Entretien avec Stéphanie Lacombe

Le 22 janvier dernier, Stéphanie Lacombe m’a accordé un entretien d’une heure. J’ai pu l’interroger sur sa série La Table de l’ordinaire, aussi appelée Les Français à table, qu’elle présentait alors à Vaclav Havel, qui est désormais exposé à la bibliothèque Hergé, et sur son travail de photographe.

Bonne lecture !

Gwénaëlle

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–     Bonjour Stéphanie, pourrais-tu te présenter ? D’où t’es venu ton intérêt pour la photographie ? Quel est ton parcours ? As-tu fait des études artistiques ? Et puis je me demandais si tu étais parisienne ou si tu venais d’ailleurs…

–     Alors je m’appelle Stéphanie Lacombe. Je suis photographe. Cela fait 17 ans maintenant que je fais ce métier. L’idée de faire de la photo m’a paru comme une évidence. J’en ai toujours eu envie, déjà depuis l’âge de 9 ans. J’ai eu très tôt un appareil photo, un petit Kodak à disques que mon grand-père m’avait offert.

Mon amour de la photo a démarré comme ça. Je dessinais beaucoup aussi. J’ai toujours dessiné enfant. Plus tard, j’ai fait les Arts Déco. J’ai eu cette chance. J’étais en échec scolaire en fait, primaire et collège. Mes parents m’ont envoyé en BEP comptabilité. Donc l’horreur ! Punition absolue ! C’était vraiment une punition car, comme je ne travaillais pas bien, ils ne m’ont pas laissé faire vente. A seize ans, j’ai pris mes valises et je suis partie à Paris. J’ai pu être hébergée à Paris chez ma tante et mon oncle. J’ai pu rentrer rue Madame. J’ai passé un concours pour faire une école à la formation imprimante, aux métiers de la PAO. Une fois dans cette école, il y avait une autre section : brevet de technicien dessinateur maquettiste. Comme ce parcours scolaire était mieux adapté pour moi, je me suis mise à travailler, à avoir des félicitations et des encouragements. La directrice m’a dit : « On n’a pas l’habitude de faire ça, mais étant donné que tu dessines très très bien on te propose de retrouver un cursus plus général que d’aller en technique. » J’ai donc pu faire une seconde Dessinateur maquettiste. Et là je me suis épanouie totalement et en sortant de cette école, de ce lycée technique, rue Madame, avec des supers notions de graphisme, de dessin, d’arts appliqués, de typographie, etc., et bien j’ai eu la chance de pouvoir passer le concours des Arts Déco et de l’avoir sans passer de prépa.

Je file aux Arts Déco. J’avais un peu oublié la photo. Elle m’accompagnait un peu dans mon parcours mais plutôt en dilettante. Je voulais faire de l’illustration pour des livres d’enfants. Je m’orientais vers du graphisme. J’ai finalement laissé tomber la voix de l’illustration pour livres d’enfants. En fait, en graphisme, je me suis rendue compte qu’on nous formait pour travailler dans la publicité, dans la communication et que cela s’adressait vraiment à une élite. Ce qui m’intéressait moi dans la photographie, c’était que c’était un médium qui pour le coup s’adressait au grand public et, ça, ça m’attirait. En dernière année, l’année du diplôme, j’ai décidé de tout lâcher pour aller en photographie. Je n’ai pas eu vraiment de formation photo car on a la formation photo les deux premières années. Moi je suis arrivée directement en dernière année pour le diplôme en photo sans avoir de formation ni de technique. J’ai appris sur le tas. J’ai fait un premier travail pour mon diplôme de fin d’année sur une cité HLM qui s’appelait La Grande Borne. Dans le cadre de ce diplôme de fin d’année, on avait été démarché par la caisse dépôt  et consignations pour réaliser un travail en vue d’un plan de renouvellement urbain sur différentes cités en France. Moi, j’ai choisi La Grande Borne qui faisait partie de la liste. Et c’est aussi la cité dont j’habitais à deux pas quand je suis arrivée à Paris. J’avais une vision de cette cité comme de la cité qui fait peur. On m’interdisait d’y aller m’y promener.

–     Et c’était en quelle année ?

