Sélectable de novembre

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L’automne vient finalement de se décider à pointer son nez à Paris, les arbres jouent les strippers, l’air se fait plus humide et plus froid. Le vineux mois d’octobre est passé, les vendanges de Lutèce sont terminées, on a la pâteuse et un peu mal au crâne… Rien de tel, à ce stade, qu’un bon gueuleton pour se remettre d’aplomb.

SELECTABLESlivresSELECTABLESliseuseEt ça tombe bien, car si comme l’affirme Grimod de la Reynière et son Almanach des gourmands[pdf] « Chaque mois, en cuisine comme en volupté, à ses jouissances particulières », le mois de novembre n’est rien de moins que le mois gras, entendez par là que tout ou presque est disponible à profusion pour festoyer : « Les vendanges sont faites, les fruits sont cueillis, le gibier abonde, la viande de boucherie est saine et grasse, la volaille est grosse et succulente ; poulets, dindonneaux, canetons, pigeonneaux joignent à la fraîcheur de l’adolescence le fumet de la maturité. » (GASTERMANN, in Le Gastronome Français ou l’art de bien vivre).

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Pour mieux affronter, donc, ce saindoux de Novembre, la bibliothèque vous assiste en cuisine et à table, avec une Sélectable sur le thème du goût et de la gourmandise.

Dussiez-vous ainsi choisir de faire bombance avec Saint Martin, patron des oies et des buveurs qui obtint de l’Église que l’Avent fût reculé d’une quinzaine de jours pour pouvoir faire bonne chère en Novembre, les Anciens auront pour vous de précieux conseils: avec Le cuisinier impérial [pdf], ou L‘école des cuisinières, le ragoût de tête de veau à la tortue, le kari de tendons de veau à la française, le bouillon pectoral ou la croûte-au-pot deviendront votre spécialité pour le repas dominical en famille.

bon sens

Si vous ne savez vous situer dans ce débat, Marie de Saint-Ursin invoque le bon sens commun d’une manière qui n’est pas dénuée d’attrait

Si au contraire, vous êtes plus mus par la peur de l’indigestion, si vous faites vôtres de sages adages tels Mens sana in corpore sano ou le Pene gulæ metas de l’école de Salerne, si vous êtes branchés fruits et céréales, là encore les Anciens sauront vous guider. Le guide pratique de l’amateur de fruits vous fournira des données quasiment exhaustives sur les variétés de fruits (se faisant l’écho de richesses naturelles qui nous sont de moins en moins accessibles, et en avant goût du projet de grainothèque qui prend doucement vie à la bibliothèque avec l’aide de grainesdetroc). Avec le tome sur les céréales du Les alimens de Balland, l’épeautre et le sorgho n’auront plus de secrets pour vous.

Enfin, si c’est carrément dans l’ascèse que vous prenez votre pied, ou si vous êtes de ceux qui décortiquent les étiquettes et qui veulent tout savoir de la composition de leurs aliments et de leurs apports nutritionnels, tout d’abord ne manquez pas le passage d’Open Food facts à la bibliothèque ; ensuite, la lecture de De l’abstinence des alimens, Physiologie des substances alimentaires, ou encore Le cuisinier et le médecin devrait vous ravir, ouvrages où se mêlent des visions médicinales (« Des modifications apportées aux tempéraments par la nourriture ») et poétiques de l’alimentation.

Que dirai-je des pois ? Je les loue et les blâme

Le pois, avec sa peau, gonfle ; il contriste l’âme

Et fait mal en effet ; donc pour le rendre sûr

Enlevons-lui sa robe et mangeons-le tout pur

Physiologie ….

Car bien sûr, une Sélectable qui veut rendre justice au goût et à la gourmandise ne saurait se résumer à une description du contenu de nos assiettes, et s’il s’agit de cuisine il s’agit également de littérature, en l’occurrence une littérature de gourmands. Les madeleines de Proust, le Gargantua de Rabelais ne pouvaient pas ne pas avoir leur place privilégiée ici, aux côtés du ventre de Paris de Zola ou du grand dictionnaire de cuisine de Dumas. Autant de classiques qui seront complétés par la Sélectable papier que vous trouverez au rez-de-chaussée de la bibliothèque.

Tailhade nous livre à cet égard, avec son Petit bréviaire de la gourmandise, une vision panoramique de l’histoire de la gourmandise en France et au fil des siècles, s’attardant sur le rôle d’illustres gourmands dans la promotion de la bon vivance : écrivains, hommes d’Église, cuisiniers et pâtissiers, et même souverains qui n’ont « pas eu de but plus constant ni de plus chère étude que le moyen d’accroître et d’améliorer les passe-temps de bouche qui sont à la fois le premier besoin de la nature et le plus bel ornement des civilisations ».  mobile-chef-truck-hi

Vous reprendrez bien un peu de n’importe quoi, pourvu que ça soit préparé dans une camionnette, servi sur le trottoir et qu’il faille faire la queue des heures pour cela?

Signe pour le moins intéressant, ce bréviaire se fait prophétique alors qu’en 1919 déjà, Tailhade déplore la mort de la cuisine. Comble de l’infamie, à en croire cette ultime provocation de l’anarchiste, la fin prématurée de cet art est à mettre sur le compte de Paris, des parisiens et des parisiennes qui « mangent d’abord avec leur yeux, ce qui fait que l’on tend, de plus en plus, à remplacer par le décor toute espèce d’aliments. ».

Une chose est sûre, le meilleur moyen de nous réconcilier avec l’esprit des gourmands dont se revendique Tailhade, c’est de ne pas bouder notre plaisir à table et en cuisine. À bon entendeur: venez retrouver la Sélectable au rez de chaussée de la bibliothèque dès le 4 novembre, et régalez-vous de nos livres de gourmands, de gourmets, de goinfres, d’apprentis cuistots, de chefs étoilés, nos recueils de recettes d’horizons (plus ou moins) lointains, nos polars gastronomiques, etc… La Sélectable électronique est quant à  elle d’ores et déjà disponible à cette adresse.

À vos fourneaux!

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