Retour sur le cycle VOIE DES INDES – 2018

La bibliothèque Vaclav HAVEL organise chaque année un temps fort autour de l’édition indépendante.

Avant de nous retrouver pour le cycle 2019 qui débutera en octobre et qui sera consacré aux Editions de l’Ogre et aux Editions Magnani, revenons sur l’édition 2018.

A l’automne 2018, Le Nouvel Attila et les éditions des Elephants nous ont fait l’honneur d’accepter notre invitation.

Le Nouvel Attila« L’éditeur qui met du sang dans son vin »la-nouvel-attila

 » Littératures étranges et étrangères… Le nouvel Attila cultive les genres inclassables et les mauvaises herbes littéraires, en proposant traductions, rééditions de trésors oubliés, et quelques auteurs français choisis. »

 

Les éditions des Eléphantsles-editions-des-elephants

 » Nées en 2015 sous le signe de la longévité, les Éditions des Éléphants proposent des albums pour enfants qui cultivent toutes les qualités de l’éléphant. Force, grâce, intelligence, mémoire… se retrouvent au fil de nos livres. »

 

Retouvez ici et la liste des ouvrages de ces 2 éditeurs présents à la bibliothèque Vaclav HAVEL.

Diverses animations ont été proposées à nos usagers par ces deux maisons d’édition.

Pour Le Nouvel Attila :

  • Une rencontre à la Librairie Le Rideau Rouge (Paris 18e) avec Gauz, l’auteur des romans Debout-payé et Camarade Papa.
  • Une lecture/performance en dialogue à partir du livre Entrée libre de l’artiste et écrivaine Mélanie Yvon.
  • Un atelier de lecture de manuscrits organisé par l’éditeur du Nouvel Attila, Benoit Virot.
  • Un atelier de création de livres avec Viviana Curtis Mendez des éditions La Guêpe cartonnière, artiste invitée par Benoit Virot.
  • Une exposition de 4 illustrateurs du Nouvel Attila : Clément Vuillier, Jonathan Martin, Helkavara, Denis Pouppeville.

Du côté des éditions des Eléphants  :

  • Une exposition de gravures sur bois de l’artiste et illustratrice May Angeli.
  • Un atelier de linogravure animé par May Angeli.
  • Un atelier d’écriture animé par Sigrid Baffert, l’autrice des albums Igor et Souky.

Parallèlement à ces événements ponctuels, notre club de lecture et nos ateliers hebdomadaires pour enfants et adolescents furent respectivement consacrés à ces 2 belles maisons d’édition.

Retrouvez sur notre chaîne You Tube l’interview filmée de Benoit VIROT, éditeur et fondateur des éditions Le Nouvel Attila.

Image de prévisualisation YouTube

 

Et ci-dessous l’interview retranscrite de Ilona MEYER et Caroline DROUAULT, éditrices et fondatrices des éditions des Elephants.

Bonjour ! Tout d’abord, pouvez-vous nous dire ce qui vous a donné envie de devenir éditeur jeunesse d’une part et surtout éditeur indépendant ? Est-ce une carrière à laquelle vous êtes venu sur le tard ou alors un rêve de jeunesse ?

Caroline Drouault : Pour ma part, l’idée de travailler dans l’édition trottait dans mon esprit parmi d’autres rêves, durant mon adolescence. Disons que travailler dans l’édition jeunesse en a déjà réuni deux ! C’est après avoir travaillé plusieurs années pour de plus ou moins grosses structures éditoriales que j’ai eu l’envie de retrouver l’énergie et l’enthousiasme d’une petite maison d’édition. Et l’occasion de la créer et de la développer aux côtés d’Ilona Meyer, comme elle me l’a proposé, a été pour moi une chance inouïe.

Ilona Meyer : Comme de nombreux enfants avec des difficultés d’orthographe, j’ai beaucoup été encouragée à lire. Bien que cela n’ait pas eu d’effets très concluants sur mon orthographe, ce fut le début d’une grande amitié. Pour l’enfant que j’étais, les livres ont été des familles de passage, des compagnons d’aventure, des radeaux de fortune, ils m’ont aidée à traverser l’enfance puis l’adolescence. Cet amour de jeunesse pour la lecture, une fois né, ne vous quitte jamais complètement.

C’est d’ailleurs ce constat qui est à la source de mon désir d’éditer plus spécifiquement de la littérature jeunesse. J’ai la conviction qu’une partie de l’avenir du livre repose sur les éditeurs jeunesse et leur capacité à transmettre cet amour.

