Interview de Marina, écrivain public

photo-marina-fbkBonjour Marina,

Peux-tu nous décrire ton parcours et nous dire pourquoi tu as choisi de devenir écrivain public ?
Après le lycée je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J’adorais la littérature, mais je savais que les études de lettres offraient peu de débouchés et je ne voulais pas être professeure. Je me suis dit que le droit était ce qui s’en rapprochait le plus. Je me suis donc inscrite en fac de droit, j’ai obtenu un master de juriste d’entreprise puis j’ai travaillé pendant un an en tant que consultante en droit du travail puis comme technicienne de greffe au Tribunal de Commerce de ma ville.
Quelle ville ?
C’était le Tribunal de Commerce de Douai (59), juriste en droit du travail, c’était à Nice. J’ai l’habitude des grands écarts géographiques. C’est durant cette expérience à Nice que j’ai eu le déclic, mon travail ne me faisait pas du tout vibrer. Passer 37 heures par semaine enfermée toujours dans le même bureau, avec nos codes du travail pour toute compagnie m’ennuyait. Les contacts que j’avais avec les clients se limitaient trop souvent aux mails et au téléphone, pour moi, ce n’était clairement pas suffisant. J’ai compris que j’avais besoin d’une activité au contact du public et/ou sur le terrain.

Tu manquais de contact humain ?
Oui, et l’écriture me manquait aussi. Je rédigeais des sanctions disciplinaires et des trames de contrats, mais cela ne mobilise aucune créativité. Je ne me voyais pas faire cela pendant 40 ans. Du coup j’ai cherché les métiers qui auraient pu me permettre d’allier écriture et relationnel et le métier d’écrivain public a surgi. Grâce à des recherches sur internet j’ai pu voir qu’il existait plusieurs formations, dont celle du CNED (Centre National d’Enseignement à Distance), à laquelle je me suis directement inscrite. J’ai vu qu’il y avait aussi une formation à Toulon en deux ans, et une à la Sorbonne en un an.
En sachant que l’exercice du métier d’écrivain public est complexifié par l’absence de réglementation qui rend difficile d’asseoir sa légitimité pour tout nouveau professionnel sur le marché, je me suis dit : « si tu veux te lancer là-dedans, c’est la Sorbonne ou rien. »

C’est justement une des questions que je voulais te poser : quelles sont les difficultés de ce métier, écrivain public ?
Il y en a beaucoup, mais la principale réside dans la non-réglementation du métier et le fait qu’il y ait beaucoup de bénévoles. Bon, c’est bien qu’il y ait des bénévoles, mais pour nous, écrivains publics professionnels, cela nous fait forcément du tort, et ils n’ont pas forcément les compétences que nous acquérons en formation. En général ces bénévoles, ce sont des personnes qui savent écrire, des professeurs de français, des retraités qui maîtrisent bien le français, des anciens journalistes. Mais savoir manier correctement le français ne signifie pas forcément maîtriser tous les codes de l’écrit, notamment ceux des correspondances administratives.

Ils n’ont pas forcément de compétences juridiques non plus.
Oui, mais les écrivains publics n’ont pas non plus de compétences juridiques normalement. Moi j’ai mes études de droit derrière, c’est forcément un plus, mais malgré tout, cela ne me permet pas de répondre à toutes les questions.

Mais tu sais où chercher…
Oui, savoir où chercher c’est un atout, c’est sûr, mais il est très fortement recommandé aux écrivains publics d’orienter les personnes vers les professionnels du droit plutôt que de jouer aux apprentis sorciers. Et puis il ne faut pas faire de concurrence déloyale aux métiers qui font du conseil en droit. Il ne s’agit pas de se mettre l’ordre des avocats à dos non plus.

Oui, c’est une profession qui souffre aussi du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Oui, toutes les professions libérales sont un peu en souffrance. C’est pour ça que je voulais passer le diplôme de la Sorbonne qui à mes yeux était celui qui me donnerait le plus de légitimité par la suite, même si cela nécessitait de réussir un concours fait d’un écrit et d’un oral…

Ah bon, il y a un concours pour accéder à cette formation ? Oui, c’est vrai que maintenant l’entrée à l’Université se fait par sélection.
Oui, au début il y a une présélection sur CV et lettre de motivation, et si on est retenu, on peut passer le concours, un écrit et un oral.
Qui consistent en quoi ?
L’écrit est un exercice qui ne paye pas de mine comme ça, mais que j’ai trouvé vraiment compliqué : le résumé de texte. J’ai un bac littéraire, je maîtrise le commentaire de texte mais le résumé de texte est un exercice très spécifique, il faut vraiment s’y préparer. Du coup je m’entraînais le soir chez moi en rentrant du boulot, et en continuant à suivre la formation CNED en parallèle. Je l’ai terminée en février et je m’en suis bien sortie, je suis contente.
Pour l’oral, il consiste en un entretien pendant lequel il vous faut convaincre le jury de vos motivations ainsi que de la solidité et la faisabilité de votre projet professionnel.
Je me disais qu’au pire des cas, si je ne réussissais pas le concours de la Sorbonne, j’aurais au moins la formation CNED, mais je savais que cela ne serait pas suffisant pour exercer. J’étais déterminée à repasser le concours l’année suivante si je le ratais.
Pour exercer à ton compte, ou dans une structure ?
Oui, enfin, cela suffira toujours pour exercer dans le sens où il n’y pas de réglementation de ce métier, il ne faut pas de diplôme aujourd’hui pour être écrivain public. Demain si tu veux être écrivain public, tu mets un petit panneau sur ta porte, tu te déclares en micro-entrepreneur et puis voilà, c’est tout, pas besoin de plus (en théorie du moins).

Tu exerces donc le métier d’écrivain public durant 7 mois à la bibliothèque Václav Havel, tout en suivant la formation de licence professionnelle de « Conseil en écriture professionnelle et privée » à Paris 3 Sorbonne Nouvelle.
Quelles sont les matières dispensées dans cette formation ?
Le panorama de matières proposées est aussi vaste que la pratique du métier, et c’est ce qui rend la formation si passionnante. On a notamment des ateliers d’écriture. Une pratique en vogue qui prend de plus en plus d’essor et devient un débouché pour l’écrivain public. Nous ne sommes pas formés à l’animation, mais on fait des ateliers d’écriture pour les vivre de l’intérieur, et après grâce aux stages, on peut s’essayer nous-mêmes à l’animation d’ateliers. Nous sommes formés à l’écriture biographique aussi, car de plus en plus de gens souhaitent écrire leur vie pour laisser une trace aux générations futures. On a des cours de rhétorique, parce que l’écrivain public peut faire des discours pour les hommes politiques mais aussi pour les particuliers à différentes occasions : les mariages, les enterrements, pots de départ… On étudie aussi tout ce qui a trait à l’intervention sociale (comme ce que je fais à la bibliothèque) : les règles de la correspondance administrative et personnelle, les demandes de logement, de mutuelle complémentaire… On s’exerce à la psychosociologie pour diriger les entretiens avec les usagers. Puisque nombre des étudiants de la formation souhaitent se lancer en libéral à la sortie, nous avons aussi des cours de création d’un cabinet libéral et beaucoup de cours de droit : droit pénal, droit de la famille, droit des étrangers, droit des contrats. Enfin il y a aussi des matières plus théoriques mais tout aussi passionnantes : littérature contemporaine, linguistique, sociologie de l’écriture… Des cours d’informatique viennent compléter notre malle à outil de professionnel de l’écrit en nous apprenant à utiliser toutes les fonctionnalités du traitement de texte et à créer des sites internet, utiles à ceux qui s’installeront à leur compte ou encore à ceux qui voudraient travailler au service des entreprises.
Ce mariage d’enseignements théoriques-pratiques fait tout l’intérêt de la formation, et puis nous avons les stages aussi, qui nous permettent de vivre le métier directement sur le terrain. Je regrette de ne pas avoir pu vivre la même chose en fac de droit.

La durée du stage est-elle aussi longue dans ta formation, ou bien c’est toi qui l’as voulu ?
On doit faire 420 heures de stage pratique obligatoirement.
C’est donc une formation professionnalisante, en fait.
Oui, exactement, mais c’est propre à la formation de la Sorbonne. À Toulon, le volume d’heures de stage exigées est beaucoup moins important (environ 140 heures). 420 heures, cela représente une charge conséquente de travail en parallèle des exigences de nos professeurs pour les cours, mais c’est aussi la force de cette formation. Chacun des stages effectués cette année a confirmé ma vocation.

C’est un métier de passion, n’est-ce pas ?
Oui, on peut le dire. Ce n’est pas avec le métier d’écrivain public que l’on fait fortune. Si on s’enrichit, c’est uniquement sur le plan humain : notre métier nous rapproche de notre domaine de prédilection (l’écriture), et c’est un métier qui a du sens surtout. Nous travaillons pour et avec l’humain. Nous sommes en permanence au contact des gens et la diversité de nos activités nous autorise aussi à faire preuve de créativité (par exemple lorsque nous intervenons comme biographes ou animateurs d’ateliers d’écriture).

Dans quelles structures pourras-tu et aimerais-tu exercer plus particulièrement, ou bien te mettras-tu à ton compte après tes études ?
C’est une grande question, car après avoir travaillé dans un tribunal de commerce, je n’ai pas très envie de monter une société.
Même avec le statut d’autoentrepreneur ?
Oh non, encore moins, ce statut est vraiment un gros piège. Mon expérience au tribunal de commerce ne me rend peut-être pas objective mais j’ai bien vu qu’à partir du moment où les charges deviennent exigibles, ça fait mal. Beaucoup de personnes mettent la clé sous la porte au bout de deux ans sans que l’activité n’ait jamais vraiment démarré.
Je pensais que ce statut permettait justement de faciliter la création d’entreprise pourtant.
Dans la théorie oui, le législateur a voulu faire de tous les Français des créateurs d’entreprises, mais en pratique, tout le monde n’a pas les compétences pour le devenir. Les questions fiscales et comptables sont lourdes, les personnes qui démarrent n’ont pas forcément les moyens de s’allier les services d’un expert comptable, et puis il faut réaliser les prestations sans jamais cesser de prospecter de nouveaux clients…. Je me sens trop jeune pour une telle responsabilité. Je suis plutôt dans l’optique de trouver un poste salarié. J’ai vu qu’en ce moment il y a pas mal d’offres d’emplois d’écrivain public ou de secrétaire particulier qui sortent justement dans la région de Nice et à Monaco. La mairie de Grenoble cherchait aussi à embaucher un écrivain public il y a peu. Il y a également la piste des associations d’aide aux personnes en difficulté sociale, comme Nouvelles voies.

En bibliothèque, cela dépend des mairies ?
J’adorerais travailler comme écrivain public en bibliothèque ; je suis une amoureuse inconditionnelle de lecture, cela me ferait un cadre passionnant par nature. Les bibliothèques ont aussi l’atout de fournir une « clientèle » aux profils très diversifiés. Je travaille également à la bibliothèque Louise Michel (dans le XXème arr.) et le public que j’y vois est complètement différent de celui d’ici, je trouve cette variété formidable. Finalement, je ne fais jamais vraiment la même chose.

Tu es en stage également à Louise Michel ? Combien as-tu d’heures de cours alors par semaine ?
J’ai deux jours de cours, soit 20h le jeudi et le vendredi, je travaille 9h à Václav Havel les mardis et mercredis, et 3h à Louise Michel le samedi. Le samedi après-midi j’anime un atelier d’écriture dans un café-restaurant. Je travaille également à la composition d’un recueil de témoignages de personnes non-binaires en genre, j’essaie de caler cette activité les autres jours et le week-end, quand les personnes sont disponibles, car elles travaillent aussi. Cela me fait une année bien chargée mais quand elle va se terminer, je vais avoir une sensation intense de vide.

Quels sont les horaires de ta permanence à la bibliothèque Václav Havel ?
Je travaille le mardi de 13h à 19h et le mercredi de 10h à 13h, jusqu’à la fin de mon stage mi-juin.

Quelles sont les qualités requises pour exercer cette profession ?
Capacités d’écoute et d’empathie, bienveillance. L’une des principales difficultés du métier, c’est de réussir à retranscrire les propos d’une personne de la façon la plus adaptée possible au contexte et au destinataire sans la trahir, sans déformer ce qu’elle veut dire. Cela nécessite donc une vraie écoute de fond, très attentive, et surtout, sans jugement. Plus vous établirez un lien de confiance avec la personne, un lien d’humain à humain, meilleur sera le rendu.
Malgré tout, j’ai compris qu’il ne fallait pas se montrer trop gentil non plus car certaines personnes ont tendance à en profiter, même si ce n’est pas conscient ni méchant, et deviennent un peu envahissantes. Il faut savoir poser ses limites, être gentil mais ferme pour prévenir les débordements, notamment hors du cadre professionnel. Je pense que le phénomène de transfert dont on parle souvent entre les psys et leurs clients est valable aussi pour l’écrivain public et sa clientèle.
Ils se confient trop ? Ils te prennent pour une assistance sociale?
Oui, il y a de cela aussi. D’un côté cela fait de la peine, ces situations m’ont alertée sur l’état lamentable de l’humain dans notre société… À la bibliothèque Louise Michel – où nous sommes deux écrivains publics – il y a deux trois personnes qui viennent uniquement pour parler. Chaque samedi, nous savons que nous allons les voir. Elles viennent toujours avec un petit courrier bidon à nous faire écrire, pour dire que, mais on sait bien qu’elles seraient parfaitement capables de le faire sans nous et que ce n’est qu’un prétexte pour nous voir. C’est leur rendez-vous de la semaine pour pouvoir discuter.
C’est un rôle du bibliothécaire également, il y a des gens pour qui le bibliothécaire est la seule personne à qui ils parlent dans la journée.
Cela ne m’étonne pas, c’est vraiment un gros problème de société, les gens ne se sentent pas suffisamment écoutés. Ils nous disent souvent comme cela fait du bien de trouver quelqu’un qui les « écoute enfin, car l’administration est très fermée ». Même nous, nous avons parfois du mal à joindre les services publics qui deviennent de plus en plus distants et froids, comme la CAF.
Ah oui ? Ils n’ont pas Qualiparis ?
Aucune idée. Même Pôle Emploi est parfois difficile à joindre selon les agences.
Cela dépend des villes aussi je pense.
Oui. Enfin, pour en revenir aux qualités du métier, il faut aussi des qualités rédactionnelles, et aimer le contact avec les gens. On voit des profils très différents, issus de tous les milieux, il faut savoir s’adapter. Une autre qualité – et aussi une mission de l’écrivain public à mon sens dans les permanences sociales – est de s’attacher à rendre les gens le plus autonomes possible. Lorsqu’on voit qu’ils seraient en mesure de faire certaines choses par eux-mêmes si quelqu’un leur montre comment faire, les aider à faire, et ne pas faire à leur place. J’essaye systématiquement d’apprendre aux usagers qui viennent me voir uniquement pour actualiser leurs droits auprès de Pôle Emploi à le faire eux-mêmes depuis chez eux, pour leur éviter le déplacement mais aussi d’être dépendants de mes jours de présence à la bibliothèque. Certains sont très contents que quelqu’un prenne le temps de leur expliquer, mais d’autres préfèrent toujours s’en remettre à moi et veulent continuer à se faire aider.

Quelles personnes sollicitent ton aide en tant qu’écrivain public, et que fais-tu pour elles ? Quels types d’écrits te demandent les lecteurs de la bibliothèque Václav Havel ?
A Václav Havel, il y a surtout un public de demandeurs d’asile et d’immigrés, j’ai donc beaucoup de questions en lien avec le droit des étrangers et leur insertion par le logement et par l’emploi.
Plus qu’à Louise Michel ?
Oui, à Louise Michel le public n’est pas le même, ce sont des gens en moins grande précarité. Les demandes se tournent davantage vers des problématiques concernant les impôts, la retraite, et des lettres de réclamation contre Free et d’autres sociétés commerciales.
Ici ce sont des choses plus basiques : demandes de RSA, de carte de transport solidarité, des demandes de logement aussi, mais plus spécifiquement pour les personnes sans abri ou demandeurs d’asile.

Tu les accompagnes dans tout leur parcours de demandeurs d’asile ?
Non, la plupart du temps quand ils viennent me voir ils ont déjà obtenu leur statut de demandeur d’asile ou la procédure est déjà en cours. Certains viennent me voir car ils n’arrivent pas à trouver d’assistante sociale. Je suis ennuyée de me dire qu’ils n’auront plus personne pour les suivre et les aider quand je vais partir.
Pour notre part nous les dirigeons aussi vers les CCAS des mairies, où ils peuvent être aidés, ainsi que vers des associations ou structures comme le BAAM (bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants).
Ah oui, mais pour tous ceux que j’accompagne dans la recherche d’emploi, il y aura un moment de flottement. Je fais les recherches avec eux sur internet puis je les aide à adapter leur lettre de motivation et leur CV à des entreprises ciblées.
Mais ce que j’ai en plus grand nombre, ce sont vraiment les demandes de logement de type ADOMA, les personnes que je reçois ici sont vraiment dans le besoin, beaucoup n’ont même pas de toit…
Oui, surtout que le Centre d’accueil des migrants de la Chapelle à côté ne suffit pas, et ne répond pas aux besoins de tous les jeunes Érythréens et Somaliens qui vivent dans les rues du quartier et qu’on peut difficilement aider car ils sont dits « Dublinés » [ils ne peuvent demander l’asile que dans le premier pays européen où ils sont arrivés].
Oui, c’est un des aspects du métier les plus durs, c’est terrible de rentrer chez moi en pensant que je ne peux rien de plus pour eux, qu’ils vont passer une nuit de plus à la rue.
Oui mais tu vois, il y a trois Afghans arrivés en décembre qui sont venus me voir chaque semaine, ainsi que mes collègues, pour demander de l’aide pour se loger, ils sont venus enfin me dire il y a quelques jours qu’ils allaient avoir une place en centre d’accueil.
Ah oui, là ça fait du bien ! Mais les associations d’aide aux étrangers sont submergées par le nombre et le manque de moyens. Cela fait de la peine, d’autant qu’avec les problèmes à Calais, de plus en plus de gens arrivent dans le Nord-Est de Paris.

