Chapelle Numérique, ou l’Histoire de la Chapelle à portée de clic

CHAPNUMLOGO

Vous n’avez pas été sans remarquer, chers lecteurs, l’apparition au premier étage de la bibliothèque d’un étrange panonceau qui matérialise l’avènement de la Chapelle numérique.

Vous ne vous êtes probablement pas demandé de quoi il s’agit. La raison d’être de cet article est, cher lecteur, de répondre à votre manque criant de curiosité intellectuelle.

La Chapelle numérique est un fonds quartier.

Que dis-je! C’est une démarche philosophique. Un mode de vie ! Presque une religion. C’est la collecte et la mise en commun de ressources numérisées, libres de droits parce qu’elles sont tombées dans le domaine public ou parce que leurs auteurs en ont autorisé le partage.

La Chapelle numérique tente de rendre justice à un quartier qui présente plus de facettes que ne pourront jamais en compter toutes les boules du même nom. Ces collections numériques se doublent d’une collection physique, qui pour le moment vous abasourdira certainement plus par sa qualité que par son volume, et que vous pouvez retrouver précisément en dessous de l’étrange panonceau susmentionné, au premier étage de la bibliothèque.

Rapide tour d’horizon d’un fonds qui poursuit son irrésistible progression à l’instant même où vous lisez ces lignes.

Bien sûr, vous n’êtes pas sans savoir que la Chapelle a engendré – et continue d’engendrer avec une constance remarquable –  les esprits parmi les plus fins et les plus vifs que la terre ait jamais porté. Des hommes de lettres notamment, et la section [Littérature] de la Chapelle numérique vient leur rendre hommage. Le Madame La Boule (sans facettes) de Métenier y côtoie des récits sur les cheminots de la Chapelle ou Claude-Emmanuel_Luillier,_dit_Chapelle_(1626-1686)l’assommoir de Zola. Nous n’avons pas oublié les confessions d’Albert Simonin, auteur de fameux scénarios dont les répliques sifflent encore nos oreilles – à la manière dont elles pourraient siffler à la réception d’un bourre-pif envoyé dans le respect le plus strict des règles de l’art. On a pensé également au bien nommé Chapelle, connu pour ses voyages extraordinaires écrits avec Bachaumont et pour avoir été l’ami intime (entendez: l’ami de beuverie) de Molière ou Bergerac, et qui a choisi de porter ce magnifique patronyme plutôt que celui de son géniteur.

Autre catégorie, autre ambiance. Avec les [Chemins de Fer], vous trouverez des informations (plus ou moins) techniques sur les installations issues des compagnies de chemins de fer du Nord et de l’Est et dont les infrastructures ont façonné la Chapelle depuis l’invention de la machine à vapeur.

Le document le plus intéressant à cet égard est probablement celui qui relate la mise en service de la halle des messageries de la gare de l’Est en 1926. Un bâtiment remarquable s’il en est, qui n’abrite depuis lors que ce qui se fait de mieux, notamment en termes d’employés de bibliothèque.
pajolReste que si vous avez été lézarder cet été du côté du Ground Control pour vous imprégner sur des transats vintage et en toute relative quiétude d’une ambiance soooo post-industrielle (et de pas loin de deux cents ans de pollution, elle aussi post-industrielle), vous préférerez peut-être vous pencher sur l’Histoire du dépôt de la Chapelle.

« Grand Controooool to Maaaaajor Tom/ Grand Controool To Major Tom/ Take your vegan home-brew gluten-free beer and put your moustache on »

Les chemins de fer n’ont d’ailleurs pas été la seule infrastructure déterminante pour la Chapelle: les gazomètres de la rue d’Aubervilliers ont marqué durablement la mémoire des habitants du quartier, et lorsqu’on jette un œil au calvaire toujours en place, ou qu’on se balade place Hébert, on croit presque apercevoir leurs fantomatiques et massives silhouettes. Les quelques documents que nous vous proposons sur l’[Usine à Gaz] de la Villette vous livreront tous les secrets de ces fantômes de métal.

Gazomètres de la villette

« Dis-moi Roger, elles sont sympa ces cuves à bière, de bonne facture et tout ça, mais moi ce que je voudrais savoir, c’est où se trouve la tireuse? »

Bien sûr, les lecteurs nourrissant une curiosité plus ou moins saine pour d’autres sites qui sont appelés à être transformés à plus ou moins brève échéance ne seront pas en reste (outre le site de l’usine à gaz, on pense à la Chapelle internationale, à ce que furent la Gare aux Charbons, les gares de la Chapelle-Saint-Denys ou de Pont Marcadet). Il y a effectivement autant à dire sur l’Histoire du quartier que sur son [devenir], qui fait donc l’objet d’une autre catégorie – et ce même si, à en croire notre ami JMK, « à long terme nous sommes tous morts » (c’est vrai que ça va mieux en le disant, merci John).

Et si précisément c’est le MORBIDE qui vous fait vibrer, vous serez certainement heureux (je dis bien : heureux!) d’apprendre que la Chapelle a hébergé les pires sanguinaires qui soient, a été le théâtre d’innommables crimes dont il est encore tout à fait bienvenu de cauchemarder à vos heures perdues. Vous trouverez pour cela votre bonheur (votre bonheur, vous dis-je!) dans la catégorie [CRIME].