D’ailleurs, comment définiriez-vous ce qu’est un éditeur indépendant ? Indépendant de quoi, de qui ? Pourquoi ?

Caroline Drouault : Dans notre cas, c’est très simplement une indépendance financière, qui nous garantit une totale indépendance éditoriale.

Ilona Meyer : Oui c’est cela, grâce à elle la préoccupation de rentabilité n’est pas notre préoccupation première. Cela nous permet de publier des projets moins évidents, de suivre des artistes, de prendre le temps d’installer des collections dans le temps. Et au final ce n’est pas une mauvaise stratégie financière car l’essentiel de nos titres ont vocation à devenir du fond, et à avoir une durée de vie plus longue qu’un projet commercial.

 Est-ce important pour vous de rester indépendant et pourquoi ?

Ilona Meyer : Oui, cela nous offre la possibilité d’avoir les bonnes priorités.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

 Caroline Drouault : Dans le cas d’une petite maison d’édition comme la nôtre, il faut pouvoir changer de casquettes des dizaines de fois par jour, ça, c’est la première qualité ! Jongler entre les métiers d’éditeur, de communicant, de fabricant, se rendre sur les salons, défendre les livres devant nos commerciaux… Mais aussi, avoir de la curiosité pour faire naître des projets et une vraie exigence quant à nos choix éditoriaux.

Ilona Meyer : Je dirais qu’il faut aussi beaucoup de rigueur, afin que les fautes d’orthographe que je tente de glisser dans les textes d’auteurs ne se retrouvent pas dans les livres imprimés. Plus sérieusement il y a beaucoup d’étapes dans la fabrication d’un livre, et il faut rester vigilant d’un bout à l’autre.

Sur une autre note, il me semble que pour être éditeur jeunesse, il est essentiel d’avoir un immense respect pour ses lecteurs et une très très haute estime de l’enfant. Il m’arrive parfois, quand je dis à quelqu’un que j’édite de la littérature jeunesse, que le propos soit accueilli avec un petit sourire, l’équivalent d’un « comme c’est mignon ». Or si nos lecteurs sont incontestablement mignons, ils sont aussi exigeants, curieux, vifs et féroces. Il nous faut donc tenter de faire des livres qui soit à la hauteur, voire viser parfois plus haut encore que chez l’adulte car on sait tous que l’enfant, lui, n’a pas renoncé à atteindre ce qui semble hors de sa portée.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre travail ? Qu’est-ce que vous aimez moins ?

 Caroline Drouault : Ce que je préfère : les prémices d’un projet, quand tout reste à imaginer, l’illustration, la forme, la fabrication… Mais également recevoir le livre imprimé, c’est toujours un immense bonheur. Pour ce que j’aime le moins… Je n’ai pas de grand talent pour anticiper l’organisation d’événements ou de salons, la décoration, l’installation… Heureusement que ma comparse Ilona est douée pour ça !

Ilona Meyer :

Le moins, c’est facile, c’est les factures !

Le plus, au quotidien, l’aventure en bonne compagnie ;  Caroline, nos auteurs, nos apprenties, et tous les acteurs de la chaine du livre.

Quelles sont les difficultés du métier?

Caroline Drouault : Refuser un projet… Surtout quand il n’est pas mauvais, et qu’il a été réalisé par un auteur que l’on aime bien… C’est juste que parfois, ce n’est pas le coup de cœur, ou bien on ne le voit pas bien dans notre catalogue, on ne sait pas comment on pourrait le défendre… C’est difficile de dire non.

Avez-vous une anecdote particulière à raconter par rapport à votre métier ?

 Caroline Drouault : Je n’en ai pas parlé plus haut mais nous avons la chance de vivre de grandes émotions dans ce métier ! C’est la chance que nous avons en côtoyant artistes et littérature… Je me souviens de nos tout débuts… quand nos projets étaient encore dans nos têtes, à l’état de brouillon ou de crayonnés… et May Angeli est arrivée avec les toutes premières gravures de La Flaque. Ilona a été si émue qu’elle a eu les larmes aux yeux !

Quelles sont les maisons d’édition qui vous ont donné envie de devenir éditeur ? Y’en a-t-il ou alors sont-ce avant tout les œuvres et les auteurs qui vous ont mené à ce métier ?

 Caroline Drouault : Pour ma part, grande lectrice, j’étais attirée par les coulisses du livre, sans bien savoir ce que cela représentait. L’idée de me diriger vers la littérature jeunesse me tentait en raison de la richesse et de la qualité du secteur. J’ai alors été me promener au Salon de Montreuil et j’ai été séduite par les « petites » maisons qui avaient une vraie âme, comme Syros, Épigones…

Y a-t-il un point commun entre tous les albums que vous avez édités ? Avez-vous une ligne éditoriale bien définie ou fonctionnez-vous à l’instinct ?

