Retour sur investissement ?

Y a pas à dire, les jeux vidéo sont à la mode dans la petite sphère des bibliothécaires ! Alors même qu’on en est encore qu’au stade des déclarations d’intention, on nous sollicite pour présenter notre projet. Puisqu’on a été le faire à Reims ou Villeurbanne, on peut aussi en causer ici 😉

Ce projet  a commencé à se dessiner au fond d’une petite salle au dernier étage d’une bibliothèque du 5e arrondissement, un moche mois de juillet 2011.

 

Aujourd’hui, il est bien ficelé, écrit, corrigé, validé… Et n’attend plus, et n’attend que, la phase ultime, le moment choc : son public.

Comment ça s’est passé ?

D’abord, y a eu Madame Jeu vidéo, celle qu’on a recrutée pour ça et qui a commencé par croire au Père Noël. On aura des consoles partout, qu’elle disait, on prêtera les jeux… Combien on en aura ? 1000 ? 1000, tu crois ? Bon, ok, 800. Allez, va pour 800, comme ça on pourra doublonner les jeux sur consoles. Et si on avait des bornes d’arcade ? Et si on faisait du retrogaming ? Nous voulions mettre des jeux dans tous les espaces en accès libre et mettre en valeur les consoles portables pour favoriser la rencontre des supports dans les espaces de la médiathèque.

Hommage au canal, à Aubervilliers, là où était notre premier local de préfiguration.

 

C’est un moment délicieux, le temps des « et si », sauf que ça tient pas longtemps la route face au principe de réalité. Plus sérieusement, on a beaucoup lu, rencontré, visité : BNF, Chartres, CUBE, Gaité lyrique, JVBib, Alexis Blanchet, nos collègues de Louise Michel, MO5.

Face à un sac de nœuds de questions pratiques, et on a tenté d’y voir plus clair en demandant aux bibliothèques offrant des collections de jeux vidéo de bien vouloir répondre à un questionnaire.

On a mixé le tout, et on était prêt pour l’acte 2 : définir un projet qui s’inscrive dans le projet d’établissement. Début d’une histoire à rebondissements…

Offrir des jeux vidéo c’est à la fois proposer un service et gérer une collection. Qui le fera ?

L’organigramme est composé d’un pôle jeu vidéo dans lequel 3 agents sur 20 au total travaillent à plein temps. Au moment du recrutement nous avons pu faire en sorte de choisir pour l’ensemble de l’équipe des agents motivés par la présence des jeux vidéo dans le projet.

La vie peut-être bien faite, elle a mis sur notre route @MrGéraud et Géraldine. Madame Jeu vidéo était moins seule, l’équipe était au complet.

Dans l’ordre où les soucis se sont présentés, y a d’abord eu la question juridique et le fait que vu qu’il n’y a pas de droit de prêt négocié, prêter est un choix à assumer par la collectivité (ce n’est pas le cas de Paris pour le moment). Puis vient la question du budget : nous avons obtenu deux enveloppes : l’une pour le matériel de 4000 € et l’autre pour les collections de 4000 € (à partager avec la médiathèque Louise-Michel). Au final nous avons opté pour une volumétrie de 200 titres. Notre salle sera équipée de 6 consoles de salon : 2 Wii, 2 Xbox 360, 2 PS3. Nous aurons aussi DS et tablettes.

Du coup, pas de livraison de cartons par fournisseur officiel. Un jour l’équipe jeu vidéo est rentrée les bras chargés de sacs, avec dedans de quoi faire crier d’extase le gamer le moins expansif :

Un de nos regrets c’est de ne pas avoir pu obtenir d’abonnement à une plateforme de jeux dématérialisés. Nous avons conscience de l’importance des plateformes de téléchargement et de la création indépendante mais pour des raisons techniques et administratives nous ne pouvons pas nous y abonner pour le moment. (La question du paiement pour service fait, règle administrative s’il en est).

 Les contraintes acceptées et formalisées, il s’est alors agi de déterminer nos grands axes. En gros, c’est l’art et la manière de faire de ces petits arrangements un choix volontaire : avec du recul, nous sommes contents de ne pas prêter de jeux pour mettre l’accent sur la médiation et l’expérience de jeu collective.

