Club du 17 mars : des livres que nous avons lu et aimé un peu, beaucoup, passionnément…

Ce club des lecteurs était consacré à nos dernières lectures et à nos coups de cœur.

La discussion commence autour de l’émission de télévision « Carnets de route » diffusée à partir d’octobre 2011 sur France 5 et dont on peut désormais visionner les épisodes via Youtube. Créée par François Busnel, elle propose de découvrir les États-Unis à travers le regard de ses écrivains.

Manuela vous la conseille vivement.

Nous avons ensuite embrayé très sérieusement, sans aucune digression 😉 sur nos lectures. Voici la liste des livres que nous avons lu et aimé un peu, beaucoup, passionnément…

 

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  • Lauren Groff, Les furies (Fates and furies), éditions de l’Olivier, 2017. ♥♥♥ (Marie)

Ce roman commence comme une histoire d’amour et finit en tragédie moderne. Dans la première partie, nous faisons la connaissance de Lancelot et Mathilde couple d’intellectuels new-yorkais dont l’existence parfaite et la bonne fortune semblent assurées. Dans la seconde, Lauren Groff déconstruit toute l’histoire pierre par pierre, dissèque ce couple, nous révèle la réalité tragique des apparences. L’autrice nous emmène bien plus loin que là où nous pensions nous rendre. L’élégance de l’écriture et de la traduction sublime ce texte brillamment construit.

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  • Julie Wolkenstein, Les vacances, P.O.L, 2017. (Marie)

Roman de la rentrée littéraire de septembre dernier. Il y est question de la Comtesse de Ségur, d’Eric Rohmer et de la Normandie. Une professeure de littérature et un jeune thésard travaillent tous les deux simultanément sur les archives du premier film perdu d’Eric Rohmer inspiré des petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. Livre sympathique, plein d’humour, bourré de clichés très réalistes sur le monde universitaire et les bibliothécaires….

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  • Yves Ravey, Enlèvement avec rançon, éditions de Minuit, 2010.♥♥♥(Marie)

Roman noir, roman social, roman psychologique. Un roman très court et extrêmement efficace servi par une écriture sobre et précise. Yves Ravey sait en quelques mots installer une atmosphère, une angoisse, une pesanteur. Les personnages sont bien réels sous sa plume, décrits par petites touches successives.

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  • Erwan Larher, Le livre que je ne voulais pas écrire, Quidam éditeur, 2017. ♥♥♥ (Mary)

Erwan Larher s’est trouvé au moment au mauvais endroit. Présent au Bataclan le soir des attentats, il fait partie des rescapés. Dans ce livre qu’il ne voulait pas écrire, avec beaucoup d’humour et d’autodérision, il décrit le long travail de reconstruction. Ni témoignage, ni roman, Erwan Larher nous offre un objet littéraire tout à fait étonnant. Un grand coup de cœur pour ce livre bouleversant !

 

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  • Angélique Daniel, Mon avenir dans ton regard, les nouveaux auteurs, 2017. (Manuela)

Une belle leçon de vie et un beau roman d’amour. Lecture légère, lecture plaisir.

 

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  • Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, éditions Noir sur Blanc, 2017. ♥♥♥ (Frédérique)

Un très beau premier roman prenant place dans les coins reculés de l’URSS des années 30. Le personnage principal, Zouleikha, femme Tatare élevée dans le carcan des traditions païennes et musulmanes, soumise à son mari, haïe par sa belle-mère qui l’accuse d’être bonne à rien sous prétexte qu’elle n’a donné naissance qu’à des filles mortes très jeunes, assiste à l’assassinat de son mari par les brigades rouges et est déportée en Sibérie. Ce voyage, a priori tragique, va être l’occasion pour Zouleikha « d’ouvrir les yeux » : la famine, l’injustice, la mort, la proximité avec les autres qui va bouleverser ses croyances et ses convenances, la relation ambiguë qu’elle développe avec l’officier chargé de sa déportation et assassin de son mari… l’évolution de la jeune femme confrontée à tous ces bouleversements est très bien menée. Elle est accompagnée par une galerie de personnages tout aussi complexes et que nous prenons plaisir à suivre : Ignatov, l’officier de l’Armée rouge qui voit ses idéaux révolutionnaires malmenés, ou encore le professeur Wolf Karlovitch, gynécologue réputé de l’université de Kazan, déchu à la Révolution, ce qui lui a fait perdre la tête. Le roman est bien construit, servi par une belle écriture (qui tient sans doute à l’effort de traduction), et nous tient en haleine jusqu’au bout.

 

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  • Andri Snaer Magnason, LoveStar, Zulma, 2016. ♥♥ (Frédérique)

« Lovestar », un titre qui évoque l’amour, la liberté, la beauté… et on n’en est pas loin avec ce magnifique récit d’anticipation. Nous y suivons deux histoires. Celle de Lovestar, créateur génial qui a développé un vaste empire planétaire en inventant grâce à l’étude des oiseaux la dernière évolution majeure de l’humanité : l’homme sans fil et connecté et d’autres applications aussi consuméristes que liberticides. Celle d’Indridi et Sigridur d’autre part, jeune couple naïf qui découvre avec stupeur que l’application inLove qui trouve l’âme sœur de chaque être humain par calcul scientifique unit Sigridur à un inconnu danois. D’un côté un homme harcelé sans cesse par ses idées et une quête symbolisée par une simple graine ; de l’autre, un couple de Roméo et Juliette écrasé par la nouvelle société post-Lovestar. Andri Snaer Magnason manie avec brio différents registres (humour, poésie, absurde…) pour dérouler son intrigue sur fond de paysages islandais qui nous laissent songeurs.

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  • Aharon Appelfeld, Le garçon qui voulait dormir, éditions de l’Olivier, 2011. ♥♥♥(Odile)

Un jeune garçon survivant de la Shoah est pris en charge par une organisation sioniste en vue d’une future installation en Israël. Ce que lui désire avant tout c’est dormir. Non pour fuir mais pour se reconnecter à sa vérité, au passé dans lequel ses parents étaient vivants et dans lequel ni la guerre, ni la peur n’existaient. Comme dans la plupart de ses romans, Aharon Appelfeld se nourrit de son propre traumatisme d’enfant juif orphelin rescapé des camps de concentration. Magnifique roman métaphorique qui étudie autant la fonction du sommeil que celle du langage.

Ce roman nous a permis de parler des films de Nourith Aviv. Passionnée par les langues, par le passage de l’une à l’autre, Nurith Aviv a réalisé une trilogie autour de l’hébreu dans lequel intervient notamment Aharon Appelfeld qui dut apprendre l’hébreu après la guerre. « Parfois je me réveille avec l’angoisse que l’hébreu appris avec tant de peine s’évanouisse disparaisse. » (Aharon Appelfeld)

 

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