Caroline Drouault : On peut dire que nous avons une ligne définie, un univers qui nous est propre. Nous n’avons pas de limite d’âge, que le livre s’adresse aux bébés ou aux adolescents, mais nous ne publions que de l’illustré, fiction ou documentaire. Des ouvrages qui parlent aux émotions, qui aident à grandir, à découvrir le monde, qui ouvrent à la différence, et à un jugement nuancé sur la société. Ils s’inscrivent souvent dans un registre réaliste (histoires vraies, récits de vie, histoires en écho avec le monde d’aujourd’hui…) mais ce peut être aussi des contes traditionnels issus de différentes cultures, porteurs de sagesse, de valeurs fortes (humanisme, ouverture aux autres, au monde, justice, etc).

Ilona Meyer : Néanmoins cela n’exclut pas l’instinct. Il arrive parfois un texte, ou sans que cela soit évident nous sentons instinctivement qu’il a sa place dans notre catalogue. C’est comme une intuition de ce qu’il pourrait être si, ensemble, auteur et éditeur puis illustrateur nous parvenons à lui trouver la bonne forme, le bon écrin.

Quels sont vos critères de sélection pour publier un album ? Recevez-vous beaucoup de propositions spontanées ?

Caroline Drouault : Nous recevons énormément de propositions mais étant donné que nous ne publions qu’une quinzaine de titres par an, nous en écartons forcément 99% ! Premier critère, il faut que le texte soit bon, bien écrit, qu’il nous touche, même en tant qu’adulte. Deuxième critère : est-ce qu’il correspond à notre catalogue, est-ce qu’on le voit aux Éléphants ?

Quelle est la part de premiers livres dans vos publications ? En recevez-vous souvent ?

Caroline Drouault : De premiers livres, pas beaucoup. Je dirais, un ou deux par an dans notre production. Mais dans tout ce que nous recevons au quotidien, nous ne faisons pas le tri entre ce qui est  « premier livre » ou pas.

Avez-vous déjà regretté d’avoir refusé  un auteur ou un illustrateur ?

Ilona Meyer : Non, car quand on refuse un projet, nous avons de bonnes raisons.

Souvent le projet n’a pas l’étoffe que nous souhaitons. Parfois, et là cela peut être plus douloureux, nous ne sommes pas la maison adéquate pour soutenir ce projet. Dans ces cas-là on peut avoir la nostalgie de ce qui aurait pu être… Mais au final quand nous aimons un projet, nous lui voulons du bien, et il faut savoir admettre que parfois cela signifie qu’il doit trouver un autre compagnon de route.

Caroline Drouault : Non. Si on l’a refusé, c’est qu’il y avait une raison. Qu’il manquait une dimension au projet, ou bien qu’on ne voyait pas comment l’inscrire chez nous… Mais quand les projets sont bons, ils sont de toute façon publiés, alors je n’ai pas de regrets ! Les livres existent. Nous, nous essayons de garder un catalogue cohérent. Quand on est une petite maison, il n’y a que comme ça que l’on peut être repéré. Si l’on s’éparpille, plus personne ne saura quoi venir chercher chez nous…

Quels sont les critères pour déterminer si un livre est un succès ? Les ventes ? L’accueil critique ?

 Ilona Meyer : La réception, celle des lecteurs des libraires et des bibliothécaires, des critiques. Si les ventes sont aussi au rendez-vous j’avoue que cela ne fait pas de mal…

Caroline Drouault : Les ventes, l’accueil critique, les prix littéraires… Et quand on a les trois, c’est le grand succès !

Qu’est-ce que vous aimez lire ?

 Ilona Meyer : Je lis principalement des romans, un peu de science-fiction et des romans policiers. En ce moment j’explore surtout la littérature américaine.

Caroline Drouault : Je lis essentiellement des romans et des récits : littérature étrangère et contemporaine, polar, grands classiques du XIXe siècle…

 Fréquentez-vous les bibliothèques ?

 Ilona Meyer : Aujourd’hui pas assez, mais enfant c’est là que j’ai trouvé le plus grand nombre de mes lectures et que j’ai affiné mes goûts.

Caroline Drouault : Oui, mais plutôt le rayon jeunesse, que je fréquente pour des raisons professionnelles et pour mes enfants. Quant à mes lectures personnelles, je les trouve en librairie.

 

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La Voie des Indés- Focus sur l’édition indépendante

 

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Qu’est-ce que l’édition indépendante ?

Selon l’académie du prix Hors Concours, partenaire du festival, l’édition indépendante c’est avant tout : « Braver les habitudes et le goût dominant, publier des auteurs inconnus au mépris des obstacles, porter ces catalogues avec un heureux mélange de hardiesse et d’insolence.».

La maison d’édition indépendante, un projet singulier porté par des passionnés

Dès sa création, le festival La Voie des Indés a souhaité mettre en lumière ces petites maisons d’édition au projet fort et à l’identité très marquée.

En 2015, la première édition du festival  proposa des rencontres avec les partenaires la libraire Le Rideau Rouge et la Fontaine O Livres autour de la rentrée littéraire de l’édition indépendante.

En 2016, deux maisons d’édition furent associées : Le Tripode (littérature générale) et Six pieds sous terre (BD). Bibliothécaires et éditeurs ont collaboré pour proposer une programmation riche et originale au public : rencontre avec Ali Zamir, jeune auteur comorien d’Anguille sous roche édité au Tripode, la réalisation d’une exposition autour de planches originales des éditions 6 pieds sous terre ou encore la création d’une sieste littéraire (enregistrement sonore, vidéo,..).

Cette année, la littérature jeunesse était représentée par la maison d’édition L’Agrume et la littérature générale par Aux Forges de Vulcain.

Le cycle s’est ouvert avec un club des lecteurs spécial Voie des indés le samedi 21 octobre de 10h30 à 12h et une rencontre avec Gilles Marchand.

Récompensé par plusieurs prix littéraires pour son précédent roman « Une bouche sans personne », Gilles Marchand est venu discuter de sa nouvelle parution « Un funambule sur le sable », également édité par les éditions Aux Forges de Vulcain. Cette rencontre a été suivie par une séance de dédicace.

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Le samedi 18 novembre : c’était l’atelier d’écriture animé par David Meulemans, fondateur du site DraftQuest et de la maison d’édition Aux Forges de Vulcain.atelier-ecriture-voie-des-indes-3atelier-ecriture-voie-des-indes4

Deux expositions étaient accrochées à la bibliothèque :  des couvertures des éditions Aux Forges de Vulcain  et des gouaches de L’Animagier, de Camille Louzon, et les aquarelles de L’Orchestre, de Chloé Perarnau.

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Les ateliers J+ (le mercredi de 15h à 16h) ont été consacré à la création d’un livre pop-up, une customisation de carnets et un atelier autour de l’édition « comment s’élabore et se fabrique un livre ». Cet atelier était animé par Guillaume Griffon des éditions de l’Agrume

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Mercredi 8 novembre, l’illustratrice Camille Louzon a proposé un atelier artistique autour de son livre L’animagier, un bestiaire drôle et décalé et mercredi 15 novembre, Anne-Hélène Dubray, illustratrice et graveuse a animé un atelier autour de son livre pour les enfants Les farceurs.

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Le samedi des petits fut une séance de « p’tit déj’ comptines, éveil musical et histoires », animée par deux bibliothécaires qui ont lus des albums des éditions l’Agrume.

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Enfin, nous avons terminé ce cycle le samedi 18 novembre par une après-midi conviviale avec une table ronde autour de l’édition indépendante et de sa place dans l’écosystème du livre en France, animée par Gaëlle Bohé, fondatrice de l’académie Hors Concours (prix littéraire de l’édition indépendante) et accompagnée par David Meulemans des éditions Aux Forges de Vulcain, Guillaume Griffon des éditions de l’Agrume et d’Élise Henry, libraire Au Rideau Rouge.

Des ventes, dédicaces et un pot ont clôturé cette journée et ce cycle.

 

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Le club des lecteurs avec Ali Zamir

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Le samedi 15 octobre nous avons eu la chance de rencontrer Ali Zamir. Voici l’enregistrement de ce moment riche en discussions sur les femmes, la littérature, les langues, le monde de l’édition et la situation actuelle des Comores. Un grand moment de joie et de partage à (ré)écouter !

 

 

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Independence Day of the Reader’s Club

Un manifeste pour la liberté d’édition.

Mes très chers camarades indépendants,

Le 17 octobre dernier avait lieu le 7498ème comité pour l’indépendance de l’édition sis en salle Allegro de la bibliothèque Vaclav Havel, établissement connu pour être un soutien sans faille dans notre combat. Son opération dite de la « Rentrez des Indés » est en effet l’un des pivots de notre lutte indépendantiste et ce depuis pas moins d’à peu près 1 an selon la police corrompue, 1 an et demi selon les sources bien plus fiables de notre mouvement.

