Le livre que j’ai le plus détesté

Préambule : On vous aura fait attendre (cf l’article d’Olivier, notre excellente plume : Les pires œuvres de l’histoire des œuvres), mais le fan inconditionnel de Houellebecq s’est évaporé, car il est indéfendable… Bon, je viens juste de lire « Houellebecq économiste » du regretté Bernard Maris (Oncle Bernard de Charlie Hebdo), qui l’adorait pour sa peinture du capitalisme agonisant destructeur de l’humanité : « Aucun écrivain n’est arrivé à saisir le malaise économique qui gangrène notre époque comme lui »… Cela ne me le fait pas aimer pour autant, pour moi M.H. est toujours un OVNI littéraire inexpliqué, et les collègues qui l’apprécient (sans les citer : Oliver, Léonel, Alan…) vont peut-être se liguer pour écrire l’article contradictoire au mien… Comme dit Olivier : Stay foot ! restez connectés 🙂

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Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq est le pire des livres que j’ai lus, mais je l’ai lu en entier, ce qui n’est pas mon habitude, quand un livre me déplaît au bout de quelques chapitres, je le referme à jamais. De formation littéraire, comme nombre de mes collègues bibliothécaires, j’aime les classiques des temps passés, je lis peu de littérature française contemporaine (les sanglants prix littéraires de l’automne 2016 ne m’y incitent encore pas), la littérature étrangère m’attire davantage.

Michel Houellebecq est devenu une grande figure du paysage littéraire français contemporain, également très lu à l’étranger. C’est un auteur qui m’intrigue depuis ses débuts, m’inspirant une aversion pour ses positions sur la société, sa misogynie, son côté nihiliste sans appel, ses provocations philosophiques et politiques sur des sujets sensibles dont certains ont envahi durablement la pensée et la vie politique françaises : le racisme, l’islamophobie, la pornographie, la lutte contre l’avortement, l’eugénisme, l’évasion fiscale. J’ai cependant voulu découvrir cet auteur et sa peinture sociale en lisant son deuxième roman il y a une dizaine d’années, œuvre qui ne me suffit cependant pas à me faire une opinion sur le phénomène culturel H., et je ne suis pas aussi douée que Pierre Bayard (auteur de la bible des bibliothécaires Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?) pour vous en faire une plus fine analyse. Plusieurs collègues bibliothécaires m’ayant fait l’éloge de ses œuvres postérieures – La Possibilité d’une île et La Carte et le Territoire, notamment, ce dernier opus qui lui a valu le prix Goncourt en 2010, – je me suis promise de me replonger un jour dans les affres de cet auteur torturé et dérangeant, dussé-je en souffrir.

Après Extension du domaine de la lutte, au titre tout aussi intrigant, œuvre à la philosophie difficile à saisir, et semble-t-il en son temps mal comprise par les critiques, Michel Houellebecq publie Les Particules élémentaires, court roman paru en 1998 qui le fait connaître par une tourmente de critiques acerbes. Ce roman dépeint la vie triste à mourir de deux frères, Michel et Bruno son ainé, affrontant déceptions sur déceptions sur tous les plans : familial, sentimental, professionnel. Bruno est professeur de lettres, érotomane, mauvais père de famille et sombre dans la folie ; Michel est chercheur en biologie moléculaire et s’emploie à révolutionner la reproduction sexuée en annihilant le désir et la souffrance pour atteindre une « mutation métaphysique », le clonage et la « rénovation » de l’humanité.

L’écriture de cette œuvre me parut décevante, pauvre, désagréable, vulgaire, et j’ose espérer (ce que je ne saurai qu’en lisant davantage H.) qu’elle est un effet de style, une vision cynique de la désolation, du « vide » de l’existence de l’homme moderne, voué à la solitude, à la misère sexuelle, à la souffrance, au malheur, dans une société imprégnée de l’individualisme, de la défiance des uns envers les autres, la nôtre, dans notre monde de violence en crise perpétuelle. La révulsion et la déception que j’ai éprouvées en le lisant se sont estompées dans ma mémoire lorsque j’ai lu dans le journal Le Monde les déclarations de la mère de M.H., Lucie Ceccaldi, en réponse aux accusations publiques de son fils qui la haït depuis qu’elle l’a immoralement abandonnée pour poursuivre sa carrière de médecin à l’étranger, propos qui m’apparurent comme une clef du mystère Houellebecq. Pour ce qui est de démêler la réalité de la fiction dans son œuvre, il y a une part d’autobiographie dans ces deux personnages, abandonnés tôt par leurs parents, élevés par leur grand-mère, et c’est le seul aspect de ce roman qui me touche.

