Des livres pour faire le voyage à l’envers ?

Retour sur le club des lecteurs qui a achevé notre cycle sur les Migrations. Ce 19 décembre, on a lu les mêmes livres avec des réactions différentes ! Céder à la tentation du rejet ou faire le voyage à l’envers comme dans Eldorado de Laurent Gaudé pour rechercher ce qui nous rapproche ?

Ces déplacements de personnes d’un pays à un autre pour des raisons politiques, économiques, sociales ou personnelles sont au cœur de nombreux débats depuis plusieurs mois. Ce sujet provoque des réactions parfois virulentes, toujours très passionnelles. Face aux histoires de migrations on a tendance à réagir d’abord avec ses émotions, pas toujours empathiques du reste, devant la souffrance de l’autre. Est-ce si difficile de se mettre à la place de l’autre, d’essayer de penser la réalité autrement qu’au regard de notre subjectivité ? C’est tout l’intérêt du sujet qui soulève beaucoup de questions dérangeantes : on ne choisit pas de naître dans tel ou tel pays, pauvre ou prospère, démocratie ou dictature. Quelle est la responsabilité de l’Occident ou ses devoirs envers ses migrants qui viennent de pays qu’il a colonisés, exploités ? Et nous, les individus ? Pourquoi cette désagréable sensation de culpabilité ? Après tout en quoi ça nous regarde ? On y est pour rien …!

L’intérêt des différents ouvrages de cette sélection est de suggérer que ça nous regarde simplement parce qu’on est tous des êtres humains d’où qu’on vienne. Ces lectures nous proposent de mettre des visages, des noms, des histoires particulières sur des chiffres qui finissent par ne plus vouloir rien dire. Difficile de rester indifférent devant ces existences meurtries, ces dignités bafouées. Pour autant, il n’y a pas d’angélisme ni de manichéisme dans Les échoués de Pascal Manoukian, Eldorado de Laurent Gaudé ou Encore le terrible roman de Hakan Günday. La réalité de ces migrations est d’une extrême dureté, s’y confronter permet d’élargir sa connaissance des autres et peut-être aussi celle de soi-même. 

Les échoués de Pascal Manoukian

L’histoire de la rencontre en 1992 de 3 migrants Virgil le Moldave, Chanchal le Bangladais, et Assan le Somalien. Arrivés en France, endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les drames et les petits bonheurs.

Tout est violent dans ce récit : les situations qui poussent les migrants à partir (guerre civile, extrême pauvreté, maltraitance des individus notamment des femmes) mais leur vie de clandestins en France à la merci des marchands de sommeil et des de profiteurs de la misère y compris certains de leurs compatriotes est pleine aussi d’humiliation, de souffrance et de désespérance.

Dans cette noirceur, la lumière vient des liens qui se tissent entre Virgil, Chanchal et Assan. Ils se soutiennent, ils s’entraident. Ils croisent aussi des personnes prêtes à leur tendre la main sans rien exiger en retour. 

Encore de Hakan Günday

Gaza a 9 ans quand son père le contraint à devenir passeur de clandestins qu’il cache chez lui sur les bords de la mer Egée en attendant leur passage en bateau vers la Grèce. Cet enfant va devenir un monstre insensible et manipulateur, il finira par devenir fou à force d’évoluer dans un monde absurde de violences arbitraires et gratuites. Un livre coup de poing qui dénonce la cruauté et l’avidité des passeurs mais aussi une société gangrénée par la corruption et l’injustice.

 

Eldorado Laurent Gaudé

Comment le commandant Salvatore Piracci qui travaille à la surveillance des frontières maritimes entre la Sicile et Lampedusa prend conscience de l’absurdité de son existence : il sauve chaque jours des clandestins de la noyade pour les remettre ensuite aux autorités des différents centres de rétention de la région. En parallèle, le récit du périple de deux frères soudanais qui quittent leur village, heureux de partir vers l’Europe. La déconvenue sera à la mesure de la grandeur de leurs rêves d’avenir meilleur…

 

Persepolis Marjane Satrapi

Point de vue d’une petite fille qui ne mesure pas toute la violence de la situation en Iran après la révolution détournée par les islamistes pour en faire un régime féroce. Cette forme narrative donne au récit une légèreté qui ne fait pas pour autant l’impasse sur les impacts très négatifs du régime sur la vie des Iraniens.

 

Magic Majid : la sardine du cannibale de Majid Bâ et Pierre Fouillet

Témoignage touchant d’un homme qui se bat pour se sortir de sa condition de sans-papiers. Sa dépression est un moment fort du récit, c’est un sujet dont on parle peu : les difficultés psychologiques vécues par les clandestins : quitter son pays est un traumatisme en soi, le périple vers le pays « rêvé » est rempli d’épreuves terribles. Une fois arrivé, il faut comprendre et s’adapter aux demandes administratives complexes du pays d’accueil et ensuite l’attente… des rendez-vous, des convocations sans avoir le droit de travailler.

 

A ce stade de la nuit Maÿlis de Kerangal

Livre court, très « écrit ». Maÿlis de Kerangal l’a rédigé alors qu’elle est sous le choc : elle vient d’écouter à la radio la nouvelle du naufrage de migrants et raconte ce que ça lui évoque. Lien entre ce drame et le film de Visconti (Le guépard, un monde qui s’écroule) qu’elle re-regarde à la lueur de ce drame.

 

 

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