Retour sur le cycle VOIE DES INDES – 2018

La bibliothèque Vaclav HAVEL organise chaque année un temps fort autour de l’édition indépendante.

Avant de nous retrouver pour le cycle 2019 qui débutera en octobre et qui sera consacré aux Editions de l’Ogre et aux Editions Magnani, revenons sur l’édition 2018.

A l’automne 2018, Le Nouvel Attila et les éditions des Elephants nous ont fait l’honneur d’accepter notre invitation.

Le Nouvel Attila« L’éditeur qui met du sang dans son vin »la-nouvel-attila

 » Littératures étranges et étrangères… Le nouvel Attila cultive les genres inclassables et les mauvaises herbes littéraires, en proposant traductions, rééditions de trésors oubliés, et quelques auteurs français choisis. »

 

Les éditions des Eléphantsles-editions-des-elephants

 » Nées en 2015 sous le signe de la longévité, les Éditions des Éléphants proposent des albums pour enfants qui cultivent toutes les qualités de l’éléphant. Force, grâce, intelligence, mémoire… se retrouvent au fil de nos livres. »

 

Retouvez ici et la liste des ouvrages de ces 2 éditeurs présents à la bibliothèque Vaclav HAVEL.

Diverses animations ont été proposées à nos usagers par ces deux maisons d’édition.

Pour Le Nouvel Attila :

  • Une rencontre à la Librairie Le Rideau Rouge (Paris 18e) avec Gauz, l’auteur des romans Debout-payé et Camarade Papa.
  • Une lecture/performance en dialogue à partir du livre Entrée libre de l’artiste et écrivaine Mélanie Yvon.
  • Un atelier de lecture de manuscrits organisé par l’éditeur du Nouvel Attila, Benoit Virot.
  • Un atelier de création de livres avec Viviana Curtis Mendez des éditions La Guêpe cartonnière, artiste invitée par Benoit Virot.
  • Une exposition de 4 illustrateurs du Nouvel Attila : Clément Vuillier, Jonathan Martin, Helkavara, Denis Pouppeville.

Du côté des éditions des Eléphants  :

  • Une exposition de gravures sur bois de l’artiste et illustratrice May Angeli.
  • Un atelier de linogravure animé par May Angeli.
  • Un atelier d’écriture animé par Sigrid Baffert, l’autrice des albums Igor et Souky.

Parallèlement à ces événements ponctuels, notre club de lecture et nos ateliers hebdomadaires pour enfants et adolescents furent respectivement consacrés à ces 2 belles maisons d’édition.

Retrouvez sur notre chaîne You Tube l’interview filmée de Benoit VIROT, éditeur et fondateur des éditions Le Nouvel Attila.

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Et ci-dessous l’interview retranscrite de Ilona MEYER et Caroline DROUAULT, éditrices et fondatrices des éditions des Elephants.

Bonjour ! Tout d’abord, pouvez-vous nous dire ce qui vous a donné envie de devenir éditeur jeunesse d’une part et surtout éditeur indépendant ? Est-ce une carrière à laquelle vous êtes venu sur le tard ou alors un rêve de jeunesse ?

Caroline Drouault : Pour ma part, l’idée de travailler dans l’édition trottait dans mon esprit parmi d’autres rêves, durant mon adolescence. Disons que travailler dans l’édition jeunesse en a déjà réuni deux ! C’est après avoir travaillé plusieurs années pour de plus ou moins grosses structures éditoriales que j’ai eu l’envie de retrouver l’énergie et l’enthousiasme d’une petite maison d’édition. Et l’occasion de la créer et de la développer aux côtés d’Ilona Meyer, comme elle me l’a proposé, a été pour moi une chance inouïe.

Ilona Meyer : Comme de nombreux enfants avec des difficultés d’orthographe, j’ai beaucoup été encouragée à lire. Bien que cela n’ait pas eu d’effets très concluants sur mon orthographe, ce fut le début d’une grande amitié. Pour l’enfant que j’étais, les livres ont été des familles de passage, des compagnons d’aventure, des radeaux de fortune, ils m’ont aidée à traverser l’enfance puis l’adolescence. Cet amour de jeunesse pour la lecture, une fois né, ne vous quitte jamais complètement.

C’est d’ailleurs ce constat qui est à la source de mon désir d’éditer plus spécifiquement de la littérature jeunesse. J’ai la conviction qu’une partie de l’avenir du livre repose sur les éditeurs jeunesse et leur capacité à transmettre cet amour.

D’ailleurs, comment définiriez-vous ce qu’est un éditeur indépendant ? Indépendant de quoi, de qui ? Pourquoi ?

Caroline Drouault : Dans notre cas, c’est très simplement une indépendance financière, qui nous garantit une totale indépendance éditoriale.

Ilona Meyer : Oui c’est cela, grâce à elle la préoccupation de rentabilité n’est pas notre préoccupation première. Cela nous permet de publier des projets moins évidents, de suivre des artistes, de prendre le temps d’installer des collections dans le temps. Et au final ce n’est pas une mauvaise stratégie financière car l’essentiel de nos titres ont vocation à devenir du fond, et à avoir une durée de vie plus longue qu’un projet commercial.

 Est-ce important pour vous de rester indépendant et pourquoi ?

Ilona Meyer : Oui, cela nous offre la possibilité d’avoir les bonnes priorités.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

 Caroline Drouault : Dans le cas d’une petite maison d’édition comme la nôtre, il faut pouvoir changer de casquettes des dizaines de fois par jour, ça, c’est la première qualité ! Jongler entre les métiers d’éditeur, de communicant, de fabricant, se rendre sur les salons, défendre les livres devant nos commerciaux… Mais aussi, avoir de la curiosité pour faire naître des projets et une vraie exigence quant à nos choix éditoriaux.

Ilona Meyer : Je dirais qu’il faut aussi beaucoup de rigueur, afin que les fautes d’orthographe que je tente de glisser dans les textes d’auteurs ne se retrouvent pas dans les livres imprimés. Plus sérieusement il y a beaucoup d’étapes dans la fabrication d’un livre, et il faut rester vigilant d’un bout à l’autre.

Sur une autre note, il me semble que pour être éditeur jeunesse, il est essentiel d’avoir un immense respect pour ses lecteurs et une très très haute estime de l’enfant. Il m’arrive parfois, quand je dis à quelqu’un que j’édite de la littérature jeunesse, que le propos soit accueilli avec un petit sourire, l’équivalent d’un « comme c’est mignon ». Or si nos lecteurs sont incontestablement mignons, ils sont aussi exigeants, curieux, vifs et féroces. Il nous faut donc tenter de faire des livres qui soit à la hauteur, voire viser parfois plus haut encore que chez l’adulte car on sait tous que l’enfant, lui, n’a pas renoncé à atteindre ce qui semble hors de sa portée.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre travail ? Qu’est-ce que vous aimez moins ?

 Caroline Drouault : Ce que je préfère : les prémices d’un projet, quand tout reste à imaginer, l’illustration, la forme, la fabrication… Mais également recevoir le livre imprimé, c’est toujours un immense bonheur. Pour ce que j’aime le moins… Je n’ai pas de grand talent pour anticiper l’organisation d’événements ou de salons, la décoration, l’installation… Heureusement que ma comparse Ilona est douée pour ça !

Ilona Meyer :

Le moins, c’est facile, c’est les factures !

Le plus, au quotidien, l’aventure en bonne compagnie ;  Caroline, nos auteurs, nos apprenties, et tous les acteurs de la chaine du livre.

Quelles sont les difficultés du métier?

Caroline Drouault : Refuser un projet… Surtout quand il n’est pas mauvais, et qu’il a été réalisé par un auteur que l’on aime bien… C’est juste que parfois, ce n’est pas le coup de cœur, ou bien on ne le voit pas bien dans notre catalogue, on ne sait pas comment on pourrait le défendre… C’est difficile de dire non.

Avez-vous une anecdote particulière à raconter par rapport à votre métier ?

 Caroline Drouault : Je n’en ai pas parlé plus haut mais nous avons la chance de vivre de grandes émotions dans ce métier ! C’est la chance que nous avons en côtoyant artistes et littérature… Je me souviens de nos tout débuts… quand nos projets étaient encore dans nos têtes, à l’état de brouillon ou de crayonnés… et May Angeli est arrivée avec les toutes premières gravures de La Flaque. Ilona a été si émue qu’elle a eu les larmes aux yeux !

Quelles sont les maisons d’édition qui vous ont donné envie de devenir éditeur ? Y’en a-t-il ou alors sont-ce avant tout les œuvres et les auteurs qui vous ont mené à ce métier ?

 Caroline Drouault : Pour ma part, grande lectrice, j’étais attirée par les coulisses du livre, sans bien savoir ce que cela représentait. L’idée de me diriger vers la littérature jeunesse me tentait en raison de la richesse et de la qualité du secteur. J’ai alors été me promener au Salon de Montreuil et j’ai été séduite par les « petites » maisons qui avaient une vraie âme, comme Syros, Épigones…

Y a-t-il un point commun entre tous les albums que vous avez édités ? Avez-vous une ligne éditoriale bien définie ou fonctionnez-vous à l’instinct ?

Caroline Drouault : On peut dire que nous avons une ligne définie, un univers qui nous est propre. Nous n’avons pas de limite d’âge, que le livre s’adresse aux bébés ou aux adolescents, mais nous ne publions que de l’illustré, fiction ou documentaire. Des ouvrages qui parlent aux émotions, qui aident à grandir, à découvrir le monde, qui ouvrent à la différence, et à un jugement nuancé sur la société. Ils s’inscrivent souvent dans un registre réaliste (histoires vraies, récits de vie, histoires en écho avec le monde d’aujourd’hui…) mais ce peut être aussi des contes traditionnels issus de différentes cultures, porteurs de sagesse, de valeurs fortes (humanisme, ouverture aux autres, au monde, justice, etc).

Ilona Meyer : Néanmoins cela n’exclut pas l’instinct. Il arrive parfois un texte, ou sans que cela soit évident nous sentons instinctivement qu’il a sa place dans notre catalogue. C’est comme une intuition de ce qu’il pourrait être si, ensemble, auteur et éditeur puis illustrateur nous parvenons à lui trouver la bonne forme, le bon écrin.

Quels sont vos critères de sélection pour publier un album ? Recevez-vous beaucoup de propositions spontanées ?

Caroline Drouault : Nous recevons énormément de propositions mais étant donné que nous ne publions qu’une quinzaine de titres par an, nous en écartons forcément 99% ! Premier critère, il faut que le texte soit bon, bien écrit, qu’il nous touche, même en tant qu’adulte. Deuxième critère : est-ce qu’il correspond à notre catalogue, est-ce qu’on le voit aux Éléphants ?

Quelle est la part de premiers livres dans vos publications ? En recevez-vous souvent ?

Caroline Drouault : De premiers livres, pas beaucoup. Je dirais, un ou deux par an dans notre production. Mais dans tout ce que nous recevons au quotidien, nous ne faisons pas le tri entre ce qui est  « premier livre » ou pas.

Avez-vous déjà regretté d’avoir refusé  un auteur ou un illustrateur ?

Ilona Meyer : Non, car quand on refuse un projet, nous avons de bonnes raisons.

Souvent le projet n’a pas l’étoffe que nous souhaitons. Parfois, et là cela peut être plus douloureux, nous ne sommes pas la maison adéquate pour soutenir ce projet. Dans ces cas-là on peut avoir la nostalgie de ce qui aurait pu être… Mais au final quand nous aimons un projet, nous lui voulons du bien, et il faut savoir admettre que parfois cela signifie qu’il doit trouver un autre compagnon de route.

Caroline Drouault : Non. Si on l’a refusé, c’est qu’il y avait une raison. Qu’il manquait une dimension au projet, ou bien qu’on ne voyait pas comment l’inscrire chez nous… Mais quand les projets sont bons, ils sont de toute façon publiés, alors je n’ai pas de regrets ! Les livres existent. Nous, nous essayons de garder un catalogue cohérent. Quand on est une petite maison, il n’y a que comme ça que l’on peut être repéré. Si l’on s’éparpille, plus personne ne saura quoi venir chercher chez nous…

Quels sont les critères pour déterminer si un livre est un succès ? Les ventes ? L’accueil critique ?

 Ilona Meyer : La réception, celle des lecteurs des libraires et des bibliothécaires, des critiques. Si les ventes sont aussi au rendez-vous j’avoue que cela ne fait pas de mal…

Caroline Drouault : Les ventes, l’accueil critique, les prix littéraires… Et quand on a les trois, c’est le grand succès !

Qu’est-ce que vous aimez lire ?

 Ilona Meyer : Je lis principalement des romans, un peu de science-fiction et des romans policiers. En ce moment j’explore surtout la littérature américaine.

Caroline Drouault : Je lis essentiellement des romans et des récits : littérature étrangère et contemporaine, polar, grands classiques du XIXe siècle…

 Fréquentez-vous les bibliothèques ?

 Ilona Meyer : Aujourd’hui pas assez, mais enfant c’est là que j’ai trouvé le plus grand nombre de mes lectures et que j’ai affiné mes goûts.

Caroline Drouault : Oui, mais plutôt le rayon jeunesse, que je fréquente pour des raisons professionnelles et pour mes enfants. Quant à mes lectures personnelles, je les trouve en librairie.

 

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