–     C’était en 2000.

En choisissant La Grande Borne, je me suis dit que c’était enfin l’occasion d’y aller. C’est une cité qui s’étale sur 90 hectares, qu’elle est en forme de triangle et que vue du ciel elle est entourée d’une nationale, de l’autoroute du soleil et de la prison de Fleury-Mérogis. Le cœur de la cité, on l’appelle le triangle des Bermudes. Sur cet espace d’habitation, il y a je crois plus de 30000 logements. Et tous les logements sont conçus de la même façon. Ils ont une structure identique. Émile Aillaud, l’architecte de l’époque, a conçu des appartements avec un salon et une cuisine. Ce qui sépare la cuisine du salon, c’est une cloison coulissante que tu peux ouvrir au gré de tes besoins. Je décide de placer mon appareil photo au même endroit dans chacun des appartements. On a alors sur les images un point commun qui est la fenêtre, la poignée de la cloison coulissante. Du coup, j’ai photographié l’espace à manger. Au début, il n’y avait personne à table. Je photographiais la façon dont les personnes aménageaient leur intérieur. Ca faisait un peu comme au théâtre avec une même scène identique pour tout le monde soit 30000 salons et selon qui habitait ce salon l’aménageait différemment et c’est ça qui m’intéressait.

Je photographiais les intérieurs et puis à la fin j’invitais les personnes à venir sur la photo parce que je trouvais ça plus sympa de voir les habitants. Ça, ça a donné la première série qui donne le « la » de différents travaux que j’ai pu entamer par la suite.

–     Donc tu es partie de là et ensuite ça s’est décliné.

–     Ça a donné la série des Français à table. Ce qui m’a toujours intéressé c’est l’intimité dans l’espace à vivre, la maison, l’appartement. Un peu à la Perec. L’appartement dans un immeuble, l’immeuble dans un quartier, le quartier dans la ville. Essayer de comprendre comment tous ces éléments s’impactent les uns sur les autres.

–     Dans tes photographies, on voit plusieurs aspects, par exemple l’aspect sociologique, qui est déjà présent rien que dans le titre Les Français à table.

–     Comme tu as à chaque fois le même espace, on peut deviner si on est chez une personne dans la difficulté financière avec des indices comme du papier peint arraché.

–     Tu utilises toujours le même appareil ?

–     Non. J’ai longtemps flashé, et maintenant j’essaie de revenir à de la lumière naturelle.

Pour Les Français à table, les flashs s’étaient imposés car j’avais testé le projet aux Etats-Unis, avec la prétention de comparer la façon de manger des américains avec celles des français. Je suis partie à San Francisco et à New York pendant un mois et demi. Je me suis rendue compte que je passais à côté de beaucoup de choses car je ne flashais pas. En lumière naturelle, je photographiais le repas du soir avec une petite lumière du plafond et je passais à côté de beaucoup de choses. Puisqu’il n’y avait pas beaucoup de lumière, j’avais beaucoup de flou. Ce qui m’intéressait dans le projet était évidemment l’environnement dans lequel les personnes prenaient leur repas, la façon dont elles le prenaient et aussi les échanges qu’il y avait entre elles, la mère avec ses enfants, les époux, les mariés,… pouvoir immortaliser les instants, les regards, les échanges, les claques s’il y en avait qui partaient. Du coup, le flash s’est un peu imposé contre mon gré. Je n’avais pas le choix. Quand on voit la série, on se dit que finalement ça fonctionne car ça crée une unité. Tous les travaux qui sont arrivés après, pour une cohérence de démarche globale, j’ai imposé ce flash comme une signature. Maintenant, au bout de 10 ans, je commence à revenir sur cette façon de photographier. J’ai moins envie d’utiliser le flash. J’ai envie de revenir à des lumières plus naturelles parce que je ne photographie plus non plus la même chose. Je suis plus dans le portrait, quelque chose de posé, à l’intérieur.

–     Comment fais-tu pour aller chez les gens ?

