Comment bien implanter votre Club des lecteurs (Consessus lectoris) dans votre salle allegro ?

Bonjour à tous, amis aux doigts de papiers et aux mains vertes ! Aujourd’hui, à la suite de nombreuses demandes, nous allons apprendre à bien implanter un club des lecteurs (consessus lectoris) dans une salle allegro pour un effet des plus réussis ! Pour cela, sachez que vous aurez besoin :

1) De livres de grande qualité aussi bien formelle qu’intellectuelle (ici nous les avons choisis tous très différents mais avec un thème commun pour créer une certaine cohérence) ;

2) De lecteurs en quantité moyenne mais vivaces et avec des couleurs qui s’accordent, sinon c’est vulgaire comme disait ma mamie (ici nous avions un Olivier, une Mary, un Philippe, une Jacqueline, une Marie-Thérèse et une Caroline) ;

3) D’une salle allegro de taille honorable et au sol fertile, avec une table et, si possible, des gâteaux (le type palmito (Palmytus) est recommandé), du thé et du café pour favoriser la pousse ;

4) D’une orientation ouest/est et un taux d’humidité idoine (non je ne sais pas comment on calcule le taux d’humidité, je ne sais même pas ce que c’est, je ne peux pas tout faire ici, hein !)

 

Une fois que vous avez tout ceci, vous pouvez commencer à implanter votre club des lecteurs.

 

1/ La disposition :

 

Disposez tout d’abord autour de la table vos lecteurs en ayant au préalable pris soin de leur avoir fait lire un livre, voire plusieurs. Si vous ne leur faites pas trop confiance, dressez vous-même une liste de livres (attention : ils doivent être bons ! voir le cas du jardin d’Émile Bravo, plus loin) sur un sujet préalablement fixé. Sinon laissez-les choisir des coups de cœur (c’est toute la différence entre un club des lecteurs à l’anglaise, anarchique, et un club des lecteurs à la française, ordonné.)

Bref, une fois ces lecteurs disposé harmonieusement autour de la table, il faut leur fournir de quoi pousser : des jus de fruit, du café, des palmitos. Nous pouvons dès lors passer aux choses sérieuses :

 

2/ l’ensemencement :

 

Chaque lecteur est donc venu avec un livre. Pour favoriser l’ensemencement, et donc la pousse, il va falloir parler de ce livre, de préférence à voix haute et dans un idiome connu de tous les participants.

Mais arrêtons-nous un peu sur la relation privilégiée des lecteurs et de leurs livres, un processus auquel il faut être à l’écoute si l’on veut réussir l’implantation de son club des lecteurs. Car si le livre parle au lecteur le lecteur parle également au livre (ne faites pas ça dans le métro) et, surtout, parle DU livre. Avec d’autres lecteurs.

Par exemple : Caroline, Mary et Philippe ont tous les trois lu le goût des pépins de pomme, de Katharine Hagela, ils vont donc pouvoir en parler, semant ainsi en leurs âmes des souvenirs émus (le jardinage c’est aussi de la poésie.)

 Le goût des pépins de pomme, donc, est un livre assez commun, de couleur blanche et verte en hiver et blanche et verte en été (c’est un livre qui ne change pas de couleur selon les saisons et ça, c’est bien dommage) mais c’est aussi et surtout des débuts difficiles. Nos trois lecteurs se sont demandés, dès l’ouverture du livre, s’ils allaient le continuer. Ils l’ont fait et ne le regrettent pas !

C’est l’histoire d’une femme de 40 ans, bibliothécaire, qui hérite de la maison de sa grand-mère, à sa grande stupéfaction. C’est une maison familiale où tout le monde se rassemblait et où elle a quantité de souvenirs. Tant de souvenirs en fait qu’on se demande si elle va pouvoir habiter cette maison.

L’intérêt pour l’histoire croît à mesure qu’on en tourne les pages et que la héroïne est de plus en plus intéressée par la maison : c’est un heureux mélange entre le passé et le présent. Les souvenirs s’enchaînent, trop précis selon Philippe. C’est donc un livre sur la mémoire : les souvenirs collectifs, mais aussi sur l’oubli, celui de la grand-mère qui oublie tout au fur et à mesure… Et sur les liens mystérieux qu’on les plantes du jardin (notamment les pommes) avec les souvenirs et avec l’oubli.

Mystérieux jusqu’à la fin, nous dit Mary, poétique et valait le coup, surenchérit Philippe. Caroline est peut-être moins emballée.

Mais tout de suite un autre exemple pour faire vivre votre club : la passion. Prenez Rosa Candida, d’Audur Ava Olafsdottir, autre livre commun, de taille honorable et de couleurs multiples et partagez-le entre Caroline et Marie-Thérèse. La voilà votre passion. Car elles ont toutes les deux beaucoup aimé ce livre :

Rosa Candida, c’est, sachez-le, le nom d’une rose à huit pétales et blanche. Le personnage principal, dont le surnom est Lobbi, a dans sa roseraie une fleur similaire mais d’une autre couleur. Jamais il n’a trouvé à quelle espèce elle appartenait dans aucun livre. Sa maman est morte dans un accident de voiture et il a partagé ses derniers instants au téléphone, il l’adorait et ils partageaient une passion pour les roseraies et leur variété de Rosa Candida. Il a également mis enceinte Anna, bien innocemment, lors du petit morceau de nuit qu’ils ont partagé. Lobby va se mettre en quête d’une ancienne roseraie, quittant l’Islande pour le continent, avec dans ses valises deux ou trois boutures de Rosa Candida…

On ne sait jamais dans quel pays on est, nous dit Caroline, si ce n’est qu’on va vers le sud. Lobbi va acheter une voiture et rouler, rouler, traverser une forêt qui n’en finit pas pour arriver enfin à la roseraie, abandonnée, qu’il va remettre en état…

Le livre est super selon Marie-Thérèse et Caroline et la fin, inattendue, donne au texte une autre dimension…

Vous pouvez également, pour le contraste, ajouter une petite bouture de légèreté. Prenez un Sous un rayon de soleil, qu’ont lu Mary, Caroline et Olivier, par exemple.

