Date : samedi 17 mai / Heure : 10h30 / Lieu : salle Allegro

Nous sommes samedi matin. Le soleil est étrangement haut pour 10h30. Les détectives Caroline et Arthur sont les premiers sur les lieux : quelques livres épars, une assiette de cookies et une de gâteau (déjà) marbré, ainsi que 2 thermos gisent sur la table. Il se prépare quelque chose…  

Trois personnes rentrent à leur tour dans la salle Allegro, se jaugeant discrètement les unes les autres.

La première à prendre la parole est Sylvie, une habituée des rendez-vous du samedi matin. Ancienne infirmière, elle clame haut et fort son amour pour des Coups des Caresses. Trop pour que cela ne soit pas suspect ? Non, Caroline et Arthur savent qu’il n’y aura pas d’entourloupes avec elle. Dans la lignée de la dernière session Coup de cœur de notre club, elle poursuit avec Mo Yan et recommande  Grenouilles. Ce roman témoigne de la mise en place de la politique de l’enfant unique en Chine, à partir des années 60 jusqu’en 80 : de la répression des familles, des femmes (stérilets obligatoires, avortements forcés et grossesses cachées), mais aussi des hommes (vasectomies). Là encore, Mo Yan nous sert un récit, certes moins fort que Beaux seins, belles fesses, mais qui retrace lui aussi la seconde moitié du XXe siècle chinois et sa brutale évolution.

club 1

L’homme assis en face d’elle prend alors la parole et rebondit sur ces derniers mots : le récit de cette évolution de la société chinoise lui rappelle A touch of Sin, un long métrage de Zhang-ke Jia. Il poursuit et décline son état civil. Nos deux enquêteurs ont affaire à Samuel, un grand gaillard de 29 ans. Il tente un geste vers le café avant de se raviser, hésitant. Sa main veineuse plonge dans la poche de son blouson. L’atmosphère se tend. Le soleil chauffe le dos de nos protagonistes. Caroline et Arthur sont aux aguets, prêts à agir. Il en sort un roman au format poche, assez court si l’on en croit l’épaisseur du volume. Arthur réagit immédiatement : il prend une tasse vide et sert un petit noir au nouveau venu.
C’est un classique indémodable que nous propose Samuel : L’attrape-cœurs de Salinger. Auteur mystérieux et peu prolifique (quelques nouvelles dans le New-Yorker), Salinger aurait refusé la célébrité et fait le choix de vivre reclus. Ce roman sur l’adolescence évoque la fugue de 3 jours de notre héros, renvoyé de son collège. Rencontres, dialogues surréalistes et style frappant (argot, complicité avec le lecteur) constituent le cœur de ce texte qui ne souffre pas du poids des années. Samuel rapproche d’ailleurs cette écriture à la fois parlée et poétique de deux autres récits, disponibles à la bibliothèque, Zazie dans le métro de Queneau, et La vie devant soi de Romain Gary.

Arthur a misé sur le 9e art pour cette confrontation : un manga et un roman graphique seront ses munitions. Billy Bat en premier : nous sommes dans l’après Seconde Guerre Mondiale , aux Etats-Unis. Kevin Yamagata, l’auteur de la BD Billy Bat, apprend que le personnage de son œuvre, une chauve-souris noire, existe déjà dans un manga japonais. Il décide de mener l’enquête et s’aperçoit qu’on la retrouve également dans des documents du Japon médiéval… Sur fond de guerre froide, de maccarthysme (la chasse aux communistes), d’assassinat de Kennedy mais aussi de Japon féodal, Urasawa nous offre une intrigue haletante à travers les âges, puisque cette chauve-souris semble tirer les ficelles du destin depuis la nuit des temps. Un manga adulte (seinen) au dessin réaliste et soigné qui reprend des évènements historiques pour nous les offrir sous perspective fictionnelle, Billy Bat est un vrai polar duquel on a du mal à décrocher. 