Ta présence est essentielle à la bibliothèque, car nous ne sommes pas, nous bibliothécaires, à même de répondre à toutes les demandes des publics « en précarité sociale » que nous accueillons chaque jour. Aussi comment perçois-tu le rôle des bibliothèques suite à ton expérience à Václav Havel ?
Mon stage m’a fait prendre conscience du rôle capital des bibliothèques dans la vie d’un quartier. Ce ne sont pas que des lieux culturels, elles sont créatrices de lien social et ont aussi un rôle important à jouer dans le maintien de ce lien. Je vois souvent les mêmes têtes qui passent devant la permanence et ça me fait sourire, parce que je sais que vous les connaissez bien. Quand je discute avec les usagers, je me rends compte que la bibliothèque est un repère pour eux.
Oui, c’est vrai, il y a aussi des personnes âgées qui viennent chaque semaine, et une de nos lectrices les plus fidèles, âgée de 81 ans, m’a dit « Pour moi, la bibliothèque c’est tout ».
C’est vrai que pour des personnes comme cette dame, la bibliothèque est vitale, elle lui permet de rencontrer des personnes à qui parler et qui partagent au moins l’un de ses centres d’intérêt : la lecture. Ici les gens peuvent parler, se confier, ils se sentent écoutés, c’est bien.
En effet, pour moi qui travaillais en bibliothèque universitaire, c’est totalement nouveau, bien que nous avions quelques étudiants sans papiers que j’ai pu un peu aider, mais nous ne pouvions pas grand-chose pour les étudiants en précarité, plus ou moins nombreux selon les sections.
Oui, il y a beaucoup de misère parmi les étudiants également, c’est un fait.

Qu’est-ce que cette expérience à la bibliothèque t’a apporté dans ton projet de devenir écrivain public ?
Beaucoup de choses. C’est une expérience totalement différente d’écrire ici, avec une personne en chair et en os devant soi – parfois très bavarde alors que je compose – que de rédiger un devoir pour le CNED depuis chez moi pour un usager fictif. Cela m’a aidée à renforcer ma concentration, mais aussi à savoir aller à l’essentiel dans l’entretien comme dans le cœur du courrier.
Tu prends des notes ?
Oui, toujours.
Sur ton ordinateur ?
Cela dépend, c’est au feeling, parfois je prends des notes à l’ordinateur, mais je préfère écrire à la main en fait.
Parmi les autres choses que cette expérience m’a apportées, il y a aussi le fait de voir tout ce qui peut être demandé à un écrivain public au contact d’un public précarisé. Avant de travailler à la bibliothèque Václav Havel, je n’aurais jamais pensé fréquenter des réfugiés d’aussi près et je trouve cela génial. Je vois trop d’horreurs et de bêtises à leur sujet sur internet, sur Facebook. Cette expérience concrète me permet de démanteler les préjugés dans mon entourage. Il faut que les gens arrêtent de croire tout ce qu’ils lisent sur internet sans prendre la peine de vérifier les sources. Non un réfugié ne gagne pas 1000 euros par mois, loin de là ! Je peux l’affirmer parce que je m’occupe de leurs papiers. Ils sont aussi tellement respectueux, tellement reconnaissants du peu que l’on peut faire pour eux…
Oui, moi aussi, qui travaille là depuis peu, je me rends compte qu’ils sont très cultivés ; comme je l’ai lu, les gens qui parviennent à émigrer, ont quelques moyens, ont fait des études et espèrent s’en sortir par le travail ici, parfois faire venir leur famille.
Oui, complètement. Ce stage est autant une expérience professionnelle qu’une expérience humaine. La plupart des gens que je vois sont bien plus jeunes que moi et pourtant, je sais que je ne connaîtrais pas dans ma vie la moitié de ce qu’ils ont déjà vu (du moins je l’espère !). Ils ont eu des existences très dures, comme ceux qui viennent de Syrie qui ont vécu sous les bombes. Quand je les entends me parler de leur « vie d’avant », je me dis que vraiment on n’a pas eu la même enfance, la même jeunesse, c’est un autre monde.

Peut-on dire « écrivaine publique » au féminin ?
Ah mais oui 🙂 , on le peut ! Cela a été un grand débat dans ma promotion, des collègues ne trouvent pas le mot « écrivaine » très beau parce qu’il y a « vaine » dedans, mais je pense que c’est une question de sonorité et d’habitude. Je suis pour l’adoption sans restriction du langage inclusif et la féminisation des noms de métiers, comme professeure, auteure, on s’y habitue.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?
La diversité de missions qu’il offre : le travail social, la biographie, l’animation d’ateliers d’écriture (pouvant eux-mêmes se réaliser dans des structures très diverses avec des publics très différents), et sa richesse humaine. Je fais des rencontres très variées, parfois extraordinaires. Je ne fais jamais la même chose, cela me change beaucoup du métier de juriste. Dans une seule journée, j’ai des demandes très diverses : CV, lettre de motivation, un courrier personnel qu’une vieille dame souhaite envoyer à l’une de ses amies, un courrier de réclamation à une banque, quelqu’un qui me demande de relire ses poèmes pour corriger les fautes et lui faire un retour sur le style, quelqu’un d’autre qui me demande de l’aider dans la mise en page de son mémoire d’études. Diversité et humanité, voilà ce qui me plaît.

Tu vas beaucoup nous manquer.
Vous aussi vous allez me manquer, d’autant que je m’attache beaucoup aux gens, trop vite peut-être. C’est une année si passionnante que j’ai l’impression que tout ce que je vais faire après ne pourra jamais être aussi stimulant. Bon, je n’ai pratiquement plus aucune vie sociale – ma vie sociale c’est vous, les équipes des deux bibliothèques, le public, mes camarades de promotion et les participants de mes ateliers d’écriture. Je suis tout le temps en stage, dans mes partiels, les ateliers à préparer, j’ai le cerveau constamment en ébullition et j’ai l’impression qu’il se surpasse. Je m’étonne moi-même et je sais que je ne pourrais pas retrouver cet épanouissement en reprenant un travail classique, qu’on exerce enfermé 35h dans le même bureau. J’aimerais travailler dans plusieurs structures, pour que ce soit enrichissant, et que cela me permette de rencontrer des gens différents.

Eh bien, Marina, je te souhaite bonne chance pour la suite.
Merci 🙂

Maintenant veux-tu bien répondre à une partie du questionnaire de Marcel Proust ?
Allons-y !

Mon occupation préférée. 
Écrire.

Mon rêve de bonheur. 
C’est difficile pour moi de répondre à cette question car je pense que le bonheur n’est pas un objectif à atteindre, mais une manière de vivre.

Ce que je voudrais être. 
Écrivain. Oui, tout court cette fois. J’écris depuis très longtemps.
Tu veux écrire des romans ?
Oui, des romans, de science-fiction, du fantastique. Si je pouvais être écrivain en plus d’écrivain public ce serait génial.

Le pays où je désirerais vivre.
J’adore l’Italie, surtout Rome. J’ai une passion démesurée pour la Rome antique. Je n’y suis jamais allée mais je rêve de m’y promener, de voir le forum romain, les ruines…
Bah, tous les chemins mènent à Rome !
Oui 🙂 🙂 . Bon je sais que la ville est très très catholique, avec la présence du Vatican, le catholicisme est très présent, etc., cela ne m’attire pas trop, mais la ville doit être très jolie et ces fameuses ruines doivent vraiment valoir le voyage.
La cuisine italienne aussi !

La couleur que je préfère. 
Le violet.

La fleur que j’aime. 
Aucun don pour la botanique, je passe !

L’oiseau que je préfère. 
La pie. J’adore cet oiseau, je le trouve magnifique, et puis on dit qu’il est très intelligent.