–     C’est toute la difficulté de mon travail. Je n’ai pas choisi la facilité. C’est assez difficile. Le projet m’a pris trois années pour faire les photos des Français à table. Quand tu contactes une famille pour lui demander si elle est d’accord pour être photographiée, à coup sûr elle dit « non ». Ma mère la première, quand je recherchais des candidats à photographier, a dit « non ». Parce que le repas, tout le monde a conscience, je crois, que ça dévoile beaucoup de choses de soi, de son intimité. Autant tu reçois à dîner chez toi, tu as rangé ta maison, tu vas mettre une nappe peut-être, sauf si c’est à la bonne franquette. Tu as décidé de faire venir du monde chez toi, dans ce cas-là les gens peuvent venir.

Mais un photographe qui vient te photographier au moment du repas du soir, le repas qui est ordinaire, pas celui du dimanche, pas celui du repas de fête, pas celui de l’anniversaire, mais celui du soir… C’est super intime en fait. Tu vas dévoiler tellement de trucs.

Au tout début, l’idée de faire Les Français à table, c’était de les photographier par région. Dans ma démarche, c’était d’essayer de voir si au travers de ces images-là, on pourrait déceler la région.

L’idée, c’était que quand j’allais à Lille, à Toulouse, à Strasbourg, ou à Marseille, de peut-être comprendre par l’image qu’on se trouvait dans telle ou telle région. Au final, pas du tout. On est face à la standardisation des intérieurs. À moins que je me retrouve dans une famille de retraités ou dans une région reculée, rurale, à la campagne, tu peux peut-être distinguer et deviner quelle est la région. On ne devine pas finalement les régions.

Quand j’arrive dans une région photographier une famille, le plus dur c’est de les rencontrer. Ça s’est fait au début des réseaux sociaux. Je demandais au sein de mes copains s’ils avaient des contacts suivant la ville où je partais, qui accepteraient de participer à ce projet, voire même de leur transférer le message. Quand j’avais un contact qui me répondait en ma faveur, je partais et je croisais les doigts pour que cette personne-là que j’allais photographier allait en parler à son voisin, à son collègue, à sa mère qui habite dans le village à côté. C’est comme ça qu’à chaque fois, ça s’est construit. Plus j’ai fait des portraits, plus après c’était facile pour trouver des gens.

–     Par rapport à ce travail-là, as-tu des références photographiques, artistiques, littéraires ou même cinématographiques ?

–     Énormément le cinéma, notamment le cinéma italien parce qu’en Italie la bouffe c’est super important. Il existe rarement un film italien sans une scène à table, de repas très vivant. En ayant fait des recherches photographiques, ma chance a été de m’apercevoir que cela n’avait pas été traité. Ça, c’est très rare. En photo, en général, on s’accorde tous à dire, nous photographes, que tous les sujets ont été traités. On n’est jamais le premier à traiter un sujet. Là, en l’occurrence, j’avais vu que Doisneau avait un petit peu photographié le repas dans les années 50, le repas ouvrier, quelques pique-niques. Il y avait peut-être une quinzaine d’images qui faisaient déjà une belle série mais c’était ça parmi d’autres choses. Il flashait quand même. Cela ressemblait plus au repas du dimanche. J’avais trouvé aussi le livre d’une femme qui avait fait les européens à table. Elle avait fait une photo par pays et là les gens regardaient l’objectif. Je trouvais ça difficile de trouver une famille emblématique d’un pays. Comme ils regardaient l’objectif, c’était une photo posée. C’était tout ce que je ne voulais pas faire. Après pour toutes les images en rapport avec le repas, la nourriture, la vie de famille, le quotidien, je suis tombée très rapidement dans la peinture du XVIème et du XVIIème siècle. On avait les témoignages de vie de famille vivant au bord du Cantou avec les navets du jardin posés par terre, on avait des scènes avec la maman avec le bébé au sein, des clairs-obscur à la Georges de La Tour ou à l’inverse des portraits de famille à la Vélazquez, des intérieurs riches. Sur le repas en France, Martin Parr avait fait une série, Bored Couples, absolument génial. Ce sont les couples qui sont au restaurant qui s’ennuient. Voilà les références qui me reviennent de mes recherches de l’époque.

–     Peux-tu rappeler le projet de ta résidence dans les trois bibliothèques de la ville de Paris, Lévi-Strauss, Hergé et Vaclav Havel ?

