Lettre de réclamation à propos de l’atelier d’écriture et de rédaction de lettres de réclamations du samedi 11 octobre, et plus généralement sur la bibliothèque Vaclav Havel

Chère (mais seulement pour l’abonnement DVD, sinon vous êtes gratuite ce dont je vous sais gré) bibliothèque Vaclav Havel,

 Je suis venu samedi dernier, par le plus grand des hasards (car sachez que je ne mets jamais les pieds dans les bibliothèques), dans votre établissement dont je trouvais jolie la façade de bois. Voyez-vous j’aime le bois, et dans une ville composée à 97,43% de bâtiments de pierre, je trouve que le bois apporte une touche rafraîchissante, comme un îlot de nature dans un océan nauséabond de pierre grise…

Mais je m’égare.

Aussitôt entré, je fus alpagué et emmené quasiment contre mon gré dans une petite salle pour composer, dans le cadre d’un atelier d’écriture assez bien organisé il faut le reconnaitre, des lettres de réclamations, sous la houlette de fer de je ne sais quelle scribouillarde issue des recoins les moins bien famés du fameux « internet » par lequel jure désormais uniquement notre jeunesse désœuvrée. Des lettres de réclamations, donc, que nous devions, dans la déstructuration la plus totale, composer et envoyer à des écrivains, des éditeurs ou que sais-je encore à propos d’ouvrage de la rentrée littéraire dite «  alternative » (appelée également, si j’ai bien compris, « Voie des Indés », dans une tentative d’humour de mauvais goût, convenons-en.)

Ici l'animatrice en question, accompagnée d'un volatile exotique. Fort heureusement, l'oiseau n'était pas là lors de la séance sinon j'aurais saisi le CPDVEER.

Ici l’animatrice en question, accompagnée d’un volatile exotique. Fort heureusement, l’oiseau n’était pas là lors de la séance sinon j’aurais saisi le CPDVEER.

Sachez donc qu’ignorant l’existence d’une rentrée littéraire « officielle », doutant même qu’on publiât encore de la « littérature » de nos jours et en France, j’eus bien du mal à comprendre le principe de cet exercice. Je m’y suis attelé pourtant avec ce qu’on pourrait bien appeler du courage. Autour de moi on riait et s’amusait, lançant mots d’esprits sur mots d’esprit, lisant les piteux résultats de nos errances littéraires.

J’héritai d’un ouvrage relatant le voyage d’un Afghan depuis son pays jusqu’à Mulhouse et décidai de le traiter, puisqu’on me l’avait suggéré, comme si j’étais un écrivain frustré et raté, jaloux de la réussite de l’auteur.

Bon bougre, je me suis prêté au jeu, vous trouverez le résultat ci dessous.

9782918932260,0-2308665

Le livre en question, imaginez mon désarroi.

Mais là n’est pas le sujet de ma lettre.

Sitôt sorti de ce purgatoire littéraire je décidai de profiter des quelques heures qui me restaient avant la fermeture fort précoce de votre bibliothèque. A peine quelques pas et j’étais à nouveau embarqué dans un tourbillon d’animations plus étranges les unes que les autres : un club de bande-dessinée japonaise (les mangas, qui a déjà entendu parler d’une telle chose ?) et… et là mon sang ne fit qu’un tour, dans une salle entièrement réservée à la pratique du jeu vidéo ( !!!) une sorte de grande foire d’empoigne baptisée « animation tablette et déesse », ou DS j’ai mal saisi la nuance, cela ne traitait en tout cas pas de la voiture éponyme et fleuron de l’industrie française.

La sazlle Jeu vidéo... Un rapide calcul nous indique que nous aurions pu mettre à la place l'intégrale en Pléiade de Balzac... Triste monde

La sazlle Jeu vidéo… Un rapide calcul nous indique que nous aurions pu mettre à la place l’intégrale en Pléiade de Balzac… Triste monde

Pis que tout il y avait des enfants, des enfants partout, les gens parlaient, riaient et on se serait cru dans un endroit amusant.

C’est à ce moment-là que je me suis enfui.