Comparé à Zola, icône des médias et de la littérature contemporaine, pour moi, Michel Houellebecq est le peintre et le produit d’une civilisation en déclin, un des symboles les plus tristes de la société française actuelle, qui s’affole et s’enlise dangereusement à chaque période d’élections, une société marquée par le spectre des régressions sociales, de l’intolérance, du populisme et la résurgence de la boîte de Pandore propre au libéralisme économique et politique : les valeurs réactionnaires travail-famille-patrie (ci-gît la société de loisirs, les 35 heures, le partage du travail et des richesses), les catastrophes humaines et écologiques incessantes semblent vouer la Terre et ses habitants aux gémonies. La « main invisible » dirige le monde et pérennise la compétition perpétuelle des êtres pour se maintenir en vie, au détriment du progrès social, de la fraternité, de l’élévation du niveau de vie et du bien-être de l’Humanité, autrement dit, du Bonheur. Michel Houellebecq est également essayiste. Les Particules élémentaires, roman crépusculaire du siècle dernier, hante mon âme comme un mauvais oracle, un coup de peur et non de cœur. À quand un renouveau littéraire humaniste, un sursaut du débat public ?

C’était le pire truc lu par Cecilia

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Un club des lecteurs coups de gueule : une idée pas si excellente que ça ?

Cher monsieur DuhamelO,

Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps… Sur votre demande, le thème du club était les « coups de gueule » et ce malgré le pacifisme patenté de nos clubistes. En témoigna Mary qui n’avait jamais rencontré de livres qu’elle eût détestés en 40 ans de lectures assidues.

Ce n’est pas pour vous fâcher mais il faut quand même que je vous dise que nous nous sommes bien amusés. Je ne sais pas si ce sont les thés exotiques de Lisa ou les rochers de Mary qui étaient alcoolisés mais dès le départ Philippe s’exclama « j’aime pas Houellebecq » et tout le monde se mit à causer en même temps. Les bibliothécaires consciencieuses que nous sommes avions prévu de tout enregistrer pour nous éviter de faire un compte rendu écrit qui n’aurait jamais pu arriver à la cheville du vôtre. Mais nous comprîmes dès la première minute (assourdissante !) que notre stratégie avait échouée. Aussi, puisque vous n’aurez pas l’occasion de l’écouter et que nous préférons préserver vos oreilles, nous vous en livrons le résumé que voici :

Philippe : « c’est du roman érotique de gare à acheter avant de prendre le train » et « il y a une scène de sexe toutes les 3 pages, toutes les 5 pages cela aurait suffit ! »

Christelle abonda. Elle n’aimait guère Houellebecq.

Lisa estimait qu’il avait un style efficace et son personnage public sympathique et attachant.

Sylvie trouvait qu’il sculptait bien la société et que le sexe était de toute façon présent chez tous les auteurs contemporains. Tous ses amis détestaient mais elle se plaisait à dire en société qu’elle appréciait bien l’auteur pour voir les réactions que cela suscitait.

Et Mathilde notre stagiaire les trouvait drôle (les romans de Houellebecq, pas les clubistes hein.).

Ghislaine, qui venait pour la première fois n’avait pas oublié d’amener son coup de gueule : en l’occurrence Eloge du moi de Daniel Prévost, qui nous permit d’apprendre que le recyclage des acteurs en romanciers n’est pas toujours réussi : « ça n’a ni queue ni tête, il a les chevilles qui enflent ». Heureusement, tout le monde fut rassuré : elle ne l’avait acheté qu’1.50 euros. Inutile d’ajouter que personne n’eut envie de le lire.

Mais, monsieur DuhamelO, ce n’était qu’un début. Mary tenta une pirouette, voire un double salto, en nous affirmant qu’elle allait nous présenter des livres qu’elle n’avait pas lu alors qu’en fait elle avait lu : Bel Ordure d’Elise Fontenaille. Sur ce livre, qu’elle trouva passionnant, l’audience a surtout retenu qu’avant cette histoire amoureuse/harcèlement, elle signait ses livres du nom de « Fontenaille N’Diaye » et que depuis ce livre elle s’appelle « Fontenaille »  tout court ! De là, à en déduire que c’est autobiographique… Elle a aussi écrit des romans pour ados queMary compte lire et un documentaire/enquête : Blue book que Christelle (pas la bibliothécaire) avait lu sur un génocide malheureusement oublié qui a eu lieu en Namibie en 1904 et perpétré par les Allemands.