–     Bibliocité, le commanditaire de ce projet, m’a donné une carte blanche. C’est-à-dire que je ne sais absolument pas sur quoi je vais travailler. Le principe de fonctionnement est un peu comme une résidence. En ce moment, je suis en phase d’immersion, j’observe, je regarde, j’étudie, je potasse et je rencontre plein de gens. J’ère aussi, à la fois dans le quartier, dans les médiathèques, je rencontre plein de monde. J’essaie de comprendre, au même titre que La Grande Borne, le territoire. J’ai discuté avec Boubacar[i] qui me disait qu’ici à Vaclav, on avait un super parvis, une super médiathèque,… C’est presque trop beau pour les gens du quartier. Ce sera donc de comprendre qui vient, qui ne vient pas, pourquoi ceux qui viennent ils viennent, ceux qui ne viennent pas ne viennent pas, essayer de définir la problématique pour ces trois médiathèques avec un fort taux de migrants qui viennent aussi.

Le projet, il faut qu’il ait forcément pour point commun la bibliothèque. Il est possible, comme je suis une photographe qui va toujours photographier les gens chez eux, que ma rencontre se fasse ici avec les gens et que j’irais peut-être les photographier chez eux. En tout cas, le projet parlera soit de la vie du quartier, soit du regard que les habitants portent sur la médiathèque. Il y aura un lien mais aujourd’hui je ne sais pas lequel.

–     Tu es donc vraiment dans la phase d’observation.

–     Il faut que je comprenne avant. C’est assez complexe. D’abord, il y a le fonctionnement de chacune des médiathèques implantées dans un territoire particulier avec des problématiques géopolitiques, économiques. Il y a ces voies ferrées qui divisent tout. C’est un coin enclavé de Paris. Qu’est-ce qu’on peut raconter de ça ? Qu’est-ce qu’on peut dire ? Là, au bout de trois semaines, je suis très surprise du travail des médiathèques que vous avez à faire, les raisons pour lesquelles vous êtes fermés le matin, tout ce travail qu’on ne voit pas qui se fait en souterrain. Souvent quand je m’entretiens avec l’un d’entre vous, avant de me parler du métier au sens propre, vous me parlez de l’aspect social et ça je ne m’y attendais pas. Ça, c’est intéressant.

Donc, quoi faire de tout ça ? Comment définir un projet photographique qui soit pertinent, cohérent, qui valorise aussi. Je n’ai pas de cahier des charges. C’est vraiment une carte blanche.

–     Je me demandais si tu avais des attentes ou des objectifs précis ?

–     Nan. Je vais me laisser porter par quelque chose qui va dessiner, qui va s’imposer à moi.

L’idée dès le départ c’était de faire une exposition comme on a fait avec Les Français à table. En septembre ou octobre, ici à Vaclav Havel, à Hergé et Lévi-Strauss sera exposée une partie du travail qui aura été fait. En parallèle de l’exposition, on aura un hors-série En Vue qui va sortir et qui reprendra le projet.

Au début, j’ai vu que vous aviez de très petits espaces d’exposition et comme moi j’aurais 6 mois d’immersion, je leur ai dit que c’était une longue période pour un petit espace de restitution. Donc je comptais beaucoup sur En Vue. On m’a dit que je ferais 24 pages, 24 pages ça fait douze photos. On va donc voir si c’est possible de faire un peu plus épais pour avoir plus d’images à l’intérieur.

L’idée commence à émerger de faire un partenariat avec les mairies de Paris et de peut-être faire des grands tirages sur bâche qui pourraient être vus, non plus à l’intérieur des médiathèques mais plutôt sur le territoire.

–     Sur des ponts ? C’est bien cela ?

–     Oui c’est ça. En tout cas, là, je ne pense pas à ça. Je me focalise sur le magazine En Vue. Il y aura un petit site internet en parallèle du hors-série et des expositions itinérantes. Quand je dis itinérantes, c’est Hergé, Vaclav Havel et Levi-Strauss.

–     Comment se passent tes expositions dans ces bibliothèques en ce moment ?

