Le club des lecteurs : un succès planétaire évident et mérité

Club des lecteurs du 19/09/2015 by Bibhavel on Mixcloud

Introduction : les arcanes d’un phénomène universel :

 

À l’heure où nous écrivons ces lignes le club des lecteurs, ou des Coups et des Caresses selon son appellation noble, n’a déjà plus rien à prouver. Son succès, quasi immédiat et retentissant, restera dans les mémoires collectives comme ce que l’être humain aura accompli de mieux, à mi-chemin entre les Pyramides à degrés (les pyramides lisses c’est surfait, aucun intérêt), la prise de terre et les babas au rhum.

   Cet engouement, indéniable (le club n’a-t-il pas encore accueilli pas moins de 6 personnes samedi 09 septembre dernier, dans son sacro-saint temple de la salle Allegro ?) n’est pas pour autant surprenant, ni par son envergure ni par ses manifestations, multiples et, parfois, extrêmes. En effet, combien d’immolations par le feu auront été commises parce que l’accès à la bibliothèque était impossible pour cause d’affluence trop massive les jours de clubs ? Et combien d’entrées en transe dans les cinémas le jour de la sortie du film inspiré de la vie du club ? Combien, enfin, d’enfants en pleurs à l’annonce qu’on ne pourrait traiter de Max et Lili découvrent la phénoménologie Husserlienne comme science eidétique ?

Ces événements, quoique tragiques, ne doivent cependant pas faire oublier les raisons d’être du club : les gâteaux et la littérature.

Mais les gâteaux et la littérature, dans cet ordre d’importance, sont-ils suffisants pour expliquer un tel triomphe ? Non, évidemment. Et il conviendra bien entendu dans les chapitres suivants de dégager les raisons d’une prouesse telle qu’elle a donné naissance à un –isme : le clubdeslecteurisme. L’entrée de cet isme dans le dictionnaire de l’Académie française, sitôt que j’aurai graissé la patte les Sages auront fini de voter, achèvera de conférer au club le statut de culture légitime au sens Bourdieusien.

Mais sans plus tarder passons au recensement de tous les arguments qui font que, mois après mois, le club des lecteurs continue de remuer le Tout-Paris aussi sûrement qu’un sample de David Guetta (mais avec plus de musicalité quand même).

Pour ce faire, nous nous baserons sur la dernière réunion du club, celle de samedi dernier à laquelle, peut-être, toi lecteur, tu n’étais pas. Auquel cas je ne suis pas fier de toi.

Cela dit, tu vas pouvoir la vivre par procuration.

Chapitre 1 : L’argument culturel : le club des lecteurs comme vecteur de connaissance :

Qui pourra le nier ? La culture est l’argument principal avancé par le club. Au-delà même de la simple notion de littérature, trop réductrice, le club encourage la création culturelle sous toutes ses formes. N’en eûmes-nous pas encore la preuve samedi dernier avec le traitement hautement intellectuel de QUATRE formes d’œuvres de la lettre: le roman, la nouvelle, la BD et le Manga ? Oh,  les âmes chagrines objecteront que le manga et le comics sont deux variantes de la bande dessinée, ce à quoi j’objecterai que pouce, perché et pas le droit de toucher son père.

Mais passons, si vous le voulez bien, au détail.

C’est Sylvie, comme d’accoutumé et avec la verve et la faconde qu’on lui connaît, qui ouvrit ce club pour la plus grande joie de tous les heureux participants.

Mais son enthousiasme, légendaire sur quatre continent (et qui lui a fait gagner le surnom de Як ки хуб сухан меронад au Tadjikistan, la classe) n’avait pas sa place en préambule de ce club, et c’est par une déconvenue que la talentueuse oratrice initia sa tirade.

 En effet, la lecture du Chardonneret, de Tarth s’était révélée fort décevante, si bien qu’elle ne manqua pas de se déclarer « très désappointée » avec une nécessaire certaine violence. L’ouvrage, en effet, était plat en dépit de son épaisseur, phénomène hélas trop bien connu et dit du « pavé creux ». Bavard, longuet, contenant quelques beaux passages hélas trop rares et trop courts, elle ne conseillait pas le livre, contant laborieusement l’histoire d’un rescapé d’un attentat dans un musée de NYC qui part avec un petit tableau, le chardonneret, œuvre d’un maître flamand et qu’il va cacher jalousement alors qu’il l’obsède.

