Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la dystopie sans oser le demander

(Ou l’avenir cataclysmique d’une bibliothèque municipale de prêt qui n’en demandait pas tant)

 Partout, ces derniers temps, fleurit le doux terme de dystopie. On le croise partout, que ce soit dans la littérature jeunesse, adulte, young adult, old children, la science-fiction, mais également quelques classiques ! …Mais que cache cet élégant substantif sous ses délicieux abords scientifico-fictionnels ? Quelle est la véritable signification de cette douce succession de phonèmes au parfum si latino-médiéval ?

Eh bien, on dit parfois qu’un bon exemple vaut mieux qu’un long discours, j’ai décidé qu’aujourd’hui nous aurions les deux ! Voilà donc le premier long discours faisant office d’exemple de l’histoire de ce blog.

Qu’est-ce qu’une dystopie ? Pour le savoir, faisons un bond en avant, dans un lointain et peu reluisant futur. Mais restons à la bibliothèque Vaclav Havel, car si nous pouvons nous déplacer dans le temps, il est compliqué de changer de décor, coupes budgétaires obligent…

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Voilà, une dystopie c’est ça. Un avenir sombre où notre belle bibliothèque est devenu heu… moche.

 …et plongeons dans un document rétro-historique des plus intéressants :

 « Extrait d’un discours du Directeur Bien-Adulé-Suprême-à-Vie de la Bibliothèque Républicaine Démocratique et Populaire, Vaclav Havel, Le 4 août de l’année 45 après Son Avènement :

A mon peuple bien aimé :

 Cher peuple,

 Partout, ces derniers temps, fleurit dans notre belle bibliothèque le terme de dystopie (Nda : notons que l’ignoble dictateur ne s’est pas foulé et a copié les mots mêmes de ce blog. Je lui intenterais bien un procès mais en ces temps lointains et épouvantables le droit n’existera plus…). Rappelons-en rapidement l’origine : une dystopie, ou contre-utopie, est l’opposé exact d’une utopie !

Mais qu’est-ce qu’une utopie ? Et bien, c’est une société parfaite, un système de gouvernement parfait : le fonctionnement de notre bibliothèque démocratique et populaire en est un bon exemple. Une dystopie serait donc une société organisée de telle façon qu’elle interdit le bonheur ! Mais c’est également un genre littéraire, branche de la Science-fiction, qui décrit en détail le fonctionnement d’une telle atrocité.

Terrible n’est-ce-pas ? C’est pourquoi, dans Notre grande sagesse, nous avons lancé une grande campagne de dépistage de tels abominables ouvrages, dans le but de les soustraire à notre vue et, accessoirement, d’alimenter notre chaudière défaillante.

En vertu de l’article 44 alinéa 5 du code havélien institué le 15 janvier de l’année 44 après Nous-mêmes, avons déclaré totalement injuste, inadapté, dangereux, terrifiant et totalement prohibé tout ouvrage ayant un quelconque rapport avec une dystopie, mais également contenant tout terme approchant, comme Lady Di, la dyslexie, les taupes ou encore les pies (voire la liste complète en annexe.)

Désormais tout ouvrage traitant de ces sujets se verra flétri, gondolé, tâché, déchiré, réparé par un stagiaire puis pilonné.

Voici une liste, hélas non-exhaustive, des ouvrages désormais bannis de notre Bibliothèque adorée :

 

1984, de George Orwell  (localisé et prêt à être arrêté, il se cacherait selon nos sources au deuxième étage, dans les O, à ORW exactement) : C’est le futur et il y a un dictateur tout-puissant qui a organisé la pire société totalitaire possible. La vie privée n’existe plus et Big Brother contrôle tout, y compris l’Histoire. Bien entendu, Winston Smith ne l’entend pas de cette oreille.

 

Hunger Games de Suzanne Collins (se cache encore en COL 1, 2 et 3 mais ne tardera pas à être appréhendée par notre Police du Peuple et de la Littérature) : C’est le futur et une catastrophe a profondément changé la physionomie de la terre. La société est divisée en district, chacun de ceux-ci produisant une ressource différente mais nécessaire au fonctionnement du Capitole, région capitale où règne un dictateur sanguinaire. Ces districts sous le joug doit chaque année livrer deux de ses enfants, un garçon et une fille, tirés au sort pour aller affronter à mort les enfants des autres districts dans une arène : ce sont les fameux Hunger Games, prétextes à des massacres ET des histoires d’amour. Mais Katniss, qui s’est portée volontaire aux jeux pour soustraire sa petite sœur à cette atrocité, ne l’entend pas de cette oreille.

