Vous le découvrirez très bientôt dans un article consacré à Houellebecq au cours duquel le point de vue de Cécilia sera confronté à celui d’un invité mystère spécialiste de Houellebecq. A très bientôt donc ! Restez connectés ! stay foot ! good night and good luck.

RIGOLLIERO : Boussole de Mathias Enard : Après avoir reçu le prix Goncourt 2015 (NA : ATTENTION, en dépit de ce que laisse entendre cette phrase biscornue, c’est bien Enard qui a reçu le prix Goncourt et non l’autrice laborieuse de ces quelques lignes de critique facile), j’ai souhaité lire Boussole de Mathias Enard mais quelle ne fut pas ma déception ! Ce roman représente tout ce que j’exècre dans la littérature contemporaine française, c’est très nombriliste et élitiste.  Il est impossible de suivre, de comprendre ou de trouver un quelconque intérêt à l’histoire en raison de l’accumulation de références musicologiques, littéraires et artistiques présentes dans ce livre. J’ai été contrainte d’abandonner cette œuvre indigeste et inaccessible au bout d’une centaine de pages.

NA : Quand Rigolliero dit qu’elle a « été contrainte » n’allez pas croire qu’on l’a forcée à lire Enard, on préfèrerait qu’elle travaille mais elle ne cesse de nous répéter qu’elle « préfèrerait ne pas »

Enard cherche à quel moment sa carrière a pu lui échapper si bien qu'il a fini dans un article sur les pires livres lus dans un blog à la notoriété contestable.

Enard cherche à quel moment sa carrière a pu lui échapper si bien qu’il a fini dans un article sur les pires livres lus dans un blog à la notoriété contestable.

LONIEL : Cent ans de solitude de Gabriel Marcia Marquez.

J’ai pas détesté, mais [j’ai été] très déçu et en colère :

Beaucoup d’échos positifs sur ce livre, tout pour me plaire : des personnages flamboyants, des situations absurdes et drôles et du fantastique. Et autant les cents premières pages m’ont plu, autant je me suis ennuyé ensuite. Les personnages sont plats, sans relief, le livre est sans enjeu, ce bordel constant m’a lassé. Du coup, je préfère les reines du shopping, c’est aussi bordélique et plus court.

LES PLUS MAUVAISES BANDE-DESSINEES JAMAIS DESSINEES

ARTURO : GOKICHA ! [P***** je déteste Gokicha !] (NA : les commentaires entre crochets ont été rajoutés par l’auteur pour rendre le tout plus sensationnel) On suit, à travers de petits strips, type Chi une vie de chat, les aventures d’un cafard mignon. C’est-à-dire l’insecte le plus dégueu du monde (ATTENTION : ce commentaire anti-cafard ne concerne que son auteur, c’est-à-dire Arturo, et certainement pas l’auteur de l’article qui tient à assurer à son lectorat cafard qu’il a une grande admiration pour la communauté cafarde dans son entièreté).

Bon, ça aurait pu faire un manga drôle si ç’avait été bien fait. Ce qui n’est pas le cas. Les gags tombent à plat (quand on les comprend, certains confinent à un absurde dont on se demande si ce n’est pas le fait de la traduction) et le dessin est trop léger pour sauver le navire. On voit là où l’auteur veut nous emmener : du moche transformé en kawaii, mais la sauce ne prend pas.

Arturo ! comment peux-tu lui résister !

Arturo ! comment peux-tu lui résister ?!

AGATA : L’Onde Septimus :

A mes yeux de fan au long cours, aucun des albums de reprise de Blake et Mortimer n’est parvenu à égaler ceux d’Edgar P. Jacobs. Les « images inoubliables » dont Franquin vantait autrefois les mérites se sont bel et bien évanouies devant le cahier des charges éditorial. On pouvait toutefois prendre le parti de rire des postures guindées de Juillard, ou des intrigues aux ressorts de vieux matelas de Sente ou Van Hamme. Bref, les albums de reprise étaient de mauvaises bd, mais de mauvaises bd « sympathiques ».

Jusqu’au jour où l’Onde Septimus a pris place sur les rayonnages des librairies (et des bibliothèques).

Se voulant une suite à la Marque Jaune de Jacobs, l’Onde Septimus se veut un hommage à ce dernier. Il ne parvient à en être qu’un sinistre ersatz :

Les dialogues et récitatifs de la Marque Jaune étaient littéraires. Ceux de l’Onde Septimus ne savent qu’être verbeux et ampoulés (comparez les introductions des premières pages !).

Par son dessin et ses couleurs expressives, la Marque Jaune distillait une ambiance inquiétante et morbide dans l’esprit du lecteur (qui valut d’ailleurs à l’auteur quelques soucis avec la censure de l’époque). L’Onde Septimus se montre franchement laid avec des teintes oranges et bleues que n’auraient pas renié le cinéma hollywoodien il y a quelques années.

