Combien de lecteurs encore en France ?

Ce matin, en exclusivité, nous allons vous diffuser le plus incroyable des reportages. Nous sommes allés dans un club étonnant où se réunissent des lecteurs. Oui, vous avez bien entendu des « lecteurs ». En 2015, sur France Inter, nous nous demandions encore s’il fallait faire de la lecture une priorité nationale. En 2056, nous pensions ce loisir* DISPARU ! Mais non, nos reporters à l’affût de la moindre information hors norme les ont trouvés, ces lecteurs de 2056. Nous en avons trouvés huit. Mais nous sommes en droit de nous demander s’ils ne sont pas plus nombreux.

Ce reportage soulève bien des questions : comment se sont-ils transmis ce savoir-faire ? S’agit-il d’une transmission familiale ? D’un groupe de résistants passés inaperçus jusqu’à aujourd’hui ? Nous savons bien que l’école a abandonné l’apprentissage de la lecture en 2021. A l’époque, quelques uns ont essayé de faire vivre encore ce loisir, mais il est devenu folklorique, puis s’est marginalisé. Les livres sont devenus rares, toute activité d’édition ayant cessé.

Et aujourd’hui, en ce début d’année 2056, nos reporters ont enregistré l’étrange rituel auquel s’adonnent ces lecteurs. Une fois par mois, dans une petite salle exiguë, ils se réunissent et discutent de leurs lectures. Vous allez entendre leurs impressions de lecture, leurs avis. Chers auditeurs, sachez que le propos est ardu, nous n’y sommes plus habitués et nous ne connaissons plus les textes dont ils parlent. C’est un monde complètement à part auquel nous vous donnons accès, un monde surgissant du passé peuplé de romanciers.

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La première des lectrices à s’exprimer, Sylvie, nous parle de la lecture de La curée d’Emile Zola par Guillaume Gallienne, ce comédien du début du XXIème siècle. Cette lecture avait eu lieu sur nos ondes en 2015. Nous avons retrouvé l’archive. Ce texte qui est en fait le deuxième roman de la saga des Rougon-Macquart datant du XIXème siècle, n’a pour elle pas vieilli ! Sylvie aime également les auteurs de la Beat generation, ces auteurs qui racontent leurs plans foireux pour gagner de l’argent, leurs modes de vie alternatifs. Dans Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines, Jack Kerouac et William Seward Burroughs ne racontent pas seulement l’histoire d’une bande de copains déjantés. Se dessinent également l’après seconde guerre mondiale pour la jeunesse américaine et son désœuvrement. Le troisième livre dont est venu parler Sylvie est un livre de poésie : Heureux celui qui n’a pas de patrie d’Hannah Arendt. Ce livre dévoile une facette très douce, très chaleureuse de la philosophe.

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Caroline propose la lecture de deux pièces faisant partie de la Trilogie campagnarde de Federico Garcia Lorca, poète et dramaturge espagnol. La Maison de Bernarda Alba est un huis clos entre femmes. Bernarda impose huit ans de deuil à ses cinq filles. La plus âgée, Angustias, est courtisée pour sa dot par Pepe le Romano. Mais la jeune Amelia s’éprend du beau jeune homme… Dans Noces de sang, on suit l’histoire de la fiancée et du fiancé. La fiancée a été une première fois fiancée à Leonardo. Le mariage n’a pas eu lieu faute d’argent. Mais la passion qui les unit ne s’est pas éteinte malgré leurs efforts.

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Mary, la troisième lectrice que vous entendrez dans ce reportage, s’exprimera sur l’auteur Isabel Allende, écrivaine chilienne du XXème siècle, dont elle recommande vivement la lecture. Le cahier de Maya raconte l’histoire de Maya. Maya écrit dans des cahiers. Elle vit en se cachant du FBI, suite à une jeunesse très dissolue. Sa grand-mère qui tenait tant à elle, l’envoie en exil au large du Chili. Peu à peu, on découvre son histoire. C’est bien écrit, bien construit. L’auteure s’attache à donner une idée de la vie quotidienne sur l’île, et nous plonge dans la culture hispanophone.

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Philippe sera le quatrième lecteur à faire part de ses lectures. Il a commencé 2084 de Boualem Sansal, roman de la rentrée littéraire de septembre 2015. Il a trouvé ce roman très angoissant. L’auteur parvient à créer un monde totalitaire qui est une accumulation de toutes les dictatures ayant existé. Il invente des mots de façon assez géniale. Dans ce monde, tout n’est que bruissements, que rumeurs et si l’on commence à poser des questions on est déjà un traitre.

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Pierre est un nouveau venu dans ce club. Il se lance avec Nasreddine Hodja, ce personnage mythique présent de la Turquie jusqu’en Chine. Pour Pierre, Nasreddine est la preuve que le langage permet tout. Parfois Nasreddine est un sage, d’autres fois une crapule ou un idiot. Il désacralise beaucoup la religion. Le deuxième livre dont Pierre va parler est un livre qu’il a besoin de relire régulièrement : Fictions de Jorge Luis Borges. Vous l’entendrez dire qu’il n’est pas nécessaire de commencer par la première nouvelle, au risque de se dégoûter du bouquin, mais qu’il faut plutôt commencer par Ruines circulaires

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Jacqueline a en main un tout petit livre Depuis qu’elle est morte ça va beaucoup mieux de Franz Bartelt. C’est un livre sur la maladie d’Alzheimer de la mère de l’auteur. Elle nous offre la lecture d’un extrait que vous entendrez.

 

Liliane n’a pas fait de lecture intéressante et passe son tour.

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La lectrice suivante, c’est Coline. Elle n’est pas venue avec une oeuvre de fiction mais un livre plein de conseils pour les parents pour que les frères et soeurs s’entendent bien : Frères et soeurs sans rivalité : manuel de survie pour une famille plus sereine! Les deux auteurs, Adele Faber et Elaine Mazlish, donnent des ateliers aux parents et dans ce livre elles témoignent de cette expérience.

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Julien sera le dernier à s’exprimer sur une forme quelque peu originale : le comics. Il a lu Scalped une série en 10 tomes qui est un vrai coup de cœur. On est dans une réserve indienne aux États-Unis à la fin du XXème siècle. Le personnage principal revient chez lui après 15 ans. Anti-héros bagarreur et ambivalent, il passe sont temps à subir et à se faire embobiner. Il va se retrouver coincé entre deux personnes pour lesquelles il travaille : le FBI et le chef de la réserve. Pendant toute l’histoire, on essaie de comprendre où se situent ses fidélités. On est tenu en haleine, on est dans le roman noir, à chaque page, on se demande ce qu’il va se passer.

Voilà chers auditeurs, cette découverte que nous voulions partager avec vous. Une découverte sur laquelle sociologues, ethnologues, et autres spécialistes, vont se pencher rapidement, nous le souhaitons, pour déterminer s’il s’agit là d’un épiphénomène ou si nous sommes face aux prémices d’un nouvel engouement pour la lecture !

*Car c’est ainsi que nos ancêtres considéraient la lecture.

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