A cette occasion, épaulés par deux bibliothécaires d’une inestimable qualité, nous discutâmes avec force lecteurs de nos maisons d’éditions indépendantes et de l’incroyable mérite des écrits qu’elle s’efforcent de publier. Ce fut un moment de convivialité et d’échanges qu’hélas on ne vit plus que fort peu, en particulier depuis que Gallimard contrôle le monde en sous-main et que les enfants ont cessé de travailler dans les mines, ce qui fait qu’ils envahissent les espaces de la bibliothèque susnommée en glapissant d’étranges cris inintelligibles.

Mais avant de pousser plus avant la description de ce fabuleux comité, arrêtons-nous un instant sur l’édition indépendante.

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L’océan au bout du chemin de Neil Gaiman

voie des idés

Comment une mare peut elle se transformer en océan ? Comment une baby sitter qui plait trop à son père est une créature maléfique venue de la forêt ? Tout est une question de point de vue et peut-être d’âge, pense le narrateur qui se souvient de l’année de ses 7 ans….

Neil Gaiman plonge son lecteur au cœur des terreurs enfantines. A mi-chemin entre Edgar Poe et Tim Burton, il distille si bien le fantastique qu’il est difficile d’établir une frontière entre rêve et réalité. Il faut se laisser porter par la poésie de l’écriture…

Retrouvez ce livre dans nos collections : ICI !

Et les autres de l’auteur : 

L’étrange vie de Nobody Owens

Odd et les géants de glace

American Gods

Coraline

De bons présages

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John King – White Trash

John King est l’un des auteurs qui a le mieux décrit l’univers des londoniens blancs issus des classes sociales les plus basses. On doit notamment le remercier pour nous avoir appris a apprécié les hooligans grâce à ces précédents ouvrages Football Factory et Skinheads. Cette fois il a décidé de nous raconter une histoire a deux voix : Ruby, jeune infirmière issue de la classe populaire et qui vit dans une misère relative au milieu des drogués et des coups foireux ; M. Jeffreys, médecin riche, de bonne éducation et très cultivé qui vient d’être débarqué dans l’hôpital de la ville (qui ne sera jamais nommée).

Au lieu de dépeindre la dureté de l’univers hospitalier, John King a choisi de consacrer encore une fois son livre à la classe populaire, leurs rêves et conditions de vie, en y superposant une intrigue de thriller qui s’ajoute au fil des chapitres. La narration à deux voix, alternant un style cru et direct pour l’infirmière avec un style plus délicat et aéré pour le nanti, dilue malheureusement le propos social.

Et malheureusement, plus l’intrigue “policière” avance et plus l’on a l’impression de se trouver devant une mauvaise adaptation d’American Psycho.

Thomas

voie des idés

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Drift de Thierry Di Rollo

Dans un futur lointain, la terre n’est plus que l’ombre d’elle-même. Exsangue, clochardisée, et sous K.Beckin (une drogue de synthèse), sa population ne vit que la nuit ; les diurnes, de riches tueurs montés sur des mantes géantes donnent la chasse aux humains qui sortent le jour. Toute sa population ? Pas tout à fait : outre les diurnes, d’autres humains vivent sous le soleil. On les appelle les Justes, ce sont l’élite des terriens. Technologiquement améliorés (certains sont même immortels), ils vivent à l’écart de la plèbe, protégés, et ourdissent un départ imminent de cette Terre devenue désormais stérile par leur faute.

drift

Dans ce beau titre de science-fiction (vous l’aurez deviné), nous suivons Darker, cœur meurtri mais gâchette magique. Il brave le jour, ne sait plus où est sa place suite au décès de sa compagne, et embarquera malgré lui sur le Drift, vaisseau interstellaire titanesque construit par les Justes pour trouver une nouvelle Terre.

Di Rollo nous propose un texte de 340 pages où se mêlent différents thèmes de science fiction : post apocalyptique avec cette terre et son humanité ravagées, space opéra à bord de ce monumental vaisseau perdu entre les galaxies, et même cyberpunk avec la nano-technologie des Justes. L’auteur offre d’ailleurs ici un beau questionnement sur la solitude de l’homme immortel.

Une écriture dynamique qui tient en haleine, une intrigue originale et des environnements variés vraiment réussis, rien à redire : Drift est une belle pépite de SF dégotée pour la Voie des Indés !

