Le Club des Coups de Coeur

Un coup de cœur… De tout temps les hommes, les femmes et les caniches nains ont ressenti ce frisson extrême, cette palpitation cardiaque inimitable, cette terrifiante mais néanmoins hautement agréable exaltation de leurs sens.

Rien n’est plus commun, quand on y pense, qu’un coup de cœur et pourtant rien n’est si rare, si précieux.

Nous-mêmes, clubistes des lecteurs qui n’ont plus rien à prouver, parvenus comme nous le sommes au faîte ultime de la popularité comme seuls l’avaient pu avant nous Michael Jackson et Pif le chien, traitons les coups de cœur pas moins de six fois dans l’année, avec brio, toujours. Avec un enthousiasme chaque fois renouvelé et un amour du métier qui ferait passer Alekseï Grigorievitch Stakhanov pour un absentéiste récidiviste.

Et pourtant… Nous ne nous sommes jamais réellement questionné sur la nature même du coup de cœur, jamais n’avons tenté d’en percer le mystère…

D’où vient le coup de cœur ? Où va-t-il ? Pourquoi frappe-t-il les gens de la sorte ? A-t-il vraiment du cœur que tout autre que son père éprouverait sur l’heure ?

Tant de questions que nous ne traiterons pas aujourd’hui. Faute de temps.

Et d’envie.

En revanche, nous allons vous parler de la séance du 21/05/2016, laquelle portait sur les coups de cœur, encore eux, eux donc dont le mystère DONC restera entier jusqu’à ce qu’enfin leur nature se révèle à nos yeux ébahis, sans doute au cours d’une méta-séance du club traitant non DES coups de cœur mais DU coup de cœur.

J’en frémis d’avance.

Ce qui n’était pas le cas des clubistes en cette matinée de mai joli, tout à leur impatience de commencer enfin une séance s’annonçant exceptionnelle.

Ils étaient venus, tous les anciens, tous les nouveaux, les meilleurs lecteurs de cette rive de la Capitale, tous sauf une, encore en goguette en quelque contrée lointaine, la meilleure d’entre nous à égalité avec tous les autres : Sylvie. Nous pensons à toi Sylvie, où que tu sois, en Asie mineure ou dans le Poitou, nous espérons te voir à la prochaine séance.

En l’absence de notre cheffe naturelle, ce fut donc Mary qui ouvrit le bal.

En un monde parfait | Laura Kasischke (1961-....). AuteurEn un monde parfait de Laura Kasischke. Mary a adoré la couverture. La présence d’oiseaux lui rappelle Hitchcock. Moi je ne sais pas je vois des oiseaux je pense printemps, chants, soleil, mojitos. Mary pense aux Oiseaux d’Hitchcock et son long cortège de violence. Chacun son truc, j’imagine.

En un monde parfait commence tout à fait « normalement » une femme de trente ans se marie à un pilote qui a trois enfants. Elle-même est hôtesse de l’air, une information que je partage mais qui n’aura aucune incidence ni sur le livre, ni cet article ni la course de la terre dans un univers qui s’étend et se refroidit.

Toujours est-il que le monde devient de plus en plus menaçant : un virus décime la population mondiale, on accuse les États-Unis, les Américains sont mal vus et il devient difficile de voyager. Tant et si bien que le mari-pilote finit par rester coincé en quarantaine en Allemagne laissant sa femme seule avec ses trois beaux-enfants.

Tout va de mal en pis jusqu’à l’effondrement et notre hôtesse va devoir apprendre à faire les choses par elle-même…

Une femme simple et honnête | Robert Goolrick. AuteurUne femme simple et honnête : Mary continue sur sa lancée avec cet ouvrage de Robert Goolrick.

Nous sommes en 1907, dans le Wisconsin. Un homme a fait fortune mais sa famille a été décimée. On ne sait pas très bien si ces deux effets sont liés ou non… Toujours est-il qu’il poste dans un journal une annonce comme quoi il chercherait « a reliable wife », comprenez « une femme de confiance » et non « une femme reliable » qui ne veut rien dire et n’aurait peut-être pas eu le même impact.