  •   Public ciblé : jeunes +adultes, 3ème âge, amateurs, joueur confirmés, joueurs occasionnels
  • Le jeu est un moyen d’interaction et rencontres
  • Faire découvrir des jeux méconnus de qualité
  • Avoir une offre représentative du marché (tout genre et tout PEGI)
  • Offrir du jeu à ceux qui ne peuvent se l’offrir
  • Un maximum de jeux multijoueurs sur place
  • Proposer une sélection de jeux en ligne gratuits pour accompagner les collections sur consoles
  • Durée de vie du jeu doit être limitée (attention 20h de jeux maximum car nous n’avons pas de solution pour la sauvegarde des parties)
  • Faire en sorte que les collections de jeux vidéo et les autres collections de la bibliothèque soient en adéquation

 
En matière de traitement, on a voulu que ce soit un document comme un autre. On a passé beaucoup de temps avec le support informatique à mettre en place le catalogage (notices récupérées de la BNF), le paramétrage de ce nouveau support, son équipement. Ceci pour permettre le prêt horaire via le SIGB : l’idée étant d’inscrire le jeu dans les services de la bibliothèque et de pouvoir obtenir des stats d’utilisation des consoles, des jeux, par tranche d’âge, par joueur, etc… Enfin, ça permettra de prêter les jeux à d’autres bibliothèques du réseau parisien et la première qui voudra se lancer là dedans bénéficiera du travail déjà fait.

On ne voulait pas que ce soit seulement un produit d’appel, une vitrine avec deux consoles listées sur un tableur dans un coin de disque dur.

L’équipe

Enfin, toutes nos grandes ambitions d’un service ouvert en continu, d’animations très régulières, ne tiendraient pas la route s’il n’y avait que le pôle jeu vidéo pour tenir la boutique.

Et puis, un projet d’établissement doit être porté par l’ensemble de l’équipe. Celle-ci a donc besoin d’être formée pour assurer un service public de bonne qualité et pour se sentir concernée par ce support.

On a donc demandé à l’équipe de remplir une autoévaluation. Bilan : Sur 19 agents à l’époque, 5 mordus, 4 joueurs occasionnels, les autres découvrent ! On a donc fait des groupes de niveau pour former ces 10 là à la découverte des consoles de leurs publics et de leurs genres.

Désormais, ils manient les manettes, ils branchent les consoles, et ils peuvent même lire une jaquette !

 

Ces formations permettent de sensibiliser sur le monde des jeux vidéo, ses métiers, les débats qui tournent autour de lui… C’est surtout du temps pour construire un discours commun sur les jeux vidéo que nous pourrons transmettre au public par la suite.

Début 2013, c’est un peu l’heure des bilans avant le grand bond en avant. On est passé de moments où la compta nous appelait pour s’étonner de nos acquisitions pas assez culturelles à la reconnaissance d’un projet légitime… On a tissé des liens avec la bibliothèque Louise-Michel qui font qu’on fait la paire pour tout : nos courses chez Micromania, nos interventions à la radio, etc…

Notre projet maintenant, ce n’est pas tout à fait celui qu’on pensait au départ. On rêvait le jeu vidéo partout, on ne tenait pas à mettre la collection sous clé, et on a fini par se résoudre à mettre du formalisme dans tout ça. Parce qu’on est un équipement public avec des règles, qui doivent tenir la route pour que le tout fonctionne.

Bref, on revendique le droit à l’erreur ! Et que même si, ben ça serait pas grave : ça fait partie du jeu de corriger, réviser, améliorer.

Prochain épisode : Y a-t-il un bibliothécaire dans la salle ?

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7 réflexions au sujet de « Retour sur investissement ? »

  1. Abonné en médiathèque et joueur régulier, je trouve l’idée formidable mais j’ai bien du mal à me rendre compte de ce que ça donne « en vrai ». Sachant que les machines évoluent, que les vieux jeux ne peuvent pas être joués sur les nouvelles consoles, que certains bijoux sont dématérialisés (« World of goo, Journey ou The Walking Dead »), je suis assez curieux de voir ce que tout cela va donner. Dans tous les cas, bravo pour cette initiative.

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  4. Bonjour,
    Vous avez un projet très intéressant ! Serait-il possible d’avoir les résultats de l’enquête que vous avez menée ?
    Merci d’avance
    Laurène Pain-Prado

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