Retour d’expérience de Lucie à Vaclav Havel

terrasseCa y est, c’est la dernière semaine, les 3 derniers jours de mon stage… Ayant un Master Recherche en Histoire, certes je suis aujourd’hui à l’école des Chartes mais j’ai conservé cette habitude de présenter les choses dans leur contexte et chronologiquement.

Courant du mois d’avril, j’ai un devoir à rendre sur le numérique dans les bibliothèques. Je décide de me rendre à Vaclàv Havel. Auparavant, j’ai regardé sur internet ce qui se dit, ce qui se fait. Et il va bien falloir que je justifie mon choix auprès de mon professeur. Bon, d’accord il y a des archives (je suis en spécialité archives) qui plus est, elles sont numériques, les conditions requises sont donc réunies. Oui mais, pourquoi cette bibliothèque en particulier ? Tout simplement pour ce qui s’y passe, parce qu’à Vaclàv j’ai l’impression qu’il y a un challenge, un travail à faire et à mettre en valeur. Ce n’est pas une bibliothèque aussi médiatisée que la Canopée par exemple (ou alors pas pour les mêmes raisons), et pourtant le projet qu’elle porte sur la Chapelle Numérique est une ambition qui m’enthousiasme tout de suite. En me rendant sur place, il se trouve que les premières impressions que j’avais eues derrière mon écran se confirment. Animée par la passion du quartier, quelques personnes collectent des archives sur la Chapelle. Et Hegel avait raison quand il disait que « rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion ». Personne n’a rien demandé, ce n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de mission primaire dans une bibliothèque et pourtant c’est là, animé par les agents du pôle numérique.

Sur place, je fais le tour de la bibliothèque, j’observe et j’y vois un lieu pensé pour ses lecteurs et pour ses occupants (tous les occupants ne sont pas lecteurs, et tous les lecteurs n’occupent pas les lieux). A quartier animé, bibliothèque animée. L’image d’Épinal de la bibliothèque silencieuse où l’on entendrait les mouches voler, vole, justement, en éclats ! Je demande à rencontrer le responsable du pôle numérique, on me fait patienter pour finalement rencontrer Julien. Après quelques questions et une rapide présentation de la Chapelle Numérique nous sommes amenés à discuter de la visibilité de cette dernière et de la faisabilité d’en faire une base de données numérique. On parle d’Omeka et de métadonnées ainsi que du manque de moyens humains et pour blaguer je finis par lui dire qu’il devrait prendre en stage un étudiant de l’école des Chartes. Il prend mon adresse mail et on se dit au revoir. Quelques semaines plus tard je reçois un mail, il est d’accord pour me prendre en stage à raison de 3 jours par semaine pendant 2 mois. C’est parti pour l’aventure Vaclàv Havel ! Je n’aurais sûrement pas osé provoquer ainsi mon stage dans une autre bib’, mais ce que j’ai vu à Vaclàv Havel, sur le plan humain, m’a aidé à me lancer. On ne perd jamais rien à essayer.

Le 2 août mon stage commence, les collègues ont prévu un repas de bienvenue, je suis plongée tout de suite dans l’ambiance et avec un tel accueil chaleureux, les 2 mois promettent de passer vite. Après une présentation de la bibliothèque et du fonctionnement du service public on fixe les objectifs du stage : faire des métadonnées et co-organiser/animer une balade dans le quartier de la Chapelle. L’objectif des métadonnées (qui est plus ma spécialité que la médiation culturelle) est de créer une base de données numérique pour mettre en valeur les fonds d’archives numériques collectés sur le quartier de la Chapelle. Dead-line fixée pour le 29 septembre (jour de mon départ). Pour la balade commentée la date est arrêtée au 22 septembre. J’ai donc 2 mois pour préparer et faire une visite et commencer à tracer les contours d’une base de données, mission accepted. Un bon mois de recherches fut nécessaire, entre la consultation de nos propres archives comme les articles de journaux ou photographies et dessins, la recherche de Unes sensationnelles pour illustrer nos propos et la consultation d’un dossier judiciaire aux archives de Paris sans oublier la lecture de nombreux ouvrages (littéraires comme Zola, l’Assommoir ou historiques comme Dominique Kalifa, Crime et culture au XIXe siècle[1]). Quelques répétitions plus tard, nous étions « prêtes » pour le jour-J. En parallèle, il a fallu « construire » des tableaux de métadonnées types que je vais laisser « en héritage » à mes collègues, à charge pour eux de les remplir. La route est longue avant la création définitive d’une base de données, mais nous avons commencé à tracer le chemin. 2 mois à 20h par semaine ne furent pas suffisants pour aller au-delà de l’embryon, mais il reste du travail à faire pour de futurs stagiaires en numérique, so let’s work !

Bilan : Vaclàv ça a été la découverte (totale) du monde des bibliothèques et pour quelqu’un qui ne se destinait qu’au monde des archives (comme moi) ça a ébranlé mes certitudes. Ca a été aussi l’occasion de se sentir utile à travers l’accueil fait aux migrants. Plus d’une fois, je suis repartie le soir en ayant eu la certitude d’avoir fait un geste, même minime, pour eux. Enfin, ce fut surtout  l’occasion de rencontrer des gens extraordinaires et de travailler avec une équipe qui n’a pas peur de retrousser ses manches pour aller au-delà du travail qu’on attend d’elle. Bref, en plus d’une expérience professionnelle enrichissante, ce fut véritablement une expérience humaine fantastique.

[1] Dominique Kalifa, Crime et culture au XIXe siècle, Perrin, Paris, 2005

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