Mais je sais que j’ai un lectorat d’élite et que la traduction était superflue.

Bon en tout cas la femme en question arrive durant l’hiver. Ils apprennent à se connaître mais ce que ce bon fermier qui a réussi ne sait pas c’est que cette femme a tout un passé !

Cette phrase possède beaucoup trop de « ce » et de « se » mais franchement peu importe, cessez donc de m’interrompre..

Je passe un peu, tout ça pour vous dire que le bon fermier a un fils qui le déteste et comme deparasare comme disent les jeunes, sa femme en fait son amant. A partir de là tout tourne mal, c’est un véritable drame.

Le livre permet en tout cas de mieux comprendre comment les gens vivaient dans le Wisconsin au début du siècle, comment les conditions de vie les faisaient devenir fous et les poussaient à poster d’étranges messages dans les journaux.

Unravelling Oliver : de Liz Nugent. Un homme, violent, frappe un jour sa femme, laquelle tombe dans le coma. On arrête alors le mari et on l’interroge, découvrant son passé, son enfance, ses relations. Peu à peu, on parvient, non à le pardonner, mais à mieux comprendre les raisons qui sous-tendent sa violence.

Un excellent ouvrage.

Journal d'un corps | Daniel Pennac (1944-....). AuteurC’est au tour de Philippe de prendre la parole de sa voix de baryton-basse-ténor de l’opéra de Milan. Il nous expose ses impressions de lecture d’un ouvrage offert par sa nièce : Journal d’un corps de Pennac. Et lesdites impressions sont franchement mitigées.

L’œuvre a pour ambition de parler de ce dont personne ne parle : le corps. Pennac, de ses 12 ans à ses 86 ans va donc tenir un véritable journal des émotions qu’il a vécu et comment elles se sont traduites dans son corps.

Philippe nous concède que, je le cite : « plus on se plonge dedans (le livre pas le corps de Pennac) plus ça devient intéressant. C’est en vérité un vrai journal d’émotions et de comment elles se traduisent dans le corps. »

Ce n’est toutefois, nous concèdera Philippe, « pas un grand bouquin… »

En sus, il a lu quelques policiers, notamment des Indridalsson, auteur qu’il adore, particulièrement pour son Nuits de Reykjavik. Ce sont des polars très réfléchis, qui prennent le temps, à l’ancienne.

Drood : roman | Dan Simmons (1948-....). AuteurLiliane enchaîne sur une biographie de Dickens, obscur auteur anglais du 19ème siècle, poussant Olivier à Intervenir pour parler de Drood, énième chef-d’œuvre d’un maître de l’imaginaire, Dan Simmons, qui évoque les dernières années du maître par les yeux de Wilkie Collins, autre grand auteur de cette époque. L’ouvrage explore les bas-fonds londoniens, les fumeries d’opium et le processus créatif littéraire à cette époque avec un brio qui, hélas, se perd parfois un peu en bavardage.

Comment va la douleur ? : roman | Pascal GarnierLiliane a d’autres cartes dans sa manche. Comment va la douleur de Pascal Garnier. Une phrase que se disent les Africains quand ils se rencontrent. L’histoire est centrée autour d’un vétéran revenu d’Afrique qui veut se suicider mais y renonce et part sur les routes, faisant alors une rencontre inattendu. Le tout est très bien écrit et Liliane vous le recommande chaudement.

Elle a également beaucoup ri à De Gaulle à la plage, BD humoristique que nous évoquions ici.

Mais l’heure est grave, la rigolade est fini, voilà le temps des cerises, le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure, car  voilà que Clément, notre superstar des bibliothèques (hélas désormais parti dans un autre établissement dont nous tairons le nom si nous comptons garder un public, big up bro), voilà donc que ce grand homme se lève d’un bond majestueux, deux ouvrages en main et entonne de sa voix hypnotisant un vibrant hommage, que dis-je ? Un véritable panégyrique à un de ces auteurs favoris. Un universitaire, une fois n’est pas coutume, car Clément fait les choses bien et pour son dernier club des lecteurs il est venu avec une vraie sommité.