–     On l’étale, c’est-à-dire que ce mois-ci, c’est chez vous, le mois prochain à Lévi-Strauss et en mars à Hergé. Ce ne sera pas forcément les mêmes images. Il y en aura soit un peu plus, soit un peu moins. On essaiera de varier.

–     Quand tu as fait l’accrochage, tu savais déjà quelles images tu allais exposer ? Ou tu as fait le choix sur place ?

–     J’ai fait sur place. Je suis partie de celles qui me semblent être les incontournables, c’est-à-dire les trois, quatre incontournables, et autour de ça j’ai construit en fonction de l’espace que j’avais ici.

–     Ce sont lesquelles les trois, quatre incontournables ?

–     « La tapette à mouches », celle que tu vois en face quand tu rentres. La première aussi en face quand tu rentres qui s’appelle « La Père Noël », avec l’enfant qui met le feu à l’appartement. C’est aussi « La Yourte » que j’aime beaucoup.

–     J’ai l’impression en regardant tes photos que tu as créé une relation de confiance pour pouvoir rentrer dans l’intimité des personnes et les photographier. J’imagine que tu n’es pas une photographe de l’incognito, que tu vas plutôt créer quelque chose avec tes modèles.

–     Il y aura certainement un dispositif mis en place. Pour le moment, je ne sais pas lequel. Mais c’est pour ça qu’on a eu l’idée de faire les studios photo.

–     Comment va d’ailleurs se passer le studio photo du 23 février ?

–     Vous serez les premiers à l’expérimenter. On fait un studio dans chacune des bibliothèques un samedi après-midi.

On a fait l’exposition pour me présenter, que les personnes curieuses puissent découvrir mon travail. Comme ça, après quand j’irai à leur rencontre, je leur dirais que j’ai une exposition au rez-de-chaussée. Comme ça, les personnes sont plus à même d’échanger avec moi.

Le studio photo, c’est une façon de me faire encore plus identifier. Quand tu es un photographe mandaté par n’importe qui, une mairie ou une autre institution, pour un travail artistique que tu vas photographier les gens chez eux, ils ne comprennent pas souvent très bien ta démarche. Ils ne savent pas très bien qui tu es et ce que tu veux. Ça les inquiète beaucoup. Donc souvent les gens te disent non. C’est plus simple de dire non, parce qu’ils ne comprennent pas trop l’objectif, où ça va apparaître. L’idée du studio photo c’est donc qu’ils viennent se faire tirer le portrait. C’est annoncé. Ils repartent avec une photo qu’on leur offre. C’est un portrait un peu classique, un portrait en noir et blanc à la Malick Sidibé, un peu festif. Il faut que ce soit facile à mettre en place. C’est encore un peu à définir. Ce matin, on se disait que ce serait bien de faire une photo un peu vintage, des petits 10×15, découpés un peu en dentelles, en sépia ou noir et blanc, un noir et blanc un peu chaud, pas forcément sépia mais noir et blanc un tout petit peu chaud. Repartir avec une photo de soi déjà c’est bien. L’idée c’est qu’il puisse simplement repartir avec cette photo, moi de rentrer en contact avec eux, d’avoir leurs coordonnées. On aura fait connaissance comme ça. Et après, quand le projet va vraiment démarrer entre mai et juin, quand il sera vraiment en phase de réalisation et que j’aurais besoin de rencontrer des gens pour le faire, si je dois les contacter pour leur proposer les photographies, ce sera plus facile. On aura déjà établi un premier contact. Voilà, c’est ça l’idée.

Ceux qui ne viennent pas se faire photographier, ce n’est pas grave. Ils auront vu le studio photo…

–     C’est la première fois que tu fais un boulot dans les bibliothèques ?

–     Très étrangement, dans les bibliothèques, oui c’est la première fois. Mais j’avais fait un hors-série pour la revue 21 sur la lecture. Je travaille sinon avec la revue Lire magazine. Mes photos apparaissent dans tous les numéros de cette revue. Je photographie des écrivains. Hier, j’étais avec Delphine de Vigan pour la photographier. Je fais des choses très différentes en photographie pour mes commandes de mon travail documentaire que je fais pour moi.