Divergente de Veronica Roth (oui, je sais, c’est amusant, ça fait carotte, mais ne vous dissipez pas, c’est une dangereuse criminelle qui se cache derrière ce ROT 1, 2 et 3)  : C’est le futur et une catastrophe a profondément changé la physionomie de la terre. La société est divisée en… Quoi ? Ça vous rappelle quelque chose ? Non, mauvaises langues, vous faites erreur, la société n’est pas du tout divisée en districts cette fois-ci mais en factions (Audacieux, Érudits, Altruistes, Sincères et Fraternels). A l’âge de 16 ans il faut choisir une de ces factions à l’issue d’un test. Mais pour Béatrice, qui ne l’entend pas de cette oreille, le test n’est pas concluant car elle se révèle être un peu de tout ça ! C’est une Divergente, terrible menace pour le Système !

Le Meilleur des mondes (cote HUX mais en exil volontaire actuellement, à la réserve centrale…) : Ça se complique. C’est le futur et une catastrophe, la guerre de neuf ans, a détruit le monde ancien. Le monde est divisé non plus en factions ou en districts mais en castes pour lesquels on est conditionnés génétiquement : Alpha, l’élite, grands beaux et intelligent, Beta, les travailleurs, intelligents mais moins que les Alphas, les Gamma encore moins grands moins beaux et moins intelligents et les Epsilon tout petits et très laids. En raison de ce conditionnement chacun est satisfait de sa place et la société fonctionne donc parfaitement. Sauf que Bernard, Alpha mais petit et contestataire, ne l’entend pas de cette oreille.

Uglies, de Scott Westerfield (WES, mais il s’est laissé arrêté, il était un peu à l’WEST) : c’est le futur mais apparemment il n’y a pas eu de catastrophe ou alors on ne me l’a pas dit, mais en même temps on ne me dit rien à moi, qui suis pourtant votre directeur bien-aimé, non mais. Le monde est divisé entre les beaux et les moches. A l’âge de 16 ans tous les adolescents subissent une opération pour devenir beau. Ce faisant, cependant, on casse toute rébellion chez eux par un procédé médical de pointe. Mais il y en a qui ne veulent pas devenir beau, ce sont alors de terribles (re)belles !

Birth marked, de Caragh M. O’brien (OBR 1, 2, 3 fantastique) : C’est le futur et peut-être bien qu’une catastrophe a détruit le monde ancien mais je ne suis pas sûr. Toujours est-il que le monde est divisé en deux parties : l’Enclave, derrière les murs du Bastion, et le monde des pauvres de l’autre côté, qui donne régulièrement et pour une raison mystérieuse à l’Enclave des quotas de trois bébés qu’on marque d’un étrange dessin à l’encre. Sauf que Gaïa ne l’entend pas de cette oreille et est bien déterminée à entrer dans l’Enclave. Et oui.

Globalia, de Jean-Christophe Rufin (RUF) : C’est le futur et le monde est divisé en deux : d’une part Globalia et ses zones sécurisées, une société qui permet à chacun de trouver le bonheur à la condition de ne pas trop remettre en cause le système en place. De l’autre, les non-zones, sauvages, difficilement habitables et refuge de ce que le pouvoir appelle des terroristes. Baïkal, citoyen de Globalia, va tenter de s’échapper de sa zone sécurisée pour les rejoindre. Mais ce faisant, ne fait-il pas le jeu de Globalia ?

 

Le Chaos en marche de Patrick Ness (NES) : C’est le futur et c’est une autre planète colonisée par les humains qui ne semble étrangement pas être divisée en sous-groupes. On y trouve quand même des extraterrestres qui sembleraient être à l’origine d’une guerre ayant éradiqué les femmes du village du héros. Dans ce monde chacun entend les pensées des autres, ce qui se nomme le Bruit. Sauf que Todd, qui en a assez d’entendre le Bruit de cette oreille trouve un endroit où règne le silence. Il va rencontrer une jeune fille aux pensées insondables et fuir un maire despotique.

 Quelques autres criminels, jetés dans le désordre : Gone, La brigade de l’œil, Conquise, Délirium, Insoumise, Méto

Votre Maréchal en Chef vous remercie de votre attention et vous invite formellement à dénoncer tout ouvrage qui se cacherait encore dans nos rayons.

Despotiquement vôtre, »

 

Olivier D

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