Laissons-le en parler comme personne (normal, lui seul en parle…) :

Clément : « Je vais vous parler du Troisième chimpanzé de Jared Diamond. Et je vais vous en parler car Je recommande ce livre.

Je le recommande :

  • Pour les écologistes convaincus que l’homme est une espèce nuisible, et pas seulement depuis l’ère industrielle
  • Pour ceux qui veulent relever le niveau de la conversation de leur ennuyeuse soirée mondaine en envoyant des questions provocatrices qui réveilleront les convives plongés dans la contemplation de leur digestif avec des questions pièges comme « Savez-vous pourquoi l’homme est le seul primate à avoir un grand pénis? » ou encore « Moi je sais quelle fut la plus grande extinction de mammifère, et ce n’est pas la météorite qui a tué tous les dinosaures » ou « Moi je connais le  record du nombre maximum d’enfants qu’un homme puisse avoir: c’est 888 et ce fut le sultan Moulay-Ismaïl du Maroc à la même époque que Louis XIV, dingue non? » voire si le ridicule ne vous atteint plus à ce niveau-là « La branche scientifique la plus ridicule que je connaisse est l’exobiologie car elle est la seule branche qui n’ a rien à étudier, puisqu’il s’agit de connaître la vie sur les autres planètes ( bon si quelqu’un rit avec vous, c’est que vous avez une touche)« 
  • Pour l’improbable politicien qui saurait lire et qui se demanderait si l’humanité court à sa perte. Si un tel homme existe, alors Tonton Jared a écrit pour lui ce pavé qui le fera hésiter au moment de voter la nouvelle concession pour des forages pétroliers 
  • Pour ceux qui comme Montaigne pensent que rien de ce qui est humain ne vous est étranger et qui en ont marre des thèses rousseauistes qui prétendent que l’état de nature est préférable

Le troisième chimpanzé : essai sur l'évolution et l'avenir de l'animal humain | Jared Diamond (1937-....). AuteurVous apprendrez beaucoup de choses, trop peut-être? Mais abondance de propos culturels et scientifiques ne peuvent nuire, car c’est une somme et c’est à lire absolument si l’on aime s’instruire à peu de frais. En gros, il s’agit de montrer les caractéristiques propres de l’homme, les bonnes (l’art, le langage) comme les pires (toxicomanie, génocide) en les remettant dans une perspective évolutionniste. On ressort de cette lecture peut-être un plus désabusé, mais ce doit être le prix du savoir! Je peux me targuer d’avoir lu un texte d’indo-européen  reconstitué par des linguistes, il est fou ce Jared! L’auteur est un géographo-linguisto-physiologico-ornithologico-archéologico-biologiste et il n’aurait pas écrit ce livre s’il n’avait pas eu quelque espoir en l’humanité! Alors dépêchez-vous de le lire avant que l’humanité ne disparaisse! »

Que dire après ça ? Peut-être qu’il est temps de passer à Emmanuelle pour nous parler de La vie amoureuse de Nathaniel P.

La vie amoureuse de Nathaniel P. | Adelle Waldman. AuteurC’est donc l’histoire de Nate, jeune écrivain qui va rencontrer un succès soudain et assez considérable. Il nous raconte sa vie amoureuse et ses histoires, notamment avec Anna, d’une façon clinique, froide et dépourvue d’émotions. Il est très scientifique dans sa façon de décrire les choses et donc pas du tout romantique. Lui est égocentrique, imbuvable, ne va jamais plus loin que son ressenti. Elle est très amoureuse de lui, touchante. Ça ne peut pas coller, se dit Nate, pour des raisons assez pitoyables.

Il finira par se trouver une copine beaucoup plus proche de lui, conçu dans le même moule de la jeunesse de New-York que lui.

L’écriture est très détaillée, déshumanisée mais très bien vu.

Mais quoi de mieux pour en terminer qu’un tour aux confins de l’univers ? C’est ni plus ni moins le voyage que nous propose Olivier avec un dernier livre, véritable coup de cœur qui l’a réconcilié avec les sciences !