Sylvie enchaîna sur Femme de soie, autre déception, plus relative celle-là. Nous avons déjà parlé de ce livre ici.

   Mary allait atténuer cette relative baisse de forme en évoquant avec passion L’heure de pointe de Simmonet, ouvrage racontant talentueusement les rencontres de personnages à l’heure de pointe sur chacune des 14 lignes de métro. Les utilisateurs regretteront l’absence de la 7bis et de la 3bis, trop courtes sûrement pour retenir l’attention de l’auteur. Recueil de nouvelles très bien menées, c’est une lecture qui n’est pas seulement divertissante (voir chapitre 2) mais apporte également ENFIN une véritable (re)connaissance du réseau des transports franciliens.

La culture est souvent dans les marges, et Bourdieu nous parlerait mieux que moi du glissement sémantique et progressif de la culture de masse à celle, légitime, d’éli…, oui enfin bref : parlons de BD !

Caroline, en nous introduisant à l’univers d’Ito, mangaka réputé pour la terreur qu’inspirent ses histoires horrifiques, fit plus que nous montrer un manga superbement scénarisé dans lequel une Spirale envahit peu à peu une ville japonaise dans une grande créativité graphique. Elle nous fit frémir à la vue d’hommes atteint par cette spirale omniprésente et se transformant en hommes-limaces effrayants, elle nous fit partager sa peur de voir cette spirale partout, à son tour. Ce fut émouvant, ce fut beau et cela nous mena au chapitre 2 parce qu’il fallait bien que nous y arrivassions un jour (oui c’est un peu artificiel).

Chapitre 2 : l’argument du divertissement : le club des lecteurs comme lieu d’amusement :

Car la culture c’est bien gentil, mais il faut aussi s’amuser dans la vie bon sang de bois. C’est en mêlant avec un certain talent le divertissement à la culture que le club a acquis cette touche qui lui est si personnelle et si reconnue worldwide (caser un anglicisme de temps en temps donne une véritable personnalité à votre texte).

Pourtant, les deux notions (Culture et divertissement) sont souvent opposées comme si elles combattaient dans un camp différent, voire ennemi. Le club a toujours lutté, et nous lui en sommes gré, contre cette simplification.

Caroline, en évoquant Roland Topor, ne nous introduisit pas seulement à l’univers d’un auteur brillant qu’elle avait, selon ses propres mots, «eu envie de lire depuis longtemps, surtout parce que son nom est amusant », elle nous fit également vivre l’angoisse qu’elle avait ressenti en lisant ses lignes. Son choix de lecture s’était porté sur Le locataire chimérique, ouvrage par ailleurs adapté par Roman Polanski en 76, entre deux abus sex… chefs-d’œuvres du 7ème art.

L’œuvre pourrait se résumer ainsi : M. Trelkovsky doit quitter son appartement et cherche un nouveau logement alliant confort, beaux volumes et faible taxe d’habitation. On l’informe alors qu’un appartement doit tantôt se libérer car la locataire précédente a tenté de mettre fin à ses jours et que, si l’effet a été un peu différé par les soins de l’hôpital, la malheureuse ne tardera sans doute pas à passer de vie à trépas. M. Trelpovsky est bien embêté : la proposition est certes alléchante en ce que l’appartement est chouette, mais le propriétaire, vivant dans l’immeuble, met en garde notre bon ami : « l’immeuble est tranquille et doit le rester. »

Abrégeons : notre héros emménage donc, non sans d’abord aller visiter son infortunée prédécesseure et en profiter pour faire connaissance avec sa meilleure amie Stella. Mais genre vraiment connaissance.

Bon voilà il est tranquille, posé, à la fraîche mais très vite tout devient étrange (je vais vite sinon cet article va être un pavé plat) bizarre, impossible à prévoir comme le dirait Woody de Toy Story avec ses mots à lui de jouet. Alors paranoïa ? Persécution des voisins ? Abus de narcotiques ? Ne comptez pas sur moi pour vous donner le fin mot du mystère !

