Lettres de réclamation de la rentrée littéraire

LETTRE AU RESPONSABLE DE L’ OPÉRATION  RENTRÉE LITTÉRAIRE

MINISTÈRE DE LA CULTURE

DÉPARTEMENT LITTÉRATURE ET MARKETING

 MONSIEUR,

Une fois encore, telle un marronnier, et grâce à votre diligence que je reconnais  efficace, l’opération « Rentrée Littéraire »  a frappé. Oui, frappé, effectivement,  car pour moi, qui suis retraitée depuis quelque temps, non seulement, elle  n’a  pas « réveillé »  les enthousiasmes en  attente depuis la fin de l’été, mais elle a ravivé douloureusement  le traumatisme que je subis depuis ma mise à l’écart de la vie active.

En effet, toute rentrée , qu’elle soit littéraire ou  scolaire ou  d’autres collections, rentrée d’argent, ou encore rentrée…  à la maison,  souligne pour moi l’injustice douloureuse d’un brutal changement de vie, où je n’ai plus à rentrer chez moi puisque je n’en sors plus guère, que le terme même de « rentrées d’argent » m’est devenu un concept étrange,  et qu’enfin la rentrée scolaire ne me concerne plus  depuis  le dernier jour de mes lointaines  études. Pour tout dire, elle prend l’allure d’un rendez-vous redouté et terrifiant  au même titre que les impôts et autres dates fatidiques.

Ainsi,  au lieu de mobiliser un grand nombre de lecteurs potentiels, elle ne fait que stigmatiser  toute une population à laquelle  j’appartiens, insulte à la fois mon âge et mon statut social et, par le fait même, la  détourne de son objectif  qui se prétend noble car elle se veut culturelle  mais ne saurait cacher  ses fins mercantiles.

En conséquence, je me permettrai  de vous inciter à trouver un autre intitulé et, dans cette heureuse perspective, je me tiens à votre disposition pour participer au groupe d’échanges  et de consultations que vous auriez à constituer.

Recevez, Monsieur,  mes salutations distinguées.

MFO

Madame Elodie Marchand

44 quai des Martyrs

78700 Conflans                                                                                Conflans, 13 octobre 2014

 

Madame, Monsieur,

 

J’ai vu le livre d’Eric Reinardt, L’amour et les forêts, chez mon libraire sur une table « rentrée littéraire » et je l’ai regardé.

Je sais par mon libraire avec qui je discute beaucoup, surtout le lundi  parce que le lundi je ne travaille pas, qu’il a écrit ce livre parce qu’il a rencontré dans un train une dame qui s’appelle Bénédicte Ombredanne, elle était maltraitée par son mari et elle a tout raconté, comment il était, etc…, à Eric Reinardt qui s’est emparé du sujet sans jamais avoir vécu l’injure.

Je vous écris parce que moi aussi je suis MALTRAITEE. Et moi aussi, j’ai pris le train. C’était le 24 septembre à midi 27, un TGV Paris-Marseille et j’étais dans la voiture 17. Je ne sais pas pourquoi il l’a choisie plutôt elle ? Bénédicte, c’est un nom qui fait bien dans son livre, mais je trouve que Elodie, c’est bien aussi.

Je vois bien qu’il l’aime beaucoup plus que moi. Par exemple, j’ai compté page 57 qu’il écrit 3 fois Bénédicte Ombredanne, alors si on compte pour un livre de 366 pages, ça fait 366 X 3 = 1098 fois son nom dans le livre (Je fais toujours mes multiplications de tête, sans recourir à la calculette).Il ne peut pas prétendre qu’il n’est pas amoureux d’elle. Alors qu’elle a déjà une sœur jumelle, et c’est déjà bien, et que moi qui suis MALTRAITEE, je n’ai même pas de sœur, et encore moins jumelle.

 

Pensez-vous que Monsieur Reinardt pourrait comprendre que je suis blessée parce qu’il ne m’a jamais rien demandé de MON HISTOIRE ? Et aujourd’hui, c’est encore pire depuis que je sais qu’il n’a pas souffert de MA PERSECUTION CONJUGALE.

 

Il mériterait que je l’attaque en justice. Il mériterait parce qu’il a pris mon histoire que j’avais commencé à écrire : j’avais noté des petites phrases sur un carnet que j’avais acheté chez Monoprix 2,25 euros. Malheureusement pour lui, je n’ai pas le temps, pour aller chez le juge, avec MES SOUCIS et tout ça, j’espère qu’il comprendra et qu’il me pardonnera.

Ce qu’il a écrit dans son livre, je peux l’écrire moi-même, puisque c’est DU VECU. Au collège, j’avais toujours des bonnes notes en français, et même une fois la prof de quatrième qui s’appelait Melle Renard a lu à toute la classe ma rédaction sur les éléphants. Mais ça, c’est pareil : Mathias Enard s’est accaparé le sujet.

Pour vous montrer comme j’écris, l’incipit de ce que j’avais prévu pour mon histoire sur MON CALVAIRE QUOTIDIEN (un incipit, c’est la première phrase d’un livre), c’était : « Je ne suis pas pute, je ne suis pas soumise non plus. ». Vous voyez tout de suite que ça vaut « J’ai eu envie de connaître Bénédicte Ombredanne ». Aussi, je ne comprends pas toute cette gloire qu’il en retire.

Heureusement, je me suis fait d’excellents contacts chez Denoël et ça va me donner un coup de pouce quand j’aurai trouvé un nouveau sujet.

 

Je ne dis pas qu’Eric Reinardt ne mérite pas : écrire 366 pages, en Times New Roman taille 12, c’est du mérite, sans compter les ratures qu’il a dû faire. Parce que les ratures, c’est inévitable.