Mes auteurs favoris en prose. 
Il y en a pas mal. Déjà j’aime J. Kate Rowling, pour tout l’univers qu’elle a développé dans Harry Potter. L’imagination de cette auteure me laissera toujours estomaquée.
J’apprécie également Anne Rice et ses Chroniques des vampires, elle a transcendé ce genre en lui donnant une dimension grandiose et magnifique.
Enfin, il y a Bernard Werber, mon chouchou. Il est connu pour La Trilogie des fourmis mais ce n’est pas mon œuvre préférée. Je préfère Troisième Humanité et surtout L’Empire des anges et Le Cycle des Dieux. Son écriture est pleine d’humour et fait  réfléchir sur notre monde. C’est quelqu’un qui tire l’humanité vers le haut avec ses romans. Je vais le voir le 27 mai, au Théâtre des Feux de la Rampe, il fait une master-classe de création et de construction d’un roman, j’ai hâte !

Mes poètes préférés.
Charles Baudelaire, sans hésitation.

Mes héros dans la fiction (littérature et cinéma)
Là sur le coup, aucun ne vient.

Mes héroïnes favorites dans la fiction (littérature et cinéma)
Hermione [Harry Potter] est la première qui me vient, mais il y en a beaucoup trop pour toutes les citer… (Katniss Everdeen [Hunger Games], Antigone, Esméralda [Notre Dame de Paris]…)

Mes héros dans la vie réelle. 
Paul Watson, l’écologiste, le capitaine du Sea Shepherd. C’est l’un des fondateurs de Greenpeace. Il a quitté Greenpeace parce qu’il n’appréciait pas ce que devenait l’association, il trouvait que les lourdeurs bureaucratiques l’empêchaient d’être réellement efficace dans ses actions, alors il a décidé d’agir de son côté. Avec son navire, le Sea Shepherd, et ses hommes d’équipage, il parcourt le globe pour protéger les océans. C’est l’un des plus ardents défenseurs des baleines, il s’est mis le Japon à dos en sabotant leurs chasses (chasses totalement illégales car le Japon, comme la Norvège, avait signé un accord stipulant qu’il ne chasserait plus de baleines. Mais aucun de ces pays ne respecte cet engagement). Watson lutte aussi contre le massacre des dauphins aux îles Féroé au Danemark, contre celui des requins, prisés pour leurs nageoires et leurs ailerons, contre celui des phoques et de leurs petits. En fait, Watson combat toutes les activités qui dégradent l’océan et sa biodiversité, et lui et son équipage prennent chaque fois des risques immenses. Non seulement ils partent en mer durant des mois pour mener leurs actions, mais ils se font des ennemis puissants dans les divers milieux politiques et parmi les mafias qui profitent des bénéfices engendrés par ces massacres… J’admire son courage et son dévouement. On le surnomme le Pirate des mers car il n’hésite pas à aller à l’abordage des bateaux hors la loi. Son équipage a une règle d’or : jamais de victimes humaines, par contre, sur le matériel, on peut se lâcher. Si les braconniers refusent de se rendre, le Sea Shepherd immobilise leurs bateaux en utilisant des canons à eau pour noyer les moteurs ou les coule. Le groupe Tryo a fait une superbe chanson en son hommage, intitulée « Watson ». C’est une chanson récente, la France vient de lui accorder l’asile. Il vit à Paris car il est recherché par le Japon et il sait que s’il reprend la mer, il se fera arrêter.
Il leur laisse des radeaux quand même ?
Il ne les laisse pas mourir, c’est un sacré homme ! Son combat est de plus en plus médiatisé, même le président du Costa-Rica fait appel à lui pour lutter contre les braconniers à la place des autorités du pays, insuffisamment équipées ou corrompues. Watson essaye d’éveiller les consciences, de faire comprendre au monde que l’océan est le poumon de la Terre et qu’en le maltraitant, l’espèce humaine compromet sa propre survie. Rob Stewart qui défendait les requins est mort en janvier 2017 et Paul Watson est un peu le dernier rempart qui se dresse entre l’avidité des Hommes et l’océan… Le dernier gardien.

Mes héroïnes dans l’histoire.
Louise Michel et Cléopâtre.

Mes compositeurs préférés.  
J’adore Matthew Bellamy, de Muse, Hans Zimmer, ses musiques de film sont magnifiques, ainsi que John Williams.
Quand j’écris j’aime beaucoup écouter de la musique classique, Vivaldi, Chopin…
Dans ta permanence ?
Non chez moi, cela fait très longtemps que j’écris. J’ai même tenu un site collaboratif d’écriture durant 8 ans mais j’ai décroché car je n’avais plus le temps de m’en occuper. Je ne sais pas si je vais m’y remettre, c’est une activité chronophage et j’ai peur que cela m’entrave dans l’écriture de mes propres fictions.
Oh mais tu trouveras un petit rythme de carrière !
🙂 🙂 🙂

Mes peintres favoris.  
Je n’y connais pas grand-chose en peinture, mais en général je suis fascinée par les tableaux de Dali.

Mes noms favoris.  
Mes noms ?
Oui, je pense que Marcel Proust pensait à des noms communs.
Il n’y a pas longtemps, j’ai subitement trouvé que le mot « mathématiques » est magnifique, pourtant les maths et moi, c’est une haine de longue date, mais le mot entier est beau, ne me demande pas pourquoi. À question bizarre, réponse bizarre !

Personnages historiques que je méprise le plus.  
D’après ce que j’ai appris en cours, je déteste Robespierre, la Terreur.
Je n’aime pas Napoléon non plus. L’un de mes amis l’adore, cela donne des discussions parfois animées…
Pourtant il est important pour le droit et a fait de grandes choses pour l’administration de la France…
Oui, c’est le père du Code civil, en effet.

Je déteste Louis XIV aussi. L’histoire de l’Homme au masque de fer me passionne et qui qu’ait pu être ce prisonnier, Louis XIV a une énorme part de responsabilité dans son destin misérable. C’était un roi très égoïste, très vaniteux. Je n’arrive pas à l’apprécier mais je peux comprendre qu’on admire la grandeur dont il a paré son siècle.
Oui, quand même, la culture classique, que j’aime beaucoup moi, Racine, Molière, la Fontaine… Je ne suis pas du tout royaliste, au contraire… Tu as vu le film Le Roi Danse, qui retrace la vie de Lully ? Louis XIV tout jeune est joué par Benoît Magimel, en danseur tout couvert d’or. Je le trouve touchant là, c’est un chouette film quand même. Sinon c’est un personnage abject, c’est clair. Bon voilà, c’est l’Histoire !
🙂

Ma devise.
La même que celle de Walt Disney : « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire ».

Merci beaucoup Marina !

(interviewée par Cecilia, sur une idée de Lionel)

 

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L’interview d’Amel, « Coup de pouce » à la bibliothèque

Amel travaille depuis novembre comme « Coup de pouce », une mission de service civique pour l’aide aux devoirs. Elle vit aujourd’hui dans le 18e arrondissement après avoir grandi à Montpellier.
Tamara, coup de pouce à la bibliothèque voisine Hergé, l’a accompagnée pendant les 3 semaines de fermeture d’Hergé.