Mais c’est surtout le cynisme de son scénario qui empêche l’Onde Septimus d’être, à défaut d’un bon Blake et Mortimer, une mauvaise bd sympathique. En se posant – comme par hasard ! – en suite de l’album le plus célèbre de la série, l’Onde Septimus ne fait que vampiriser, en le dénaturant, l’univers et le scénario mis en place par Jacobs auparavant. Je pense par exemple au personnage d’Olrik, devenu ici un junkie incapable d’échapper à l’emprise de son ancien bourreau là où la fin de la Marque Jaune signifiait clairement le contraire !

Bref, un véritable navet trahissant plus encore que ses prédécesseurs le calcul, voire la rapacité éditoriale, dont les auteurs, en « fanboys » mal inspirés, se font malheureusement les complices…

LES PLUS NAVETS DES FILMS JAMAIS NANARDISES

MAXIMUS : J’ai regardé le film « La Moustache » complètement défoncé [très très fatigué par une journée de travail au service du public] et ça m’a fait un bad trip dont je me souviens encore, c’était il y a 7 ou 8 ans quand même.

(On comprend que le film La Moustache n’est pas foncièrement mauvais, mais qu’il procure de désagréables sensations quand il est couplé à un investissement excessif au service du public, effort chaudement déconseillé.)

JULIO : Kick-Ass le film, enfin les deux films, car c’est violemment réac[tionnaire] mais je n’en dirai pas plus car je suis espionné par la CIA et Nicolas Cage.

Quand on couple Nicolas Cage avec Moustache sur internet on obtient ça, deux bonnes raisons de ne pas regarder les films précédemment évoqués.

Quand on couple Nicolas Cage avec Moustache sur internet on obtient ça, deux bonnes raisons de ne pas regarder les films précédemment évoqués.

L’AVIS D’ALAN  QUI PASSAIT PAR LA

A part les films où apparaissent Mickael Youn, John Wayne, Béatrice Dalle ou les films réalisés par Claude Lelouch ainsi que les livres de Virginie Despentes, les polyphonies corses, Sardou, Johnny et les flutes andines, Alexandra Sublet, Finkielkraut, la cuisine moléculaire et les oursins ainsi que le « sérieux bibliothéconomique »… Non je crois sincèrement et j’ai beau chercher… Je ne déteste rien ni personne…

Pour nos lecteurs les moins au fait de la chose bibliothéconomique, sachez que ce terme désigne, selon wikipédia : […] l’ensemble des techniques de gestion et d’organisation des bibliothèques. Le terme de bibliothéconomie est de plus en plus souvent délaissé au profit de l’expression sciences de l’information et des bibliothèques.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui, en espérant que vous viendrez très vite emprunter toutes ces vilaines œuvres, expressions les moins abouties du non-génie humain.

Olivier.

Enregistrer

Enregistrer

Share

Emmaüs connect : un partenariat pour l’inclusion numérique

 

Peux-tu nous présenter la bibliothèque Vaclav Havel ? Quelle est sa particularité ?

Lionel : La bibliothèque Vaclav Havel est une bibliothèque de type 3ème lieu, c’est-à-dire qu’elle souhaite fortement participer à la vie du quartier en étant en lien avec des collectifs et des associations locales. L’équipe propose donc des offres innovantes afin de s’adapter aux demandes du public. Le pôle médiation numérique consiste à familiariser les usagers avec le monde numérique par le biais d’animations et de services.

Comment est né le partenariat entre la bibliothèque Vaclav Havel et Emmaüs Connect ?

Lionel L’ancienne directrice adjointe de la bibliothèque, Lola Mortain, a rencontré Emmaüs Connect lors d’une réunion de quartier en lien avec la fracture numérique. D’un côté, il manquait à Emmaüs Connect des locaux pour leurs ateliers, que nous avions, et de l’autre, nous manquions de personnes et de temps pour pouvoir proposer ce service. Cette rencontre entre deux besoins qui coïncidaient parfaitement a abouti à un projet d’offre d’ateliers à destination de personnes ciblées par Emmaüs Connect.

Stéphane : Depuis 18 mois, ce partenariat consiste à faire participer un conseiller Emmaüs Connect à l’animation d’ateliers d’initiation au numérique une fois par semaine, et surtout à en faire profiter les bénéficiaires de l’association !

En quoi consiste un atelier d’initiation au numérique ?

Stéphane : C’est un accompagnement pédagogique pour les bénéficiaires de notre association ayant pour but de les immerger dans un environnement multimédia, en priorisant l’outil informatique. L’atelier à la bibliothèque dure 4 séances de deux heures, et prend la forme d’exercices proposés aux bénéficiaires avec un accompagnement individuel. La bibliothèque Vaclav Havel a mis à disposition un rétroprojecteur et huit postes informatiques, ce qui permet aux bénéficiaires de faire l’exercice en même temps que le conseiller. Au cours de la formation, les bénéficiaires sont sensibilisés aux activités proposées par la bibliothèque.

Comment et où s’inscrire à ces ateliers ? 

