Edgar Hilsenrath, le nazi et le barbier

Il y a bien longtemps, je voyais sur les tablettes de présentation de ma précédente bibliothèque l’étrange couverture dessinée, colorée, d’un livre cubique au titre déroutant : Le nazi et le barbier. J’avais beau lire la quatrième de couverture, je ne comprenais pas quel pouvait en être le propos. L’objet que je n’arrivais pas à identifier exerçait une certaine fascination sur moi. En librairie, il était souvent coup de cœur. Après une phase d’approche qui a pris quelques années (et oui le processus est parfois long…), je me suis lancée dans la lecture de ce livre. C’était cet été.

Le nazi et le barbier a été écrit par Edgar Hilsenrath, écrivain juif allemand né à Leipzig en 1926. En 2010, les éditions Attila publie une nouvelle traduction (magistrale !) de ce texte par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, dont la couverture est illustrée par Henning Wagenbreth. En ouvrant ce livre, j’ai été happée par une histoire picaresque, extravagante, délirante. Max Schulz et Itzig Finkelstein, le premier aryen, le deuxième juif, le premier a l’air juif, le deuxième a l’air aryen, ils sont amis et apprennent ensemble le métier de barbier chez le père d’Itzig. A la montée du national-socialisme, Max Schulz choisit de devenir SS. La famille Finkelstein est déportée dans le camp de concentration où Max Schulz, le génocidaire, se trouve. A la fin de la guerre, Max Schulz décide de prendre l’identité d’Itzig Finkelstein, qui a été exécuté. Il rejoint ensuite Israël et la Haganah. C’est un roman à l’intrigue provocatrice et au traitement déjanté. Le langage est hirsute, souvent grotesque. 

Edgar Hilsenrath a également écrit Fuck america que j’ai lu dans la foulée, enthousiasmée par son écriture sulfureuse et frénétique. Fuck america est le cri de Nathan Bronsky en arrivant aux Etats-Unis, après guerre. Son fils, Jakob Bronsky, écrit Le branleur, le roman des souvenirs de sa vie dans le ghetto pendant la guerre. Jakob Bronsky crève la faim, exerce des boulots pourris, est obsédé par le cul de la secrétaire de son éditeur. Et le roman d’Hilsenrath progresse en même temps que « [l]e branleur progresse ». On y trouve des scènes très dérangeantes, très inconfortables pour le lecteur comme dans Le nazi et le barbier. Mais cette écriture torrentielle, crasseuse et hallucinée a quelque chose d’addictif et je continue ma lecture de l’œuvre de cet écrivain de 80 ans passés avec Nuit, son texte le plus autobiographique.

Vient de paraître toujours chez Attila Orgasme à Moscou.

Caroline

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