L'Univers à portée de main | Christophe Galfard (1976-....). AuteurL’Univers à portée de main, de Christophe Galfard, qui fut l’élève de Stephen Hawking en doctorat, tout de même. Vulgarisation scientifique de grande qualité, l’ouvrage traite de l’ensemble des savoirs en terme d’astrophysique mais aussi de l’infiniment petit, reprenant les bases sur l’atome, nous initiant à la physique quantique tout en douceur pour aller jusqu’à la théorie des cordes ou des univers-bulles, encore invérifiées. Il permet aussi un voyage dans l’infiniment grand,d’abord dans le système solaire puis dans la galaxie et jusqu’à la surface de dernière diffusion, c’est-à-dire aussi loin que nous puissions voir avec de la lumière, au moment ou celle-ci a pu circuler librement dans l’univers il y a près de 14 milliards d’année.

Un voyage palpitant donc et plein de surprises tant on se rend compte qu’on connaît finalement très mal les secrets de l’univers.

Mais voilà déjà le moment de nous quitter… Je sais que c’est triste mais je vous promets que la prochaine fois, faute de nous pencher sur ce qu’est vraiment un coup de cœur, nous évoquerons les coups de têtes, de pied, les frappes de balle et autres joyeusetés lors de notre club des lecteurs spécial sport !

Bien à vous,

Olivier.

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2 réflexions au sujet de « Le Club des Coups de Coeur »

  1. Bonjour,

    C’est sans rapport avec cet article, mais je vous écris pour vous poser quelques questions par rapport aux récentes fermetures de la bibliothèque. Bien que vous ne le disiez pas, elles sont évidemment liées à la présence des réfugiés sur le parvis de la halle Pajol. Je voudrais savoir pourquoi donc la présence de personnes qui ne posent aucun danger, qui sont juste des gens désespérés qui ont tout perdu et vivent dans des conditions de misère dans l’indifférence presque générale, devrait entraîner la fermeture de e service public qu’est la bibliothèque? Par peur qu’ils auraient l’idée de rentrer? Serait-ce un crime si certains des réfugiés passaient leur temps en lisant dans votre institution, au lieu de rester dehors sous la pluie ou la canicule?

    L’année dernière, alors que la Mairie de Paris se vantait d’ouvrir certains parcs la nuit pour faire plaisir aux Parisiens touchés par la canicule, elle fermait simultanément, de jour comme de nuit, les jardins d’Eole, le Square Rosa Luxembourg, et les deux squares de la Chapelle. Tous ça parce que des réfugiés y venaient chercher l’ombre et un souvenir de vie normale, en passant du temps avec des amis dans un espace agréable. Donc la mairie à préféré priver tous les habitants des quartiers limitrophes à ces parcs d’un service public plutôt que de le rendre disponible à des personnes dans une détresse extrême. Visiblement, la même histoire se répète cette année, mais avec la bibliothèque. Plutôt que de risquer de voir y rentrer des êtres humains comme nous, qui ont le seul défaut d’avoir fui la guerre et la misère et croyant naïvement qu’ils trouveront asile ici, on préfère priver tout le monde de l’accès aux livres et au savoir. C’est une honte!

    Je voudrais juste savoir s’il y a une raison objective autre pour cette fermeture de la bibliothèque étrangement synchronisée avec l’arrivée des réfugiés, ou s’il s’agit juste de l’habituel déni d’humanité envers eux.

    • Bonjour, contrairement à l’an dernier où nous étions restés ouverts et avons tenu à travailler avec le camp pendant l’été 2015, les installations cette année ne permettaient pas une accessibilité et un dégagement suffisant pour pouvoir accueillir du public en toute sécurité comme l’exige la réglementation liée aux établissements recevant du public.
      Nous avons au contraire à cœur de faire de la bibliothèque un lieu ouvert à tous les publics et nous avons mis en place des services adaptés pour les demandeurs d’asile qui fréquentent notre établissement depuis son ouverture en 2013, comme des ateliers de conversation, des cours de français et de l’accompagnement administratif.
      Dans l’espoir d’avoir répondu à vos questions et éclairci les raisons pour lesquelles nous avons du fermer cette année,
      Cordialement,
      l’équipe de la bibliothèque.

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