Ce fut alors au tour de votre serviteur d’aborder avec la passion et l’honnêteté qu’on lui connaît les coups de cœurs qui avaient rythmé son existence littéraire : Y le dernier homme, en premier lieu, comics remarquable de part sa composition graphique et ses multiples rebondissements. Le héros de Y, dernier homme sur terre après la mystérieuse mort subite et simultanée de tous les êtres porteurs du chromosome Y, se débat dans une quête à la fois scientifique (comprendre le pourquoi du comment) et émotionnelle (gérer le fait d’être le dernier mâle vivant sur terre et tout ce que cela engendre : la fin de la vie à plus ou moins brève échéance).

Si cette lecture est si brillante c’est qu’elle est capable de concilier ces deux aspects avec bonheur et créativité, tant graphique que scénaristique. Un peu comme notre club.

Les exemples sont légions de ces œuvres qui allient avec brio divertissement et intellectualisme :

Mary, grande amatrice de nouvelles, pourrait nous évoquer Marie-Sabine Roger et son recueil intitulé Il ne fait jamais noir en ville. Ces nouvelles, parfois très courtes (une page), pas comme cet article, dégagent une véritable émotion.

Mais ce fut le cas aussi de Every single minute de Hugo Hamilton, fiction inspirée de son voyage à Berlin avec la célèbre auteure irlandaise Nuala O’Faolain.

Chapitre 3 : l’argument dit du café et des gâteaux, ou encore l’argumentation alimentaire :

Bien sûr, pour réussir un bon club, il faut également des gâteaux du thé et du café, trio constituant le troisième point de notre convaincante argumentation. Cela dit, puisque le sujet est relativement peu intéressant (pour faire un bon café verser autant de cuillères dudit qu’il y aura de tasse, le thé ne comptez pas sur moi pour vous en parler), je vous propose de continuer à parler de littérature.

Rassurez-vous, c’est bientôt fini.

Il vous faut savoir qu’à l’occasion de ce club ce fut Philippe, d’ordinaire peu bavard, qui se montra le plus disert. Enclin à se livrer sur les chefs-d’œuvre dont la lecture avait rythmé son été, il évoqua d’abord la Bâtarde d’Istanbul , mais sans rentrer dans les détails de l’intrigue, ce qui ne peut que nous laisser supposer qu’il s’agit là d’un roman contant les histoires d’une bâtarde à Istanbul. Il embraya ensuite sur Soufi mon amour, inspiré de faits réels et plus spécifiquement de la vie du poète Rumi, Persan du 13ème siècle.

 Quittant l’Orient et ses mystères, il recentra le débat sur les hôpitaux parisiens, la transplantation d’organes et la réparation de vivants. Soit. Comme dans Naissance d’un pont, de la même Maylis de Kérangal, on retrace, au cours de cette histoire, la vie de tout plein de personnages depuis leur naissance jusqu’au moment T où nous les rencontrons dans le récit.

Puis il prit à Philippe l’envie de se projeter dans le futur, en 2084 exactement car Philippe est comme ça. Sansal Boualem y décrit une dictature islamique dans un état fictif qui attaque la langue et l’histoire de son peuple. Pendant évident du 1984 d’Orwell, la lecture fait froid dans le dos.

 Enfin, entre deux gorgées de thé, Liliane prend la parole. Une vie entre deux océans de Stedman, est peut-être le plus beau livre qu’elle ait lu. On a envie de dire à Liliane que, quelque part, où qu’on se trouve, on est toujours entre deux océans, mais là n’est pas le sujet. Le sujet, en vérité, est en Australie où un vétéran de la Grande Guerre, brisé mais fort, devient gardien de phare. Il rencontre une femme et veulent faire des bébés mais bon ça marche pas fort, je vous passe les détails. Un jour, cela dit, ils tombent par hasard sur une barque avec dedans un homme mort et un bébé. C’est grave la providence, ils sont contents, ils l’adoptent non sans se dire que quand même c’est un peu vilain. Et des malheurs suivront qui ont ravi Liliane puisqu’elle en a fait son livre de chevet.

Conclusion : Où l’on se rend compte que cet article n’a aucun sens et est très long.

Je n’aurai pas de meilleure conclusion que celle énoncée dans l’introduction de cette conclusion (Aaaah un paradoxe temporel !!!) Quittons-nous donc plutôt sur une maxime de Goncourt (l’auteur, pas le prix et non il ne s’appelait pas Maxime, suivez un peu) : « L’histoire est un roman qui a été, le roman est une histoire qui aurait pu être. »

Bon sang, c’est beau, j’en pleure.

 

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