Sylvie était bien parmi nous alors qu’elle nous avait affirmé être restée en Asie depuis le dernier club des lecteurs, au Tibet plus précisément avec Une terre de lait et de miel de Fan Wen, très beau et poétique. Un coup de gueule pour satisfaire M. DuhamelO ? Non aucun, elle a aimé aussi le livre du juge Trevidic Ahlam, sur la radicalisation des jeunes…

Mais vous allez quand même vous réjouir du lapidaire : « j’ai pas aimé le fusil de chasse ». Pour plus de précisions voir le Compte-rendu précédent car nous n’avons pas pu obtenir plus d’information, elle a même oublié de quoi ça cause ! Si ça ce n’est pas un vrai coup de gueule !

Liliane n’a pas aimé Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (encore un conseil de sa fille soit dit en passant…) « on ne peut pas sauver plus de 10 pages » a-t-elle affirmé pour ce classique encensé dans le monde entier. Par contre, elle a été bouleversée par Mutilée, témoignage de Khady, excisée à 7 ans.

Chrystelle (avec un Y : c’est moi) aussi avait un vrai coup de gueule (une chance !) avec Histoire de la violence, le deuxième roman d’Edouard Louis après En finir avec Eddy Bellegueule. Justement, le deuxième est aussi lourd, long et pompeux que le premier était court, efficace et sans état d’âme. Une seule nuit ressassée sur 400 pages avec un procédé stylistique lourdingue qui consiste à faire de la sœur le narrateur pendant que lui commente en l’écoutant derrière la porte. Cherchez pas à comprendre, c’est juste nul !

Christelle (la non-bibliothécaire), habitante de Strasbourg, qui a fait quand même 4h de train pour nous parler de son coup de gueule – je pense que rien que pour ça elle mérite votre estime à jamais !-, nous entretint alors de Tokyo ville occupée de David Peace . Mais ce roman, qu’elle avait lu il y a 4 ans, l’avait très clairement énervée car « le synopsis est bien mais la narration est tellement bizarre avec des slashs : //// à chaque fin de phrase alors que ce n’est même pas une liste d’adresse IP. » Elle avait également poussé un coup de gueule contre la bibliothèque de Strasbourg qui a décidé d’arrêté le club des lecteurs auquel elle participe. Rassurez vous il sera sûrement pris en charge par les participants !

Enfin, Lisa, parla de ses coups de cœurs et finalement ce sont ses livres que tout le monde eut envie de lire, c’est dire si l’idée des coups de gueule était une bien mauvaise idée !!  La vie rêvée de Rachel Waring de Stephen Benatar « Mon coup de cœur littéraire 2014, la descente vers la folie d’une quarantenaire passionnée par les comédies musicales des années 30, avec de l’humour noir anglais ». L’auteur s’est auto-édité alors qu’il avait reçu un prix littéraire (1er coup de gueule pour cet auteur qui n’a pas eu le succès mérité). Et le deuxième coup de gueule de Lisa c’est qu’on n’ait pas acheté à Vacláv Havel le second roman traduit chez le Tripode de cet excellent auteur, Daisy, daisy, sous prétexte que le précédent n’aurait fait que trois prêts ! Et là je dis oui, monsieur DuhamelO. Au lieu d’acheter Houellebecq en 3 exemplaires, pourquoi n’achetons nous pas Daisy, Daisy ? Hein ? Ah vous ne dites rien monsieur DuhamelO !  Mary ajouta également qu’au club de lecteur d’Antibes (où elle a passé ses vacances) on lui a donné envie de lire Le testament de Jessy Lamb et qu’il ne se trouvait pas à Vacláv Havel, quelle honte…

Voilà pourquoi monsieur DuhamelO, il faut que je vous dise une dernière chose, ma décision est prise, je m’en vais déserter ! Si vous me poursuivez, monsieur DuhamelO, sachez que je serai dans le 20ème arrondissement.

Chrystelle T dite Tridonc.

P.S. : et pour ajouter aux coups de gueule, un dernier coup de gueule : cet article est publié en retard !!!!

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