Stéphane : Un conseiller Emmaüs Connect est en mesure d’inscrire un bénéficiaire à l’atelier lors d’un rendez-vous de conseil dans une antenne. Il lui propose d’y participer en fonction de ses besoins et de son niveau de compétences.

Avez-vous des projets communs pour la suite ?

Stéphane : Oui. En 2017, nous allons mettre en place une 5ème session d’Atelier Informatique par mois sur l’usage des tablettes et smartphone, afin de compléter la formation proposée.

Article original : http://emmaus-connect.org/2017/02/bibliotheque-vaclav-havel-partenariat-inclusion-numerique/

 

Share

L’interview d’Amel, « Coup de pouce » à la bibliothèque

Amel travaille depuis novembre comme « Coup de pouce », une mission de service civique pour l’aide aux devoirs. Elle vit aujourd’hui dans le 18e arrondissement après avoir grandi à Montpellier.
Tamara, coup de pouce à la bibliothèque voisine Hergé, l’a accompagnée pendant les 3 semaines de fermeture d’Hergé.

  • amelAmel, en quoi consiste ton travail à la bibliothèque ?
    J’aide les élèves à faire leurs devoirs, à comprendre leurs leçons. On discute aussi à propos des études, de la société, on ne fait pas que travailler.
  • Combien d’heures par semaine travailles-tu ? Quels sont tes horaires ?
    Je travaille 21 heures par semaine, de 15h30 à 19h les mardis, jeudis et vendredi et de 13h15 à la fermeture les mercredis et samedis.
  • Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail à Vaclav Havel ? Et qu’est-ce que tu aimes moins ?
    Amel : Il y a un groupe d’environ 10 élèves réguliers qui viennent plusieurs fois par semaines et ils sont supers, je les aime beaucoup. J’aime bien avoir l’impression de servir à quelque chose. Je n’ai pas l’habitude de travailler avec les enfants donc j’apprends aussi. Je me replonge aussi dans les maths mais j’aime moins quand je   ne peux pas aider des 1ères ou Terminales S en maths.
    Tamara : J’aime le contact avec les plus jeunes, pas seulement dans le cadre du travail mais aussi les échanges que nous avons. Je rencontre des gens que je n’ai pas l’habitude de fréquenter, ce sont aussi les autres qui apportent énormément.
  • Quelles qualités faut-il avoir pour ce travail ?
    Tamara et Amel en chœur : Beaucoup de patience ! De l’écoute, de la tolérance.
  • Qu’est-ce qu’un service civique ?
    C’est un engagement citoyen de 6 à 12 mois environ, dans divers domaines comme l’environnement, l’éducation.
    C’est une chance de s’insérer à la fois dans le monde professionnel mais aussi socialement, les recruteurs ne regardent pas le « background », les diplômes et l’expérience professionnelle.
  • Comment avez-vous eu envie d’être « Coup de pouce »?
    Amel : J’ai regardé les missions du service civique et je n’ai postulé qu’au Coup de pouce car cette mission réunissait toutes les conditions que je cherchais : travailler en bibliothèque, avec les enfants et surtout me sentir utile. J’ai été ravie quand on m’a dit que j’étais prise à la bibliothèque Vaclav Havel parce que j’habite à côté et que je sais que cette bibliothèque est super cool.
    Dans cette bibliothèque, ce qui me plaît c’est la diversité. La diversité des gens, des activités proposées, c’est vraiment bien ici.
    Tamara : Je voulais faire de l’humanitaire ou travailler pour l’Éducation Nationale mais ce n’est pas possible pour les mineurs alors que le service civique à la Ville de Paris oui. J’ai donc postulé pour la Ville de Paris qui propose la mission Coup de Pouce dans le domaine de l’éducation.
  • Vous créez un lien privilégié avec les enfants de la bibliothèque et pas que ceux que vous aidez pour les devoirs, non?
    On parle avec les enfants, certains se confient, on reçoit des chocolats, des dessins, des noms écrits sur un bout de papier, une couronne avec des paillettes, c’est marrant ! Même les plus petits viennent vers nous.
  • Amel, en tant que Coup de pouce, as-tu déjà rencontré l’auriculaire de la bibliothèque ? Tu aides les mineurs, mais les majeurs et les annulaires aussi?
    Ah c’est mignon ! Mais non.
  • Si tu étais un livre tu serais…
    L’Etranger de Camus, mais c’est bateau.
    Un film : V pour Vendetta
    Une langue : l’anglais
    Une ville : Montpellier
    Un personnage imaginaire : Dr Who
    Un pays : la France
    Un sport : l’escrime
    Un animal : un truc qui ne fasse pas trop peur comme une tortue. (Tamara serait un lapin angora)
    Une fleur : un hortensia
  • Les filles, des choses à ajouter? Un message à faire passer ?
    Tamara : Je suis surprise du nombre de gens qui viennent à la bibliothèque, du nombre de jeunes qui sont volontaires pour faire des efforts, pour progresser.
    Amel : Venez nous rejoindre c’est cool !dsc_1136
Share