Pour l’anecdote, j’ai grandi en province. Ma mère était abonnée au Nouvel Obs pendant très longtemps. Avec son CE, elle était abonnée à la revue Lire magazine. Quand je la feuilletais à la maison, je fantasmais sur les photos. Je trouvais que y’avait des images de dingue à l’intérieur, des portraits de folie. Je rêvais quelque part de prendre ces photos-là. Le hasard de mon parcours professionnel a fait que maintenant depuis dix ans je leur fais des portraits d’écrivains. Rencontrer des écrivains, qui sont au premier chef concernés par les médiathèques, peut être une direction possible sur la réflexion de ce projet.

–     Tu travailles pour d’autres ?

–     Mon travail documentaire est publié dans la presse. Des supports comme le Nouvel Obs peuvent faire 4 ou 5 pages de portfolio, ou Marie-Claire, Le Monde magazine, VSD, sur des thématiques données. Ça, ce sont les supports qui diffusent mon travail. J’expose aussi, en France et à l’étranger.

–     Tu as des galeries qui te représentent ?

–     Non, je n’ai plus de galeries. J’avais une galerie et elle a fermé. Ce genre de travail ne se présente plus bien en galerie. Mais il est très souvent exposé dans de lieux institutionnels. Tout l’été, il était au MuCEM. L’année dernière, il était à Hong-Kong. Il est très souvent montré. J’expose beaucoup cette série.

–     Tu t’es fait connaître comment ? Tu as eu des prix ?

–     Le travail sur La Grande Borne dont je t’ai parlé a très bien marché tout de suite. J’ai démarché la presse et j’ai eu une première publication. Il y a le livre de tous les étudiants qui participaient à ce projet qui est sorti aussi. Ce travail m’a tout de suite propulsé dans le monde professionnel. Tout de suite, j’ai eu des commandes grâce à ce boulot. Il a aussi tout de suite défini mon écriture photographique. J’ai eu des prix aussi, avec Les Français à table, j’ai eu l’aide de la Fondation Lagardère qui est l’ancien prix Hachette, j’ai eu le prix Niepce surtout qui est le graal. En France, on ne peut pas avoir un prix plus important que le prix Niepce. J’ai eu le prix de la photographie sociale et documentaire de Sarcelles, le prix de la Caisse d’Epargne. J’ai eu aussi un prix décerné par Salgado sur un autre travail sur les nus dans Paris. Depuis ma résidence à la Villa Medici, je m’oriente plus vers des projets moins orientés documentaires mais plus vers la performance photographique, ce qui était le cas avec mes nus dans Paris à l’époque. Quand j’ai fait mes nus dans Paris, j’étais en troisième année aux Arts Déco, je demandais aux personnes qui participaient à ce projet de se mettre nu dans des endroits stratégiques de Paris. Je les prenais en photo. Ce qui m’intéressait n’était pas tant ce corps nu que je photographiais dans la rue, c’était la réaction des gens qui étaient autour. Ça a fait des visuels sensationnels. Dans le métro, au Louvre, sur le parvis de la Défense, on a fait ça à la sortie du TGV à Gare de Lyon, dans la file d’attente du taxi. On a trouvé des endroits de lieux de passage. La réaction des gens était dingue. J’ai adoré ça car il y avait à la fois une prise de risque, il y avait un évènement que je créais. J’ai adoré ça. Mais après je me suis installée dans un protocole toujours pareil. J’ai différents projets aujourd’hui qui me ramènent vers la photographie plus de l’ordre de la performance. Je ne suis pas à l’abri de faire un truc de l’ordre de la performance pour la commande de Bibliocité. Mais je ne sais pas du tout. J’ai envie de faire les façades aussi. En voyant toutes ces façades, je me dis que je pourrais mettre tous les gens que j’ai rencontrés dans ces médiathèques sur les façades d’immeuble. Tous ceux qui viennent en médiathèque sortez à la fenêtre ! Pour voir la densité des usagers dans un immeuble. Et après tu fais un texte qui raconte leur histoire, ça pourrait être super. Faut voir… C’est un énorme taf.

–     Je vais donc finir sur cette idée de performance car je vais devoir partir faire mon service public. En tout cas, ce fut un plaisir !

[i] Médiateur à la bibliothèque Vaclav Havel.

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