On pense bien sûr à Jeanne Weber, l' »Ogresse », étrangleuse d’enfants qui a sévi d’abord sous son propre toit, rue du pré-maudit, puis à la goutte d’Or, avant de finir ses jours à la Prison Saint Lazare (c’est à se demander si nos collègues de Françoise Sagan ne lui vouent pas un culte, pour la suivre à la trace de cette façon).

Parité oblige, les criminels masculins ne sont pas en reste, avec notre bon ami le boucher de la Chapelle, effectivement ancien boucher et ancien gendarme, qui a cru bon de fendre le crâne d’un de ses congénères avant de le découper en 74 morceaux dans le confort tranquille de son salon rue Riquet (oui oui, en l’occurrence juste au dessus de l’actuel supermarché). Non sans avoir pris soin de l’écorcher et de conserver sa tête dans la cheminée, pour plus tard  – une poire pour la soif en quelque sorte.

Le Boucher de La Chapelle

« PAF! »

Mais vous qui lisez ces lignes en vous demandant pourquoi vous n’avez rien de mieux à faire, accrochez-vous au pinceau je retire l’échelle, la Chapelle numérique ne serait qu’une vaste plaisanterie sans l’aide que nous ont accordé la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, et les archives de la Ville de Paris. Ainsi, vous pouvez par exemple et dès à présent accéder à un pan de l’Histoire culturelle gastronomique de la Chapelle. Si vous vous demandez à quelle sauce on mangeait l’Aloyau en 1927, ou à combien se négociait le gigot froid pommes à l’huile, la Chapelle numérique répondra à vos questions avec la catégorie [au menu]. Vous ne vous le demandiez pas? Vous êtes en train de réaliser, stupéfait, que la Chapelle numérique peut répondre aux questions qui n’ont pas encore été posées.

Vous ne vous êtes jamais demandé quelle était la programmation du cinéma Ordener-la-Chapelle du 19 au 24 juin 1914? La Chapelle numérique répond à cette question avec exhaustivité.

Vous ne vous êtes jamais demandé ce qu’avait pu déclarer M. Hébert, maire de la Chapelle Saint Denis,  lors de la pose de la première pierre de l’église Saint Bernard en 1858? La Chapelle Numérique vous fournit cette information.

Vous ne vous êtes jamais demandé ce qu’il avait failli advenir du triangle Riquet-Pajol-Girard en 1934? Vous l’apprendrez, que vous le vouliez ou non, cher lecteur.

Bref: des livres, des cartes (merci encore aux Archives de La Ville de Paris), des documents techniques sur les installations industrielles de la Chapelle, des restitutions d’ateliers ayant eu lieu à la bibliothèque, des chansons de Bruant, des photographies issues de collections de la Ville ou généreusement partagées par des habitants de la Chapelle, des témoignages d’habitants, Voilà ce que la Chapelle numérique est à même de vous apporter.

On sait depuis Marcel Mauss que le don fonctionne mieux avec le contre-don, et la Chapelle numérique ne saurait ainsi se concevoir sans les principaux concernés: vous, les habitants de notre presqu’île préférée. Contactez-nous si vous avez des documents à partager, ou simplement si vous voulez nous faire part de votre témoignage sur le quartier.

00biduleEt si, d’aventure, parcourir l’architecture des dossiers de la Chapelle numérique vous rebute comme l’idée de manger un steak de thon pourrait rebuter un lamantin, vous pouvez toujours jeter un coup d’œil à notre carte umap, outil magnifique s’il en est pour géolocaliser des ressources numériques telles que celles que nous vous en proposons:

image037Vous y retrouverez de nombreux documents cités ici, mis en perspective et fort joliment disposés, dans des couleurs automnales qui donnent envie de se manger un bon bouillon à 30 centimes chez le Petit Bourguignon. Ou de se faire une petite noix de veau mayonnaise, tiens, pourquoi pas.
visuel BOURG
Qui qu’il en soit, vous voilà paré pour naviguer au fil des rues de la Chapelle et parcourir le passé, le présent, l’avenir. N’oubliez pas d’atterrir au 26, esplanade Nathalie Sarraute pour venir nous dire bonjour.

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2 réflexions au sujet de « Chapelle Numérique, ou l’Histoire de la Chapelle à portée de clic »

  1. Bonjour, j’habite en face de la Halle Pajol depuis 22 ans. (Au 47). Et je la photographie depuis à peu près aussi longtemps. J’ai beaucoup de photos prises depuis 1994. Jour, nuit, soleil, pluie etc… avec et sans les sculptures de Reggazzoni, et aussi tous les stades des travaux jusqu’à ce qui existe aujourd’hui. Je serais ravie de pouvoir nourrir la documentation sur ce quartier.
    Bravo pour le Chapelle numérique.
    Olivia Bruynoghe

    • Bonjour et merci pour vos retours et pour cette proposition! Nous serions ravis de participer à la diffusion de ces photographies du quartier, nous vous contactons directement par mail. Bonne journée.

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