Sachez, messieurs-dames prétendument dépositaires de ce qui reste de culture en ce bas monde, qu’une bibliothèque n’est pas un lieu destiné à s’amuser, à lire à écrire ou à jouer, une bibliothèque c’est avant tout un lieu tout gris avec des livres partout.

Je veux dire : trois salles étaient consacrées à ces frivolités quand elles auraient pu contenir des ouvrages ! et pourquoi pas la rentrée littéraire de 1794, dernière fois qu’on a publié quelque chose d’intéressant sous nos latitudes ?

J’ai dit.

 

Ps : sachez, vous tous qui me lisez,  que le 18 octobre prochain à 14h se tiendra le deuxième atelier d’écriture de Scarlett Pajéo consistant en la composition de lettres de réclamation autour des ouvrages de la rentrée littéraire indépendante ou de tout autre ouvrage que vous auriez aimé, détesté ou aimer détester, surtout fuyez cette grotesque manifestation comme la peste.
 
 

Voici le résultat de mes errances passagères dans cet atelier d’écriture :

« Messieurs-mesdames des éditions Médiapop, monsieur Abdulmalik Faizi, madame Frédérique Meichler et Bearboz,

    J’aimerais attirer votre attention sur diverses choses concernant le livre que vous avez conjointement publié il y a peu : Je peux écrire mon histoire : itinéraire d’un jeune Afghan, de Kaboul à Mulhouse. 

Je passerai sur le sous-titre qui révèle une grande partie de l’histoire, dont son dénouement (la fameuse arrivée à Mulhouse) supposément heureux, du moins autant qu’il est possible de l’être à Mulhouse. Pour votre information je suis moi-même allé à Mulhouse et si j’avais su que cela aurait pu me faire vendre des romans j’aurais décris mon périple en TGV et vous l’aurais soumis.

« itinéraire », nous apprend le dictionnaire, signifie « indication de chemin à parcourir ». Or, parti en juillet 2008, d’après votre quatrième de couverture, ce monsieur votre auteur a « échoué », toujours selon vous, à Mulhouse en avril 2009. Messieurs-dames je vous apprendrai d’une part que Mulhouse est situé en Alsace, région très éloignée de la mer et sur laquelle il est impossible d’ « échouer », du moins si l’on accepte ce terme dans sa signification première et logique. Peut-être vouliez-vous dire qu’il avait échoué dans une entreprise menée à Mulhouse ? Dans ce cas vous devriez peut-être mieux expliciter vos hasardeuses figures de style. Et vérifier vos sources.

D’autre part, apprenez qu’un simple vol low-cost (un peu comme votre littérature en somme) relie Kaboul à Paris en 5h de temps. De là, rejoindre Mulhouse en train, en car ou en auto-stop ne prend guère de temps. Votre itinéraire par la mer d’Alsace imaginaire n’est donc absolument pas compétitif et de là fort peu crédible, ce qui nuit quelque peu à la réputation de votre maison d’édition.

Voyez-vous, chers messieurs et mesdames, je suis moi-même écrivain et ai vu la totalité de mes manuscrits, pourtant exempts d’erreurs factuelles aussi importante que l’invention d’un océan, refusé par vous et votre clique de collaborateurs pour des prétextes fallacieux.

Aussi ai-je pris avec beaucoup de mauvaise humeur cette provocation de votre auteur, son titre « je peux écrire mon histoire » accompagné de son visage grossièrement dessinée et tordu en une grimace de mépris à l’encontre de tous les vrais écrivains qui galèrent chaque jour.

N’aurait-il pas pu écrire à la place : « il m’a été rendu possible d’écrire mon histoire mensongère grâce à l’aide imméritée d’éditeurs corrompus, malhonnêtes et hypocrites ? »

Non vraiment cette agression délibérée me révolte. C’est pour cette raison que j’exige réparation et vous soumets mon manuscrit : « moi aussi je peux écrire mon histoire : itinéraire d’un Français pas si jeune de Garges-Lès-Gonesse à Châtelet, tous les jours en RER D. »

Je ne vous salue pas. »

 

 

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *