Le livre que j’ai le plus détesté

Préambule : On vous aura fait attendre (cf l’article d’Olivier, notre excellente plume : Les pires œuvres de l’histoire des œuvres), mais le fan inconditionnel de Houellebecq s’est évaporé, car il est indéfendable… Bon, je viens juste de lire « Houellebecq économiste » du regretté Bernard Maris (Oncle Bernard de Charlie Hebdo), qui l’adorait pour sa peinture du capitalisme agonisant destructeur de l’humanité : « Aucun écrivain n’est arrivé à saisir le malaise économique qui gangrène notre époque comme lui »… Cela ne me le fait pas aimer pour autant, pour moi M.H. est toujours un OVNI littéraire inexpliqué, et les collègues qui l’apprécient (sans les citer : Oliver, Léonel, Alan…) vont peut-être se liguer pour écrire l’article contradictoire au mien… Comme dit Olivier : Stay foot ! restez connectés 🙂

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Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq est le pire des livres que j’ai lus, mais je l’ai lu en entier, ce qui n’est pas mon habitude, quand un livre me déplaît au bout de quelques chapitres, je le referme à jamais. De formation littéraire, comme nombre de mes collègues bibliothécaires, j’aime les classiques des temps passés, je lis peu de littérature française contemporaine (les sanglants prix littéraires de l’automne 2016 ne m’y incitent encore pas), la littérature étrangère m’attire davantage.

Michel Houellebecq est devenu une grande figure du paysage littéraire français contemporain, également très lu à l’étranger. C’est un auteur qui m’intrigue depuis ses débuts, m’inspirant une aversion pour ses positions sur la société, sa misogynie, son côté nihiliste sans appel, ses provocations philosophiques et politiques sur des sujets sensibles dont certains ont envahi durablement la pensée et la vie politique françaises : le racisme, l’islamophobie, la pornographie, la lutte contre l’avortement, l’eugénisme, l’évasion fiscale. J’ai cependant voulu découvrir cet auteur et sa peinture sociale en lisant son deuxième roman il y a une dizaine d’années, œuvre qui ne me suffit cependant pas à me faire une opinion sur le phénomène culturel H., et je ne suis pas aussi douée que Pierre Bayard (auteur de la bible des bibliothécaires Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?) pour vous en faire une plus fine analyse. Plusieurs collègues bibliothécaires m’ayant fait l’éloge de ses œuvres postérieures – La Possibilité d’une île et La Carte et le Territoire, notamment, ce dernier opus qui lui a valu le prix Goncourt en 2010, – je me suis promise de me replonger un jour dans les affres de cet auteur torturé et dérangeant, dussé-je en souffrir.

Après Extension du domaine de la lutte, au titre tout aussi intrigant, œuvre à la philosophie difficile à saisir, et semble-t-il en son temps mal comprise par les critiques, Michel Houellebecq publie Les Particules élémentaires, court roman paru en 1998 qui le fait connaître par une tourmente de critiques acerbes. Ce roman dépeint la vie triste à mourir de deux frères, Michel et Bruno son ainé, affrontant déceptions sur déceptions sur tous les plans : familial, sentimental, professionnel. Bruno est professeur de lettres, érotomane, mauvais père de famille et sombre dans la folie ; Michel est chercheur en biologie moléculaire et s’emploie à révolutionner la reproduction sexuée en annihilant le désir et la souffrance pour atteindre une « mutation métaphysique », le clonage et la « rénovation » de l’humanité.

L’écriture de cette œuvre me parut décevante, pauvre, désagréable, vulgaire, et j’ose espérer (ce que je ne saurai qu’en lisant davantage H.) qu’elle est un effet de style, une vision cynique de la désolation, du « vide » de l’existence de l’homme moderne, voué à la solitude, à la misère sexuelle, à la souffrance, au malheur, dans une société imprégnée de l’individualisme, de la défiance des uns envers les autres, la nôtre, dans notre monde de violence en crise perpétuelle. La révulsion et la déception que j’ai éprouvées en le lisant se sont estompées dans ma mémoire lorsque j’ai lu dans le journal Le Monde les déclarations de la mère de M.H., Lucie Ceccaldi, en réponse aux accusations publiques de son fils qui la haït depuis qu’elle l’a immoralement abandonnée pour poursuivre sa carrière de médecin à l’étranger, propos qui m’apparurent comme une clef du mystère Houellebecq. Pour ce qui est de démêler la réalité de la fiction dans son œuvre, il y a une part d’autobiographie dans ces deux personnages, abandonnés tôt par leurs parents, élevés par leur grand-mère, et c’est le seul aspect de ce roman qui me touche.

Comparé à Zola, icône des médias et de la littérature contemporaine, pour moi, Michel Houellebecq est le peintre et le produit d’une civilisation en déclin, un des symboles les plus tristes de la société française actuelle, qui s’affole et s’enlise dangereusement à chaque période d’élections, une société marquée par le spectre des régressions sociales, de l’intolérance, du populisme et la résurgence de la boîte de Pandore propre au libéralisme économique et politique : les valeurs réactionnaires travail-famille-patrie (ci-gît la société de loisirs, les 35 heures, le partage du travail et des richesses), les catastrophes humaines et écologiques incessantes semblent vouer la Terre et ses habitants aux gémonies. La « main invisible » dirige le monde et pérennise la compétition perpétuelle des êtres pour se maintenir en vie, au détriment du progrès social, de la fraternité, de l’élévation du niveau de vie et du bien-être de l’Humanité, autrement dit, du Bonheur. Michel Houellebecq est également essayiste. Les Particules élémentaires, roman crépusculaire du siècle dernier, hante mon âme comme un mauvais oracle, un coup de peur et non de cœur. À quand un renouveau littéraire humaniste, un sursaut du débat public ?

C’était le pire truc lu par Cecilia

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∞ Notre bibliographie de l’été ∞

2017-selectable-ete Vos bibliothécaires préféré.e.s vous donnent des conseils de lectures pour l’été, documents que vous pouvez emprunter chez nous ou dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Paris.

Littératures

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Le sang des 7 rois de Régis Goddyn. – L’Atalante. – (cote GOD)

Saga de fantasy française, l’œuvre de Régis Goddyn vous transportera dans un monde médiéval en proie à un renversement politique et à une crise religieuse. Et dire que tout débute par une enquête d’Orville, notre soudard de héros, sur la disparition de 2 jeunes villageois…  Le rapport avec l’été me demanderez-vous ? Le sang bleu comme la mer (littéralement) de la noblesse, synonyme de capacités surhumaines mais surtout un style mordant et une lecture décontractée, qui vous emmèneront dans des directions que nul n’aurait su prédire…

 

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En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut. – Finitude. – (cote BOU)

Ne vous fiez pas à sa couverture un peu kitsch, ce premier roman, bercé par la musique de Nina Simone  est une merveille. Relatant l’histoire d’une famille marginale légèrement déjantée,  En attendant Bojangles est une ode à la vie, à l’amour et à la folie. Dans une ambiance chaleureuse et poétique, Olivier Bourdeaut propose un texte bourré d’humour, de fantaisie et d’émotion.  Disponible en format papier et audio à la bibliothèque !

 

 

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Smilla et l’amour de la neige de Peter Høeg. – Points Seuil. – (cote HOE)

Pour rafraîchir vos journées sous un soleil de plomb, un roman qui se passe au Danemark et nous parle de neige et de soupçons d’homicide à partir de traces suspectes dans un paysage immaculé.

 

 

 

 

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Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood. – Zulma. – (cote WOO)

Quoi de mieux que la période estivale pour lire des pavés ?!

2003, en Angleterre. Oscar Lowe, jeune homme solitaire vit à côté de la prestigieuse université de Cambridge. En se promenant un soir, Oscar est happé par le son d’un orgue s’échappant d’une église. En s’y introduisant, il fait la connaissance d’Iris Bellwether et de son intrigant frère, Éden. Personnage éponyme du roman, Eden Bellwether possède une personnalité ambigüe, à la fois charismatique et virtuose, il peut également être, entre autres, un homme narcissique et manipulateur, persuadé de détenir un don lui permettant de guérir les humains grâce à sa musique.

Le complexe d’Eden BellWether est un roman magnifique, grâce à l’écriture maîtrisée de Benjamin Wood (il s’agit de son premier roman) et de par les thématiques abordées – la frontière entre le génie et la folie, la science et la religion ou encore le clivage social.

 

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L’assassin royal de Robin Hobb. – J’ai Lu. – (cote HOB)

Une série que vous ne pourrez plus lâcher une fois commencée. Prévoyez d’emporter plusieurs livres de la série sur votre lieu de villégiature pour ne pas risquer une immense frustration due à l’achèvement précoce d’un tome qui vous laisse affamé de sa suite et passer plusieurs heures à chercher une hypothétique connexion internet qui vous mènerait à un encore plus hypothétique PDF à lire sur un smartphone à la batterie faiblissante. L’histoire est rondement menée, les personnages très développés, le monde qui les entoure foisonnant et cohérent et les valeurs convoyées plutôt sympathiques malgré un héros assassin : amitié, une pointe de féminisme, tolérance, ouverture aux autres, honneur, perpétuelle quête d’amélioration personnelle….

 

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Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka. – Phébus. – (cote OTS)

Rien à avoir avec des vacances à la Baule, Certaines n’avaient jamais vu la mer parle d’un sujet méconnu, à savoir le sort des émigrées nippones en Californie, au début du XXe siècle. Très singulier par son écriture à la 1ère personne du pluriel, ce parcours collectif poignant nous fait découvrir la réalité de ces femmes acculturées  qui doivent réapprendre une langue, une culture, et surtout à vivre. Arrive alors la guerre, tout japonais devient suspect, la haine monte et vient le temps de la déportation, ce « dernier jour ». Sans tomber dans le pathos, le récit porté par une musicalité rare, nous laisse à entendre ces voix anonymes, ces destins brisés.

 

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U4 de Vincent Villeminot. – Syros. – (cote U4)

Il s’agit de 4 romans, à lire dans l’ordre de votre choix, écrits par 4 auteurs différents. Le virus U4 a décimé 90% de la population mondiale, seuls les adolescents de 15 à 18 ans ont survécu. Chaque personnage raconte son parcours depuis Marseille, Lyon, la Bretagne ou Paris pour trouver de l’aide et se rendre à un RDV donné par Khronos, le maître de jeu d’un jeu vidéo en ligne. Ces romans nous replongent dans les affres de notre adolescence mais dans un monde post apocalyptique ou il s’agit avant tout de survivre et d’enterrer son passé.

 

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Les enfants du Romanestan de Moris Farhi. – Bleu autour. –  (cote FAR)

C’est l’histoire d’un peuple qui renaît toujours de ses cendres, celui des Tziganes d’Europe orientale nourris de l’âme de la Nature. L’histoire de Branko, orphelin rescapé du Porajmos, le génocide gitan. Moïse des temps modernes, il prend la tête d’un exode périlleux vers un mythique Romanestan.

Un récit épique captivant de Moris Farhi, « mieux vaut devenir qui on est plutôt que de vouloir être quelqu’un d’autre » semble-t-il nous faire entendre.

 

 

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My first Sony de Benny Barbash. – Points Seuil. – (cote BAR)

Yotam, 10 ans, a la manie de tout enregistrer sur son magnétophone Sony, le présent, le passé, les non-dits et à travers l’intimité de sa famille plutôt déglinguée : le père adultère multirécidiviste, la mère hystérique, l’oncle ultra-orthodoxe, le grand-père, ancien résistant, le poids silencieux de la shoah, c’est un pan entier de la société israélienne qui défile dans un tourbillon aussi loufoque qu’émouvant !

 

 

 

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Au bord de l’eau de Shi Nai-an. – Folio Gallimard. – (cote NAI)

Pour ceux qui, comme moi, attendent l’été pour s’attaquer aux pavés littéraires : un des plus grands classiques de la littérature chinoise, « Au bord de l’eau » suit sur 2200 pages (en deux tomes) les aventures épiques de 108 brigands révoltés contre l’empereur d’une Chine médiévale.

 

 

 

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Le Pavillon d’Or de Yukio Mishima. – Folio Gallimard. – (cote MIS)

« Je ne savais toutefois pas encore si la Beauté se confondait avec le Pavillon d’or lui-même, ou si elle était consubstantielle au néant de la nuit qui enveloppait le Pavillon d’or. Peut-être était-elle les deux ensemble. A la fois détail et totalité. Temple d’or et nuit enveloppante. »

Le style précis, analytique et terriblement sensible de Mishima saisit le regard sombre d’un moine bègue sur la Beauté tyrannique, inaccessible et adorée, incarnée par le Pavillon d’or.

 

 

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Le temps où nous chantions de Richard Powers. – 10/18. – (cote POW)

Delia Daley et David Strom se rencontrent au concert de Marian Anderson en 1939. Leur passion commune pour la musique leur fait oublier qu’une jeune femme noire et un juif allemand n’ont pas le droit de s’aimer dans l’Amérique de l’après-guerre. Le temps où nous chantions raconte leur histoire d’amour et l’histoire de leur famille. C’est également un demi-siècle d’histoire américaine, une ode à la musique et tellement d’autres choses. Si vous avez de longues heures devant vous, lisez ce roman magnifique et bouleversant. Le temps où nous chantions est un incontournable de la littérature américaine du 20e siècle. Il a été élu meilleur livre de l’année 2003 par le New York Times et le Washington Post.

 

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Une saison ardente de Richard Ford. – Points Seuil. –  (cote FOR)

Été 1960 dans le Montana, des incendies ravagent le pays. Le père de Joe, momentanément sans emploi, part combattre le feu. Sa mère prend un amant. Parallèlement à la désinvolture des adultes, Joe jeune adolescent fait l’expérience de sa propre solitude dans une Amérique dépeuplée. Une saison ardente est une sorte de roman d’apprentissage dans l’Amérique profonde des années 60.

 

 

 

BDs & Mangas

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Slam Dunk de Takehiko Inoue. – Kana. – (cote manga Slam Dunk)

Vous avez chaud sur votre transat/serviette/chaise de bureau ? Ce n’est pas ce shonen qui vous refroidira. Rouge feu, c’est la couleur des cheveux de Sakuragi, notre héros voyou. Orange éclatant, celle du ballon de basket qu’il tente d’apprivoiser au long de ces 31 volumes pour éblouir sur le terrain la belle Haruko. Shonen sportif à l’ancienne, bourré d’humour et de scènes d’anthologie, Slam Dunk ne vous laissera aucun temps mort !

 

 

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Riche, pourquoi pas toi ? de Marion Montaigne. – Dargaud. – (cote BD MON)

Une BD one-shot qui vous apprendra tout sur les riches, cette drôle d’espèce humaine qui capitalise, amasse de l’argent, cultive l’entre-soi et les privilèges, et ne cesse de s’accroître dans la société française, toujours plus riche alors qu’il y a de plus en plus de pauvres très pauvres. Philippe Brocolis, heureux gagnant de la cagnotte du loto découvre avec sa famille les mœurs spéciales de la classe bourgeoise, expliquées par les deux grands sociologues spécialistes de la bourgeoisie, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, qui l’accompagnent dans ce nouveau monde dont il est étranger. Marion Montaigne croque avec réussite le monde de l’argent, la reproduction des élites et leur violence symbolique : rire garanti !

 

pinocchio

 

Pinocchio de Winshluss. – Les requins marteaux. –  (cote BD WIN)

Pour s’initier à la bande dessinée « adulte », ou pour découvrir (ou retrouver) l’humour noir de Winshluss : un Pinocchio moderne, muet, trash, et brillamment maîtrisé.

 

 

 

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Yotsuba&! de Kiyohiko Azuma. – Kurokawa. – (cote manga Yotsuba).

Une série d’histoires courtes autour des découvertes (et des bêtises) d’une fillette dans un quartier de la banlieue de Tôkyô. Aussi drôle que rafraîchissant, ce manga est une lecture idéale pour les vacances !

 

 

 

 

gokicha

 

Gokicha de Rui Tamachi. – Komikku. – (cote manga Gokicha)

Des gags en quatre cases suivant les déboires d’un adorable petit cafard cherchant à se faire des amis parmi les humains… qui restent de marbre devant ses bonnes intentions et sa carapace noirâtre ! Ce manga vous invitera à regarder d’un autre œil ces compagnons d’infortune des chaleurs estivales !

 

 

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Transmetropolitan  de Warren Ellis. – Urban comics. –  (cote comics Transmetropolitan)

Destitution ou pas ? Nouvelle bourde ou nouvelle teinture ? C’est moins sur l’été que sur l’actu politique que nous vous proposons de surfer avec ce comics en 5 tomes. Suivez Spider Jerusalem, journaliste ultra-cynique, qui reprend du service pour suivre la prochaine élection du président US. Ce double d’Hunter S. Thompson pour ce qui est de la consommation de produits vitaminés vous fera rire ou crisser des (sans)dents dans ce futur déglingué et plus que jamais inégalitaire. Du très bon Warren Ellis pour une anticipation mordante !

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Les oublié(e)s de l’Histoire

En ce 18 mars 2017, nous avons décidé de parler à travers nos lectures de la Commune de Paris, ce soulèvement populaire qui a démarré le 18 mars 1871. 146 ans plus tard, nous voilà attablés autour de livres, de BD et de petits gâteaux pour évoquer la semaine sanglante et l’auto-organisation des Parisiens. La BD de Tardi d’après le roman de Jean Vautrin, auteur du XXe siècle, reprend des personnages qui ont vraiment existé et raconte la petite histoire dans la grande Histoire. Son titre : Le cri du peuple correspond au titre du journal dirigé par Jules Vallès à l’époque communarde.

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Sylvie nous fait un rappel historique bien utile sur les circonstances et le déroulement de la Commune car nous nous rendons compte que c’est un épisode de l’Histoire de France et de Paris assez méconnu et très peu commémoré. D’ailleurs à part notre club des lecteurs ultra-médiatisé sur le Web, le 18 mars est très peu évoqué dans les médias en 2017. Cet événement fait toujours un peu désordre dans l’Histoire, la population parisienne a tenté plutôt avec succès de s’organiser sans dirigeants, et la répression versaillaise a été très brutale, faisant environ 20 000 morts. La Commune est à peine évoquée dans les programmes scolaires.

Un projet du budget participatif de la Ville de Paris propose d’ailleurs de raser le Sacré-Coeur, cette «verrue versaillaise qui insulte la mémoire de la Commune de Paris. Le projet consiste en la démolition totale de la basilique lors d’une grande fête populaire.». Et pourquoi pas le Mont Saint-Michel ! Comme le rappelle Mary, l’Histoire a été écrite par les vainqueurs et la Commune a été reléguée au fin fond de la mémoire collective.

Lorsque les Parisiens se soulèvent, le gouvernement de Thiers fuit à Versailles et le peuple s’organise en comités révolutionnaires, proche de l’autogestion, qui réfléchissent à l’éducation, aux soins, à la place des femmes, favorisant leur émancipation. Ce sont d’ailleurs les autres oubliées de l’Histoire. A part Louise Michel, peu de femmes de la Commune sont restées dans les mémoires; elles sont pourtant nombreuses à s’être illustrées au combat ou dans l’organisation civile. De cette époque, Georges Clémenceau, Adolphe Thiers et Léon Gambetta sont ceux qui honorent de leurs noms nos rues et avenues.

La BcommunardesCommunardes qu’a lue Philippe rappelle justement le rôle joué par les femmes qui se battaient sur les barricades, les pétroleuses qui mettaient le feu, à travers l’histoire d’une aristocrate russe, Élisabeth Dmitrieff. Le tome 2 rappelle que les classes sociales n’ont pas totalement disparu pendant la Commune : les animaux du zoo ont été mangés par les riches quand les plus pauvres se contentaient des rats.

daeninckxMarie présente le livre de Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, qui raconte l’histoire de Maxime Lisbonne, soldat et saltimbanque révolutionnaire, communard. Mary nous parle de L’imaginaire de la Commune par Katrin Ross aux éditions La Fabrique. La Commune était un laboratoire d’idées, les comités de réflexion ont vu l’émergence d’idées novatrices comme le féminisme ou l’attention à l’environnement qui ont beaucoup intéressé à l’international, notamment des Russes et des Anglais comme William Morris. Puis elle évoque les mémoires de Louise Michel (que personne n’a lus mais dont tous les participants s’accordent à dire que ce livre semble très intéressant), grande figure de la Commune qui a marqué les esprits et les imaginaires, féministe devenue anarchiste après son exil.

Un petit rappel de l’assemblée féminine du club : en France les femmes ont obtenu le droit de vote en 1946 seulement et le droit d’ouvrir un compte en banque et de travailler sans l’autorisation du mari en 1965. Les femmes présentes nous rapportent des anecdotes personnelles sur la gestion des finances dans le ménage, pas facile à l’époque! Un sage conseil des parents de Sylvie : « Surtout ne donne jamais ta paye à ton mari ». Mais aussi sur la répartition absolument inégale des tâches ménagères, les filles faisaient la vaisselle quand les garçons étaient envoyés jouer dehors après les repas.

orwellEn dernière partie nous évoquâmes la guerre d’Espagne, un autre combat révolutionnaire. Sylvie trouve que le roman d’Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas, a mal vieilli, dialogues sans intérêt, pas du tout féministe… Il y a des livres que l’on aime quand on est jeune puis on les relit et on les trouve niais. Comme Salammbô pour Jacqueline. J’ai recommandé Hommage à la Catalogne, de Georges Orwell, dans lequel il raconte son engagement dans la guerre d’Espagne et ses désillusions. Marie propose L’ombre d’une photographe, Gerda Taro de François Maspero sur la femme de Kappa, qui a contribué à de nombreuses photos sans que son nom soit associé à celui gerda-tarode son mari. Tout comme la femme de Victor Hugo, de Rodin, ou encore Colette au début de sa carrière et tant d’autres femmes qui ont rendu les hommes célèbres sans reconnaissance publique. Et ce depuis les débuts de l’humanité puisque des chercheurs ont affirmé récemment que les peintures des grottes préhistoriques pourraient aussi avoir été faites par les femmes, contrairement à ce qui était supposé jusque là et qui faisait des hommes les premiers artistes.

« Le cadavre est à terre est l’idée est debout », a dit Victor Hugo, ce sera la citation de fin. Cette séance fut très riche en questionnements, récits historiques et polémiques. Nous en sommes sortis des idées révolutionnaires plein la tête!

Manon

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Des livres pour faire le voyage à l’envers ?

Retour sur le club des lecteurs qui a achevé notre cycle sur les Migrations. Ce 19 décembre, on a lu les mêmes livres avec des réactions différentes ! Céder à la tentation du rejet ou faire le voyage à l’envers comme dans Eldorado de Laurent Gaudé pour rechercher ce qui nous rapproche ?

Ces déplacements de personnes d’un pays à un autre pour des raisons politiques, économiques, sociales ou personnelles sont au cœur de nombreux débats depuis plusieurs mois. Ce sujet provoque des réactions parfois virulentes, toujours très passionnelles. Face aux histoires de migrations on a tendance à réagir d’abord avec ses émotions, pas toujours empathiques du reste, devant la souffrance de l’autre. Est-ce si difficile de se mettre à la place de l’autre, d’essayer de penser la réalité autrement qu’au regard de notre subjectivité ? C’est tout l’intérêt du sujet qui soulève beaucoup de questions dérangeantes : on ne choisit pas de naître dans tel ou tel pays, pauvre ou prospère, démocratie ou dictature. Quelle est la responsabilité de l’Occident ou ses devoirs envers ses migrants qui viennent de pays qu’il a colonisés, exploités ? Et nous, les individus ? Pourquoi cette désagréable sensation de culpabilité ? Après tout en quoi ça nous regarde ? On y est pour rien …!

L’intérêt des différents ouvrages de cette sélection est de suggérer que ça nous regarde simplement parce qu’on est tous des êtres humains d’où qu’on vienne. Ces lectures nous proposent de mettre des visages, des noms, des histoires particulières sur des chiffres qui finissent par ne plus vouloir rien dire. Difficile de rester indifférent devant ces existences meurtries, ces dignités bafouées. Pour autant, il n’y a pas d’angélisme ni de manichéisme dans Les échoués de Pascal Manoukian, Eldorado de Laurent Gaudé ou Encore le terrible roman de Hakan Günday. La réalité de ces migrations est d’une extrême dureté, s’y confronter permet d’élargir sa connaissance des autres et peut-être aussi celle de soi-même. 

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Le ballet va commencer

Club des lecteurs : scéance du 21/11/2015 by Bibhavel on Mixcloud

Ils sont là autour de cette table, nombreux, prêts à exécuter ensemble quelques pas.
Jeté plié pas de bourrée
Caroline ouvre le bal. En première position. On maintient la tête, on esquisse un premier pas.

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Club des lecteurs : un cercle très fermé ?!

Maxime et moi entrions pour la première fois dans le très mystérieux club des lecteurs, c’est-à-dire le sacro saint lieu de ceux qui aiment lire car oui à la bibliothèque il n’y a pas que des jeux video, des ordinateurs et des enfants, il y a aussi des adultes passionnés de littérature !

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La rentrée du club des lecteurs

Logo final Des  coups

Sur les bancs de la salle Allegro, on se dispute les meilleures places. Ils sont venus nombreux pour raconter le meilleur de leurs lectures d’été. Nous retrouvons deux fidèles clubistes et rencontrons avec plaisir cinq nouvelles recrues. Rapide tour de table où chacun se présente en dégustant les DEUX gâteaux faits maison (et oui on est gâté quand on participe au Club des lecteurs ! ).

Sylvie ouvre la discussion et nous présente sa dernière lecture de Mo Yan : Le chantier, une lecture très raide qui raconte l’ineptie de la vie des gens qui vivent sous contrôle. On y construit une route hypothétique dont personne ne sait où elle va aller… Son deuxième coup de cœur de l’été ? Lire la suite

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Notre objectif : vous préparer à la rentrée littéraire !

Souvenez-vous : l’an dernier arrivaient dans les libraires plus de 646 romans, environ 200 romans étrangers traduits et 400 romans français. Cette année, on nous en annonce un peu moins : 555 romans français et étrangers. Même si pour la troisième année consécutive ces chiffres sont en baisse, du point de vue du lecteur cela ressemble toujours à une montagne colossale !

Aussi nous vous proposons de mettre en place des stratégies pour définir votre angle d’approche que vous choisissiez d’en lire le plus possible ou de ne lire que « le meilleur du meilleur » : de quelle manière allez-vous vous y prendre ?… Je dois avouer que nous nous posons à peu près les mêmes questions lorsque nous devons décider quels romans nous achèterons…

La première étape est de faire le test qui vous permettra de savoir quel lecteur vous êtes. Vous pourrez ensuite lire la stratégie que nous vous proposons pour faire face à la rentrée littéraire en fonction de votre profil.

Lien vers le test « quel lecteur êtes-vous? »

Nos conseils pour la rentrée littéraire, si vous avez : Lire la suite

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À nous les nuits blanches!

 

Oui, c’est les vacances et, non, vous n’êtes pas pour autant tenus de ne lire que du divertissant, du facile qui ne mobiliserait que le peu de neurones qui n’auraient pas fondus comme glace au soleil comme tous les médias semblent nous y inviter.

Mais, mais, mais, en vacances, on a plus de temps, et, surtout, on peut se coucher plus tard.

Ah, ces moments délicieux où les heures ne nous sont pas comptées, où on peut prolonger la lecture, encore un peu, pour savoir si, enfin, elle va oser lui avouer, si, oui ou non, il va trouver le tueur, si, malgré tout, elle va survire, si, finalement, ils vont se retrouver.  Parfois, le suspens est insoutenable au point de se relever, se faire un café pour tenir le coup, continuer et ignorer le petit jour qui point.

Puisque que pendant ces semaines d’été nous pouvons nous y livrer et éviter ensuite ces matins sombres où vos collègues vous accueillent avec un « t’as l’air crevé toi » voici quelques conseils de lecture qui vous feront perdre la notion du temps.

 

 Dix neuf secondes, Pierre Charras Gallimard 2005

Comment raconter dix neuf secondes en 150 pages ? Dans un compte à rebours incroyable, Pierre Charras ne nous laisse aucun répit. En compagnie de plusieurs voyageurs du RER, de Sandrine et Gabriel en particulier, depuis Nation, un trajet et une fin qui valent bien quelques heures de sommeil en moins. Bon, le seul risque, c’est que vous ne puissiez plus vraiment prendre les transports ensuite sans y penser, à vous de voir.

 

 

On ne s’endort jamais seul, René Frégni Gallimard 2002

Pas étonnant que ce marseillais de cœur, grand ami de Jean Claude Izzo, ex détenu et animateur d’atelier d’écriture à la prison des Baumettes, manie si bien l’évasion. Vous suivrez Antoine dans une quête haletante et émouvante. Comme dans chacun de ses romans, avec tendresse, Frégni nous livre des personnages dont vous vous rappellerez longtemps et non, vous ne vous endormirez pas seul, mais tard, certainement.

 

 

La Religion,Tim Willocks Sonatine 2009

Quoi ? Un roman historique, qui se passe en 1565 et qui me donnerait envie de veiller jusqu’au petit matin ? Ça doit être une erreur, ça ressemble plus à un bon vieux pavé somnifère, non ?  Pas du tout. Cet ébouriffant (et, dans mon cas, je vous assure, ça prend tout son sens…) auteur britannique nous entraine dans une intrigue sombre et passionnée où, en plus, on apprend tout un tas de choses sur les guerres saintes et les chevaliers de l’ordre de Malte. C’est vrai, c’est long, donc il vaut mieux s’organiser : commencer à l’heure de l’apéro, faire une pause avec un repas plein de sucres lents et prévoir éventuellement une petite lumière ou un doudou pour ne pas risquer à certains passages de mourir de trouille. Et la bonne nouvelle c’est que c’est une trilogie et que les aventures de Matthias Tanhauser ne sont pas finies !

 

 

Orgueils et Préjugés, Jane Austen Gallimard 2007

Là, pareil. Vous vous dites : que vient faire ce grand classique de la littérature anglaise dans cet article ? Et pourtant, pour moi, c’est LE livre qu’on ne peut lâcher avant la fin. Du rire, des larmes, des rebondissements et surtout une héroïne qui n’a rien à envier à Lisbeth Salander (Millenium) ou Teresa Mendoza (La Reine du Sud). Acerbe et sans pitié, la critique que fait Jane Austen de la société hypocrite et figée de son temps est d’une modernité étonnante

 

 

Vous l’aurez remarqué, ni flics, ni meurtres, ni enquêtes. Pour ces livres là, vous pouvez compter sur les bons conseils de nos collègues du comité polar.

Vous trouverez bien sur tous ces documents dans les bibliothèques du réseau de la Ville de Paris et bientôt sur nos rayonnages, en espérant que ces quelques suggestions vous plairont et que vous ne nous en voudrez pas trop pour les cernes.

Et vous, votre meilleur souvenir de livre lu en une nuit sans pouvoir vous arrêter?

Florence

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Edgar Hilsenrath, le nazi et le barbier

Il y a bien longtemps, je voyais sur les tablettes de présentation de ma précédente bibliothèque l’étrange couverture dessinée, colorée, d’un livre cubique au titre déroutant : Le nazi et le barbier. J’avais beau lire la quatrième de couverture, je ne comprenais pas quel pouvait en être le propos. L’objet que je n’arrivais pas à identifier exerçait une certaine fascination sur moi. En librairie, il était souvent coup de cœur. Après une phase d’approche qui a pris quelques années (et oui le processus est parfois long…), je me suis lancée dans la lecture de ce livre. C’était cet été.

Le nazi et le barbier a été écrit par Edgar Hilsenrath, écrivain juif allemand né à Leipzig en 1926. En 2010, les éditions Attila publie une nouvelle traduction (magistrale !) de ce texte par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, dont la couverture est illustrée par Henning Wagenbreth. En ouvrant ce livre, j’ai été happée par une histoire picaresque, extravagante, délirante. Max Schulz et Itzig Finkelstein, le premier aryen, le deuxième juif, le premier a l’air juif, le deuxième a l’air aryen, ils sont amis et apprennent ensemble le métier de barbier chez le père d’Itzig. A la montée du national-socialisme, Max Schulz choisit de devenir SS. La famille Finkelstein est déportée dans le camp de concentration où Max Schulz, le génocidaire, se trouve. A la fin de la guerre, Max Schulz décide de prendre l’identité d’Itzig Finkelstein, qui a été exécuté. Il rejoint ensuite Israël et la Haganah. C’est un roman à l’intrigue provocatrice et au traitement déjanté. Le langage est hirsute, souvent grotesque. 

Edgar Hilsenrath a également écrit Fuck america que j’ai lu dans la foulée, enthousiasmée par son écriture sulfureuse et frénétique. Fuck america est le cri de Nathan Bronsky en arrivant aux Etats-Unis, après guerre. Son fils, Jakob Bronsky, écrit Le branleur, le roman des souvenirs de sa vie dans le ghetto pendant la guerre. Jakob Bronsky crève la faim, exerce des boulots pourris, est obsédé par le cul de la secrétaire de son éditeur. Et le roman d’Hilsenrath progresse en même temps que « [l]e branleur progresse ». On y trouve des scènes très dérangeantes, très inconfortables pour le lecteur comme dans Le nazi et le barbier. Mais cette écriture torrentielle, crasseuse et hallucinée a quelque chose d’addictif et je continue ma lecture de l’œuvre de cet écrivain de 80 ans passés avec Nuit, son texte le plus autobiographique.

Vient de paraître toujours chez Attila Orgasme à Moscou.

Caroline

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