Arthur

voie des idés

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Jeremiah Johnson, le Mangeur de foie de Raymond W. Thorp

Jeremiah

Ce texte de 280 pages retrace les péripéties et rudesses de la vie du trappeur Jeremiah Johnson : lutte ou vendetta contre les différentes tribus indiennes (Shoshonnes, Crows, Sioux, Utes etc.) et récolte de scalps qui les accompagne, chasse à la fourrure, survie aux rudes intempéries des Rocheuses, entretien quasi-fétichiste pour ses armes et solidarité avec les autres montagnards.

L’ouvrage, jusque dans sa narration, nous montre bien la construction d’une légende du folklore américain (propos rapportés, citation systématique des sources). L’écriture austère, très factuelle, ne s’embarrasse pas d’effets de style et le cynisme laconique des trappeurs peu diserts n’en est que plus mordant.

A mi-chemin entre le documentaire, la recherche universitaire et le mythe, Jeremiah Johnson le Mangeur de Foie vous transportera dans les Rocheuses de 1850, où la sauvagerie se fait légende. 

Arthur

voie des idés

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La vie rêvée de Rachel Waring de Stephen Benatar

Une lecture qui ne vous laissera pas indifférent : découvrez le quotidien de Rachel Waring alors qu’elle s’installe à Bristol dans un hôtel particulier du 18e siècle dont elle vient d’hériter. Finie la vie de vieille fille avec sa colocataire, Rachel, à 47 ans, veut concrétiser ses rêves. Elle se met à tourbillonner dans un nouvel univers, fait des mondanités, noue des amitiés et se plonge dans la rédaction d’un roman… Notaire, jardinier, pharmacien, pasteur, sont autant d’objets de fantasme pour la virginale Rachel, qui n’aspire qu’à connaitre l’amour et la sensualité. Elle l’a décidé, ce nouveau départ sera l’occasion d’exprimer son optimisme et de montrer à tous la femme « épatante » qui sommeille en elle !


Piégé dans les pensées de Rachel, le lecteur n’appréhende l’histoire qu’à travers ses considérations et impressions. Celle-ci étant prisonnière de ses illusions, c’est donc au lecteur de tenter de rétablir la vérité et de déceler les vraies intentions de son entourage. Ce qui est déroutant dans la lecture de ce roman introspectif, c’est le fossé qui semble se creuser entre la réalité et la « vie rêvée de Rachel ». Où est le vrai du faux ? L’imaginaire de Rachel, nourri de romances et comédies musicales du début du siècle dernier, s’emballe et c’est au fil des pages que l’on assiste à son glissement dans la folie.


Ne vous attendez pas pour autant à ce que cette descente aux enfers soit triste et morne. L’écriture est rythmée, l’optimisme de Rachel à toute épreuve et l’inconvenance de ses réactions donne lieu à des situations très cocasses. Car oui, il y a de l’humour dans ce texte, un humour noir qui, avec ces touches de cynisme, souligne à quel point les réactions de Rachel sont inadaptées et ce personnage qui pouvait sembler agaçant devient dès lors touchant. Stephen Benatar nous offre un roman psychologique toute en justesse et subtilité et nous permet de faire la rencontre d’une femme vraiment épatante !

Lisa et Emilie
Et en bonus : La playlist de Rachel
Editeur : Le tripode
Date de parution : 28/08/2014
Langue : Français
Format : grand format
Dimensions : 20,0 cm x 15,0 cm x 2,5 cm
ISBN-13 : 9782370550293
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L’île du point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès

L’Ile du Point Nemo, s’ouvre sur le récit historique d’une bataille… de soldats de plomb !

Ce n’est que la première surprise d’une série de péripéties dont les rebondissements tiennent le lecteur en haleine d’un bout à l’autre de ce roman d’aventures palpitantes, foisonnant d’inventions.

Martial Canterel part avec son  vieil ami John Shylock Holmes rechercher un fabuleux diamant, l’Anankè qui a dérobé à Lady MacRae.  Accompagnés de Verity, la fille de Lady Mac Rae les voilà bientôt embarqués dans le Transsibérien à la poursuite du coupable.

En parallèle, on suit la mauvaise fortune d’Arnaud, le patron d’une fabrique de cigares du Périgord où se perpétue la tradition de la lecture à voix haute, obligé de mettre la clé sous la porte et dont la femme est plongée dans le coma. Son usine vient d’être rachetée par Monsieur Wang, un chinois pervers, directeur de B@bil Books, une entreprise spécialisée dans l’assemblage de liseuses numériques où travaillent Fabrice Petitbout, le geek abandonné par sa mère, et la belle Charlotte.

Mais il y a aussi Dieumercie Bonacieux le mari impuissant de Carmen qui invente pour lui les remèdes les plus extravagants, et beaucoup d’autres dont les histoires semblent au départ indépendantes mais que l’auteur imbrique au fil des chapitres pour nous conduire à la surprise finale.