Sous un rayon de soleil est un manga qui a tous les attributs du manga : une petite taille, des dessins et une lecture de droite à gauche ! Il enchantera votre club des lecteurs à coup sûr ! En plus il n’a que trois tomes et ne prendra donc pas toute la place dans votre salle allegro. Olivier et Caroline se sont occupés de le décortiquer : le graphisme fleure bon le années 90 et enchante par sa subtilité et son comique. Le propos demande à se laisser appréhender avec une bonne dose d’incrédulité, et une bonne envie d’irrationnel. Ce sont en fait de petites histoires autour d’une marchande de fleur très mystérieuse (elle ne vieillit apparemment pas et semble communiquer avec les arbres) et son papa, très gentil mais dont l’allure colossale fait fuir les clients.

On passe un très bon moment sans pour autant qu’il reste grand-chose de cette lecture facile.

Comme dans tout jardin, votre club des lecteurs devra s’accommoder de mauvaises herbes : D’ailleurs, en les regardant de plus près, vous constaterez qu’elles ne sont peut-être pas aussi vilaines qu’elles le paraissent. Olivier a lu Le jardin blanc de Stephanie Barron, il va vous en parler :

 Le jardin blanc est une enquête assez peu palpitante des les terroirs d’Angleterre, le Kent plus exactement. C’est là que se situe le fameux Jardin blanc, œuvre de Vita Sackville-West, très bonne amie de Virginia Woolf. Jo Bellamy, jeune paysagiste américaine, y est envoyé par un milliardaire étudier le jardin dans le but de le reproduire dans son château. Problème 1 : 1 jour avant son départ le grand-père de Jo, originaire du Kent, se suicide. Problème 2 : arrivée sur les lieux Jo découvre, par hasard dans les archives des jardiniers, un journal intime qui porte le nom de son grand-père. Problème numéro 3 : ce qu’il y a dans le cahier n’est pas l’œuvre de son grand-père et semble plutôt être un journal intime de Virginia Woolf ! Problème 4 : la première entrée du journal date d’un jour après le suicide de l’auteur ! Tout ceci est donc fort étrange et Jo va pouvoir mener l’enquête !

Si le rythme du roman est soutenu et ASSEZ agréable, le tout manque quand même pas mal d’intérêt. Et oui, Olivier s’est ennuyé. Donc, si le livre n’est pas une ronce, ou une ortie, ce n’est pas non plus un camélia.

Enfin, si vous voulez vraiment réussir à la perfection votre implantation, il vous faudra une petite dose d’excentricité !

Le jardin d’Émile Bravo est là pour ça ! De taille importante et de couleur noire, jaune, verte et bleu cette bande dessinée recueille bon nombre de petites histoires publiées ça et là par l’auteur, adepte de la ligne claire et héritier des grands de la bande-dessinée franco-belge, de Hergé à Franquin (les clins d’œil ne manquent pas tout au long de l’album).

Excentrique, le jardin d’Émile Bravo l’est en ce qu’il ne contient pas le moindre jardin ! si ce n’est intérieur, défendent Caroline et Olivier. Philippe n’est pas convaincu, Olivier lui n’est pas loin de considérer cette compilation d’inédits comme une fraude éditoriale pour refourguer des fonds de tiroir. Mais qu’importe ! La diversité est bien là !

Oh ! J’allais oublier le plus important : le livre classique mais magnifique ! Le jardin de Finzi-Contini, de Giorgio Bassani !

Sachez d’abord qu’il en existe deux variétés : la variété livre (1962) et la variété film (1970), créée à partir de la variété livre par le célèbre De Sica. Si Jacqueline préfère la variété film, qu’elle a connu avant (et elle a tant aimé qu’elle n’a pu parvenir à lire le livre), Olivier ne connait que la variété livre, qui l’a enchantée dans ses jeunes années, si lointaines désormais…

Le jardin des Finzi-Contini c’est l’histoire de la bonne société de Ferrare dans les années 30 et du jardin des Fonzi-Contini, famille aristocratique. Ce jardin, c’est le lieu de toutes les initiations, c’est le Paradis et en même temps l’Enfer, alors que gronde, en arrière plan, les tempêtes de la montée du fascisme et de l’antisémitisme.

Un ajout de choix à votre club des lecteurs, à n’en point douter !

 

3/ la pousse :

 

Vous êtes désormais bien armé pour implanter vous-même votre club des lecteurs dans votre salle allegro ! Attention, vous êtes bien sûr libres de faire votre club avec bien d’autres ouvrages ! Car si le sol est fertile et vos lecteurs loquaces, la réussite du club est une certitude ! et ce dernier club en était le fulgurant exemple !

 

Olivier.

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