L’Assassin de l’agent de police de Maj Sjöwall et Per Wahlöö

Cote : SJO POLICIER

 

Couvertures noires, parfois rouges sang, bandeaux définitifs : «  Le dernier polar scandinave ! » nous annonce-t-on à grands cris. Le polar scandinave n’est pourtant pas né dans les années 2000 avec Millenium, comme on pourrait nous le faire croire, et de nombreux auteurs bien connus du public, tels Henning Mankell, rendent leur tribu à Maj Sjöwall et Per Wahlöö, respectivement nés en  1935 et 1926, couple d’écrivains suédois pionniers du genre.

 

De 1965 à 1975, Sjöwall et Wahlöö ont écrit à quatre mains dix romans ébranlant dangereusement le fameux modèle suédois dont les médias nous abreuvent si généreusement aujourd’hui encore. À l’époque déjà, la prospérité de la Suède, son modèle socio-démocrate sont vantés sans nuance. À travers les dix volumes qui composent Le Roman d’un crime, et les investigations de l’inspecteur puis commissaire Martin Beck, Sjöwall et Wahlöö se sont donc attelés à décrire l’envers d’un pays se soumettant de bonne grâce aux pressions économiques, à l’épouvantail sécuritaire, au sensationnalisme médiatique. À ce titre, les deux écrivains dévoilent une police à l’image de ce joli sac de nœuds : incompétente, violente, s’en prenant à tous ceux qui sortiraient du moule, avec à sa tête une belle bande de bureaucrates aux dents longues. Au fil de leur somme, les deux écrivains explorent donc tant les méandres de l’enquête policière – sa part de hasard, ses lenteurs infinies, ses approximations – que les failles que celle-ci révèle en creux.

 

Dans L’Assassin de l’agent de police (1974), neuvième opus du Roman d’un crime, Sjöwall et Wahlöö utilisent le motif du crime sordide pour attaquer férocement les dérives policières et l’influence toujours plus prégnante du libéralisme économique : appelé près de Malmö pour enquêter sur la disparition d’une femme, Martin Beck se trouve violemment confronté à l’ambition démesurée de ses chefs qui réclament un coupable, et frôlent d’un cheveu l’erreur judiciaire…

Le ton est donné dès le départ. Concise, acérée, l’écriture n’en est que plus apte à décrire avec virulence les manquements de l’État : « Une poignée de passagers au visage blême et couvert de sueur pénétra à la queue leu leu dans le bâtiment de l’aéroport. A l’intérieur, la peinture elle-même, à base de gris et de jaune safran, semblait avoir été choisie à dessein pour renforcer encore cette désagréable impression d’incompétence et de corruption. » Stockholm, en tant que lieu du pouvoir, incarne bien des dérives. A l’inverse, L’inspecteur Nöjd, principal interlocuteur de Beck lors de cette enquête dans la région de la Scanie, apparaît comme un homme bienveillant, attentif à ses semblables comme à l’environnement qui l’entoure.

 

Outre l’intérêt incontestable que revêtent leurs enquêtes, le travail de Sjöwall et Wahlöö vaut donc pour la portée et la modernité de leur critique politique et sociale. Si ce n’est l’absence de certaines technologies, aucun élément ne fait tomber leurs romans en désuétude et n’empêche de reporter les interrogations soulevées à aujourd’hui…

 

L’Assassin de l’agent de police de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, éditions Rivage

 

À la bibliothèque, des mêmes auteurs :

L’abominable Homme de Säffle (SJO POLICIER)

La Voiture de pompier disparue (SJO POLICIER)

La Chambre close (SJO POLICIER)

Les Terroristes (SJO POLICIER)

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