BLAM, seconde déflagration avec Blast, roman graphique en 4 tomes. C’est le récit poignant de Polza Mancini, un homme énorme et marginal qui a fait le choix de vivre en dehors de la société pour atteindre le « Blast », un état de plénitude total (qu’il a ressenti la première fois suite au décès de son père, après avoir ingurgité massivement chocolats, alcools et médicaments). Le passé de Polza se découvre en flash-back puisque dans le présent de l’histoire, il est interrogé par 2 policiers, suite à « ce qui est arrivé à Carole Oudinot » et livre alors son histoire (rencontrant dangers et instants de grâce). Poétique et repoussant, hideux et majestueux, le personnage est attachant au possible, et nous explorons avec émotion les recoins de son âme torturée. Un dessin tranchant, des cases en noir et blanc marquantes qui détonnent avec ces instants de Blast aux couleurs soudainement vives.

club 2

Caroline dégaine à son tour non pas un, non pas deux, mais TROIS coups de cœur ! Esbaudissant par là même la petite assemblée déjà suspendue à ses lèvres. D’abord Caillasses de Laurent Gaudé, auteur très prolifique de romans et de théâtre (Le soleil des Scorta, le Goncourt 2004 à la magistrale description de la chaleur sicilienne; La mort du roi Tsongor, récit de bataille dans lequel Gaudé crée des peuples et des civilisations; Pour seul cortège raconte les derniers instants d’Alexandre le Grand). Mot d’esprit d’un Samuel malicieux qui voit en Gaudé une bête à Goncourt. Cette pièce aux allures de tragédie antique n’est pas le texte préféré de cet auteur qu’a lu Caroline, elle nous en fait néanmoins un résumé engageant: « Une ville du Moyen-Orient est assiégée, le contexte semble contemporain mais rien ne le dit explicitement. Des soldats empêchent tout mouvement. Adila est la fille du vieux Farouk, lequel tente par tous les moyens de faire sortir sa fille de la ville. Elle voit son père humilié par les soldats, et pleine de haine, commet, par sa propre colère, un attentat… ».
Mario Rigoni-Stern est le second auteur à passer sur le grill de la perspicace enquêtrice. A travers les souvenirs d’enfance de Mario, qui revient dans son village du Haut Adige après la Seconde Guerre Mondiale, Les saisons de Giacomo décrit une Italie pauvre et le système de la débrouille qui va avec, ainsi que l’insidieuse façon dont le fascisme s’installe dans la vie quotidienne.
Enfin avec Qui touche à mon corps, je le tue de Valentine Goby, Caroline présente un roman basé sur la journée de 3 personnes dans les années 40 : l’attente de Marie G., faiseuse d’anges et condamnée à la guillotine, celle de Lucie L., qui est précisément en train d’avorter, et la journée d’Henry D., le bourreau. Reconstitution des instants de lecture par Caroline, qui nous lit deux passages.

La femme qui accompagnait Sylvie prend alors la parole. Jacqueline, avec humour, assume ses 4 x 20 ans. Arthur, pas le plus vif de la tablée, prend quelques minutes pour calculer. Avant de commencer, elle avoue son intérêt pour Salinger, Samuel s’empresse alors de lui prêter son propre livre (celui de la bibliothèque, étant, bien évidemment, déjà emprunté). Pour Jacqueline, le grand vainqueur de ses dernières lectures est sans conteste Jean-Christophe Rufin avec  Immortelle randonnée et Le collier rouge, deux récits savoureux, l’un sur les aventures de l’auteur sur le Chemin de Compostelle, l’autre sur la vraie-fausse décoration de la Légion d’honneur d’un chien à la fin de la guerre de Quatorze.

                De nouvelles têtes, des coups de cœur, des rires et des gâteaux… Caroline et Arthur mettent en route leur puissant pouvoir de déduction : Diantre mais c’est bien sûr, ils ont assisté à un nouveau Des Coups des Caresses !

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *