Les oublié(e)s de l’Histoire

En ce 18 mars 2017, nous avons décidé de parler à travers nos lectures de la Commune de Paris, ce soulèvement populaire qui a démarré le 18 mars 1871. 146 ans plus tard, nous voilà attablés autour de livres, de BD et de petits gâteaux pour évoquer la semaine sanglante et l’auto-organisation des Parisiens. La BD de Tardi d’après le roman de Jean Vautrin, auteur du XXe siècle, reprend des personnages qui ont vraiment existé et raconte la petite histoire dans la grande Histoire. Son titre : Le cri du peuple correspond au titre du journal dirigé par Jules Vallès à l’époque communarde.

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Sylvie nous fait un rappel historique bien utile sur les circonstances et le déroulement de la Commune car nous nous rendons compte que c’est un épisode de l’Histoire de France et de Paris assez méconnu et très peu commémoré. D’ailleurs à part notre club des lecteurs ultra-médiatisé sur le Web, le 18 mars est très peu évoqué dans les médias en 2017. Cet événement fait toujours un peu désordre dans l’Histoire, la population parisienne a tenté plutôt avec succès de s’organiser sans dirigeants, et la répression versaillaise a été très brutale, faisant environ 20 000 morts. La Commune est à peine évoquée dans les programmes scolaires.

Un projet du budget participatif de la Ville de Paris propose d’ailleurs de raser le Sacré-Coeur, cette «verrue versaillaise qui insulte la mémoire de la Commune de Paris. Le projet consiste en la démolition totale de la basilique lors d’une grande fête populaire.». Et pourquoi pas le Mont Saint-Michel ! Comme le rappelle Mary, l’Histoire a été écrite par les vainqueurs et la Commune a été reléguée au fin fond de la mémoire collective.

Lorsque les Parisiens se soulèvent, le gouvernement de Thiers fuit à Versailles et le peuple s’organise en comités révolutionnaires, proche de l’autogestion, qui réfléchissent à l’éducation, aux soins, à la place des femmes, favorisant leur émancipation. Ce sont d’ailleurs les autres oubliées de l’Histoire. A part Louise Michel, peu de femmes de la Commune sont restées dans les mémoires; elles sont pourtant nombreuses à s’être illustrées au combat ou dans l’organisation civile. De cette époque, Georges Clémenceau, Adolphe Thiers et Léon Gambetta sont ceux qui honorent de leurs noms nos rues et avenues.

La BcommunardesCommunardes qu’a lue Philippe rappelle justement le rôle joué par les femmes qui se battaient sur les barricades, les pétroleuses qui mettaient le feu, à travers l’histoire d’une aristocrate russe, Élisabeth Dmitrieff. Le tome 2 rappelle que les classes sociales n’ont pas totalement disparu pendant la Commune : les animaux du zoo ont été mangés par les riches quand les plus pauvres se contentaient des rats.

daeninckxMarie présente le livre de Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, qui raconte l’histoire de Maxime Lisbonne, soldat et saltimbanque révolutionnaire, communard. Mary nous parle de L’imaginaire de la Commune par Katrin Ross aux éditions La Fabrique. La Commune était un laboratoire d’idées, les comités de réflexion ont vu l’émergence d’idées novatrices comme le féminisme ou l’attention à l’environnement qui ont beaucoup intéressé à l’international, notamment des Russes et des Anglais comme William Morris. Puis elle évoque les mémoires de Louise Michel (que personne n’a lus mais dont tous les participants s’accordent à dire que ce livre semble très intéressant), grande figure de la Commune qui a marqué les esprits et les imaginaires, féministe devenue anarchiste après son exil.

Un petit rappel de l’assemblée féminine du club : en France les femmes ont obtenu le droit de vote en 1946 seulement et le droit d’ouvrir un compte en banque et de travailler sans l’autorisation du mari en 1965. Les femmes présentes nous rapportent des anecdotes personnelles sur la gestion des finances dans le ménage, pas facile à l’époque! Un sage conseil des parents de Sylvie : « Surtout ne donne jamais ta paye à ton mari ». Mais aussi sur la répartition absolument inégale des tâches ménagères, les filles faisaient la vaisselle quand les garçons étaient envoyés jouer dehors après les repas.

orwellEn dernière partie nous évoquâmes la guerre d’Espagne, un autre combat révolutionnaire. Sylvie trouve que le roman d’Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas, a mal vieilli, dialogues sans intérêt, pas du tout féministe… Il y a des livres que l’on aime quand on est jeune puis on les relit et on les trouve niais. Comme Salammbô pour Jacqueline. J’ai recommandé Hommage à la Catalogne, de Georges Orwell, dans lequel il raconte son engagement dans la guerre d’Espagne et ses désillusions. Marie propose L’ombre d’une photographe, Gerda Taro de François Maspero sur la femme de Kappa, qui a contribué à de nombreuses photos sans que son nom soit associé à celui gerda-tarode son mari. Tout comme la femme de Victor Hugo, de Rodin, ou encore Colette au début de sa carrière et tant d’autres femmes qui ont rendu les hommes célèbres sans reconnaissance publique. Et ce depuis les débuts de l’humanité puisque des chercheurs ont affirmé récemment que les peintures des grottes préhistoriques pourraient aussi avoir été faites par les femmes, contrairement à ce qui était supposé jusque là et qui faisait des hommes les premiers artistes.

« Le cadavre est à terre est l’idée est debout », a dit Victor Hugo, ce sera la citation de fin. Cette séance fut très riche en questionnements, récits historiques et polémiques. Nous en sommes sortis des idées révolutionnaires plein la tête!

Manon

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Le club des lecteurs avec Ali Zamir

Ali Zamir 01

Le samedi 15 octobre nous avons eu la chance de rencontrer Ali Zamir. Voici l’enregistrement de ce moment riche en discussions sur les femmes, la littérature, les langues, le monde de l’édition et la situation actuelle des Comores. Un grand moment de joie et de partage à (ré)écouter !

 

 

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