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Une bibliothèque militante, c’est de la subversion en chaussons !

5 mai

Le 18ème arrondissement de Paris est par son histoire, ses populations, ses migrations, ses immigrations un quartier dit «populaire». Aujourd’hui, par son potentiel de cos (coefficient d’occupation des sols), de coût et son offre de : “l’authentique”, le 18ème en général et Pajol en particulier est devenu un quartier populaire… une vague d’immigration fait désormais place à une vague de migration… le beur fait place au bobo…

Actuellement, les projets d’implantations de bibliothèques, de commerces, d’entreprises font partie de grands projets de ré-urbanisation. Des opérations pouvant conduire, à plus ou moins long terme, à de vastes spéculations immobilières.

Des améliorations d’habitats qui, si elles induisent un plus grand confort par l’installation d’infrastructures type bibliothèque, font aussi considérablement grimper le niveau de vie : prix des appartements, loyers, commerces…poussant les populations modestes qui y vivaient à partir.

Conséquence, une méfiance, une résistance de la part d’une partie des habitants. Le quartier change, les vies bougent et ils n’ont rien demandé.

Les craintes et les colères peuvent alors s’exercer contre tout ce qui devient symbole de la transformation. Un renouveau de la pierre qui peut désormais signifier un risque d’exclusion, une volonté de les faire partir.

Est-il saugrenu dans ce contexte, d’émettre l’idée qu’une bibliothèque souvent vécue consciemment ou inconsciemment, par ces plus modestes, comme un «instrument savant» puisse être dorénavant perçue comme un outil de domination au service de classes dominantes, un bâtiment qui à Pajol aide à l’installation d’ une nouvelle ambiance ; à l’arrivée massive dans leur quartier de bobos (bourgeois bohème):dignes rejetons ”truffés années 60″ à la contre culture hippies mais grandis aux années 80, années yuppies, année fric…

C’est ce clivage de population (dont le seul trait d’union semble être un goût commun pour les volutes du spliff et les vertus apaisantes de la ganja) qui symbolise de façon ”hystérique” : d’un coté le vieux 18 ème quartier populaire et de l’autre le 18 ème quartier devenu populaire…

A la lumière de ces éléments, quels enjeux peut représenter la future bibliothèque dans la zac pajol pour une population de jeunes du quartier issue de familles ayant immigré durant les années 50, 60 et 70. Des jeunes élevés aux discours anticolonialistes, aux souvenirs des brimades imposées à leur famille par ce même pays que leurs parents ont paradoxalement choisi comme terre d’accueil. Pays dont aujourd’hui, ils possèdent la nationalité, la langue…sa littérature.

Ne pourrait-il pas être logique qu’ils en viennent à penser que toute structure publique est mise à disposition par les élu(e)s pour satisfaire des publics… qui votent. Vote que l’on refuse à leurs parents, vote dont eux ne veulent pas…

En résumé, avec des intensités diverses, certaines habitants peuvent en arriver à mépriser, contester, refuser et boycotter toute chose, personne qui par sa forme, sa mission, sa fonction rappellerait un état, un système dont ils considèrent qu’il a profité de leurs parents tout en continuant actuellement de les nier.

En conclusion, face à ce type de problème potentiel, les bibliothécaires de ce quartier ne pourront pas se contenter d’être seulement des passeurs, ils devrons être des meneurs… conscients qu’il pourra y avoir : rancœurs, souffrances, difficultés mais aussi espérance, curiosité, envies, créativité et poésie…c’est dans ces quartiers que nous deviendrons plus que jamais une bibliothèque militante afin que tous perçoivent qu’ici, chez eux, plus besoin de manches de pioche, d’invectives ou de pavés, car en zone DPVI* une bibliothèque militante c’est de la subversion en chaussons…sans bruit elle avance…une bibliothèque militante dans ”les quartiers” c’est désormais l’odeur du souffre mélangée à celle de l’encre.

F. Dumas

* DPVI : direction de la politique de la ville

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