Malgré tout son travail, je trouve qu’il ne sait pas toujours y faire. C’est pour parler du titre : « L’amour et les forêts ». Franchement, vous ne trouvez pas que c’est un peu facile du point de vue marketing ? L’amour ! Il y a tant de gens qui cherchent l’amour que son titre attire la clientèle.

D’autre part, les forêts, personnellement, je n’aime pas trop. Les forêts, c’est pour les enfants, comme le Petit Poucet que vous connaissez certainement. Ce que je dis, c’est juste pour rendre service. Moi, je préfère la mer. Et surtout les plages avec des galets comme Nice, Fécamp, Dieppe (vous voyez que je m’y connais aussi en voyages). Ou bien les parcs. « L’amour et les parcs », je trouve ça bien aussi.

 

Grâce à mon esprit d’analyse, j’ai découvert son petit jeu et je dis qu’il est trouble. Je le vois, vous savez. Par exemple, il vous a dit que c’est un roman, alors que mon libraire m’a bien expliqué que c’est la vraie histoire de cette Bénédicte. Et lui aussi, j’ai vu qu’il est entré dans l’histoire avec son vrai nom et tout. Alors, quoi ? Lui, Monsieur Reinardt, il n’est pas une histoire inventée. Il me semble qu’il existe pour de vrai puisque j’ai vu des photos, et même la télévision. Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire de roman ?

J’espère que vous allez soulever cette épineuse question, et m’écrire pour me dire comment il s’en sort de ses explications.

Sinon, j’aime bien lire Proust, Flaubert et Olympe de Gouge (qui est un exemple). Je ne sais pas si vous les connaissez, mais je vous conseille leur lecture.

 

Recevez, Madame, Monsieur, mes cordiales salutations.

Elodie Marchand

 

Si vous aviez la bonté de m’envoyer L’amour et les forêts, je me ferai un plaisir de vous en faire un commentaire plus poussé.

 

 

 

Mr Nicolas

23 rue de Las Sorbès – 34000 Montpellier
Chère édition 2024,

Ce week-end je me suis rendu chez Leclerc avec mon petit-fils dans l’idée de lui choisir un cadeau pour son anniversaire.
Je tenais à lui offrir un livre car je considère que ses parents ne lui achètent que des jouets alors qu’il n’y a rien de tel qu’un livre pour satisfaire la curiosité.
Tandis qu’il faisait son choix parmi des Boule & Bill j’ai, quant à moi, flâné dans le rayon et suis tombé sur « Vous êtes tous jaloux de mon jetpack » que j’ai mis un peu machinalement dans mon caddie.
Je ne sais pas pourquoi j’ai acheté votre BD, peut-être parce qu’elle se trouvait en tête de gondole, qui est plutôt gage de qualité et de bonne affaire.
Je ne m’achète jamais de BD, ce qui a surpris ma femme quand elle nous a vus revenir de nos courses. Les seules que nous ayons à la maison, sont des Tintin et encore, elles datent de mon époque (j’ai 68 ans), c’est vous dire!

Je ne sais pas si votre livre était censé faire rire parce que je n’ai absolument rien compris et encore moins esquissé un semblant de sourire. Et ma femme non plus!
J’aurais dû m’en méfier rien qu’au titre car le mot « jetpack » que je ne connaissais pas n’est même pas dans mon dictionnaire, pourtant c’est un Larousse!! C’est mon petit-fils qui m’a expliqué que c’était un engin volant (il connaît ça de ses jeux vidéos).

Bref, ce que vous appelez une BD n’a même pas de personnages récurrents, il n’y a aucun lien d’une page à l’autre. C’est sans queue ni tête, incohérent mais surtout ce n’est pas drôle!!!!!
Vous voyez, bien que destinées aux plus jeunes, les histoires de Boule & Bill sont elles de VRAIES histoires drôles avec des VRAIS héros et des VRAIS gags!

J’ai cru comprendre (et c’est peut-être la seule chose que j’ai comprise de tout cet ouvrage) qu’il s’agissait d’un auteur anglais, ce qui prouve bien qu’il y a une barrière entre leur humour et le nôtre.
Nous ne rions vraiment pas du tout des mêmes choses!
Il est écrit à la fin du livre que les histoires étaient publiées dans Le Guardian qui est pourtant un quotidien respectable à mon avis. C’est vraiment incompréhensible!
Je ne sais pas si vous êtes un éditeur spécialisé dans les auteurs anglais, mais je pense qu’il y a beaucoup de comiques français qui mériteraient d’être publiés.
On a suffisamment inondé nos chaînes TV avec les Monty Python, Benny Hill et autre Mister Bean qui en plus de ne pas être drôles étaient totalement grotesques, et tout ça sur le service public alors que je paye la redevance!!
Je pense que leurs comiques sont uniquement là pour amuser la galerie Royale et c’est tout!

N’étant résolument pas sujet de Sa Majesté, je considère m’être fait ARNAQUÉ de 15€ pour l’achat de votre « BD ». J’ai donc écrit dans un premier temps au service consommateur de Leclerc pour en demander un remboursement.
Celui-ci m’a répondu (avec soit disant regret), que les livres n’étaient ni repris ni échangés.
De ce fait, je m’adresse directement à vous pour vous demander le remboursement total de votre ouvrage, à savoir 15€ plus les frais de port car je compte bien vous le renvoyer (et en plus il est tout neuf!).
J’espère que vous, au moins, saurez faire ce geste!
Bien cordialement,

Monsieur Nicolas.

PS, vous aurez compris que je ne veux ni bon d’achat et encore moins d’un autre livre de votre collection!

 

Ces lettres ont été rédigées lors des ateliers d’écriture proposés par Scarlett Pajeo à la bibliothèque les 11 et 18 octobre dans le cadre de la Voie des Indés.

 

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