On n’est jamais loin de L’île mystérieuse, de Vingt Mille Lieues sous les Mers, ou du  Crime de l’Orient Express…. Avec de nombreux clins d’œil littéraires, des mises en abyme vertigineuses,  des  traits d’humour, et une ironie décapante ce roman suscite aussi  en filigrane une réflexion sur la lecture et l’écriture, l’avenir du livre, la philosophie, l’écologie et la politique mondiale actuelle. A découvrir d’urgence !

 

 

 

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L’Affaire est dans le sac en papier

Cet article fait partie de l’opération La Voie des indés.

S’il y a bien une chose dont on peut être certain en refermant L’Affaire est dans le sac en papier, c’est que « le cadavre était mort ». Jean-Jacques de Tréfond-Trévise a été assassiné dans une pièce de son hôtel particulier du 79 rue des Cailloux-qui-Moussent, pièce dont la porte était verrouillée de l’intérieur et ne comportant aucune ouverture sur l’extérieur. Mais qui peut bien être l’assassin ? Le majordome, le valet de chambre, la cuisinière, la (très jeune) veuve, le neveu, le chauffeur, le jardinier, un nain ?
Lisez et vous le découvrirez peut-être.

       

Si vous cherchez un vrai roman policier passez votre chemin, mais si vous en avez ras-le-bol de ce genre littéraire plein de clichés et usé jusqu’à la corde, ce livre est fait pour vous.
Ici l’histoire du meurtre, la fameuse « Affaire », n’est qu’un prétexte à l’humour et à la dérision. L’auteur s’amuse avec les mots, avec la narration et surtout avec nous, lecteurs. Dès les premières pages, un pacte de lecture est suggéré : l’auteur connait nos préjugés, nos attentes, et il n’y répondra pas. A prendre ou à laisser. Parodique, loufoque, absurde, long et labyrinthique, ce roman mène partout et nulle part. Ce qui pourrait d’ailleurs agacer et/ou décourager un lecteur peu téméraire. Mais ce grand n’importe quoi a quelque chose de jouissif car, en s’affranchissant des codes narratifs, l’auteur nous rappelle à quel point l’écriture est liberté. Boll se lâche et signe un objet artistique à tout point de vue (exploitation des possibilités typographiques et de mise en page, illustrations), un premier roman en forme d’OVNI.

Du 4 novembre au 19 décembre, vous pourrez admirer à la bibliothèque une exposition des 20 dessins originaux de Boll à l’encre de chine représentant les personnages principaux. Mais ce n’est pas tout : l’auteur et Frédéric Martin des éditions Le Tripode seront présents le 20 novembre à 19h pour une rencontre autour de ce roman.

Emilie et Lisa

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The LP collection

Cet article fait parti de l’opération La Voie des indés.

Le concept de Laurent Schlitter et Patrick Claudet de présenter 50 LP de groupes totalement underground afin de réhabiliter la critique comme style littéraire est une belle réussite. A travers chaque texte on retrouve la ferveur qui a agité la presse musicale à une certaine époque. Au fil des critiques on retrouve cités Sonic Youth, Danger Mouse, Beach House mais aussi Shakespeare, Will Self ou Tarantino. Références tellement importantes qu’on retrouve un étrange glossaire à la fin du livre où sont répertoriées toutes les artistes cités.


Les deux auteurs pousseront leur concept jusqu’à proposer des compilations (http://thelpcompany.bandcamp.com) regroupant des reprises des morceaux cités dans le livre par d’autres groupes (Fauve, Holden…). Malgré cela on arrivera à se rendre compte, en lisant entre les lignes, de la supercherie. Toutes les histoires qui nous sont racontés sont de pures inventions. The LP Collection, la collection de Laurent et Patrick ou la volonté de réveiller les sens des lecteurs mais également de critiquer la surconsommation musicale aussi bien que l’élitisme des amateurs éclairés.

Thomas

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Journal de bord de l’Havel, samedi 18 octobre, 10h30

Déjà un an que le vaisseau Havel est à flot. Les vivres ne manquent pas et le moral est au beau fixe. Depuis quelques semaines, le navire a pris la Voie des Indés. Le club de lecture, sur le pont, s’apprête à augmenter la voilure en cette matinée où le soleil est haut, la mer calme, et les cookies savoureux.

voie des idés

Après avoir brièvement observé la carte marine dans sa cabine richement décorée, Caroline, la capitaine de ce beau voilier, a l’œil rivé sur la longue-vue.  Les quelques goélands qu’elle aperçoit au loin peinent à voler contre le vent. Bon signe : la brise se lève. La direction est toute trouvée : cap sur l’édition indépendante !