  • amelAmel, en quoi consiste ton travail à la bibliothèque ?
    J’aide les élèves à faire leurs devoirs, à comprendre leurs leçons. On discute aussi à propos des études, de la société, on ne fait pas que travailler.
  • Combien d’heures par semaine travailles-tu ? Quels sont tes horaires ?
    Je travaille 21 heures par semaine, de 15h30 à 19h les mardis, jeudis et vendredi et de 13h15 à la fermeture les mercredis et samedis.
  • Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail à Vaclav Havel ? Et qu’est-ce que tu aimes moins ?
    Amel : Il y a un groupe d’environ 10 élèves réguliers qui viennent plusieurs fois par semaines et ils sont supers, je les aime beaucoup. J’aime bien avoir l’impression de servir à quelque chose. Je n’ai pas l’habitude de travailler avec les enfants donc j’apprends aussi. Je me replonge aussi dans les maths mais j’aime moins quand je   ne peux pas aider des 1ères ou Terminales S en maths.
    Tamara : J’aime le contact avec les plus jeunes, pas seulement dans le cadre du travail mais aussi les échanges que nous avons. Je rencontre des gens que je n’ai pas l’habitude de fréquenter, ce sont aussi les autres qui apportent énormément.
  • Quelles qualités faut-il avoir pour ce travail ?
    Tamara et Amel en chœur : Beaucoup de patience ! De l’écoute, de la tolérance.
  • Qu’est-ce qu’un service civique ?
    C’est un engagement citoyen de 6 à 12 mois environ, dans divers domaines comme l’environnement, l’éducation.
    C’est une chance de s’insérer à la fois dans le monde professionnel mais aussi socialement, les recruteurs ne regardent pas le « background », les diplômes et l’expérience professionnelle.
  • Comment avez-vous eu envie d’être « Coup de pouce »?
    Amel : J’ai regardé les missions du service civique et je n’ai postulé qu’au Coup de pouce car cette mission réunissait toutes les conditions que je cherchais : travailler en bibliothèque, avec les enfants et surtout me sentir utile. J’ai été ravie quand on m’a dit que j’étais prise à la bibliothèque Vaclav Havel parce que j’habite à côté et que je sais que cette bibliothèque est super cool.
    Dans cette bibliothèque, ce qui me plaît c’est la diversité. La diversité des gens, des activités proposées, c’est vraiment bien ici.
    Tamara : Je voulais faire de l’humanitaire ou travailler pour l’Éducation Nationale mais ce n’est pas possible pour les mineurs alors que le service civique à la Ville de Paris oui. J’ai donc postulé pour la Ville de Paris qui propose la mission Coup de Pouce dans le domaine de l’éducation.
  • Vous créez un lien privilégié avec les enfants de la bibliothèque et pas que ceux que vous aidez pour les devoirs, non?
    On parle avec les enfants, certains se confient, on reçoit des chocolats, des dessins, des noms écrits sur un bout de papier, une couronne avec des paillettes, c’est marrant ! Même les plus petits viennent vers nous.
  • Amel, en tant que Coup de pouce, as-tu déjà rencontré l’auriculaire de la bibliothèque ? Tu aides les mineurs, mais les majeurs et les annulaires aussi?
    Ah c’est mignon ! Mais non.
  • Si tu étais un livre tu serais…
    L’Etranger de Camus, mais c’est bateau.
    Un film : V pour Vendetta
    Une langue : l’anglais
    Une ville : Montpellier
    Un personnage imaginaire : Dr Who
    Un pays : la France
    Un sport : l’escrime
    Un animal : un truc qui ne fasse pas trop peur comme une tortue. (Tamara serait un lapin angora)
    Une fleur : un hortensia
  • Les filles, des choses à ajouter? Un message à faire passer ?
    Tamara : Je suis surprise du nombre de gens qui viennent à la bibliothèque, du nombre de jeunes qui sont volontaires pour faire des efforts, pour progresser.
    Amel : Venez nous rejoindre c’est cool !dsc_1136
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Les tops de 2016 ! le 4 va vous étonner, vous bouleverser, vous tournebouler !

Cher(e)(s) lecteurice(s) de ce blog (on n’est pas encore sûrs que vous soyez pluriel(le)(s), la nouvelle année est arrivée ! Et avec elle l’espoir renaît, l’espoir d’une meilleure cuvée, car 2016, il faut bien se l’avouer, ne fut guère enjouée.

Mais trêve d’assonances en « é » ! Car nous avons du pain sur la planche. En effet, avec toute nouvelle révolution héliocentrique vient de nouvelles responsabilités pour nous, bibliothécaires. Celles de vous donner accès à la meilleure offre culturelle de l’univers habitable.

Si nous savons d’ores et déjà que 2017, grâce à vous, sera une merveilleuse année, repenchons-nous quelques instants sur cette 2016ème année que nous avons quittée sans regrets. Mais peut-être un peu vite. Car 2016, ne l’oublions pas, fut une année fort prodigue en terme de sorties culturelles. Et vous fûtes nombreux à vous jeter dessus telle une horde affamée de littérature et de cinématographe. Sans parler de videoludisme.

Mais comme un bon top 3 vaut mille mots, voici donc plein de tops 3 !

 Top trois n° 1 : les romans adultes.

Parce que le roman était encore une valeur sûre en 2016 mais bon c’était le bon temps maintenant on ne respecte plus rien et on joue à des jeux hyper violents comme Mario Kart Wii. Triste monde.

  • « Le remède mortel » de James Dashner avec 15 prêts tire sa seringue du bras. Vous noterez le subtil oxymore à effet de chiasme du titre et qu’il s’agit d’un tome 3. Le tome 3 de la saga du Labyrinthe pour être tout à fait exact.Vous y trouverez donc toutes les réponses aux questions dont vous vous fichiez complètement dans les deux premiers tomes.
Ses sales adolescents ne savent pas que le titre de leur livre est un oxymore parce que ce sont des ados qui passent leur temps à jouer aux jeux vidéo.

Ces sales adolescents ne savent pas que le titre de leur livre est un oxymore parce que ce sont des ados qui passent leur temps à jouer aux jeux vidéo.

  • Vient ensuite, avec également 15 emprunts, « Envoyée spéciale » de Jean Echenoz dont les prêts ont sûrement été dopés par le fait qu’il a obtenu cette année le grand prix de la BnF, succédant ainsi à Michel Houellebecq. Ou alors pas du tout, on ne sait pas vraiment ce qui vous passe par la tête, vous lecteurs.
  • Et enfin le grand gagnant, avec 22 prêts ! « L’origine de nos amours » d’Eric Orsenna, un écrivain qui ne sort plus avec Sophie Davant depuis 2013, sachez-le.

 Top 3.2 : la jeunesse !

La jeunesse vous a particulièrement séduit(e)s cette année puisque vous fûtes environ un milliard et demi à fréquenter la cabane des tout-petits dans les plus grands jours de notre glorieux établissement. Voyons donc ce que vous avez emprunté !

  • « Max et Lili en ont marre de se dépêcher » ce qu’a en commun avec eux l’agent B. L’agent B. a cependant été beaucoup moins prêté cette année car avec -12 prêts il n’égale pas du tout le record de Max et Lili établi à 23.

Voilà ce qu’en dit le résumé : « La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Melanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder…. Un film de genre plaisant et original qui parle de la place de l’individu dans un régime totalitaire… »

Ça a l’air vraiment bien !

  • « Un album avec un ourson dedans qui à un moment se perd mais finit par se retrouver. » au moins 20 prêts, bravo l’ours !
L'ours est très content d'être numéro 3, il n'est pas obsédé par les chiffres et l'avancement de sa carrière comme le vulgaire auteur de cet article.

L’ours est très content d’être numéro 3, il n’est pas obsédé par les chiffres et l’avancement de sa carrière comme le vulgaire auteur de cet article.

 Top 3.3 soit en fait le top trois au cube soit top 27. Le top des DVD bien sûr !

Ah, les DVD adultes ! Ce dernier bastion du prêt payant en bibliothèque qui cette année, en avril, a un peu vacillé avec l’arrivée de la gratuité pour les personnes bénéficiant de certains minimas sociaux (renseignez-vous auprès de votre bibliothécaire favori !) et pour les mineurs ! Consultons donc les meilleurs d’entre-eux.

  • « Le tout nouveau testament » qui avec 26 emprunts fait beaucoup mieux que les deux testaments précédents réunis (6 prêts) en une seule année alors que les deux autres ont eu des millénaires. Les glandes quoi !
  • « Le pont des espions » de S. Spielberg, un petit jeune qui monte, à Hollywood (22 prêts). Pour l’anecdote : sachez que le pont du titre ne désigne pas du tout le pont Doudeauville qui passe devant la bibliothèque et que d’ailleurs aucune scène de ce film n’a été tournée dans le 18ème pour la simple et bonne raison que le film se déroule en Allemagne. Cessez d’être autocentrés 5 minutes.
  • « Dear white people » (22 prêts) ce qu’on peut traduire par Chers peoples blancs, il s’agit sans doute d’un documentaire sur notre classe politique.

 Top 3 des jeux vidéo !

Le jeux-vidéo est bien entendu ce qu’on prête le plus à la bibliothèque. Mais avant de subir le triomphalisme exultant de la section en charge de la vidéoludie, il faut bien sûr prendre en considération que les jeux ne sont pas empruntables mais uniquement jouables sur place, sur l’une de nos consoles (2 PS4, un Xbox One, 2 Wii U, 4 3DS, une PS-Vita et une tablette Samsung).

  • Super Smash bros sur Wii U. Un jeu auquel je ne comprends rien et auquel je me fais régulièrement battre sauf une fois où j’ai gagné un tournoi en jouant Roi Dadidou et en éjectant tout le monde avec sa masse géante. Vous pouvez retrouver la narration de cet évènement, ainsi que d’autres tout aussi fascinants, dans mes Mémoires à venir.

A noter que SSB a quand même été joué 206 fois cette année – soit 206 fois de plus que le théâtre de Brecht. Bravo SSB !

  • FIFA 16. Excellente cuvée puisque FIFA16 totalise pas moins de 196 prêts uniquement sur Playstation 4 ! En effet, si on ajoute les prêts de la Playstation 3 et de la Xbox One on obtient un nombre non-euclidien qui ouvre un portail transdimensionnel et libère un démon qui ressemble à Ribéry.

A noter que ce jeu est très bien car on peut s’amuser à tacler Cristiano Ronaldo et lui casser les jambes sans risquer de terminer au poste de police.

  • Enfin, Mario Kart 8 a été prêté 104 fois. 104 fois c’est nul, méprisons ce loser.

Top 3 des jeux de société !

Et oui ! 2016 fut aussi l’année de la démocratisation du jeu de société en bibliothèque ! Enfin, dans la nôtre toujours ! Vous fûtes nombreux à venir jouer au « Stop » ou aux « Kaplas » mais le top revient à :

  • Le « kit A » qui contient notamment des raquettes de ping-pong. Le ping-pong a été fort joué cet été sur l’esplanade et j’ai moi-même pu personnellement exploser bon nombre d’usagers de type enfant à ce jeu.
  • Le jeu « quatre en ligne » qui consiste à aligner des pions de même couleurs et le premier qui en aligne quatre a gagné.
  • Le flipper foot, subtile alliance contre-nature de Flipper et du foot.
Ce dauphin, un être méprisable, vient de voler la balle d'un de nos usagers préféré et en plus ça le fait marrer. Fumier.

Ce dauphin, un être méprisable, vient de voler la balle d’un de nos usagers préféré et en plus ça le fait marrer. Fumier.

 Top 3 des documents qu’on n’a pas achetés.

Un top dont l’utilité vous semblera toute relative, j’en conviens, mais qui a droit  à une certaine visibilité. Stop à l’utilitarisme primaire !

  • Top Chef. Top chef est une émission culinaire diffusée sur la sixième chaîne. Étant donné que c’est une émission, il nous a été impossible de l’acquérir. Sans compter que le chef fait de la boxe et est un peu effrayant.
  • Top Gun. Un film avec Tom Cruise mal incrusté dans un avion. Ce n’est pas un très bon film mais c’est une sorte de classique. A noter que je trouve à titre personnel Tom Cruise assez mignon dans le film.
  • Tom Hardy. Tom Hardy n’est pas un document et il ne contient pas de top mais j’aime Tom Hardy alors je voulais Casey Affleck son nom quelque part.

Top 3 des bibliothécaires :

  • Allons, ne nous abaissons pas à ce genre de choses.
  • Toutefois, l’agent en poste au deuxième le 10 février à 14h30 n’a clairement pas démérité.
  • L’agent K et l’agent J ne sont pas mauvais non plus. Notamment dans Library’s Men in Black.

Top 3 des DVD volés cette année :

Le vol de DVD est en forte recrudescence cette année après une période plus calme. Quand on sait que le vol de DVD a sauté de 40 000% par rapport au Haut Moyen-âge, on est en droit de se dire la bibliothéconomie est en pleine déliquescence. Parfaitement.

  • Only Lovers left alive de Jim Jarmush. On ne sait pas trop si ce DVD a été volé en 2016 ou avant mais en tout cas il a fait plus de 36 prêts avant son ignominieux enlèvement. Si la personne qui l’a pris me lit qu’elle le rende immédiatement !
  • Les rois du désert avec George Clooney. Un film qui se passe donc dans le désert. Je me souviens que je m’étais ennuyé mais ça ne justifie pas qu’on puisse le voler.
  • Le dernier James Bond de Daniel Craig et d’ailleurs on sent qu’il était sur le départ tellement il n’est pas investi. Ce n’est pas bien Daniel. En plus, il a pris du ventre. Toujours est-il qu’on aimerait récupérer le DVD.
Avec le vol du DVD Daniel va pouvoir revenir à sa passion première : sosie de Vladimir Poutine.

Avec le vol du DVD, Daniel va pouvoir revenir à sa passion première : sosie de Vladimir Poutine.

 BONUS ! Top 3 des étages de la bibliothèque !

  • Le Rez-de-chaussée. Le Rez-de-chaussée n’est pas mauvais du tout puisque pas moins de 100% des usagers l’ont emprunté au moins deux fois cette année. C’est remarquable. Cela dit, c’est sans doute aussi parce que c’est là que se trouve la porte d’entrée.

Notons qu’on y a installé une petite table thématique avec exposition d’ouvrages tous les mois qu’il serait pas mal que vous veniez emprunter !

  • Le premier. Le premier est toujours top. Attention toutefois ! Nous l’avons récemment transformé fort habilement. Si vous n’y prenez pas garde vous pourriez bien emprunter par mégarde un livre d’art ou pire, d’histoire, en lieu et place de la BD que vous cherchiez.
  • Le deuxième. Mon favori personnel. Le deuxième est maintenant équipé de fenêtres de type châssis qu’on peut ouvrir à distance grâce à une télécommande. C’est assez magnifique. On y trouve également des DVD, des romans, des jeux vidéo et toute une salle réservée aux enfants qu’on aura tôt fait d’éviter.
  • Le bonus du bonus : l’étage secret ! Vous avez peut-être remarqué que dans l’ascenseur de notre bibliothèque adorée un mystérieux étage secret n’était accessible que grâce à une clef ! Cet « ES » a enfin accepté de se livrer et de vous révéler tous ses secret en exclu planétaire sur notre blog. En réalité, si vous tournez la clef idoine dans la serrure en question, vous accéderez au septième niveau des Enfers, peuplé par les plus abominablement vils Démons qui aient jamais vécu : les bibliothécaires. Vous passerez alors une éternité de souffrance avec des êtres cauchemardesques qui vous crient « chut » dans les oreilles et vous pourchassent avec des factures de pénalités de retard. brrrr.

Olivier.

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Journal de bord d’une mission au Rwanda #2

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Ca y est la formation a commencé, je suis soulagée de voir l’intérêt porté au jeu vidéo malgré le manque de moyens qui existe ici et qu’il faut avoir à l’esprit.
Nous avons passé la première partie de la formation : discussions autour du jeu, visionnage de vidéos de jeux, partage autour des expériences ! Demain nous commençons à travailler sur le cas du Rwanda et du Kenya : comment mettre tout ça en place avec les moyens et les contraintes locales.

Il y a beaucoup d’enjeux concernant le jeu vidéo, des enjeux que j’aurais du mal à avoir totalement en tête car je ne reste pas assez longtemps. Je suis très intriguée par le rapport des jeunes aux jeux  ici : pour le moment je comprends qu’il y a un attrait très fort pour les jeux sur téléphone. Je crois aussi comprendre que beaucoup n’ont jamais joué sur une console de salon, il faudra donc tout montrer aux joueurs des bibliothèques.
L’IFR (l’Institut français au Rwanda) propose des jeux hors les murs avec des tablettes. Je pense que c’est une bonne entrée en matière, via des cellules mobiles : des malles (Ipad & livres) et des animateurs partent en province pour donner accès aux livres et aux tablettes.  Comme les enfants n’ont souvent jamais utilisé une tablette, c’est une découverte totale ! Le travail de médiation est au rendez-vous, ainsi que la formation des bibliothécaires sur place à l’animation … Bref, un vaste programme de diffusion de contenus et de savoirs faire ! Je suis séduite par cette formule qui s’apparente à la BHLM mais avec une portée professionnelle/de formation.

J’ai aussi appris que le gouvernement rwandais prévoit d’équiper les écoliers en matériel informatique quel que soit le milieu social. C’est de bon augure pour le développement de l’accès au jeu vidéo.

Sinon, j’ai mangé de la prune du Japon : c’est bon et en plus c’est joli ! Un fruit découvert à presque 30 ans, ça vous transporte forcément… 

Je vous mets un photo bien floue de Kigali la nuit : en vrai c’est très beau, mon appareil et moi on gère mal la photo de nuit. On a qu’a dire que c’est une photo artistique 🙂

 

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Journal de bord d’une mission au Rwanda #1

Préambule

Après être partie l’an dernier à la Réunion, Mélanie, responsable du pôle Jeux vidéo à la bibliothèque, a été sollicitée par l’Institut français du Rwanda pour les aider à monter un service de jeux vidéo qui réponde à l’environnement local. 

Comme elle nous manque, elle a promis de nous écrire tous les jours…. La voilà arrivée à Kigali !

——-

Juste un petit mail  pour vous raconter ma folle journée d’hier !
J’ai préparé la formation avec la bibliothécaire en charge du dossier. Nous avons pas mal travaillé à la Bibliothèque nationale du Rwanda, un beau bâtiment qui fuit pendant les orages (ça m’en rappelle un autre :))
Nous avons du coup, vous vous en doutez, eu le droit à un superbe orage tropical. Ça dure 2 minutes, on n’y voit plus rien tellement il pleut et puis ça s’arrête comme c’est arrivé. Etonnant !

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J’ai aussi pris mon premier taxi-moto, c’est assez drôle, mais je crois que toute seule je n’y arriverais pas : il n’y a pas d’indication sur les routes, pas de panneaux, il faut expliquer au conducteur (qui ne parle pas toujours français ou anglais) ou on va et puis il faut négocier le prix parce qu’on paye plus cher quand on est blanc ! Sur les routes il y a de drôles de minuteurs au dessus des feux de circulation, ils annoncent combien de temps ça va rester rouge ! je n’avais jamais vu des choses comme ça … ça me plait bien !

Il y a des peintures sur les murs des magasins pour représenter le commerce : des visages pour les coiffeurs, des marques pour les magasins de nourritures … c’est assez joli, ça met de la couleur. 

Ici, on fait tout en transport, je n’ai donc pas encore eu le temps de photographier, mais ça va venir !

La ville est d’une propreté hallucinante, il n’y a rien qui traine, pas un papier… Fumer n’a pas l’air de trop se faire, du coup il faut demander avant de fumer… donc peut de mégots par terre !
il y a aussi une loi qui me plait bien : les sacs plastiques sont interdits sur le territoire !
Le soir nous avons mangé éthiopien, inutile de dire que je me suis régalée. C’était l’occasion d’apprendre que si j’ai mal à la tête depuis mon arrivée c’est simplement que nous sommes en altitude, du coup il n’y a rien à faire, ça passera ou pas ! Tout est sur des collines (bien plus hautes que ce qu’on appellerait une colline) d’où le surnom du pays : le pays au mille collines... C’est très beau, la ville est accrochée aux collines, tout est vallonné !

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Bref, j’ai envie d’en savoir plus et surtout d’en voir plus … On me promet des moments de promenade mais pour le moment, je commence ma formation aujourd’hui ! 

Mélanie

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Journal de bord d’une mission à Maurice J#4

Après avoir perdu la totalité de mon travail sur la semaine (et dû tout recommencer), j’ai le plaisir de partager avec vous le début de mon angine ! Non, cela ne pouvait pas se passer sans problèmes !

Nous avons pas mal avancé : politique documentaire, imagination d’une forme de gestion du service public, début de réflexion autour des animations … Le projet prend une forme qui me plait beaucoup, je crois qu’on pourra dire que ce sont une collection et un service co-construits avec des usagers, si tout se passe bien !
L’idée, pour le moment, c’est d’aller chercher le savoir-faire à l’extérieur et de proposer un lieu d’animations ponctuelles au sein de l’Institut Français à Maurice.
Comme je vous le disais précédemment, le jeu vidéo n’est pas quelque chose de très bien vu ici et on pense que des joueurs voudront bénéficier d’une forme d’institutionnalisation via l’IFM. Reste à imaginer la forme et trouver les forces vives …

Pour le moment tout cela reste vague car nous n’en sommes qu’au projet et c’est à l’équipe de prendre le relais et d’en faire quelque chose qui lui ressemble, mais j’ai hâte (même si je n’y serai pas) de savoir ce que toutes ces réflexions vont devenir. C’est assez exaltant de se dire qu’on vous a invité pour trouver des solutions, que votre regard de professionnel peut compter. On l’a déjà vécu lors de colloques et autres mais là c’est une immersion, quelque chose de bien différent : il faut s’adapter et comprendre vite les enjeux …

Instant mondanité : je vais assister à une pièce de théâtre demain soir à l’IFM, et samedi je pars visiter Mahébourg, une ville dans le sud, proche de l’aéroport. Je ne sais donc pas s’il y aura un autre mail mais je vais essayer demain soir en rentrant.

Ci-jointe, la photo d’un oiseau dont je ne connais pas le nom, que je trouve superbe et que j’ai croisé au bord de l’océan ce matin.

zoizo

 

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Journal de bord d’une mission à Maurice J#3

On a visité des lieux de vente de jeux vidéo : des surprises et des choses étonnantes !

Tout d’abord la question du piratage est assez importante, et le plus impressionnant c’est à quel point c’est visible. On entre dans une boutique on regarde les jeux en vitrines, on parle des prix et des titres disponibles… Et puis on lève le nez et là des caisse pleines de jeux PC copiés en vente libre ou à la demande (nous a-t-on expliqué).

C’est étonnant de voir que ce système a pignon sur rue. Que doit-on en penser ? après moultes discussions avec des personnes de l’IFM (Institut Francais Mauricien) j’apprends qu’ici le jeux vidéo est un luxe, les jeux sont très chers par rapport aux salaires moyens, le piratage permet de vendre à des prix abordables des titres que peu de personnes pourraient s’offrir. C’est aussi pour ça que le développement du jeu vidéo à l’IFM pourrait être important : donner accès au plus grand nombre !

Ensuite ce qui me marque l’esprit c’est la présence récurrente de consoles assez anciennes ; du peu de jeux disponibles au catalogue (non piraté) et aussi le fait que les jeux sont majoritairement en anglais (même si multilingue pour beaucoup).
Bien que la langue nationale soit l’anglais (que tout le monde parle ici), je n’ai entendu parler que créole ou français, alors pourquoi des jeux en anglais ? Pourquoi ne pas se fournir en jeux en français ?
En discutant avec un vendeur on apprend que bizarrement à Maurice, sur les forums, les échanges entre joueurs se font en anglais et que ses clients demandent très souvent des jeux en anglais : du coup il se fournit en conséquence !

Sinon je rencontre pleins de gens super, je goûte pleins de truc exotiques (l’événement de la journée c’est la cacahuète bouillie, si c’est très bon…)

Image1

To be continued.

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Journal de bord d’une mission à Maurice J#2

 Un petit mot pour la deuxième journée  :

  • Beaucoup de réflexions en cours autour de l’utilisation et de la mise en valeur d’un espace de jeux ponctuel : comment associer les usagers à la création de cet espace ? Comment mettre en valeur ou créer des associations autour du jeu ?
  • On a pas mal visité Rose-Hill, la ville où se trouve l’Institut : c’est assez délabré mais très étonnant comme endroit ! Beaucoup de lieux de culte de toutes sortes (temples, églises, mosquées) : on m’explique qu’ici la population est très religieuse.
  • Je discute beaucoup avec le directeur de la bibliothèque, il me fait volontiers visiter, m’explique comment tout ça fonctionne.
  • Ici tout le monde parle en français et en créole, assez déroutant … Je n’ai pas l’impression d’être à l’étranger, je pourrais très bien être dans un DOM, un TOM. Alors que pourtant la langue nationale est l’anglais ! D’ailleurs tous les panneaux sont en anglais…
  • Je découvre aussi que la population d’origine chinoise est très présente à Maurice. Du coup, beaucoup de restaurant chinois 🙂

Rosehill

To be continued.

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Journal de bord d’une mission à Maurice J#1

Préambule

Mélanie, responsable du pôle Jeux vidéo à la bibliothèque Vaclav-Havel, a été sollicitée par l’Institut français de Rose-Hill à l’Île Maurice. Le but est de les aider à monter un service de jeux vidéo qui réponde à l’environnement local. 

Elle nous envoie tous les jours un billet de ses aventures… 

Jour 1 

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C’est étonnant de voir à quel point le contexte peut être important même pour un service aussi léger que le jeu vidéo.
D’abord, il m’a fallu comprendre que le marché local est saturé de jeux vidéo pirates et que par conséquent les acquisitions ne pourront probablement pas se faire ici. Le premier jour a consisté à creuser la piste d’achat sur un autre territoire.

Je prends mieux conscience que, si le montage du projet à Vaclav Havel n’a pas été simple, nous n’avions pas de difficultés liées à un contexte extérieur au monde des bibliothèques.
Alors qu’ici, se pose un double problème : faire avec le fonctionnement du marché local et les réticences / inquiétudes des Mauriciens.
Par exemple, ici les seuls endroits pour jouer aux jeux vidéo en dehors de chez soi sont des lieux pas très attirants… Ce qui fait que le jeu vidéo est assez mal vu de manière générale.

To be continued. 

 

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Paris sans le peuple, la gentrification des quartiers populaires

Retour vidéo sur la conférence d’Anne Clerval, le 15 mai à la bibliothèque !

Anne Clerval est enseignante-chercheuse en géographie à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Elle a fait sa thèse de doctorat sur la gentrification des quartiers populaires de Paris à l’université Paris-1 Panthéon Sorbonne. Elle est venue nous présenter son livre : Paris sans le peuple, la gentrification de la capitale, paru en 2013 aux éditions de La Découverte.

Comme elle, vous vous demandez où est passé le peuple parisien ? Quelle place la ville de Paris accorde-t-elle aujourd’hui aux classes populaires ? Qu’est-ce qui est en jeu dans les transformations à la fois urbaines et sociales que nous voyons autour de nous ? Voici sa réponse en images !

Image de prévisualisation YouTube

Nous poursuivrons cette thématique « urbaine » qui concernera plus précisément le quartier  avec 2 projections, une plutôt à l’adresse de la jeunesse avec Les filmeurs de la Zac Pajol (réalisé par de jeunes adultes en lien avec la compagnie du son des rues) le mercredi 4 juin à 16h.

Pour la deuxième séance, nous projetterons le film de Federica Gatta, Ugo Vouaux-Massel et Maria Anita Palumbo , Zones d’autonomies conventionnées qui retrace la vie des collectifs d’artistes installés dans des lieux éphémères du quartier de la Chapelle, le samedi 14 juin à 14h30 (tous publics)

Vous y êtes tous les bienvenus!

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Faut qu’on vous raconte !

(bêtisier d’une préfig’) 

Faut vous dire en préambule qu’on ne vous dira pas tout. Ceci  nous intime la modération… Mais, alors que commence l’été et nos dernières semaines de préfiguration, il nous monte l’envie de vous faire partager nos fous rires, nos plantages, nos détournements. L’heure est au bilan !

On s’est écrit des petits mots 
  • Sur la fenêtre, avec le stylo rose que M nous a offert, l’un de nous a écrit : « il ne resterait pas un rail pour moi? ». L’allusion à notre environnement de chemins de fer est sans équivoque.

  • Au moment de faire et refaire nos cartons, l’idée a émergé de certains cerveaux pervers d’écrire dans chaque carton un mot qui servira à faire un grand cadavre exquis.  Des cartons de livres, on en a 500…. De quoi faire 🙂 On vous en reparlera…
  • A trop faire de cotes, on a perdu le sens des proportions, et M n’a plus su écrire… Voir ci-dessous la cote produite et celle qui aurait du être faite !

  • Et quand F est parti pour des activités syndicales à plein temps, on a organisé un piquet de grève en guise de pot de départ. Il y avait en réalité beaucoup d’affection dans cette banderole !

 

On s’est aménagé les choses pour nous rendre la vie plus belle
  • Nos derniers jours à Aubervilliers ont été émaillés de parties de ping-pong bien rythmées.

 

  • Nos premiers jours par contre, ont permis à F d’exprimer toute sa créativité en design et aménagement intérieur.

 


 

On a fait des commandes… et on s’est trompés !
  • Certaines nous ont tellement fait rire qu’on en a fait des posters qu’on a soigneusement déménagé à chaque fois.
  • erreurs d’acquisition pour ces jeux vidéo tout en anglais…

 

On a surveillé notre chantier 
  • On vous a parlé beaucoup déjà de notre 1/2 étage. Il a posé problème à d’autres que nous, et même notre ascenseur s’y perd : tout sera rétabli pour l’ouverture où seuls nos deux étages figureront.

On s’est lancé des défis 
  • M a voulu guider tout le monde dans Issy-les-Moulineaux. A cette occasion, on a pris la mesure de son sens de l’orientation. On la laissera quand même peut être nous guider encore, vu qu’après avoir fait errer longtemps, elle paie sa tournée 😉
  • On a fait cuire une galette des rois, tant et si bien qu’on a même pu en offrir une part aux pompiers venus par l’odeur alléchés .
  • On ne se souvient plus qui a eu l’idée de cette BHLM de l’extrême en plein mois de décembre, mais elle reste gravée dans la tête de ceux qui l’ont fait !

 

 

  • De tous les défis relevés, celui du jour où F fit danser A sur la musique prometteuse de Dirty Dancing reste le plus beau :  des photos existent !
Des déclarations ont été faites  et des cadeaux offerts 
  • Un matin,  C pousse la porte du bureau, se plante devant L et lui dit tout de go avoir rêvé qu’elles élevaient un enfant ensemble : la chose drôle de l’affaire, c’est la tête qu’a fait L face à cette annonce inattendue.
  • Nos anniversaires et Noël ont été l’occasion de s’offrir un pistolet à eau géant, 40 briquets (certains géants), une corde à linge utile pour toute circonstance, des trèfles qui poussent, un matériel à natation synchronisée, des bonbons, des glaces, des chouquettes, et des trucs orange.
… Et des phrases inventées sont devenues nos leitmotiv 
  • Pour nous, il n’y a aucun problème à évoquer la cinquième roue du carrosse, à se tirer les pattes dans le dos, ou à se planter le compas dans le nez. Aucun, vraiment.
  • Mais le plus beau, le sublime fut atteint avec “j’ai le cerveau qui clapote dans un baquet d’eau tiède” sorti un jour moite de brainstorming et qui fit exploser de rire tout l’openspace.
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Cent ans déjà… Et un peu moins de solitude

Quel point commun entre une fête de quartier, une ludothèque, un centre d’animation, un espace public numérique, un centre de formation sociale, des cours socio-linguistiques?… C’est L’ENS ou encore « École Normale Sociale », cet établissement qui, malgré – ou grâce à -ses cent belles et rondes années, se révèle être un poumon stratégique de la vie du quartier la Chapelle, dans le 18e arrondissement.

Ce que vous connaissez probablement du lieu, c’est l’accueil des enfants, peut-être la chorale et les cours de gym douce, les évènements comme Squares en fête et la fête du quartier, ou encore le jardin collectif – et lieu d’échange – Arrière-cours 93 (http://arrierecour93.blogspot.fr )…

Banderole réalisée pour 18e en fête.

Ce que vous connaissez peut-être moins, c’est sa vocation d’école, de centre de formation des travailleurs sociaux. À l’origine, en 1911 donc, l’action sociale est balbutiante et le projet par conséquent novateur. Jacques ELOY, sociologue et administrateur de l’ENS, rappelle ainsi « qu’à l’époque de la création de l’école, les droits sociaux, les politiques sociales, l’État providence n’existaient pas, mais que, par contre, il existait une monumentale question sociale issue (…) de la révolution politique de 1789 et de la révolution industrielle ». Le lieu répondait donc à un pressant besoin. L’action sur le terrain s’est développée ensuite, et l’ENS fait aujourd’hui partie d’un réseau d’une trentaine de centres sociaux sur Paris.

Ces deux aspects réunis dans une même structure laissent supposer une interaction toujours vive entre théorie et pratique. En tout cas, nous avons particulièrement apprécié de travailler sur l’organisation de la fête de quartier en juin dernier avec l’équipe de l’ENS. Un vrai régal !

 

Adresse:
2 rue de Torcy
75018 Paris 18e

Site internet : http://www.ensparis.fr

 

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Élise, libraire au Rideau Rouge (Paris 18ème)

Nous donnerons régulièrement la parole aux Pajoliens sur ce blog.  Voici donc notre deuxième portrait, celui d’Élise qui s’occupe, en tandem avec Anaïs Massola, de la librairie Le Rideau Rouge. 

Entrée de la librairie « Le Rideau Rouge »

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Nous les avons rencontrés

Vous avez sûrement entendu parler de « concertation », un terme très à la mode qui frémit sur les lèvres dès qu’un projet d’aménagement urbain pointe… Et bien, la ZAC Pajol en offre un exemple réjouissant. C’est ce que nous ont appris les rencontres de Siska Pierard ou Olivier Ansart, qui par leur implication dans la vie associative du quartier la Chapelle, en sont les témoins.

Retour dans le temps… En 1994, le 1er projet de ZAC est présenté. Il propose majoritairement des logements, dans un quartier déjà extrêmement densifié. Il sera abandonné à la fin des années 90. En 2001 le projet est relancé, mais en comptant sur un regroupement de voix  « locales », la Coordination Espace Pajol (CEPA) créée en 2002, regroupant plusieurs associations du quartier, est bien décidée à faire entendre sa voix sur des propositions concrètes. Une lutte de longue haleine, donc, qui aboutira à une réelle prise en compte de la plupart des propositions dans le projet actuel…

Et vous pensiez qu’ils s’arrêteraient là ??? Ces agitateurs de conscience citoyenne se retrouvent sur les problématiques qui touchent le quartier, et actuellement le projet « Chapelle internationale », qui prévoit de remodeler le nord du quartier La Chapelle.

Allez donc voir le site de lAssociation pour le Suivi de l’Aménagement Paris Nord – Est 18ou celui de l’association Cactus.

Et Siska Pierard de répéter sa motivation, une préoccupation pour la chose « publique », une certaine idée du bien-être pour tous…

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Bibliothécaire dans la future halle Pajol

Nous donnerons régulièrement la parole aux Pajoliens sur ce blog. En attendant d’intégrer le quartier, nous avons interrogé ceux que nous avions sous la main !

On commence avec Lola, bibliothécaire.

Qui êtes-vous et depuis quand fréquentez-vous ce quartier ?

Bibliothécaire dans la future halle Pajol, et habitante de la rue du Département, côté 19e depuis 2008.

Qu’est-ce que ce quartier a de particulier pour vous?

J’y habite ! J’aime le côté « croisée des chemins », entre le canal et la Chapelle. Et j’ai un faible pour les paysages de voies ferrées et les espaces très dégagés que ça permet.

Pouvez-vous nous parler de ce qui s’y passe ?

Tout change ! Des rues entières sont refaites et méconnaissables d’un mois à l’autre.

Quel est le lieu que vous préférez dans la journée ?

Les jardins d’Eole.

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