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Debout-payé de Gauz

Debout-payé

Debout-payé

Gauz

Le nouvel Attila

« DEBOUT-PAYÉ : désigne l’ensemble des métiers où il faut rester debout pour gagner sa pitance. Le métier de vigile est donc un debout-payé. »

Planté dans un magasin quelconque – Franprix de banlieue ou Séphora de désœuvrés –  le vigile, vêtu de noir, fait figure d’épouvantail. Le vigile n’a pas grand pouvoir, si ce n’est celui de dissuader, et si un vol est effectivement commis, que peut-il faire ? Courir après un énergumène qui aura quoi ? dérobé cinquante euros de marchandises à une grande fortune de France ? « (…) vigile est à la sécurité ce que la  “ vache qui rit” est au fromage. »

Debout-payé suit le périple d’Ossiri, étudiant ivoirien débarqué sans-papiers à Paris, devenu vigile grâce à ses relations. À travers la trajectoire particulière du jeune homme  – mise en perspective avec celle de ses parents et de ses camarades –,  Gauz, l’auteur, interroge l’immigration  africaine, l’accueil et le devenir en France, et par là-même les relations de celle-ci avec ses anciennes colonies. À la manière des allers-retours de tant de familles – partir, envoyer de l’argent au pays, revenir et envisager une meilleure situation, ou au contraire s’installer –, on déambule dans le temps et l’espace.

Le récit est ponctué d’interludes, énumérations de mille constats du vigile en poste : « Plus on s’éloigne de Paris, plus la peau des vigiles éclaircit vers le beurre. En province, loin, loin dans la France profonde, il paraît qu’il y a même des endroits où il y a des vigiles blancs. » S’il ne meurt pas d’ennui et d’indifférence, le vigile observe : car les mœurs consuméristes en disent bien long sur l’individu contemporain. Observer, c’est ce qu’a fait Gauz pour se distraire alors qu’il veillait sur les tee-shirts Camaïeu ou les produits cosmétiques, puisque lui-même fût Debout-payé.

Avec malice, Gauz épingle joyeusement nombre de travers contemporains et aborde l’immigration à Paris sous l’angle de l’histoire d’un métier qu’on se transmet : une planche de sauvetage autant qu’un plongeon dans les clichés. Un livre-mosaïque servi par une écriture nerveuse et un esprit mordant.

Eglantine

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Je peux écrire mon histoire ; itinéraire d’un jeune Afghan, de Kaboul à Mulhouse

Abdulmalik Faizi n’a pas 16 ans quand il doit quitter l’Afghanistan parce que presque toute sa famille a été assassinée par les talibans et que sa vie est menacée. Son oncle paye un passeur pour l’envoyer en Europe.

Abdulmalik Faizi nous raconte ici son périple de plusieurs mois pour arriver jusqu’en France où il vit aujourd’hui. Il va devoir passer par l’Iran, la Grèce et  l’Italie pour arriver en France. Les conditions dans lesquelles il voyage sont très difficiles, il va même risquer sa vie plusieurs fois.

La dernière partie du texte est dédiée à ses premiers mois en France, à Mulhouse, où il est tout d’abord protégé du fait qu’il est mineur et ainsi pris en charge et scolarisé. Il réussit d’ailleurs brillamment ses études. Malheureusement on lui refuse le statut de réfugié politique qu’il demande à sa majorité. Mais un élan de générosité autour de lui se met en place, il est soutenu notamment par ses professeurs et obtient la possibilité de rester en France pour faire ses études.

C’est une journaliste qui a rédigé ce témoignage qui est également illustré par des dessins en noir et blanc de Bearboz.

C’est un texte qui met en lumière les conditions terriblement difficiles que les réfugiés doivent endurer pour arriver en Europe. Ce récit nous fait prendre conscience des risques incensés que ces réfugiés doivent prendre. Il permet aussi d’en apprendre plus sur le système des passeurs.

On aimerait qu’à son arrivée en France, tout aille bien pour Abdulmalik mais ce qu’il raconte montre bien les difficultés que rencontrent les demandeurs d’asile sur notre territoire.

Si le texte a quelques maladresses et répétitions, il a le mérite de nous faire voir de l’intérieur ce que traversent ces réfugiés. C’est un texte dur mais plein d’espoir également pour ce jeune homme (qui vit désormais à Paris).

Delphine

Une interview du jeune auteur ici

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